Éditions présentées dans l'ordre chronologique :
La Zone d'Intérêt
,
trad. de l'anglais Bernard Turle, Calmann-Lévy, 2015, 400 p.

Quatrième de couverture :

DÉCOR
Camp de concentration Kat Zet I en Pologne.
PERSONNAGES
Paul Doll, le Commandant : bouffon vaniteux, lubrique, assoiffé d’alcool et de mort.
Hannah Doll, l’épouse : canon de beauté aryen, mère de jumelles, un brin rebelle.
Angelus Thomsen, l’officier SS : arriviste notoire, bellâtre, coureur de jupons.
Szmul, le chef du Sonderkommando : homme le plus triste du monde.
ACTION
La météorologie du coup de foudre ou comment faire basculer l’ordre dans un système allergique au désordre.
Comment explorer à nouveau la Shoah sans reprendre les mots des autres ? Comment oser un autre ton, un regard plus oblique ? En nous dévoilant une histoire de marivaudage aux allures de Monty Python en plein système concentrationnaire, Martin Amis remporte brillamment ce pari. Une manière habile de caricaturer le mécanisme de l’horreur pour le rendre plus insoutenable encore.

"Inventif, terrible, provocateur, et tout comme le Guernica
de Picasso, d’une beauté incongrue."
Herald Tribune

"Amis réinvente l'enfer sur terre. Un acte de courage exceptionnel."
Thee Sunday Times

"Un tour de force de virtuosité verbale, un roman brillant
et bouleversant irrigué par une profonde curiosité morale pour le genre humain."
Richard Ford, auteur de Canada


La zone d'intérêt
,
Le livre de poche, 2016

Quatrième de couverture :

Décor : Camp de concentration Kat Zet I en Pologne.
Personnages : Paul Doll, le Commandant ; bouffon vaniteux, lubrique, assoiffé d'alcool et de mort. Hannah Doll, l'épouse ; canon de beauté aryen, mère de jumelles, un brin rebelle. Angelus Thomsen, l'officier SS, arriviste notoire, bellâtre, coureur de jupons. Smulz, le chef du Sonderkommando ; homme le plus triste du monde.
Comment explorer à nouveau une des périodes les plus sombres de l’histoire sans reprendre les mots des autres ? Comment oser un autre ton, un regard plus oblique ? Avec ce marivaudage aux allures de Monty Python en plein système concentrationnaire, Martin Amis prend le risque.

Un livre d'un cynisme, d'une puissance et d'une intelligence rares. Didier Jacob, L'Obs.

Un grand styliste, une satire terrifiante. Josyane Savigneau, M. le Magazine du Monde


La zone d'intérê
t, trad. de l'anglais Bernard Turle, Le livre de poche, 2016, 456 p.

Quatrième de couverture
 :

Décor : Camp de concentration Kat Zet I en Pologne.
Personnages : Paul Doll, le Commandant ; bouffon vaniteux, lubrique, assoiffé d'alcool et de mort. Hannah Doll, l'épouse ; canon de beauté aryen, mère de jumelles, un brin rebelle. Angelus Thomsen, l'officier SS, arriviste notoire, bellâtre, coureur de jupons. Smulz, le chef du Sonderkommando ; homme le plus triste du monde.
Comment explorer à nouveau une des périodes les plus sombres de l’histoire sans reprendre les mots des autres ? Comment oser un autre ton, un regard plus oblique ? Avec ce marivaudage aux allures de Monty Python en plein système concentrationnaire, Martin Amis prend le risque. Une manière de caricaturer le mécanisme de l'horreur pour le rendre plus insoutenable encore.

Amis affronte l’inexplicable. Éric Neuhoff, Le Figaro littéraire.

Le livre d’Amis nous montre des hommes médiocres qui, de leurs petits bras, permettent à la Shoah d’avoir lieu. Oriane Jeancourt Galignani, Transfuge.


La Zone d'Intérêt, Calmann-Lévy, 2024, 400 p.

Quatrième de couverture :

Il était une fois un roi qui demanda à son magicien préféré de confectionner un miroir magique. Dans ce miroir, on ne voyait pas son reflet. On y voyait son âme : il montrait qui l’on était vraiment."

À l’extérieur des murs barbelés du camp de concentration Kat Zet I se trouve la Zone d’Intérêt. Dans ce secteur résidentiel, les destins de quatre personnages s’entrechoquent : Paul Doll, le commandant du camp, Hannah Doll, sa femme, Angelus Thomsen, un officier SS et Szmul, le chef du Sonderkommando, témoin de la barbarie.

Dans La Zone d’Intérêt, roman choral, le grand écrivain anglais Martin Amis met en scène le mécanisme de l’horreur au sein du système concentrationnaire.

Martin Amis (1949-2023)
La zone d'intérêt (2014, traduction française en 2015)

Nous avons lu ce livre pour le 8 mars 2024. Le nouveau groupe l'a lu pour le 2 février et le groupe breton pour le 22 février. Une trentaine de lecteurs réagissent ci-dessous.

Nous avons vu le f
ilm The Zone of Interest de Jonathan Glazer (Grand prix du Festival de Cannes 2024).
DES INFOS AUTOUR DU LIVRE
Repères biographiques
Les livres de Martin Amis
Les traducteurs
Zone d'intérêt

   - La zone d'intérêt : qu'est-ce ?

   - Un thème qui n'est pas nouveau chez Amis
   - La zone d'intérêt refusé chez Gallimard
   - Presse écrite : articles et interviews
   - Radio : interviews
   - Vidéos : interviews
   - Différences entre livre et film

Nos 15 cotes d'amour du 8 mars 2024
ClaireJacquelineKatellRozenn
BrigitteCatherineChristelle
Françoise
Monique LRichard
Sabine
Clémence
Fanny

Jérémy
Renée

Lors des échanges, le roman Les Bienveillantes a été évoqué à plusieurs reprises. On peut justement voir en ce moment sur Arte Un écrivain dans l'enfer nazi - "Les Bienveillantes" de Jonathan Littell, dans la série passionnante "Les grands romans du scandale", un film de Jean-Christophe Klotz (2023, 55 min). Raflant le Goncourt et le prix de l'Académie française, le roman devient un best-seller immédiat, à la fois porté aux nues et conspué.


Jacqueline
Je n'ai réussi à trouver aucun intérêt à ce livre. Seule, j'aurais vite abandonné mais je l'ai pourtant lu consciencieusement parce que c'était pour le groupe lecture et que la manière dont son sujet était reçu m'intéressait (au même titre que la postface de l'auteur et les nombreuses lectures auxquelles il se réfère)
Dans cette postface, il évoque (comme si cela devait légitimer son travail ?) les ascendances juive de sa femme… Devrais-je évoquer les raisons personnelles de mon intérêt pour cette période de l'histoire qui est celle de ma naissance, ou plus généralement, pour l'univers concentrationnaire ou les génocides ?
Dans cette postface, Amis cite Primo Levi : "Peut-être ne peut-on pas ou, qui plus est, ne doit-on pas, comprendre ce qui s'est fait, car comprendre, c'est presque justifier (…). Ce sont des paroles et des actes non humains, véritablement antihumains…" Amis dit que cette citation lui ouvre une porte pour franchir le défi.
Mais il me semble qu'un romancier dans son rôle devrait justement être porteur de l'humain par son récit et son langage… Ce n'est pas ce que j'ai ressenti à la lecture qui m'était extrêmement pesante…
J'ai eu du mal à distinguer les personnages autrement que par les faits qu'ils rapportent et jamais par leur voix et pourtant, dans ce procédé d'alternance, j'aurais aimé les entendre… Il y a bien l'introduction des mots du corps féminin en allemand dans la pensée de Paul Doll (pour illustrer son mépris et/ou son obsession ?). Cela ne m'a pas gênée ; mais quel intérêt ? Et j'ai été surprise par ce qu'en dit l'auteur dans un interview : "Quant au langage lui-même, vous connaissez la théorie selon laquelle l'Holocauste n'aurait pu avoir lieu dans une autre langue. L'allemand est la langue maternelle de l'Holocauste…. C'est pourquoi j'ai glissé des mots d'allemand dans les dialogues de mes personnages" (un reliquat de sa lecture de Klemperer dont je croyais que nous avions lu au groupe L.I.T. la langue du troisième Reich).
À propos d'Hitler, Amis parle aussi de Lanzmann et de "l'obscénité" de toute explication… Cela m'évoque la difficulté réelle d'un romancier ou d'un créateur à rester juste, à concilier devoir de mémoire, respect des témoins et de leur point de vue, comme respect de ce qui est en voie de devenir historique… Il y a, je trouve, quelque chose d'obscène dans certaines utilisations de la Shoah (et pas que dans quelques romans ou films…)
Je ne connais pas Emil Fackenheim, ni Penser après Auschwitz, mais après un génocide, les témoignages sont infiniment précieux et j'admire le travail de Hatzfeld au Rwanda.
Par ailleurs, on a parlé de "banalité du mal". C'est une idée très forte. Je n'ai pas su la trouver dans le livre. Au contraire, le film illustre vraiment bien, pour moi, cette idée avec ses scènes champêtres et les préoccupations immédiatement matérielles des protagonistes. D'ailleurs j'ai apprécié le film, y compris la question des traces et de la mémoire suggérée par ces scènes finales où l'on voit des employés balayer le musée après la fermeture et, en arrière-plan, une vitrine glaçante d'objets résiduels... Peut-être que si le livre ne m'a pas évoqué la banalité du mal, c'est parce que Paul Doll est déjà perturbé quand il entre dans un système organisant l'inhumain. Cela fournirait une explication psychologisante et aucune explication structurelle… C'est déjà ce qui m'avait gênée dans Les Bienveillantes. J'ignore d'ailleurs si le succès des Bienveillantes 15 ans auparavant a inspiré le parti pris d'Amis, mais j'y avais appris énormément de choses, c'était intéressant ! Ce n'a pas été le cas avec celui-ci et je le ferme.
Claire
J'avais eu les échos positifs motivants du club de lecture de Renée à Narbonne qui a déjà programmé ce livre, et avais compris que l'on pouvait voir avant ou après le film, vu qu'il est inspiré et non adapté du livre - indifférence d'ordre que j'avais du mal à croire, vu que par principe je lis d'abord le livre. J'ai en effet vu le film avant, ce que je n'ai pas regretté, film extraordinaire qui me semble "à voir", mais où je me suis assez ennuyée.
Pas regretté car le film m'a donné envie de lire le livre.
Le point de vue irrespectueux, assez provocateur, choisi par Martin Amis pour évoquer la Shoah du point de vue de bourreaux vulgaires, avait tout pour me plaire
L'alternance de narrateurs, même si ça peut être un procédé qui devient banal ? Allons-y, c'est un fonctionnement intéressant.
Nombre de phrases m'ont semblé dépourvues de sens. Je ne voyais pas qui parlait ni de quoi il était question. Rien n'accrochait mon intérêt, l'ennui fut vite au rendez-vous. Le mélange de nombreux termes allemands, ou encore un ou une en chiffres sans raison, en ont rajouté une couche.
Pour relancer mon attention, j'ai regardé la postface avec ce titre pompeux "L'après" : elle m'a semblé pénible, peu éclairante, mal foutue.
J'ai retenté ma chance, puis j'ai laissé le livre. Je le ferme sans aucune indifférence, mais avec une forme de colère.
J'ai lu les avis des deux groupes qui ont déjà lu le livre. Je remarque que ce sont les garçons uniquement qui ont "ouvert en grand". Je remarque aussi qu'ils parlent peu du livre en formulant leurs réactions.

Catherine
J'ai remarqué aussi.

Claire
Seule Chantal qui ouvre aux ¾ me semble expliquer pourquoi elle a apprécié le livre en tant que roman.
Sabine(à l'écran)
Comme beaucoup, j'ai vu le film avant de lire le roman de Martin Amis, pour la simple raison que la diffusion du film fut courte (trois semaines à Nîmes). D'ordinaire, on lit avant (G. Eliot, E. Hemingway), on regarde les adaptations après. Cela dit, les deux œuvres me semblent tellement différentes et dissociables que cela importe peu ; dans les deux cas, j'ai eu le sentiment d'avoir affaire avec un "ovni" littéraire et un "ovni" cinématographique.
Je commence par le film : durant les presque deux heures de projection, j'ai été spectatrice d'une "entreprise cinématographique expérimentale" qui veut rendre compte d'une "entreprise génocidaire expérimentale innommable". Je suis restée totalement froide, gênée parfois bien sûr. Je pense que je suis passée à côté du film ; pour autant, mon fils de 25 ans, dont j'attendais la réaction, a ressenti la même chose que moi. Je partage l'avis de Xavier Leherpeur qui dit que ce film est contre-productif en servant l'argumentaire des négationnistes (ce qui ne se voit pas n'existe pas). Après réflexion, c'est le personnage d'Hedwig Höss qui m'a vraiment déplu : elle représente le prototype de la femme rêvée par la propagande nazie (froide, insensible, anti-féminine) et je crains qu'un public non averti s'imagine que toutes les femmes allemandes étaient ainsi ; on tomberait alors dans le pire des clichés. Songeant à ma mère et ma grand-mère allemandes, qui vécurent à Berlin durant la guerre, elles étaient à l'opposé de cette image ici représentée. Après moultes discussions avec des ami.e.s et collègues, il ressort que les avis les plus tranchés et opposés s'affrontent et c'est plutôt sympa. J'ai lu le "dossier pédagogique" à destination des enseignants en ligne, long (50 pages) et instructif. Pour toutes ces raisons, j'irai peut-être revoir le film. Mais je reste bien dubitative. Connaissant un peu-beaucoup tout ce qui a été filmé sur la Shoah, mes films préférés sont : Nuit et brouillard, La liste de Schindler, Shoah et Le fils de Saul.
Concernant le livre, j'ai été surprise par l'adaptation qu'en a fait le cinéaste : il ne reste quasi rien des personnages du livre, excepté le couple infernal. J'ai trouvé ce livre difficile :
- Je me suis perdue dans les dialogues, les personnages, les propos.
- Moi qui pratique l'allemand, je me suis demandé comment ont fait ceux qui ne le parlent pas pour comprendre, puisque très souvent, aucune traduction ne suivait.
- Le cynisme adopté ne m'a pas convenu. Sans doute suis-je touchée de façon trop profonde pour apprécier l'angle choisi pour traiter ce sujet.
Il y a quelques passages qui ont retenu mon attention, par exemple : Nous nous trouvions au rez-de-chaussée du Bunker 13, l'une des multiples bâtisses de morne brique grise du Stammlager ; les rares fenêtres étaient barricadées, si bien qu'il y régnait une atmosphère pour ainsi dire aveugle, d'enfermement (sans parler de l'acoustique tortueuse qui vous suivait partout au Kat Zet). Pendant les dix premières minutes, j'ai entendu, montant des caves, une série de hurlements, expression d'une douleur qui allait crescendo et éclatait peu à peu. Suivis par un long silence, lui-même suivi par les échos de bottes sur des marches en pierre, échos poussiéreux, caillouteux, même. Michael Off est entré, s'est essuyé les mains à un torchon. Son tricot de peau crème lui donnait des airs du jeune homme qui, à la fête foraine, aligne les autotamponneuses. Hochant la tête à mon intention, il m'a dévisagé tout en, eût-on dit, comptant ses dents avec la pointe de la langue, d'abord les dents du bas, puis celles du haut. Il a pris un paquet de Davidoff sur l'étagère avant de redescendre au sous-sol, et les hurlements qui allaient lentement crescendo et éclataient peu à peu ont repris. (p. 218-219).
Les critiques (livrées par Claire, merci !) m'ont confortée dans mon jugement. L'interview du romancier éclaire sa démarche, mais je ne suis pas convaincue : le style ne me plaît pas et, quant au fond, le livre ne m'a rien appris. J'ouvre un tout petit quart !
J'ai hâte de vous lire et vous souhaite une bonne séance !

Monique L

A priori, je trouvais intéressant le projet de traiter les événements liés à la Shoah de manière décalée et en apporter une nouvelle lecture. Je m'attendais à être dérangée avec un tel sujet mais pas de cette façon. Martin Amis nous parle de la Shoah d'une façon inédite et dérangeante, volontairement provocatrice, qui aurait pu marcher. Son projet de faire le portrait d'une nature humaine monstrueuse, capable d'ignorer l'horreur qui se passe sous ses fenêtres est plus qu'intéressant.
Mais ses excès dans la caricature ne servent pas son propos. Je n'ai pas apprécié ce roman, non pas parce que la Shoah doit être traitée avec respect mais par ce que le ton m'a déplu. J'ai été gênée par le côté caricatural de Doll. Je pense qu'un nazi plus subtil et tout aussi détestable aurait tout autant fait l'affaire. Je trouve que la place donnée au coup de foudre de Thomsen est trop importante. De plus, était-il nécessaire d'en faire un obsédé sexuel ?
Par contre, j'ai particulièrement été touchée par les pages concernant Smulz, le Juif chef du Sonderkommando. Martin Amis décrit le terrible cas de conscience complexe qu'ont pu vivre les hommes qui ont fait ce choix par résignation, instinct de survie, ou désir de témoigner plus tard.
Dans les dernières pages l'auteur aborde un débat intéressant "Sous le National-Socialisme, on se regardait et on voyait son âme. On se découvrait. Cela s'appliquait, par excellence et a fortiori (avec une violence incommensurable), aux victimes, ou du moins celles qui vivaient plus d'une heure et avaient le temps de se confronter à ce reflet. Mais cela s'appliquait également à tous les autres : les malfaiteurs, les collaborateurs, les témoins, les conspirateurs, les martyrs absolus […]. Nous découvrions tous ou révélions, désemparés, qui nous étions".
J'ouvre au quart.

Par la suite, j'ai vu le film de Jonathan Glazer inspiré du roman mais qui n'en est pas du tout une adaptation. J'avais déjà écrit mon avis sur le roman. Je ne l'ai pas changé.
Ce film montre à mon sens de façon plus efficace sur la banalité du quotidien dans un environnement d'horreur qui ne trouble pas la vie de la famille. J'ai trouvé cela très fort car on sait ce qui se passe de l'autre côté du mur sans que la famille n'y prête attention. Comme spectateur? on est hanté par l'autre côté du mur : une cheminée crachant une fumée noire, mais surtout les sons : le ronflement des fours, la détonation d'armes, des cris de prisonniers et de gardiens des aboiements de chien, le bruit des trains.
Il y a des moments glaçants : lorsqu'un flot de cendres arrive sur la baignade, lorsque Mme Höss vide un sac de vêtements sur la table de la cuisine et qu'elle garde un vison, lorsqu'elle parle de réduire en cendre une de leurs bonnes qui n'a pas fait ce qu'elle souhaitait.
En parallèle, la famille vit une vie tranquille dans un cadre agréable aménagée par Mme Höss qui s'occupe de son foyer. Les enfants sont bien élevés. M. Höss est montré comme un chef d'entreprise absorbé à sa tâche. Il est question de productivité, d'amélioration des processus.
J'ai bien aimé ce film !
Renée
(à l'écran)
Dans L'écriture ou la vie que nous lirons bientôt, Jorge Semprun écrit : "Il faudrait une fiction. Mais qui osera ?"
Jonathan Littell a osé avec Les Bienveillantes il a été agoni d'injures ; Martin Amis a osé également écrire du côté des bourreaux. On a dit qu'il se complaisait dans l'horreur, qu'on ne peut pas mettre du burlesque dans la Shoah, etc.
Pour moi, au contraire, c'est un tour de force de mêler la vie et l'amour à cette horreur absolue. Nous connaissons bien la proximité d'Éros et Thanatos. À part Thomsen, la vie du camp c'est : le stupre et la mort. En choisissant de ne pas nommer Rudolf Höss, mais le remplacer par Paul Doll, Amis peut en faire un bouffon grotesque, pochetron, même pas respecté par sa femme.
Pour le reste, il a fait beaucoup de recherches donc le récit est réaliste, hélas ! Ce qui m'a le plus frappée, c'est le vocabulaire, la déshumanisation. La mort d'humains est une entreprise industrielle avec le vocabulaire adéquat. Les hommes sont des pièces, on étudie la "vitesse à laquelle on les use", on calcule la "rentabilité" de telle ou telle formule d'élimination. On nous explique que les fours crématoires sont moins rapides qu'une balle dans la tête et les bûchers ou un charnier. MAIS on fait des économies de balles et on "épargne les nerfs des bourreaux", qui, quand même, sont parfois démoralisés par leur mission.
Le calcul de Doll au théâtre est glaçant et montre la vacuité mentale du personnage. Angélus Thomsen et son ami ont des dialogues horribles "Toute l'Allemagne se bouche les narines", il règne une odeur qui nous rappelle que "l'être humain descend du poisson". Serait-il rentable de nourrir davantage les travailleurs ? Non, ils travailleraient moins et nous en avons à profusion… Quelques moments de lucidité : "ils doivent achèter leur billet de train (…) ça, c'est loufoque".
Le bruit : "un accord impuissant, tremblotant, harmonie, fugue d'horreur et de désarroi humain" ; "Les nappes phréatiques sont contaminées" ; "Le train de passagers arrive, tout guilleret"… et immédiatement après : "la montagne quotidienne de cadavres", la violence, la mort et les excréments dans camion plein de corps décharnés.
Le cas du sonder Szmul est très dur à lire, mais en entrant dans sa tête, nous arrivons à le comprendre. "À chaque nouveau coucher de soleil, je pense : 'Voilà. Pas aujourd'hui.'"
Martin Amis, pour la forme, nous raconte à première vue un roman d'amour dans un camp : pour ma part j'ai été peu intéressée par cet amour. Mais le fond est l'exploration de l'âme humaine, l'abjection dont l'homme est capable, la banalité du mal.
On comprend que Thomsen a lutté à son échelle à entraver le pouvoir allemand, mais il est conscient que ça n'a pas servi à grand-chose ; peut-être au contraire des hommes ont souffert à cause de lui. C'est le seul personnage positif du roman.
Roman extraordinaire pour moi, qui m'a énormément fait réfléchir, comme Les Bienveillantes en son temps. Ce sont deux livres qui nous questionnent sur le MAL, sur "la banalité du mal" décrite par Hannah Arendt.
J'ouvre en grand.

Le film : j'ai trouvé le film très beau visuellement. Mais décevant par rapport au livre.
Le but était tout à fait différent : le cinéaste est parti du principe que nous connaissions tout d'Auschwitz, juste suggéré par la musique, quelques dialogues sur l'odeur, les essais de manteaux en fourrure de la femme de Höss. Donc il nous montre la vie ordinaire d'un bon époux, d'un bon père de famille dont nous, nous savons qu'il est un monstre.
Les MOTS de l'horreur m'ont manqué.
Fanny
Je continue dans la même lignée que Renée.
Je n'ai pas vu le film et mon ami a vu le film et pas lu le livre : en en parlant, on voyait les nombreuses différences, au point qu'on avait l'impression de ne pas suivre la même œuvre !
Il fallait oser raconter les camps en se mettant sous l'angle des tortionnaires. Doll manque de subtilité et est abject, mais c'est réaliste.
Sur les faits, je n'ai rien appris ou presque. Mais on a beau savoir que les nazis considéraient l'extermination comme une gestion de projet, le lire sous l'angle de leurs propos c'est sidérant, vraiment terrible. Le fait d'être du côté des bourreaux, ça donne un souffle.
Côté roman, il y a quelques longueurs et on peut se demander qui parle, mais on finit par raccrocher ; l'histoire d'amour n'est pas forcément utile, mais j'y ai cru et il y a un côté fleur bleue, un peu kitsch, joli quand même… Les mots en allemand, j'ai trouvé cela assez pénible. Ce sont de petits bémols sur la qualité littéraire mais qui, pour moi, pèsent peu dans la balance par rapport à la thématique du roman.
Il y a quelques passages particulièrement bien écrits.
Le personnage de Smulz est particulièrement touchant et intéressant : par exemple quand il dit qu'il aime sa femme mais que vu ce qu'il est devenu, il préfère ne pas la revoir.
J'ouvre aux ¾ en raison de quelques bémols.
Catherine
J'ai vu le film avant de lire le livre et je l'ai beaucoup apprécié. J'ai aimé le début avec cet écran presque noir, la façon dont sont filmés les acteurs, les sons, les détails qu'on découvre petit à petit : les cris, les taches de sang, les cendres, l'horreur d'un côté du mur, de l'autre une vie banale, les jeux des enfants, la piscine. Les sons sont omniprésents dans le film, dans le livre ce sont les odeurs.
J'ai attaqué le livre directement après et j'ai été très déçue. Je n'ai pas aimé que Amis transformé Doll en ivrogne bouffon, je n'ai pas cru aux personnages et j'ai trouvé l'histoire d'amour à la fois superflue et inintéressante. Seul le personnage de Smulz m'a intéressée, touchée. Le dilemme de la survie, même provisoire, à tout prix, qui le conduit à se vouloir se tuer plutôt que sa femme voie ce qu'il est devenu. Il y a des passages intéressants malgré tout, sur le côté bureaucratique, économique des camps, sur les discussions surréalistes à propos du comptage des morts ; mais beaucoup de choses ont été écrites ailleurs et mieux : Les Bienveillantes en particulier. Je pense aussi à
La mort est mon métier de Robert Merle que j'ai lu quand j'étais adolescente, dont le sujet est aussi les camps du côté du même bourreau Rudolf Höss, à Treblinka qui décrit le quotidien d'un autre camp d'extermination et soulève le problème de la révolte des Juifs face aux nazis.
Bref, je n'ai pas été convaincue. J'ai l'impression que le livre ne correspond pas à l'objectif de l'auteur et que la postface dans laquelle il cite toute une bibliographie lui sert à se justifier.
De plus, j'ai trouvé la lecture pénible et je ne vois pas ce que les nombreux mots en allemand apportent au livre.
Une déception qui ne me donne pas envie de lire d'autres livres de cet auteur. Je l'ouvre ¼.

Rozenn(à l'écran)
Que vous ayez aimé ou non, je suis d'accord avec tout ce que vous avez dit.

Françoise
Ça c'est du Rozenn pur sucre !

Rozenn
Je reste très perplexe.
J'ai lu le livre, puis vu le film.
Le livre est fouillis. L'histoire d'amour on s'en fout.
C'est le côté rationnalisateur qui pourrait m'intéresser. Dans Shoah que j'ai revu, il y a un homme qui évoque la question comme un rapport technique : c'est insupportable car parfait.
Du livre ne me reste pas grand-chose, peut-être quelques personnages secondaires conscients de l'horreur.
Dans le film, on voit l'un des enfants la nuit, debout à la fenêtre : c'est une image fabuleuse. Et moi face au monde au loin à travers la télé, j'en fais quoi ?
Je ne conseille ce livre à personne. Ni le livre ni le film.
Oui il y a un risque par le film de banaliser, presque de nier. Film et livre me mettent mal à l'aise.
Comment j'ouvre ? Je n'ouvre pas. ¼ c'est trop.
On peut vraiment passer à côté de ce livre.

(Après la séance) Non j'ai eu tort de dire qu'on pouvait passer à côté de ce livre - même s'il met mal à l'aise - et de ce film - même s'il déçoit quand on vient de lire le livre parce qu'il est trop partiel.
Précisément parce qu'il dérange mon indifférence ou plutôt mon impuissance.
Richard
Ce livre est trop ambitieux : il essaie de décrire une histoire d'amour raté et l'environnement d'un camp de concentration dont on connaît l'affreux détail dans beaucoup de livres déjà publiés.
Ce qui pourrait sauver le livre, c'est l'histoire de l'amour adultère de l'officier SS Thomsen pour la femme de Doll ; mais ce n'est pas assez développé, c'est raté.
La lecture n'est pas très aisée : c'est difficile de repérer qui parle ; j'aurais aimé quelques indications, hélas non, ce sont comme des dialogues de théâtre mais où on ne dit pas qui parle.
J'ai lu le livre en anglais et cela a de l'importance, car c'est un anglais très conversationnel et j'ai du mal à le lier à la gravité d'un camp de concentration. Pourquoi ce choix ? Est-ce que l'auteur veut accentuer pour une audience anglaise la terrible nonchalance des Allemands : nous serions tous capables d'accepter cet enfer ?
Et l'inclusion des termes allemands ? Est-ce que c'est pour marquer que ce ne serait que les Allemands capables de cela ? Je comprends l'allemand et je me demandais comment les lecteurs pouvaient comprendre ces références, par exemple que "KL" veut dire Konzentrationslager ; en plus il y a des erreurs : quelques adjectifs ne sont pas accordés avec leur substantif...
J'ouvre ¼ et c'est très gentil.
J'ai vu le film après : il ne faut pas faire de comparaisons car ce n'est pas une adaptation. J'ai été déçu en ne trouvant pas l'histoire du livre. Mais ensuite j'ai compris qu'il fallait comprendre le film comme une œuvre à part. Pourquoi un tel bon accueil ? Le film en soi est peut-être superbe. Je n'aurais certainement pas eu cette déception si je l'avais vu d'abord. C'est un film pour les cinéphiles. Il faudrait que je le revisite...

Brigitte
(à l'écran)
J'ai vu le film que j'ai bien aimé.
Quant au livre, je n'ai pas été très consciencieuse. J'ai papillonné car j'ai très vite été découragée par ce sujet horrible et donc pénible à lire. J'ouvre ¼, voire moins, s'il existe un niveau plus bas...
Le film m'a semblé plus complexe, par exemple en ce qui concerne la belle-mère ; dans un premier temps elle est admiratrice de la réussite matérielle de sa fille, de la beauté de son jardin, du charme de ses jeunes enfants ; elle finit par comprendre la réalité de la situation, peut-être en entendant les divers bruits en provenance du camp mitoyen ; elle décide alors de partir sans s'expliquer.
La dimension obscure de ce contexte est particulièrement prenante. De même que ces séquences tournées en caméra thermique avec ces personnages mystérieux qui déposent des fruits à l'intention des prisonniers-travailleurs.
D'autres moments m'ont paru un peu faciles comme l'essayage d'un manteau en vison, c'est un peu grotesque ; de même que la façon dont la maîtresse de maison traite ses servantes, ou parle avec ses invitées.
Tout ceci me conduit à m'interroger sur la façon dont nous-mêmes restons assez insensibles à la situation des sdf que nous croisons régulièrement près de chez nous.
Christelle
Le titre m'a interpellée. Et j'étais a priori favorable au côté cynique, économique et burlesque.
Mais le concept n'a pas pris par la suite. C'est écœurant. Les tentatives d'humour tombent à plat.
L'allemand m'a intéressée, stimulée.
Mais j'ai calé plusieurs fois, et aux trois quarts du livre j'ai calé pour de bon.
Je n'ai pas vu le film.
J'ouvre ¼ pour le titre bien trouvé et la tentative d'associer grotesque et économique.

Jérémy
Avant la lecture
: Je ne connaissais pas Martin Amis et n'avais pas entendu parler du livre quand il est sorti. Le thème historique du livre était fait pour me plaire. Seul hic : la couverture ultra kitsch et la mention "Le roman à l'origine du film". Ça fait vraiment "Vu à la TV".
Après la lecture : J'ai adoré. Et cela faisait longtemps que cela ne m'était pas arrivé quant aux lectures dans le groupe (depuis cet été et Middlemarch en fait !).
J'ai aimé :
- La multiplicité des voix narratives qui apporte une dynamique. J'ai eu un peu de mal à suivre au début, surtout parce que j'ai lu une partie du livre assez rapidement avant de faire une pause et de m'y remettre. Mais en m'y remettant j'ai à nouveau feuilleté le début du livre et ai pris quelques notes pour repérer les personnages et leur rôle. À partir de là tout a été plus simple. Il y a peut-être un petit effort à faire mais je trouve que cela fait partie du travail du lecteur. Et ce n'est rien en comparaison des romans russes par exemple !
- Le fait que le livre soit très documenté et qu'on y apprenne des choses sans que cela ne soit "lourd" ou pontifiant. Je suis peut-être inculte, mais j'ai appris ou revu des choses que j'avais certainement oubliées, ou jamais bien assimilées : la sélection, les petits calculs sordides pour faire "durer" la main d'œuvre le plus possible pour le moins cher possible (le nazisme comme recherche d'efficacité et de rendement poussée à son paroxysme), les détails "techniques" sur les bûchers, sur le "pré", la logistique des convois, etc. J'ai également apprécié les références historiques, la montée du nazisme, ainsi que ce passage sur la manière dont la grande majorité a été "entraînée" malgré elle, lorsque le personnage de Thomsen dit "Nous avons suivi, nous avons suivi le mouvement, faisant de notre mieux pour traîner les pieds, érafler les tapis et gratter le parquet, mais nous avons suivi. Des comme nous, il y en avait des centaines de milliers, peut-être des millions."
- La "galerie de personnages" : Doll est caricatural, mais cela peut très bien être réaliste comme dit Fanny. Les nazis n'étaient pas tous des petits fonctionnaires ternes et "passe partout". S'il est too much, je suis convaincu par sa bêtise, sa cruauté, son cynisme. Et c'est "drôle" d'une certaine manière (je pense notamment au passage de la sélection où il promet un sauna, un sandwich au fromage et un ragoût brûlant aux nouveaux "arrivants"). D'ailleurs il n'est pas si bête que ça, par exemple quand il dit : "Cela me sidère, qu'ils décident de persister, de durer de la sorte. […] Être est une habitude, une habitude à laquelle ils sont incapables de renoncer." C'est intéressant, beau même.
J'ai beaucoup aimé le personnage du Sonder Szmul : ce personnage est beau, lorsqu'il dit : "Qui aurait pu deviner combien c'était fondamental et nécessaire, dans les échanges humains, de voir les yeux ? Mais les yeux sont le miroir de l'âme et, quand l'âme est partie, le regard est vide".
- Comme Renée, l'histoire d'amour, qui renvoie pour moi à ce lien Éros/Thanatos, intéressant ici : la mort rôde partout, mais les pulsions sont là, comme si les personnes avaient besoin de "décharger" : le sexe comme exutoire. Cela peut sembler sordide et incongru mais pour moi le symbole est très fort : la vie malgré tout, la vie parvient toujours à se frayer un chemin.
- Sur la forme, j'ai bien aimé les termes en allemand qui ont dérangé certains. Je ne suis pas germanophone mais j'ai fait de l'allemand, donc cela ne m'a pas gêné. Je trouve que cela ajoute au réalisme et ancre le roman.
- Beaucoup d'entre vous ont dit avoir lu bien mieux sur le sujet ou qu'il n'y avait rien de nouveau sous le soleil. Je suppose qu'il y un gap générationnel et je plaide aussi coupable d'inculture car je n'ai pas lu tant de livres que cela sur ce sujet. Par ailleurs, d'une certaine manière, on a déjà tout dit, tout écrit sur le sujet, mais en aura-t-on jamais assez dit et jamais assez écrit ?
J'ai donc beaucoup beaucoup aimé et suis surpris par tant d'avis négatifs !
J'ai vu le film en cours de lecture et en revanche je l'ai trouvé nul et non avenu, sans utilité.
J'ouvre en grand, donc.
Françoise D

Les deux livres de Martin Amis que j'avais lus antérieurement, Night Train et Expérience, ne m'avaient pas impressionnée. Et là, bof bof aussi. Il ne m'en reste rien.
J'ai quand même été intéressée puisque je l'ai lu jusqu'au bout. Mais pas plus que ça ; l'histoire d'amour, bof. On ne cerne guère les personnages. On sait que le camp est là puisque c'est l'objet du livre, mais c'est impalpable. Et surtout, je n'en garde rien.
Les Bienveillantes, c'est cent coudées au-dessus. Martin Amis fait du recyclage. Rien de nouveau. Bien sûr il ne faut pas s'attendre à des révélations, mais du point de vue littéraire je trouve que c'est raté.
Je n'ai été touchée à aucun moment. Mais je l'ai lu jusqu'au bout parce que c'était pour le groupe et aussi pour savoir comment il allait terminer. À plat.
Quant au film, il n'a rien à voir, ce ne sont pas du tout les même personnages, plus proches de la réalité peut-être. J'ai aimé la performance de Sandra Hüller. Le camp est plus prégnant que dans le bouquin. Mais ce n'est pas "à voir absolument".
Katell

J'ai vu le film, intéressant, glaçant, pas mal. Mon fils de 17 ans l'a trouvé chiant.
J'ai été autrement marquée par La mort est mon métier de Robert Merle !
J'ai lu celui-ci comme Brigitte, paresseuse, car je n'ai pas accroché.
Martin Amis, on en parlait dans les années 2000-2010, avec son livre
Expérience.
Que Gallimard l'ait refusé, c'est pas rien quand même.
J'en fais autant et je ferme...
Clémence (avis transmis par une internaute)
J'ai trouvé que ce livre offrait une perspective intéressante sur le régime nazi.
La lecture en elle-même n'est pas forcément toujours très facile. En effet, la narration changeante et les nombreux termes allemands m'ont parfois perdue, et il a souvent fallu que je revienne en arrière pour bien comprendre ce dont on parlait. À cela s'ajoutent des personnages clairement peu attachants, même si parfois plus complexes qu'à première vue (je pense notamment à l'officier, dont je n'ai jamais bien compris d'ailleurs ce qu'il pensait des camps et du régime nazi) dont les discours sont difficiles à suivre.
Néanmoins, au milieu de tout ça, il y a des moments de lucidité que j'ai trouvés d'autant plus poignants qu'ils semblent survenir presque par hasard, au détour d'une autre pensée du narrateur. Par ailleurs, il y avait quelques axes de réflexion intéressants à mon avis, tels que le rôle de l'aristocratie et des intellectuels dans ce régime, ainsi que la mentalité des officiers (même s'il est parfois difficile de faire la part des choses entre le réel et l'exagéré).
J'ai trouvé globalement que c'était un livre complexe et bien documenté, à relire peut-être, qui ne s'en tient pas à des banalités comme j'ai pu voir dans certaines de ses critiques.


Les 6 réactions sur le livre
du nouveau groupe parisien
réuni le 2 février 2024

David Jean-Paul Lahcen

Entreet Katherine
Anne-Marie
Margot


Nathalie B Anne Audrey
etFrançois
n'ont pas lu
le livre mais se sont exprimé.es

Jean-Paul
À la lecture de la quatrième de couverture je me suis interrogé "qu'est-ce que cela va être ?", un "Monty Python", vraiment, sur un tel sujet ? Au début de l'ouvrage je n'ai pas trouvé l'écriture et le déroulement très limpide entre les narrations des trois principaux protagonistes mais on comprend assez vite que décrire ces personnages dans leur vie médiocre et caricaturale nous fais percevoir encore plus comprendre l'horreur et l'inacceptable c'est la grande force de ce roman. Nous sommes plongés dans les abysses de l'abject lorsque est décrit du mode opératoire de comptage de cadavres : "les crânes, non, plutôt les fémurs" sans émotion, ou lorsque la femme du commandant se maquille alors la chambre à gaz "tourne" à plein régime. Ces personnages que l'auteur a affublés de masques sont réels, et cette narration peu habituelle de l'holocauste nous amène à réfléchir sur ceux qui ont appliqué leur tâche avec zèle comme n'importe quel autre "travail".

Nathalie B
Je n'ai lu malheureusement que quelques pages. Question de temps impossible à trouver. Mais ces quelques pages m'ont donné envie de poursuivre, car j'ai trouvé intéressant d'aborder le sujet comme l'auteur l'a fait. Je ne connaissais rien du thème du roman. Pourtant je comprends très vite que cette conversation entre deux hommes qui parlent d'une jeune femme d'un ton badin, sont des gardiens d'un camp de concentration. J'ai pensé à La mort est mon métier de Robert Merle. Dans lequel il n'y avait aucun badinage. Et aussi à l'essai de Johan Chapouto, Libres d'obéir : le management du nazisme à aujourd'hui.

Audrey
Pour ma part, je n'ai pas lu le livre, mais vu l'adaptation au cinéma, laquelle s'ouvre sur un écran noir avec des sons étouffés et étouffants qui ne cesseront d'habiller en arrière-plan les images. Les sons de la souffrance et de la destruction, des sons qui deviennent la toile de fond banalisée d'un génocide derrière le mur d'une habitation indifférente à leur existence ou à leur signification ! L'intérêt de ce récit réside à mon sens dans le fait de nous faire passer du côté du bourreau, de nous permettre soudain une identification inimaginable, ce que les films historiques et les archives ne m'avaient pas permis de sentir jusque-là, me laissant du côté des victimes, du côté des défenseurs des droits humains, du côté de l'incrédulité et de l'incompréhension face à cette organisation abominable et moralement incompréhensible du "Mal". Mais là, cette fiction me fait frémir en me faisant basculer de l'autre côté. Surviennent alors ces questionnements pour le moins perturbants : ces petits ingrédients de l'horreur n'ont-ils pas été disséminés, ne m'ont-ils pas atteinte un peu moi aussi - et nous tous - aujourd'hui ? Ne sommes-nous pas tous un peu à l'image de ces êtres ? Coupables d'une forme d'indifférence, enfermé.es dans nos petits pratiques tolérantes de l'horreur, de la misère de la souffrance et des destructions qui se déroulent au bas de nos immeubles, dans des guerres soutenues par nos États, dans des échanges commerciaux qui détruisent la planète, la biodiversité et ceci à notre plus grande connaissance. Le bruit des "informations" de tous les drames qui nous entourent ne cessent pourtant eux aussi de bourdonner en toile de fond de notre quotidien... Attention, bien entendu, il ne s'agit pas de trouver une équivalence ou une analogie exacte avec ce qu'a été la Shoah et avec l'acte direct de ce directeur de camps et de ses sous-fifres qui agissent directement sur l'organisation de la mise à mort de centaines ou de milliers de personnes chaque jour !
Simplement, le film, et en particulier le personnage de la femme (qui ne s'avère pas fidèle au personnage du livre), semble nous tendre un miroir tout à fait terrifiant, tant il véhicule bien le reflet de préoccupations contemporaines et invite à s'interroger sur cette distillation de comportements hyper individualistes qui nous conduisent, centrés sur nos réalités nombrilistes, à détourner le regard à refuser de voir de l'autre côté du mur, à entrer dans une forme d'indifférence. Comment ne pas lire dans les préoccupations de cette femme et de cette famille, les nôtres propres, celles de notre société, de nos petits tracas quotidiens ou de nos objectifs de vie : nos petites recherches de confort, l'évolution "successful" de nos carrières, l'éducation "réussie" de nos enfants, la bonne tenue de nos maisons, le plaisir d'entretenir nos jardins, de posséder une belle piscine, se prendre du bon temps etc. Et tout ça, donc, dans une parfaite tolérance et acceptation des bruits de l'horreur en toile de fond. Et ce parce que nous sommes du bon côté du mur... Bref, beaucoup de points communs entre ces êtres et nous-mêmes qui tout à coup questionnent le basculement qui peut s'opérer. À quoi serions-nous prêts à renoncer au fond ? Serions-nous cette femme-là ou celle bouleversante qui dépose nuitamment ses petites pommes pour améliorer, pour quelques heures ou quelques jours, le quotidien de ses condamnés ? Il faut donc retourner voir Shoah pour remettre de la frontière entre ces êtres à la capacité meurtrière délirante et nous autres qui les condamnons avec horreur. (Et aussi pour faire lien avec ce que disait Nathalie concernant des pratiques entrepreneuriales déshumanisantes, je vous renvoie ici à un travail d'un chercheur, Johann Chapoutot, dont Nathalie nous a parlé).

Anne (n'a pas lu le livre mais vu le film)
Extrêmement intéressant. La relation aux femmes au début. On quitte l'érotisme. C'est un livre sur le déni, parallèle avec aujourd'hui, à notre impuissance sur les enjeux comme l'écologie, et l'égoïsme de nos petites vies aujourd'hui. Je sens qu'il y a une approche du sujet très intéressante (mais j'ai juste vu le film).
Le film est excellent, il montre avec une douceur extrême la violence extrême, la douceur suave du rien. Un monde petit-bourgeois pas misérable en soi, mais pervers dans son déni et son euphémisation du drame : "ce rouge à lèvres, je l'ai pris à cette petite Juive". J'ai eu envie d'approfondir la vie de ce commandant. Il y a un truc incroyable "aller voir derrière les voyages" (??). Ou "derrière nos écrans" ?
Anne-Marie

Les personnages sont cyniques, bureaucratiques, en état d'ébriété. Le livre semble plus subtil que le film. Les personnages ne se disent pas tout, de peur d'être sanctionnés. C'est un système à broyer. Les états d'âme s'expriment en catimini.
La lecture est peu aisée à cause des expressions allemandes omniprésentes. Il y a des débats surréalistes sur la pertinence de nourrir mieux les prisonniers du camp. S'il reste de l'archaïsme dans cette organisation, c'est dans le travail (avec des débats entre la pertinence d'une main d'œuvre avec des conditions décentes de travail afin d'optimiser son rendement).
Je n'ouvre pas tout à fait complètement, en raison d'une manière parfois agaçante de traiter beaucoup de sujets comme une plaisanterie de mauvais goût. Avec de la confusion dans les dialogues. Et un manque de notes de bas de page.
Katherine entre et
L'épisode de la productivité m'a marquée. Il s'agit de la discussion autour des rations de nourriture que l'un estime nécessaire d'augmenter pour rendre les prisonniers plus productifs et l'autre qui dit que non, pour des raisons idéologiques car de toute façon selon eux "le juif ne travaillera pas plus". Dans ce camp, il faut être efficace, faire brûler les cadavres avec le plus d'économie possible … Doll est bête et alcoolique, il est dans le devoir. On ne voit rien du camp, mais les odeurs sont omniprésentes. Et elles sont insupportables, de plus en plus. À la différence du film, les personnages ne donnent pas l'impression de mener une vie paisible et heureuse autour du camp. On est en train de nettoyer la nation et on détourne les yeux. Le style est difficile à comprendre. On ne voit pas trop qui fait quoi.

Lahcen
Je partage ce qui a été dit. Cela me rappelle en effet le mode de l'entreprise, avec les sanctions, les réunions… L'ambiance est glauque. Le fait que différents personnages parlent à tour de rôle ne m'a pas gêné, ce sont des points de vue différents. Les femmes sont importantes dans le livre : Hannah, dont Thomsen, la personne la plus intelligente du livre, est amoureux, Alitz, les épouses fanatiques, certaines sadiques. Les références aux odeurs et à la contamination de l'eau m'ont frappé. C'est mon premier livre sur les camps et je l'ai trouvé vraiment très intéressant.

Nathalie
Je conseille vraiment La mort est mon métier de Robert Merle qui parle du même. Amis comme Merle s'est inspiré de Rudolph Hoess.
David

"Les Allemands ne peuvent pas gagner la guerre contre les Anglo-Saxons et les Slaves. Mais ils ont sans doute encore le temps de gagner leur guerre contre les Juifs".

À quoi pouvait bien servir cette guerre ? Pourquoi a-t-elle été poursuivie quand bien même les nazis savaient la guerre perdue (destruction des Juifs de Hongrie jusqu'à juillet 1944). La question est posée subrepticement par l'un des protagonistes (Thomsen ?), mais disparaît en réalité du récit, comme si la question du sort des victimes, la raison fondamentale de leur destruction n'avait plus lieu d'être. Résonne ici fortement le fameux "Ici il n'y a pas de pourquoi (Hier ist kein warum)" que Primo Levi dépeint dans ce passage de Si c'est un homme :

"Et justement, poussé par la soif, j'avise un beau glaçon sur l'appui extérieur d'une fenêtre. J'ouvre, et je n'ai pas plus tôt détaché le glaçon, qu'un grand et gros gaillard qui faisait les cent pas dehors vient à moi et me l'arrache brutalement. "Warum ?" dis-je dans mon allemand hésitant. "Hier ist kein warum" (ici il n'y pas de pourquoi), me répond-il en me repoussant rudement à l'intérieur."

L'interrogation n'a plus à être posée une fois franchi la porte de cet enfer qu'est Auschwitz. Les humains ne sont plus que des pièces (Stücke) que l'on compte parfois à partir des "crânes ou les tibias". Les problèmes deviennent d'ordre quotidien, on gère une mise à mort industrielle, mais cette organisation n'est pas sans dysfonctionnement : les fours crématoires peuvent ne plus fonctionner et ceci nécessitera d'utiliser les peu pratiques fosses ; un camion rempli de cadavres déverse inopinément sa macabre cargaison devant de nouveaux arrivants débarqués d'un train et qu'on s'efforçait précisément de tromper avec des paroles rassurantes.
À l'extérieur du périmètre du camp de concentration/extermination, la "zone d'intérêt" n'a intrinsèquement pas d'intérêt : dans l'anormalité extraordinaire de ces lieux, elle se remplit du quotidien presque banal des existences des protagonistes, leurs mesquineries et leurs ambitions, les désirs de Thomsen pour la sensuelle Hannah. La dualité dedans/dehors fonctionne parfaitement. Le récit enchaîne ce quotidien, nous y perd parfois volontairement dans un flot de détails et de mots allemands. J'ai eu presque tendance à vouloir critiquer l'auteur en lui intimant l'ordre de revenir aux choses sérieuses ; mais c'est une fine une étonnante prouesse que de faire alterner ces deux réalités miroir pour nous interroger à la fois sur la terreur "à l'intérieur" - sujet maintes fois abordés il est vrai - et la normalité "à l'extérieur". Elle interroge profondément la capacité d'auto-aveuglement des tortionnaires, mais au-delà, du système concentrationnaire qui nait bien au-delà du périmètre du camp, dans la préparation des esprits et leur conditionnement, la déshumanisation patiemment construite des victimes "Untermensch" par une idéologie assumée dès ses origines comme raciste.
L'interface entre ces réalités miroirs passe par la figure du SonderKommando Szmul, rouage essentiel dans le dispositif, chargé - en place des nazis qui trouvaient de plus en plus désagréables de tuer par balle hommes femmes et enfants par centaine (cf. Les Bienveillantes de J. Little) - de la destruction des siens par le gaz, leur dissémination par le feu et la disparition même de leurs cendres : à ce sujet, écouter ou voir le récit difficile La diaspora des cendres ou les témoignages des rescapés du SonderKommando comme Shlomo Venezia. Témoignages incroyable même par le fait qu'ils nous soient arrivés, les sonderkommando étant systématiquement éliminés à intervalles réguliers, afin de faire disparaitre à jamais toute chance que le récit ait une existence au-delà du camp (certains témoignages furent cependant retrouvés enterrés par des sonderkommando éliminés).
J'ouvre ce récit en grand, car le dispositif nous fait réfléchir et nous invite une fois de plus à nous replonger dans cette énigme des génocides : leurs motivations, leur exécution. (Voir la suite des commentaires du livre par David).

François

Je n'ai fait que survoler le livre, je le regrette ; je vais le lire. Primo Levi qui parlait allemand raconte aussi très bien les camps, les mécanismes de la langue et la manipulation. J'irais aussi voir le film.

Après la séance
David envoie un lien sur une émission : "La Shoah à l'écran : quatre films controversés qui ont questionné notre regard".

François
Merci David, la question de la représentation est évidemment cruciale... J'ai beaucoup aimé le film de Jonathan Glazer qui, comme le roman, offre un point de vue glaçant, grinçant et décalé qui ne peut pas laisser indifférent... Je ne désespère pas de parvenir à formuler un avis. Entre temps, suite à notre passionnante discussion, j'ai relu quelques passages magnifiques de Primo Levi, immense "témoin" de cette histoire tragique qui n'a sans doute pas dit son dernier mot : toujours en revenir à ceux de Bertolt Brecht à la fin d'Arturo Ui : "Le ventre d'où a surgi la bête immonde est encore fécond."
Margot (avis transmis)
Merci David, ce lien est précieux. Le film de Spielberg et Benigni étaient en effet indécents à force de réduction et volonté de rachat. Oui, il a existé l'humour dans les camps et des représentations théâtrales et musicales, en particulier à Theresienstad, mises en scène par les nazis eux-mêmes lors de visite de la Croix-Rouge qui a foncé dans le panneau et fait savoir à l'Europe que les Juifs étaient dans des camps de travail. Lanzmann a raison, l'extermination nazi est irréductible à la fiction. Entrer dans la fiction est une des voies de l'identification à l'histoire sous forme de récit par l'effet des sens et de l'individualisation (toujours le récit d'un sujet ou petit groupe de sujet), grâce aux émotions. Aujourd'hui d'ailleurs on ne jure que par les émotions... C'est encore plus vrai pour l'image qui fonctionne comme une enveloppe sensorielle pour toute la gamme des émotions… Or la Shoah nie la singularité du sujet et dans sa pensée et dans sa culture et dans ses sensations, elle broie l'humanité du sujet, et le prive non seulement de sa vie mais de la vie de tous les siens, ascendants, descendants et futurs descendants. De toute son appartenance à l'espèce humaine. Et de Tous ceux qui composent cette humanité, les siens pris dans le sens collectif, culturel et pensé dans le long fil de l'histoire. Antelme a été encore bien plus loin quand il a montré grâce à son redoutable livre que les nazis ont aussi réussi à priver les hommes de leur mort. La Shoah est l'organisation de la production industrielle de millions de cadavres. Comment dès lors croire être plus fort que cela et vouloir rendre cette expérience effroyable de l'intime par l'image ? Tenter de le ressentir lorsqu'on visite les camps fait passer à côté du sujet, là encore, on ne peut que tenter de se représenter. Tenter de penser l'extermination, c'est risquer la folie et sortir de l'humanité, on se sent alors coupé en deux. Pensée et émotions sont irréductiblement séparées, à jamais. C'est aussi cela le legs de l'expérience nazie après le Troisième Reich. Par ailleurs la solution finale des camps a aussi été envisagée de sorte d'épargner les SS d'avoir à tuer eux-mêmes car cela générait des "malaises" (cf. Les hommes ordinaires de Browning) : raison pour laquelle les commandants des blocks, du Canada, des chambres à gaz étaient des criminels de droit commun, et les sondercommandos qui brûlaient les corps une fois gazés, des Juifs.
La zone d'intérêt, le livre, est un ratage pitoyable ; le film est aussi l'histoire de ce ratage pour d'autres raisons. Et puis, faire un film sur ce sujet, c'est aussi se placer derrière l'œilleton de la caméra : le lieu du regard des nazis, pour les milliers de photos prises par eux dans la première période d'accueil des internés, comme cela ne suivait pas le rythme des cadences, ils sont passés au numéro tatoué sur le poignet). L'œilleton est aussi et surtout ce visionnage de l'extérieur par les nazis, derrière la porte des chambres, de l'effet de la diffusion du gaz Ziclon sur ceux enfermés dans les chambres à gaz. Alors la mise en scène et la caméra pour ce sujet, comment dire ? Cela interroge sur la place du réalisateur. Avez-vous lu Nous, fils d'Eichmann de Günter Anders ? Le premier mari de Hannah Arendt met en perspective l'impensable qui a imprégné/généré non seulement le management actuel, mais l'ensemble des processus industriels ; j'ajouterai ceux de la conception même de l'architecture urbaine des villes nouvelles.


Les 9 cotes d'amour du groupe breton
réuni le 22 février 2024

Brigitte  Cindy Édith Marie-Thé
Annie •Soaz
Chantal Suzanne

Jean

Brigitte(avis transmis)
Lire la quatrième de couverture, écouter les critiques sur le film me bouleversent, m'émeuvent, me donnent la nausée et je ne veux ni ne peux franchir le pas. Je n'ai même pas acheté le livre…
La Shoah, l'holocauste, la zone d'intérêt... : pour être brève alors que cela mérite une grande réflexion, je pense qu'il faut se souvenir, conserver des vestiges, des monuments, des écrits, des témoignages… Se souvenir pour tenter de comprendre notre monde, voire notre histoire personnelle.
Mais mêler dans ce contexte Histoire et littérature est pour moi un exercice trop périlleux. Si je veux pénétrer au plus près de celui qui a vécu la Shoah, j'écoute ou je lis son témoignage. Si je veux tenter de comprendre, je me tourne vers le discours de l'historien.
Lire et/ou regarder pour souffrir au plus profond de mon être et de mon âme…, je n'en ai pas envie. C'est globalement ce que je peux partager aujourd'hui et j'ai rejeté la proposition de lire ce livre.
Livre fermé, mais je suis certaine que votre rencontre va ouvrir un débat passionné.
Cindy
Avec le livre, désigné comme roman et le film reconnu par les critiques, je m'attendais à lire forcément des histoires difficiles mais soutenables.
Mais j'ai vite déchanté. Le livre m'est apparu très vite insupportable. Chaque page m'a demandée un effort de recul pour ne pas sombrer dans des pensées profondément tristes et pour ne pas faire de cauchemars.
Ce n'est pas à cause du lieu génocidaire d'un camp de concentration très connu et ses alentours ou autres, ni d'une histoire d'amour vécue dans un tel cadre, non. C'est surtout à cause du ton, de l'écriture souvent brouillon vers les pages 171 et au-delà (questions sur des Polonais, puis on saute à des sujets intimes sur Hannah), avec également la construction par chapitres qui font "parler" chacun les personnages avec des descriptions horribles beaucoup trop détaillées. Pourquoi aller si loin avec les odeurs et comme à la page 291 avec les outils utilisés par les hommes du kommando...
Cette "espèce" d'histoire d'amour (donnant un peu d'humanité), qui rythme le roman, aurait pu être "touchante" avec la description plus réaliste du lieu, les caractères psychologiques des personnages et les ambiances si particulières, mais sans ce ton ironique, acerbe et méchant à l'excès.
En outre, c'est un livre qui n'a rien ajouté à ma connaissance de cette période. Et pourtant, à chaque page, j'en attendais quelque chose qui aurait pu me faire changer d'avis. Au contraire, l'auteur apportant un surcroît d'horreurs à toutes les situations. Tout ça a ajouté de l'aigreur à ma lecture, j'ai arrêté, sauté des pages, abandonné le livre souvent. Tant de souffrances avec toujours cette moquerie choquante qui me fait mal.
Je ne donnerai qu'un exemple, mais il y en a tant, de la petite grand-mère p. 42, moquée parce qu'elle se plaignait du manque de confort et de nourritures pendant son voyage en train... : cette image est restée gravée dans ma tête, tout comme ce jeune garçon en costume marin destiné à mourir...
Je saute en effet des pages pour arriver à la fin à comprendre que l'auteur (avec un style singulier) s'est acharné à vouloir démontrer qu'il était capable d'ajouter ce sujet à son œuvre malgré les refus de certains éditeurs. Bien d'autres ouvrages nous ont raconté "les camps" avec plus de pudeur et je dirai de respect pour les victimes et les descendants.
Je comprends mieux le refus d'éditeurs à le publier à l'époque. Gallimard pour des "raisons déontologiques, du malaise ressenti à la lecture mais aussi à cause de contre-vérités historiques que recélerait son manuscrit. Son éditeur allemand Hanser avait réagi de même, et d'autres également, sans se concerter".
À relever, Auschwitz n'est pas nommé, alors que l'auteur s'est souvent embrouillé à nous remplir de détails inutiles et à remplir des pages et des pages bien suffisantes dans la compréhension de l'histoire des camps avec la psychologie des personnages. Dommage qu'il ait choisi un peu trop l'ironie pour décrire ses trois personnages principaux et les caricaturer : le commandant du camp, le neveu critique du régime et amoureux de la femme du commandant (on est dans un vaudeville grotesque), un déporté juif au Sonderkommando...
Cela m'a mise mal à l'aise, parce que pour moi dans mon ressenti, ma sensibilité, ma connaissance de cette période, cela m'a paru trop insensé et absurde au cœur de l'horreur, en plein génocide en action ! L'auteur m'a glacé avec son cynisme.
D'ailleurs Amis ne s'est pas fait que des "amis" et il a répondu à l'époque imperturbable que "le roman étant le lieu de la liberté de l'esprit, il peut tout se permettre".
Il n'a pas pensé aux familles des victimes, aux descendants ?!
J'espère vite oublier "le clownesque" de ces situations tragiques, les plaisanteries grossières, le dignitaire nazi obsédé sexuel, ce Commandant du camp en clown, la dérision partout avec toujours ces effets glaçants...
Je ferme le livre.
Pour ne pas oublier et transmettre aux générations futures, il y a bien d'autres livres, essais, films documentaires, témoignages de déportés enregistrés et je vais me séparer de La zone d'intérêt !
Edith
Arrêt page 320. Il y a maintenant une quinzaine de jours… Ai repris le livre ce midi… Sans enthousiasme jusqu'à la page 88. Ai corné quelques pages au cas où…
J'ai vu le film de Glanzer hier soir. Émue et secouée (c'est une œuvre cinéma pour moi quant au traitement du thème). J'y ai lu un hommage à la fin du générique à l'auteur Martin Amis décédé en mai 2013.
La semaine dernière, je suis allée consulter les notes de Claire. Merci Claire… pour constater que si cela m'a élargi le "domaine". Mais rien pour y trouver à nouveau un plaisir de lecture. J'avais déjà abandonné à la page 320 sans grands souvenirs… L'article de Libération ("La Zone d’intérêt, impact manqué") m'a confortée dans mon jugement de rejet.
Je n'aime pas qu'un livre me résiste comme celui-ci ! Je suis allée à nouveau sur les pages "L'Après". J'ai compris (les infos de Claire) que ce "rajout" fut indispensable pour Martin Amis pour une meilleure compréhension : ??? Désabusée, je l'ai survolé : peut-être dommage. J'ai été très impressionnée par la postface "Ce qui s'est fait"… Bravo pour le travail de documentation, Monsieur Amis !
En fait je ne suis pas du tout rentrée dans le livre. Je n'ai pas compris grand-chose. L'écriture m'a rebutée sans rien d'agréable où poser les yeux : des chiffres, des noms allemands à rallonge, des dialogue elliptiques, des sous-entendus non entendus, une description du camp sans représentation pour moi. J'ai fait appel à des connaissances historiques pour saisir ce que voulait dire l'auteur, le plus souvent comme les allusions aux convois, au triage, aux cadavres… Il me semblait parfois être prise par l'auteur comme un témoin voyeur et complice de son texte comme si je savais ce dont il parlait : un entre-soi dont j'étais exclue. Désagréable vraiment : j'étais en dehors de la zone de compréhension dans laquelle il voulait me mettre. Bref, je suis sans concession pour ce livre.
La forme désagréable rien qu'au regard ! Un livre aussi repoussant fond et forme que le sujet traité. Leurs Z'HISTOIRES ne m'intéressent pas.
Toutefois j'ajoute que je n'avais pas pu lire Les Bienveillantes au moment de sa sortie… malgré des encouragements d'une amie qui l'avait apprécié dans la nouveauté de la démarche littéraire. Je possède toujours ce livre.
Livre FERMÉ, même rejeté. Toutefois heureuse d'y avoir été confrontée car j'attends beaucoup des échanges ici en Bretagne mais aussi, comme chaque fois, avec les groupes parisiens.
Marie-Thé
Je ferme ce livre, dérangeant, malsain.
Je regrette la justesse et l'exigence de Claude Lanzmann, le talent d'Imré Kertész dont nous avions lu Être sans destin. Et la qualité de travail de tant et tant d'autres sur le même sujet. Jamais je n'avais perçu auparavant cet espèce de racolage que je rencontre chez Martin Amis.
Autre chose, je ne suis pas d'accord avec Suzanne parlant de compromission et de culpabilité chez Szmul : les membres du Sonderkommando n'avaient pas le choix, ils étaient forcés par les nazis à exécuter les pires tâches, on atteint là des sommets de cruauté. Szmul se sent souillé, détruit, mais pas coupable. C'est précisément ce que j'ai ressenti.
Annie (avis transmis)
Je suis assez contente de savoir que je ne suis pas la seule à caler sur le livre. M J'ai moi aussi jeté l'éponge vers la page 240, et donc avant la fin parce que ma tête en avait assez mais pas que.
J'ai trouvé que ce roman, puisque c'en est un, était un peu raté. Mal écrit, mal traduit ? J'ai été dérangée sur la forme par ces nombreux mots en allemand non traduits, notamment ceux concernant Hannah Doll (j'ai noté aussi les nombres écrits en chiffres).
Sur le fond, je n'ai pas retrouvé l'émotion à laquelle je m'attendais. Il y a quelque chose qui n'a pas fonctionné pour moi. J'ai eu parfois l'impression d'être dans un mauvais polar (construction analogue avec un chapitre par personnage) avec des descriptions trash qui n'apportent rien de plus que la nausée. L'auteur n'a pas voulu nous faire entrer dans les camps et à mon sens il aurait mieux valu qu'il nous laisse aussi à la porte plutôt que de nous livrer des horreurs que l'Histoire nous a enseignées par ailleurs.
Par exemple, évoquer les odeurs permanentes, les pollutions de l'eau, l'arrivée des convois, etc., est assez explicite et garderait une distance cohérente. Je crois que parfois, il s'est perdu lui-même d'où sa longue postface pour expliquer.
Cependant, j'ai trouvé que l'idée de cette banalisation du mal était intéressante car elle provoque en nous révolte et dégoût et permet peut-être de faire en sorte que la lumière de l'alarme reste toujours allumée.
Pour cette dernière raison et pour ce qui concourt à ne jamais oublier, j'ouvre au ¼.
Je penserai bien à vous, débattez bien !
Suzanne
Je l'ai lu jusqu'au bout, au lit avec la grippe.
Ce livre me renvoie surtout aux atrocités actuelles : nous n'apprenons rien des expériences passées !
J'ai vu le film, très elliptique : il laisse une grande place à notre imaginaire ; nous avons déjà tant de récits et images de cette catastrophe humaine.
J'avais lu La mort est mon métier de Robert Merle, très éprouvant aussi, mais je n'en garde pas un souvenir aussi ancré dans la vie quotidienne des victimes et tortionnaires. Aurais-je lu celui-ci sans Voix au chapitre ?...
J'ai été très intéressée, impactée par ce roman qui donne une bonne idée de l'engrenage infernal de l'extermination des juifs lors de la guerre de 1939-1945.
Deux mondes y sont décrits : le camp d'extermination d'un côté, de l'autre la famille du commandant dans leur propriété idyllique qui se côtoient géographiquement.
J'y ai trouvé toutes les caractéristiques d'un régime totalitaire :
- Le droit de vie et de mort.
- L'appareil policier pléthorique : la litanie des organes de contrôle est édifiante.
- "La criminalité convertie en héroïque vertu".
- La misogynie : les poules pondeuses telle que Gerda qui s'impatiente d'avoir sa médaille de la Famille Allemande, tel que les détenues tarifées, cobayes pour des expériences "scientifiques".
- Le cynisme : faire payer aux déportés leur billet de train. Les 0,01% qui peuvent être "sauvés" s'ils sont écartés par le Sonderkommando avant la file de sélection.
- Le langage dévoyé qui permet d'invisibiliser le réel des choses et des faits : les cadavres sont des pièces, la modalité adéquate... une horreur non nommée. Pour parler de meurtre les nazis ont autant de mots que les esquimaux pour la neige !
- La Déshumanisation :
"La zone d'intérêt révèle qui vous êtes. Ce qui caractérise les échanges humains a disparu."
"Nous aussi nous obéissons aux ordres, nous sommes morts".

Le livre m'a rappelé Charlotte Delbo dans Auschwitz et après : "le commandant du camp habite tout près. Entre la haie de rosiers et les barbelés passe le chemin qui mène au four crématoire. C'est le chemin que suivent les civières sur lesquelles on transporte les morts, les heures déplacent sur le sable des allées et sur les gazons l'ombre de la cheminée. Les fils du commandant jouent dans le jardin, au cheval, au ballon, au commandant et aux prisonniers."

Les deux mondes s'interpénètrent :
- Thomsen : "je comprenais l'odeur, je l'absorbais, je la contenais en moi' à fleur de peau".
- Szmul : … perturbation des sens (un homme avec de fausses mains), Hannah Doll en saluant Szmul lui restitue son humanité et ses larmes.
- Les enfants jouent au commandant et aux prisonniers.
- Les relations entre les officiers, les détenues (Esther). Ils, les kapos et les détenues : "nous aussi nous obéissons aux ordres, nous sommes morts."

Ce roman m'a beaucoup interrogée sur la banalisation du mal et aussi, comme dit Jean Améry, "l'autoréalisation meurtrière" chez Eichmann qui n'émettra aucun regret pour sa participation à ces crimes de masse. La culpabilité émerge à la fin ; Doll lui dira dans sa cellule : "J'ai péché gravement contre l'humanité...". Culpabilité aussi chez Szmul qui après cette compromission avec les nazis ne souhaitera pas revoir sa femme, même s'il est peu probable qu'il échappe aux chambres à gaz.
Une lecture éprouvante et troublante, quand on a lu Charlotte Delbo rescapée des camps, on y retrouve l'horreur du quotidien et l'incroyable capacité de résilience de certains humains, car l'Après cette expérience des camps est une autre histoire. Un roman en deçà de la réalité ?
Chantal
J'assume la défense de ce livre...
Au début de lecture, j'ai du mal à entrer, à comprendre qui est le narrateur, son grade, sa fonction. Trop de mots allemands non traduits, pas envie de chercher.
Je me sens de plus en plus mal à l'aise. Qu'est-ce que ce "blasphème" ? Toute l'horreur de la Shoah, inscrite dans notre inconscient, ici transformée en parodie, en farce : non !
J'y vais tout de même, je veux comprendre où va nous emmener l'auteur.
La zone d'intérêt, nom utilisé par les nazis pour Auschwitz : intérêt politique, extermination des Juifs et autres déportés ; intérêt économique, pour disposer d'une main d'œuvre gratuite pour le groupe IG Farben : les prisonniers ne sont plus des humains mais des "pièces", des "éléments" du système.
Le lecteur est "bringuebalé" sans arrêt entre la vie des officiers du camp - confort, plaisirs sadiques - et l'horreur de la réalité du camp, l'ODEUR omniprésente, les cris, la pollution de l'eau, des sols. Le lecteur se trouve enfermé là-dedans, d'où le malaise de plus en plus.
Je poursuis. L'évolution de la guerre, l'impossibilité de plus en plus certaine de la victoire. Chacun des personnages (fictifs) en prend conscience, réagit à sa façon : l'alcool pour Doll et pour beaucoup le sadisme. Ou le suicide annoncé en voulant combattre sur le front de l'est (Boris), le sabotage (Thomsen), la provocation (Hannah).
Mais pour moi, il y a autre chose... je reprends la lecture !
Tout est plus clair, la construction quasi géométrique des chapitres, Thomsen, Doll, Smulz. Les mots allemands ne me gênent plus, je vais chercher certains : Buna Werke l'usine, le camp particulier du groupe IG Farben.
Les personnages sont fictifs, ils évoluent dans des situations réelles, avérées, documentées. Avec des scènes terribles, insupportables : celle de l'accueil mis en scène des prisonniers, celle des garçons muets, la nuit de Walpurgis et bien d'autres...
Mais le choc pour moi, c'est la phrase de Doll "je suis un homme normal, avec des besoins normaux" ! Cette expression me poursuit, j'ai passé plusieurs nuits avec. Ces personnages... normaux, oui, comme NOUS sommes normaux ! Ils étaient étudiants, engagés ou non, amoureux. Ils se retrouvent là, convaincus, fanatisés, pour certains, embarqués pour d'autres chez qui les doutes, l'angoisse sont peu à peu palpables... Ils ne sont pas comme on aimerait qu'ils soient, monstrueux "tout d'une pièce", non sûrement pas.
Et c'est là que ça coince. La Shoah, on aimerait tellement que ce soit une horreur du passé, une affaire terminée... On juge ces monstres ! Comment ont-ils pu ? Certes, mais NOUS... sommes-nous si... supérieurs ? Si... à l'abri ? Si si si ?
Je pense au livre qu'on avait lu : Aurais-je été résistant ou bourreau ? Ou les deux ?...
C'est là, pour moi, le vrai sens de ce livre, pas qu'une description de choses archi connues, mais un outil, provocateur c'est sûr, pour aller au fond, au fond de nous individuellement, au fond de nous collectivement. Mais, en avons-nous envie ?
J'ouvre ce livre aux ¾. Il restera pour moi, plutôt en moi.
IG FARBEN a toujours une usine chimique, Synthos, sur les mêmes lieux. Le parti allemand AFD a manifesté devant le Bundestag, bras levés il y a moins d'un mois...
Jean
D'un réalisme glaçant, le lecteur est embarqué dans la vie de famille de Rudolf Höss et de sa femme Hedwig.
Pour moi, le sujet du livre n'est pas la "Shoah" mais notre rapport au réel et notre capacité de délires mystiques pour échapper aux questions existentielles.
Une histoire de marivaudage "aux allures de Monty Python" en plein système concentrationnaire est-elle une manière habile de caricaturer le mécanisme de l'horreur… pour le rendre plus insoutenable encore ?
L'intrigue est souvent décevante et à certains égards, la trame de l'érotisme peut sembler hors-propos.
C'est un livre dérangeant..., un exercice pour savoir où nous en sommes quant à notre rapport au réel et nos petits arrangements pour garder un confort moral... (ne pas voir, ne pas entendre, ne pas lire...). Une attitude qui ne prépare pas à une réponse adéquate à la violence (la guerre) et à la perte de notre habitat de vie... (voir en complément des commentaires du livre par Jean).


DES INFOS AUTOUR DU LIVRE
Repères biographiques
Les livres de Martin Amis
Les traducteurs
Zone d'intérêt

   - La zone d'intérêt : qu'est-ce ?

   - Un thème qui n'est pas nouveau chez Amis
   - La zone d'intérêt refusé chez Gallimard
   - Presse écrite : articles et interviews
   - Radio : interviews
   - Vidéos : interviews
   - Différences entre livre et film

REPÈRES BIOGRAPHIQUES
• Enfance et formation
- Il est né au pays de Galles en 1949 :
"Je suis né le 25 août 1949 : quatre jours plus tard, les Russes testaient avec succès leur première bombe atomique, et la dissuasion était en place. J'ai donc eu ces quatre jours d'insouciance, c'est plus que ce que mes cadets ont jamais eu. Je n’en ai vraiment pas profité. J'ai passé la moitié du temps dans une couveuse. Même les choses étant ce qu'elles étaient, je suis né en état de choc profond. Ma mère dit que je ressemblais à un Orson Welles noir de rage. Le quatrième jour, j'avais récupéré mais le monde avait changé en pire. C’était un monde nucléaire." (Introduction à son livre Les Monstres d'Einstein)
- Son père, Sir Kingsley Amis (1922-1995) est un écrivain à succès, auteur d'une quarantaine d'ouvrages. Ses parents divorcent alors qu'il a 12 ans. Amis est un élève très moyen et ne lit que des bandes dessinées jusqu'à ce que sa belle-mère, Elizabeth Jane Howard (1923-2014), elle aussi romancière, l'initie à l'œuvre de Jane Austen - qu'il cite souvent comme son influence la plus ancienne. Elle le poussera à avoir son bac et même une bourse pour Oxford. D'une longévité artistique impressionnante, elle publiera le dernier tome de La Saga des Cazalet à 90 ans et un de ses romans vient de paraître, ce qui montre que son succès perdure en 2024 : La Longue-vue.

- Le roman Lucky Jim apporte une renommée transatlantique à son père et des voyages par conséquent transatlantiques à sa famille. Martin passe sa 10e année en Amérique à Princeton, une partie de sa 13e en Espagne et plusieurs mois de sa 18e sur le tournage de A High Wind en Jamaïque aux Antilles. À l'âge de 19 ans, il avait fréquenté quatorze écoles et une série de boites à bac (destinés à préparer un étudiant à l'entrée à l'université).

- 1969 à 1971 : il fréquente l'Exeter College de l'Université d'Oxford.

• Carrière journalistique puis littéraire

- Une fois diplômé, avec une licence en littérature, il est embauché pour rédiger des critiques de livres pour le prestigieux hebdomadaire The Observer à 21 ans. Il rejoint également deux autres périodiques britanniques prestigieux : le Times Literary Supplement et l'hebdomadaire de gauche The New Statesman, pour lequel il commence à rédiger des critiques en 1973. Sa carrière journalistique assure sa réputation de membre de l'intelligentsia littéraire de Londres et également approfondit ses allégeances politiques libérales de gauche.

-
En 1980, après avoir publié trois romans et vendu un scénario, Amis démissionne de son poste de rédacteur au New Statesman tout en continuant à écrire des critiques.
Il est désormais une figure littéraire célèbre de Londres : son ascension rapide fait de lui la cible d'attaques dans la presse populaire (le journal satirique Private Eye a pris l'habitude de l'appeler "Smarty Anus", et certains ont attribué ses premiers succès au népotisme) alors même que de nombreux écrivains de moindre importance s'efforcent d'imiter son style : "Son mélange de précocité, de grande intelligence et de grande réussite sexuelle ne manquera pas de provoquer l'envie", déclare son ami l'écrivain Julian Barnes. "Les gens essaient d'écrire comme Martin. Il y a quelque chose de très contagieux et de compétitif là-dedans."

• Histoires de famille

- Les femmes
1984 : mariage avec Antonia Phillips ; ils ont deux fils.
1993 : séparation
1996 : mariage avec l'écrivaine Isabel Fonseca ; ils ont deux filles.
1974 : une "affaire" avec Lamorna Heath produit une autre fille, Delilah Seale, qu'il rencontrera pour la première fois plus de 20 ans plus tard, en 1996...

- Le père
La relation complexe entre la carrière d'Amis et celle de son père mérite l'exploration...
Tous deux ont remporté le prestigieux prix Somerset Maugham pour leurs premiers romans ; tous deux écrivent des fictions qui font la satire des conditions social
es dominantes ; tous deux ont été tour à tour qualifiés de voix de leur génération et de pornographes.

On peut constater que sa fiche wikipédia mentionne ses grands-parents, mais pas ses parents...

L’un des résultats de cette rivalité semble être la recherche de "pères" littéraires de substitution. Les articles que Martin Amis a écrits sur des écrivains tels que JG Ballard, Saul Bellow, Norman Mailer, Vladimir Nabokov, VS Pritchett, Philip Roth, John Updike et Angus Wilson révèleraient un écrivain obsédé par les précurseurs (masculins). Bien entendu, à de très rares exceptions près (Jane Austen, Iris Murdoch, Joan Didion), l'ensemble considérable de critiques littéraires d'Amis concerne les écrivains masculins.

Entre père et fils existent également d’importantes oppositions idéologiques : Kingsley Amis, autrefois membre du parti communiste, devint conservateur dans les années, tandis que Martin Amis se positionne loin à la gauche de son père (d'après Understanding Martin Amis de James Diedrick).

Martin Amis finira par écrire un livre personnel qui parle de son père. Voici ce qu'il dit de son livre Expérience :

J'ai toujours le sentiment qu'une autobiographie est chronologique, close. Le temps du bilan n'était pas encore venu pour moi quand j'ai écrit ce texte. Je préfère le mot de Mémoires, récit de souvenirs entre plusieurs générations, celle de mon père, la mienne et celle de mes enfants. Je n'y respecte pas la chronologie. Tout est parti de la mort de mon père, en 1995. On pense être préparé à cette mort, mais ce n'est pas vrai.

Josyane Savigneau commente :

Avec ce père, Kingsley Amis (1922-95), absolument britannique, anobli par la reine en 1990 pour "services rendus à la littérature", il n'était pas facile de décider d'être soi-même écrivain. D'autant que, très vite, Kingsley a signifié à son fils qu'il ne pouvait pas continuer à le lire, car il trouvait ses écrits "peu lisibles". Comme Martin avait pour héros Joyce et Nabokov - que son père n'aimait pas -, il s'est consolé, avec l'arrogance de sa jeunesse, en pensant que celui-ci avait mauvais goût. Mais à sa mort, relisant tous ses livres, il a entrepris ce long récit, Expérience, dont Kingsley Amis est le principal héros. Pour la première fois, les critiques britanniques, qui ont généralement la dent dure avec Martin Amis, l'ont trouvé "émouvant". (Les Échos, 25 octobre 2019).

LES LIVRES DE MARTIN AMIS

Amis a publié 15 romans, 2 recueils de nouvelles et 8 livres de non-fiction. Ses œuvres les plus connues sont les romans satiriques Money, Money et London Fields.
Les livres ont été régulièrement publiés et régulièrement leur traduction en français, et rapidement publiés en poche.
Voici les livres traduits, dans l'ordre de leur publication britannique.
Nombre d'entre eux sont épuisés. Chez Gallimard, il est mystérieusement indiqué pour chaque livre : "N'APPARTIENT PLUS AU CATALOGUE DE L'ÉDITEUR"...

•Romans

- 1973, adapté au cinéma en 1989 : Le Dossier Rachel, trad. Patrick de Rosbo, 1977
- 1975, adapté au cinéma en 1980 : Poupées crevées, trad. Jean-François Ménard, 2001
- 1978 : Réussir, trad. Frédéric Maurin, 2001
- 1981 : D'autres gens, trad. Géraldine D'Amico, 1989
- 1984 : Money, Money, trad. Simone Hilling, 1987
- 1989 : London Fields, trad. Géraldine Koff D’Amico, 1992
- 1991 : La flèche du temps, trad. Géraldine Koff D’Amico, 1993
- 1995 : L'Information, trad. Frédéric Maurin, 1996
- 1997 : Train de nuit, trad. Frédéric Maurin, 1999
- 2003 : Chien Jaune, trad. Bernard Hœpffner et Catherine Goffaux, 2006
- 2006 : La maison des rencontres, trad. Bernard Hœpffner et Catherine Goffaux, 2008
- 2010 : La veuve enceinte, trad. Bernard Hœpffner, 2012
- 2012 : Lionel Asbo, l'état de l'Angleterre, trad. Bernard Turle, 2013
- 2014, adapté au cinéma en 2023 : La Zone d'intérêt, trad. Bernard Turle, 2015
- 2020 : Inside story, trad. Bernard Turle, 2021.

Nouvelles
-1987 : Les Monstres d'Einstein, trad. Géraldine D'Amico, 1990
- 1998 : Eau lourde et autres nouvelles, trad. Jean-Michel Rabaté, 2000

-
1998 : L'État de l'Angleterre précédé de Nouvelle carrière, trad. Jean-Michel Rabaté, 2003.

Non-fiction
- 1993 : Visiting Mrs Nabokov, trad. Géraldine Koff-D'Amico, 1997
- 2000 : Expérience, trad. Frédéric Maurin
, 2003, mémoires.
- 2001 : Guerre au cliché, trad. Frédéric Maurin, 2006
- 2002 : Koba la terreur, trad. Frédéric Maurin, 2009
- 2010 : Le deuxième avion, trad. Bernard Hœpffner, 2010
- 2017 : La Friction du temps, : Bellow, Nabokov, Travolta, Essais et reportages, 1994-2017, trad. Bernard Turle, 2017.

Florence Noiville, à la mort de Martin Amis, dresse son parcours littéraire à travers ses livres, permettant d'en saisir les thèmes et les caractéristiques : "Martin Amis", Le Monde, 23 mai 2023.

Faisant partie de la collection "L'Europe des écrivains", le documentaire, L’Angleterre de Martin Amis, est centré sur l'Angleterre et son histoire à travers le regard et la parole de Martin Amis : par Mark Kidel, Films d’Ici/Arte France, 2013, en location ›ici 2,99€, 56 min.

LES TRADUCTEURS

Des traducteurs d'un seul livre

-
Le Dossier Rachel, trad. Patrick de Rosbo, 1977
- Money, Money, trad. Simone Hilling, 1987
- Poupées crevées, trad. Jean-François Ménard, 2001
.

Des traducteurs par époque

- De 1989 à 1997
: Géraldine D'Amico
D'autres gens, 1989
D'autres gens, 1989
Les Monstres d'Einstein, 1990
London Fields,1992
La flèche du temps, 1993
.

- L'année 1998 (et des nouvelles) :
Jean-Michel Rabaté
Eau lourde et autres nouvelles, 2000

L'État de l'Angleterre précédé de Nouvelle carrière,
2003.

- De 1996 à 2009 :
Frédéric Maurin
L'Information, 1996
Train de nuit, 1999

Réussir, 2001
Expérience
,
2003
Guerre au cliché, 2006
Koba la terreur
,
2009.

- De 2006 à 2012 :
Bernard Hœpffner (avec ou sans la collaboration de Catherine Goffaux)
Chien Jaune, 2006
La maison des rencontres, 2008

Le deuxième avion, 2010

La veuve enceinte, 2012.


- De 2013 à 2021
: Bernard Turle
Lionel Asbo, l'état de l'Angleterre, 2013
La Zone d'intérêt, 2015

La Friction du temps, 2017

Inside story, 2021.

Traducteur donc du livre que nous lisons, Bernard Turle a été couronné par les plus grands prix de traduction (prix Baudelaire, prix Maurice-Edgar Coindreau).
On peut l'écouter dans une émission sur France Culture : "Bernard Turle, traducteur transporté et transportant", par Antoine Perraud, Tire ta langue, 15 septembre 2013, 31 min.

LA ZONE D'INTÉRÊT : le livre que nous lisons

•Zone d'intérêt : qu'est-ce que c'est ?

Zone of Interest = Interessengebiet ou la zone d’intérêt au sens économique du terme par lequel, pendant la guerre, les Allemands désignaient une partie du complexe d’Auschwitz, en l’espèce 40 km2 aux mains des SS.

Pourquoi avez-vous choisi d'intituler votre livre "la Zone d'intérêt" ?

Nabokov disait qu'il y a deux sortes de titres. Ceux qui s'imposent quand vous avez terminé le livre, comme quand vous donnez son nom à un bébé une fois qu'il est né - vous l'appelez par exemple… Edouard. L'autre catégorie est celle de titres qui sont là depuis le début. Des titres qui sont plus profondément ancrés en vous. C'était le cas. La "zone d'intérêt" est la formule qu'employaient les nazis pour désigner la région d'Auschwitz. Un nom très surprenant, avec une connotation économique évidente. Et le fait est que, quand on étudie de près la question, on s'aperçoit que l'Holocauste était pour une part une opération commerciale, laquelle devait se révéler, sinon profitable, du moins autosuffisante du point de vue financier. Cette opération reposait sur l'idée, très exagérée, que les nazis se faisaient de la richesse des juifs à l'époque, et sur l'espoir qu'en les envoyant dans les camps ils pourraient leur extorquer des milliards et des milliards. (L'Obs, 20 août 2015)

Un thème qui n'est pas nouveau dans son œuvre

Par le passé, Martin Amis s’était déjà intéressé à l’univers concentrationnaire nazi (en 1991 : La flèche du temps, publié en 1991, traduit en 1993).
Il présentait même Lionel Asbo, l'état de l'Angleterre (publié en 2012, traduit en 2013) comme "un roman nazi" ; le commandant d’Auschwitz était l’un des narrateurs.

La Zone d’intérêt est votre deuxième roman consacré à l’Holocauste. Est-ce que le sujet impose une discipline particulière ?

J’aimerais vous dire que c’est pénible d’écrire sur les camps, mais ce n’est pas le cas. C’est vrai que c’est la deuxième fois que je m’y intéresse, de manière assez incongrue peut-être. Ma femme est à moitié juive, ma belle-mère a eu des membres de sa famille qui sont morts pendant l’Holocauste. Mes filles sont liées à cette tragédie. Cela ajoute sans doute une dimension personnelle. J’aimerais écrire un troisième roman sur cette période avant de mourir. Ça terminerait la trilogie.

Etes-vous allé à Auschwitz ?

Oui, il y a pas mal d’années. À Dachau aussi. La compréhension est immédiate. Il suffit d’y passer quelques secondes, et vous mesurez l’ampleur de la chose. (L'Obs, 20 août 2015)

La zone d'intérêt est refusé chez Gallimard

En Allemagne et en France, les éditeurs habituels d'Amis ont été remplacés : chez Hanser Michael Krüger, chez Gallimard Christine Jordis. Et les deux maisons ont refusé le livre. En Allemagne, la presse a violemment reproché à Hanser ce refus.

La gêne qui entoure le nouveau "Martin Amis" est manifeste : chez Gallimard comme chez Hanser Verlag, on se dérobe aux interviews, se contentant d'invoquer le processus usuel de lectures multiples et croisées qui a conduit au désistement. Contacté par le biais de son représentant, l'auteur n'a pas non plus souhaité s'exprimer. (Le Monde, 17 août 2014)

Une semaine plus tard, Le Monde en sait davantage :

L'éditeur allemand m'a écrit, précise Amis, Gallimard s'est contenté de dire non à mon agent, sans donner de raison. Pour moi, quelle que soit la manière dont on habille la chose ensuite, ce sont les raisons économiques qui prévalent : on se dit qu'on ne va pas vendre le livre, c'est tout.

Et Josyane Savigneau commente dans Le Monde :

Aurait-on été choqué par cette satire, qui fait, en effet, froid dans le dos ? Ce serait étrange dans la maison d'édition qui a publié, en 2006, Les Bienveillantes, de Jonathan Littell, un gros roman sur les massacres de juifs commis à l'Est sans déportation des victimes. Antoine Gallimard, le PDG, ne répond pas sur le fond et renvoie à la responsable du domaine anglo-saxon, Marie-Pierre Gracedieu, ce qui est légitime, car, en matière de littérature étrangère, il ne va jamais contre l'avis de ceux qu'il a nommés.
Marie-Pierre Gracedieu réfute l'argument économique et nie avoir été choquée. "
Nous attendions ce roman avec impatience. Martin Amis est un immense styliste et, comme dans ses précédents livres, on trouve dans La Zone d'intérêt quelques très beaux passages, notamment quand il s'agit de décrire la nature qui entoure Auschwitz. Malheureusement, les personnages de cette histoire ressemblent trop souvent aux vérités générales déjà énoncées sur l'Holocauste : leurs propos, les détails avec lesquels l'écrivain les décrit. Il nous a manqué un certain relief, des nuances." En un mot, "la seule raison du refus de ce texte est sa qualité littéraire". Sous-entendu : médiocre.

Ce refus fait des heureux :

Si quelqu'un se réjouit du refus de Gallimard, c'est bien Florence Sultan, directrice de Calmann-Lévy, heureuse d'avoir un tel écrivain à son catalogue "dans une maison qui a publié Le Journal d'Anne Frank, Des voix sous la cendre. Manuscrits des Sonderkommandos d'Auschwitz-Birkenau, et qui a un partenariat avec le Mémorial de la Shoah". "Je me réjouis d'accueillir un auteur qui a déjà une grande œuvre, et je souhaite le garder. C'est un engagement personnel d'éditeur, un engagement de la maison, et un engagement du groupe Hachette puisque Money, Money et D'autres gens sont repris dans Le Livre de poche. (Le Monde, 24 août 2015)

Finalement Martin Amis s'exprime auprès des Inrocks le 25 août 2015 :

J’ai été blessé. Tout cela a été si brusque. Ils ne m’ont même pas envoyé de lettre. Ils ont seulement informé mon agent qu’ils ne feraient pas d’offre. Au moins, mon éditeur allemand (qui a également refusé le livre – ndlr) a eu la politesse de m’écrire et de me donner les raisons de son refus Gallimard ne m’a donné aucune explication.

Quand nous l’avions interrogée, Marie-Pierre Gracedieu, éditrice chez Gallimard, a expliqué que le livre n’était pas à la hauteur de votre talent : un "vaudeville pornographique” rassemblant “tous les clichés sur la Shoah”.

Vous me l’apprenez. Des clichés ! Je sais ce qu’est un cliché et rien ne s’en approche dans mon livre.

Avez-vous été d’autant plus surpris que Gallimard est l’éditeur des Bienveillantes de Jonathan Littell, autre livre polémique sur le nazisme ?

Oui, et Calmann-Lévy, qui publie aujourd’hui mon roman, avait refusé le livre de Littell ! Mais je pense que le refus de Gallimard ne s’explique pas par des raisons de sensibilité historique. C’est uniquement commercial. Ils ont dû penser que mon livre ne se vendrait pas assez bien.

Presse écrite : articles et interviews

Le livre est un événement de la rentrée littéraire 2015. Revue de presse sur un mois :

- "Martin Amis et son roman à problème", Nicolas Weill, Le Monde, 17 août 2014
- Martin Amis : "L’allemand est la langue maternelle de l’Holocauste", Didier Jacob, L'Obs, 20 août 2015
- "La Zone d'intérêt", Nathalie Crom, Télérama, 19 août 2015
- "Rentrée littéraire : Martin Amis, l'amour à l'ombre des crématoires", par Michel Schneider, Le Point, 4 août 2015
- Martin Amis : "Le plus grand danger, aujourd'hui, est l'autocensure", propos recueilis par Sophie Pujas, Le Point, 22 août 2015
-
"Martin Amis, un écrivain en zone de turbulences", Josyane Savigneau, 24 août 2015
- Martin Amis : “les gens se sentent coupables en lisant mon roman”, par Elisabeth Philippe, Les Inrocks, 25 août 2015
- "La Zone d’intérêt de Martin Amis n’en a absolument aucun", A. C., Le Temps, Genève, 28 août 2015
- "La Zone d’intérêt ou la banalité du mal selon Martin Amis", Nelly Kaprièlian, Les Inrocks, 1 septembre 2015
- Martin Amis : "J'ai écrit La Zone d'intérêt dans une sorte de transe", propos recueillis par Eric Neuhoff et "Martin Amis affronte l'inexplicable", Eric Neuhoff, Le Figaro, 2 septembre 2015

- "La Zone d’intérêt, impact manqué", Natalie Levisalles, Libération, 18 septembre 2015.

Radio : inerviews

- "En terrain miné avec Martin Amis", Augustin Trapenard Boomerang, France Culture, 25 septembre 2015, 29 min
- Martin Amis et La Zone d'intérêt, Catherine Fruchon-Toussaint, Invité Culture, RFI, 1er octobre 2015, 6 min 30
- Martin Amis : "La satire, une forme littéraire très glaçante", Caroline Boué, La Grande Table, France Culture, 7 décembre 2015, 30 min.

Vidéos : interviews

- Martin Amis, une vie partagée entre ambition et anxiété, Euronews, Assises internationales du roman à Lyon, 25 juin 2013, 7 min 20
- Interview de Martin Amis à propos de La zone d'intérêt, Hachette, 14 août 2015 (l'utilisation d'une triple narration, le choix du titre), 5 min.
- La Grande Librairie, 24 septembre 2015, 13 min.

Zone d'intérêt : le roman et le film

Le film est inspiré plutôt qu'adapté du livre.

Pierre Lunn identifie dans un article "les différences entre le livre et le film" (Première, 6 février 2024). En voici quelques-unes :

- La version cinéma de La zone d'intérêt s'écarte considérablement de la construction complexe du roman et de ses personnages bouffons ou tragiques.
- Glazer maintient le spectateur à distance et opte pour une vision froidement objective.
- Contrairement au livre, le cinéaste ne franchit jamais les portes du camp.
- Se débarrassant des biographies fictives du livre - Paul Doll et sa femme Hannah - Glazer reprend les patronymes réels de Rudolf et Hedwig Höss, le véritable commandant d’Auschwitz et son épouse.
- Plus rien de vulgaire ici, plus de rivalités amoureuses ou d’intrigues sexuelles pathétiques…


Nos cotes d'amour, de l'enthousiasme au rejet :
                                        
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beaucoup
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moyennement
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