Ernest HEMINGWAY, L'adieu aux armes, trad. Maurice-Edgar Coindreau, Folio, 2017, 320 p.

Quatrième de couverture : Frédéric Henry, jeune Américain volontaire dans les ambulances sur le front d’Italie, pendant la Première Guerre mondiale, est blessé et s’éprend de son infirmière, Catherine Barkley. Avec Catherine, enceinte, il tente de fuir la guerre et de passer en Suisse, où le destin les attend.

Un des meilleurs romans de guerre. Un des plus grands romans d’amour.

Autres éditions Folio :





Pléiade, tome 1, 1966 :


L'adieu aux armes, édition d'origine, préface Drieu la Rochelle, Gallimard, 1931 :

L'adieu aux armes, préface de Roland Dorgelès, illustration de Pierre-Yves Trémois,
Imprimerie nationale
André Sauret éditeur, 1956 :


Le texte du roman est en ligne :
- en français : L'adieu aux armes (voir ici aussi)
- en anglais :
A Farewell to Arms

Ernest Hemingway (1899-1961)
L'adieu aux armes (A Farewell to Arms, 1929, traduit en 1931)

Nous avons lu ce livre pour le 9 février 2024.

DES INFOS AUTOUR DU LIVRE
Adaptation du roman au cinéma
La vie et l'œuvre
Le traducteur
Visualiser le contexte et les lieux du roman
Écrire et réécrire : première et dernière page du roman
La sortie du livre, la censure du livre
Le Prix Nobel
Hemingway, auteur queer : la rubrique des potins
De pire en pire : la rubrique des amis des animaux...
LES 13 COTES DAMOUR
Annick LCatherine
FrançoiseJérémy Renée
Rozenn
Annick AMonique L Richard Sabine
Claire Jacqueline
Fanny
(esseulée)

Muriel ajoute son grain de sel

Trois autres livres lus seront cités :
- Pour qui sonne le glas
- Le vieil homme et la mer
- Paris est une fête

    

Sabine
Cela fait bien longtemps que je n'avais pas lu de romans d'Hemingway. J'ai été agréablement surprise par les premières pages : la lecture en est rapide, fluide. Je suis étonnée par la profusion des dialogues, mais qui très vite me lassent : on se répète beaucoup, on n'apprend pas grand-chose. Par contre, on mange et on boit beaucoup ! Les descriptions nombreuses, en début de récit, sur les paysages m'intéressent, mais là aussi, assez vite, cela manque de poésie, de puissance. La rencontre avec l'infirmière me fait sourire, puis franchement rire quand je la vois interprétée par Rock Hudson. Le livre est trois fois trop long, il pourrait être facilement "amputable" de 200 pages. J'ai aimé les premiers affrontements et j'ai évidemment pensé à Céline, mais Hemingway n'est pas Céline. J'ai aussi apprécié la scène où il est dans le fleuve, qui m'a rappelé un très beau passage de Giono où Angelo vit un corps à corps avec une bûche et les algues fluviales. Il y avait quelque chose d'épique qu'on a dans Le vieil homme et la mer. Quant à la fin, pauvre Catherine, il la fait crever, elle et son rejeton, en couches ! La réalité était apparemment trop dure à avouer : Ernest s'est fait larguer pour un autre type plus gradé ! La lecture a été tout à la fois sympathique (entre autres, parce que j'ai pu sauter pas mal de passages sans altérer la compréhension de l'histoire) et frustrante : j'attendais des passages à la fois épiques et poétiques. Le personnage de Rinaldi m'a bien plu ("eh Babe !!") et j'aurais souhaité plus de scènes avec lui.
J'ouvre une petite moitié et vous souhaite une belle soirée.
P.S. J'enseigne au lycée Hemingway à Nîmes...

Renée
(avis transmis)
Voilà un roman qui date énormément par les dialogues entre les amoureux : c'est cucul au possible : "mon chéri [...] mon amour [...] tu m'aimes ?" (
p. 91-92) : insupportable !
En revanche, les passages sur la guerre sont superbes et très visuels : l'embourbement, le retrait des troupes, les blessures, la barbarie, etc. sont parfaitement décrits avec une langue simple qui était certainement moderne dans les années 1930.
Il pointe l'absurdité de la guerre. Par exemple : on lui remet une médaille qu'il ne pense pas mériter, MAIS ensuite on veut le fusiller en tant qu'officier responsable de la défaite. Où est la logique ?
Le héros est attachant quoique nous ne sachions pas grand-chose de sa vie intérieure. Cependant on sent poindre de la générosité dans ses actes.
Par son écriture distanciée comme par ses désillusions, il me semble qu'Hemingway anticipe un peu (L'adieu aux armes, écrit en 1929) sur ce que sera la littérature de l'absurde en France (1938, avec La nausée). Comme les écrivains français entre les deux guerres, il essaie de comprendre le sens de sa vie. Lui, il est ballotté entre la brutalité de la guerre et un superbe amour partagé.
Seul remède, l'alcool : c'est effrayant ce qu'ils ingurgitent comme boisson alcoolisée !
Ouvert au ¼ à cause des dialogues indigents.

Jacqueline
(avis transmis dans le train...)
Je l'avais lu il y a si longtemps et le souvenir de Pour qui sonne le glas s'y superposait avec l'aura de la guerre d'Espagne et un narrateur plus proche des combats effectifs.
J'aime l'efficacité du style Hemingway : le côté factuel, les phrases courtes, les descriptions précises, les dialogues… On y est même quand on ne comprend pas exactement tout, c'est comme dans le réel !
Avec le narrateur, on plonge crûment dans le vécu de cette guerre, des images dures, des situations absurdes, l'incompréhension…
Des portraits marquants, mais l'on reste toujours un peu à distance même de la trop sublime Catherine…
J'ouvre aux ¾.

Fanny

Je me suis très vite trouvée happée par L'adieu aux armes. J'y ai trouvé avant tout un pur plaisir de lecture romanesque.
Le style paraît simple et la lecture est fluide, facile, les fioritures ou autres tentatives de figures de style ne sont pas nécessaires pour embarquer le lecteur.
Dès le début je me suis trouvée embarquée avec lui, tantôt émue, tantôt apeurée. Les scènes sont très visuelles : sous les bombes, fuyant l'ennemi le long de la ligne de chemin de fer, dans la barque mais aussi dans les moments plus gais en attendant Catherine dans la chambre de l'hôpital.
Le profil de tous les personnages, même secondaires, est bien campé, cela donne presque l'impression de les connaître.
Je trouve que ce roman est aussi bien sûr un riche témoignage de l'époque pour ce qui concerne la guerre mais aussi à travers les descriptions sociales : la place des cafés, la nourriture et la boisson, les rapports homme/femme. À certains moments Catherine m'est apparue un peu bêbête mais tellement touchante. J'ai bien aimé aussi la manière dont l'amour du narrateur est dépeinte : sans fioritures, emphase ou grandes déclarations, avec beaucoup de pudeur en somme, pourtant cet amour ne fait aucun doute.
Je m'attendais à une fin triste, mais pas à celle-là...
J'ouvre en grand. Hâte de vous lire.
Passez une belle soirée. Je ne peux pas m'empêcher de me demander si les avis seront contradictoires ce soir.

Catherine

Je n'ai lu qu'un seul livre d'Hemingway, Le vieil homme et la mer, au collège je crois, et j'avais plutôt aimé. J'étais assez motivée pour en lire un autre, mais j'ai au final été très déçue par L'adieu aux armes.
Je l'ai lu assez vite et plutôt facilement, mais je n'ai pas accroché. Les personnages principaux m'ont paru manquer d'épaissir, de réalité. On ne sait rien d'eux ou presque. C'est sans doute voulu, mais ils ne sont pas attachants. Je n'ai pas été convaincue non plus par l'histoire d'amour, les dialogues entre Frédéric et Catherine sont niais ; même la scène de l'accouchement, censée être tragique, est assez ridicule (le médecin part déjeuner sur l'instance de Catherine qui souffre depuis des heures…, c'est son mari qui manipule le chloroforme...).
Par ailleurs, beaucoup de dialogues sont sans aucun intérêt. Il y a malgré tout quelques personnages secondaires que j'ai aimés, Rinaldi en particulier ; les descriptions sont très visuelles, mais on se lasse ensuite, il y en a beaucoup…
Ce qui transparaît bien de ce roman en revanche, c'est l'absurdité de cette guerre : certaines scènes sont marquantes, la retraite de l'armée et de la population, le jugement expéditif d'officiers immédiatement fusillés.
Pour cela, je l'ouvre ¼. Au total, une vraie déception mais je ne regrette pas de l'avoir lu.
Richard
J'ai eu du mal. Je l'ai lu en anglais - l'anglais de l'époque. La fille tient des propos mal exprimés. Elle est naïve, on a l'impression d'écouter une poupée.
J'ai apprécié qu'il y ait de l'action, de l'action, que les guerres paraissent mauvaises. Mais ce n'était pas assez pour m'intéresser à ce livre.
Le style me rappelle le fameux stream of consciousness - le flux de conscience. Dans la première partie, on lit : il y a une rivière et des arbres et une colline et une prairie... Mais c'est ennuyeux à lire. On a envie de lire autre chose et j'ai compris : sautons une page…
Hemingway est américain : : I'm Scotch, c'est un américanisme pour dire écossais, au lieu de scottish ou Scot. Pour moi scotch renvoie seulement à trois choses : du whisky, que j'ai vendu pendant 10 ans ; le scotch mist, nom du brouillard écossais ; et scotch pour les produits et la cuisine liés à l'alimentation (exemple scotch egg - un œuf dur entouré de farce).
Pour moi, c'est moins un roman qu'un scénario avec les répliques, mais qui tombent mal dans le roman. Par exemple on lit une scène où il gratte une couverture sur le lit : on ne voit pas ce que ça fait là ; c'est comme un "interplan" dans un scénario de film, inséré uniquement pour séparer deux plans qui sont similaires, un seul plan étant trop long pour le spectateur.
Du coup, ce qu'il raconte n'a pas de profondeur.
C'est la première fois que je lis Hemingway. J'ouvre à moitié, car c'est un livre assez agréable à lire, mais un peu long.
Françoise D
Je rejoins mes voisins car je suis très déçue. Je n'avais jamais lu de bouquin d'Hemingway. J'aurais préféré lire son livre sur la guerre d'Espagne, qui est plus proche de nous.
Hemingway chasse, aime la corrida, ça je n'aime pas !
J'ai lu le livre en vo. Je n'ai pas accroché. Mais j'ai lu jusqu'au bout. Ce fut plutôt un pensum.
Les dialogues sont cucuchons au possible.
J'ai été intéressée par la séquence dans la rivière.
Le récit n'est pas percutant. On n'arrive pas à s'identifier.
L'accouchement ? Oui c'est triste.
J'ai été étonnée par l'orthographe sans e de goodby.
Je n'ai pas été emballée, j'ouvre ¼ et suis très déçue.
J'ai bien aimé Rinaldi que j'ai pensé homosexuel.
Et le narrateur a toujours du fric, on a l'impression qu'il est en vacances, à part sa blessure. Il passe son temps à manger, boire beaucoup, et baiser. La guerre est peu palpable, à part la retraite et les exécutions qui s'ensuivent.
Rozenn
Je suis complètement d'accord avec ce que vous avez dit.
Je me suis plutôt emmerdée. J'ai lu laborieusement.
J'ai vu les deux films.
Je n'aime pas les choses qui me gênent et donc j'avais oublié qu'elle mourrait à la fin du livre… J'avais par contre le souvenir qu'elle se baladait en Suisse.
Mais c'est vraiment laborieux.
Je déteste Le vieil homme et la mer, avec toute cette masculinité. Là, c'est pareil !
Et elle, j'ai pas plus aimé, bêtasse : chéri, je serai ta petite fille… hurler ou rire, j'étais entre deux. Bref, c'est insupportable ces relations féminin/masculin. Sauf le médecin italien.
La guerre dans le livre ? C'est pas bien du tout.
Le style ? Pas vu.
Oui, la scène sous le pont, c'est fort.
Pour qui sonne le glas m'avait plus intéressée.
J'ouvre ¼ à cause des passages grotesques et antiféministes.
Monique L

Dans ce roman, Hemingway explore plusieurs thèmes : celui de la guerre et de ses conséquences dévastatrices, celui de l'amour et de la perte, et celui de la quête de sens dans un monde déchiré par la violence.
Ce qui fait la force de ce livre, c'est son style dépouillé, journalistique, à la première personne, instaurant une distance avec les événements de la guerre comme avec ceux de sa vie privée, sans doute pour se prémunir de la douleur. Le narrateur décrit son quotidien de la guerre de manière totalement détachée, uniforme, froide. Même l'amour est décrit avec détachement.
Hemingway excelle dans la description des atrocités de la guerre dont une scène particulièrement marquante de cour martiale expéditive pour les officiers fuyards, mais également la description de la débâcle. Hemingway dépeint avec réalisme les horreurs de la guerre, son absurdité les souffrances des soldats et les conséquences dévastatrices sur les populations civiles. C'est un témoignage poignant sur une époque sombre de l'histoire. En nous replaçant dans un contexte historique et géographique précis, cela nous permet de mieux saisir les conséquences de cette guerre.
Ce qui m'a le plus surpris ce sont toutes les descriptions de vie près du front. Pendant qu'il est en service il est installé dans une "maison", avec des repas chauds et des boissons enivrantes tous les jours, des sorties dans les maisons d'officiers. Lorsqu'il est hospitalisé à Milan, sa vie est incroyable. On traverse cette histoire dans une sorte de brouillard, avec une impression étrange d'irréalité.
Frédéric est un homme désabusé, désinvolte qui se résigne à subir les événements en se posant le moins de questions possibles. On ne sait pas pourquoi il est là. Quant à Catherine, il est difficile de savoir qui elle est, car on ne saura jamais ce qu'elle pense vraiment.
Les échanges dans le couple sont d'une incroyable banalité et d'une mièvrerie difficilement supportable.
Le dénouement tragique est sans aucun doute l'un des moments les plus marquants de ce roman.
C'est un classique qui a vieilli surtout en ce qui concerne la place de la femme, mais qui reste intéressant par la façon dont il fait ressentir le désenchantement.
J'ai apprécié le cynisme du narrateur surtout au début du roman.
Je l'ouvre à moitié.
Annick L
Je suis d'accord avec ceux qui n'ont pas aimé ce livre.
J'avais déjà lu deux romans de cet auteur : Le vieil homme et la mer que j'ai beaucoup partagé avec mes élèves lorsque j'étais prof et que j'aime bien, ainsi que Pour qui sonne le glas qui m'a laissé le souvenir d'un grand roman de guerre avec du souffle. J'étais donc contente de découvrir celui-ci
Mais quelle déception ! J'ai trouvé ça d'une platitude ennuyeuse, avec ces dialogues inintéressants qui remplissent les pages : le narrateur avec ses camarades, le narrateur avec sa maîtresse, etc. C'est purement factuel.
On ne parvient même pas à s'attacher à cette relation amoureuse qui fait contrepoint au récit de guerre : leurs échanges sont d'une niaiserie ridicule et la vision des femmes qui en ressort est d'un machisme affligeant. Sans oublier le mélodrame final.
Je retiendrai l'évocation magistrale de la retraite des italiens (armée et civils) devant l'avancée de l'armée autrichienne ainsi que les états d'âme de ce jeune aventurier qui commence à prendre conscience de l'absurdité de cette guerre, en particulier dans le chapitre 32, alors qu'il fuit la zone de combats dans un train.
L'
une des émissions de France Culture sur Hemingway évoque la qualité de son style - le qualifiant de behavioriste. Les bras m'en sont tombés mais j'en conclus que je n'aime pas ce style behavioriste !
Je n'ouvre qu'¼.
Annick A
Je suis moins dure que vous. C'est pour moi un livre sur le renoncement. Renoncement à ce qui pourrait faire le bonheur, avec la guerre qui envoie des générations à l'abattoir, les convenances qui empoisonnent la liberté de vivre comme on le souhaite, la maladie, la mort. C'est à la fois un roman sur les soldats qui boivent, vont au bordel, se battent et meurent, et un roman d'amour qui finit mal. J'aime l'écriture faite de petites phrases, qui met le lecteur à distance et qui se modifie en fonction de ce qui est abordé : rapide et puissante au moment de l'attaque en Italie, dans un très beau passage, et lorsque le narrateur risque d'être fusillé, et beaucoup plus lente et mélancolique lorsque le couple voyage et se rend en Suisse.
Quelques beaux moments d'écriture lorsqu'il est près du fleuve et risque d'être fusillé :
"Les juges avaient ce beau détachement, cette dévotion à la stricte justice des hommes qui dispensent la mort sans y être eux-mêmes exposés"...
Et au moment de la mort de Catherine : "Mais si elle allait mourir ?... Elle ne peut pas mourir... Oui, mais pourtant, si elle allait mourir ?... Beau dialogue intérieur, on sait mais on se ment à soi-même face à l'insupportable.
Et aussi : "c'est toujours comme ça, on n'a jamais le temps d'apprendre. On vous pousse dans le jeu, on vous apprend les règles et à la premier faute on vous tue."
J'ouvre à moitié.

Claire
Après avoir entendu cet ensemble assassin, j'adopterai, même avec mauvaise foi, un point de vue contradictoire.
Je ne savais rien de rien avant, je savais juste - avec ce titre, pas difficile - que j'allais partir en guerre. Je croyais qu'il s'agissait de la guerre d'Espagne - il me semblait qu'Hemingway y avait mis les pieds. Très vite, je suis tombée sur une bouteille d'Asti, j'ai dû changer
de direction...
Je ne comprenais rien, qui combattait qui, mais ça n'avait aucune importance, ni d'ailleurs dans quel bataillon combattait le narrateur mais ça n'avait guère d'importance non plus.
La première page m'a mis la puce à l'oreille avec sa description de nature - réaction contraire à celle de Richard - la poussière que soulevaient les troupes "poudrait les feuilles des arbres". Je partage la surprise de Monique : la guerre me donnait l'impression d'un jeu touristique (l'ordonnance fait le lit du narrateur, tranquillou, p. 170), sans foi ni valeurs et je n'y voyais pas trop le rôle du narrateur. À la page 41, quand on s'attarde trop avec les soldats à picoler au mess, je me suis demandé si je ne sauterai pas des pages. Mais non, finalement.
Comme Annick, j'ai noté le terme béhavioriste ; j'ai compris après coup pourquoi on qualifiait ainsi son écriture : on est plongé dans des situations, on suit des comportements, il n'y a pas d'introspection psychologique - juste des descriptions et des dialogues, comme la transcription d'un récit filmique, comme le disait Richard. Et cela m'a vraiment plu. Mais je m'étonne, Richard, que tu y voies du flux de conscience.

Richard
L'autre passage qui utilise le stream of consciousness où le narrateur empile des pensées et les sensations apparaît au chapitre III :

I had gone to no such place but to the smoke of cafés and nights when the room whirled and you needed to look at the wall to make it stop, nights in bed, drunk, when you knew that that was all there was, and the strange excitement of waking and not knowing who it was with you, and the world all unreal in the dark and so exciting that you must resume again unknowing and not caring in the night, sure that this was all and unknowing and not caring in the night, sure that this was all and all and all and not caring.
Au lieu de ces endroits-là je n'avais connu que la fumée des cafés, les nuits où la chambre tourne et où il vous faut fixer un point sur le mur pour la voir s'arrêter ; les nuits, au lit, ivre, avec la conscience qu'il n'y a rien d'autre, et l'étrange impression de se réveiller sans savoir qui est près de vous ; et, dans le noir, le monde si irréel autour de vous ; tout cela si excitant que vous recommencez, sans savoir, indifférent dans la nuit, sûr qu'il n'y a rien d'autre, rien, rien, et que tout vous est égal.
(ch. III p. 17)

Il semblerait que le stream of consciousness a été utilisé par Virginia Woolf dans Mrs Dalloway et par Joyce dans Ulysses que je n'ai pas lu...

Claire
D'accord, mais on ne peut pas dire que c'est très présent dans le livre...
On ne sait rien du passé de ce narrateur américain, ce qui l'a motivé pour s'engager. À deux reprises, sa famille est évoquée, mais vaguement. Même chose pour Catherine, anglaise, ayant perdu à la guerre son amoureux. On ne sait pas grand-chose non plus de l'Histoire, Louis Joseph est évoqué. C'est intéressant, original, cette ignorance du lecteur. Et il y a des personnages, variés, avec quelques traits qu'on repère, surprenants.
Il y a parfois de l'humour, j'ai souri : "Je commençais en effet à éprouver cette difficulté toute masculine de rester debout longtemps avec une femme dans les bras." Ou souri jaune, dans la scène de débâcle : "À quoi bon n'être pas blessé, si c'est pour mourir de peur ?" J'ai aimé le non-conformisme de Catherine. J'aime leur dialogue d'amoureux, j'y crois, même si elle rampe parfois, et je surmonte presque sans peine la cuculterie vilipendée... Objection d'ailleurs à la cuculterie : "Nous ferions l'amour toute la nuit", c'est dit avec naturel et la suite montre que ce n'est pas du blabla, et c'est sans chichi.

Le principal problème a été pour moi c'est la traduction qui date, qui date, qui date (de 1931) et qui va dans le sens de la cuculterie que stigmatisâtes :

You're a lovely girl./Tu es une charmante petite femme.
You're a grand girl./Tu es une gosse
épatante. (p. 148-149).

Les passés simples sont une plaie ! J'ai noté une séquence-clou, au moment de la retraite, très forte au point de vue de l'action, la nuit...

Couchés à plat ventre dans le fossé, sur le bord de la grand-route, nous laissâmes passer un bataillon allemand, puis, quand ils eurent disparu, nous traversâmes la route et nous nous enfonçâmes vers le nord. À deux reprises, nous nous trouvâmes tout près des Allemands, mais, sous la pluie, ils ne nous virent pas. Nous dépassâmes la ville sans voir un seul Italien, et, peu après, nous rejoignîmes une des principales colonnes de retraite. Nous marchâmes toute la nuit dans la direction du Tagliamento.

Ou, lorsqu'en plein danger où il risque de se faire fusiller, un malheureux subjonctif qui réduit le tragique :

Ils me prenaient évidemment pour un Allemand en uniforme italien. Je voyais comment leurs cerveaux fonctionnaient, en admettant qu’ils eussent des cerveaux qui fonctionnassent.

Baby : je ne sais pas si ça passe entre deux copains de régiment. Mais en français, pour moi le bébé ne passe pas...

"Well, baby," he said. I sat up on the bed. He came over, sat
down and put his arm around me. "Good old baby." He
whacked me on the back and I held both his arms.
"Old baby," he said. "Let me see your knee."
"I'll have to take off my pants."
"Take off your pants, baby. We're all friends here. I want to
"Take off your pants, baby. We're all friends here. I want to
see what kind of a job they did."

Alors, bébé, dit-il.
Je me soulevai sur le lit. Il s'approcha, s'assit et passa son bras autour de moi.
- Ce bon vieux bébé !
Il me donna une grande claque sur le dos et je lui saisis les deux bras.
- Mon vieux bébé, dit-il. Fais-moi voir ton genou.
- Il faut que j'enlève ma culotte.
- Eh bien, enlève ta culotte, bébé. On est entre amis. Je veux voir quel genre de travail on t'a fait.

Il y a quelques rares commentaires, assez nihilistes et bien placés : "J'ai toujours été embarrassé par les mots : sacré, glorieux, sacrifice".
J'ai trouvé très choquant le meurtre, l'assassinat même, par le narrateur, d'un de ses collègues p. 196. Le tourisme militaire n'a plus fonctionné pour moi.
Pour en revenir au récit lui-même, j'ai marché avec eux quand ils font ces balades en montagne, j'ai frémi quand ils s'enfuient en Suisse. Quant à la scène d'accouchement, j'avais vraiment la gorge serrée.
La fin est formidable, très prenante pour moi.

Pour compenser tout ce que j'ai entendu, j'ouvrirai donc aux ¾. J'avais lu Paris est une fête que j'avais aimé parce qu'il fait revivre cette période des Américain.es à Paris qui me passionne.
Jérémy(qui avait proposé cet auteur, jamais lu à Voix au chapitre)
Avant la lecture
Je n'avais jamais rien lu d'Hemingway et je l'ai abordé avec enthousiasme. J'en attendais beaucoup.
Après la lecture
En synthèse, m'ont déplu :
- Le sentimentalisme, très clicheton, relevant de l'idée que je me fais du roman-photo. Et bien sûr les femmes sont infirmières et dans le soin et se pâment pour les éphèbes soldats. Il est vrai qu'il vaudrait mieux ne pas juger avec nos yeux d'aujourd'hui et replacer le livre dans l'époque où il a été écrit et l'époque qu'il décrit. Malgré tout toutes les femmes ne devaient pas être soumises à l'époque. Catherine joue vraiment le rôle de petite femme soumise ; elle s'autoflagelle, se dévalorise : elle est grosse "comme un sac de farine", il ne doit plus avoir beaucoup d'agréments pour elle, il doit s'ennuyer avec elle et ses balivernes, il va se lasser d'elle, il ferait mieux d'aller faire des choses intéressantes avec d'autres hommes, elle ne vit que pour lui, elle le désire tellement qu'elle voudrait être lui, etc. etc. Ça tourne en rond et c'est pénible.
- Le côté descriptif et les platitudes à n'en plus finir : "Ce fut une bonne journée." (p. 128) : oh la belle analyse ! "Je pris du café et un verre de cognac, je finis le journal, mis mes lettres dans ma poche, posai le journal sur ma table […] et je sortis. […], je me déshabillai, je mis mon pyjama, baissai les stores […] et assis dans mon lit, je me mis à lire les journaux" (p. 132). On s'en fout complètement, au secours ! Sans parler des truismes ; le couple est à l'hôpital : "Je sortis dans le couloir. C'était un corridor nu, avec deux fenêtres et des portes fermées tout du long. Il y régnait une odeur d'hôpital." Sans blague, on y est, à l'hôpital… !
- Les dialogues qui tournent en rond, finissent en eau de boudin. La fin du roman aussi finit en eau de boudin. 49 essais pour en arriver là ?!
- Le manque d'enjeu et l'irréalisme : Je n'ai jamais réussi à y croire. Quand on lit sur la quatrième de couverture "Un des meilleurs romans de guerre", on peut qualifier ça de publicité mensongère...
On ne sent jamais la souffrance, la douleur, les difficultés de la guerre, tout est trop facile. Ça manque d'enjeu, d'obstacles, de péripéties, de romanesque. Pendant la traversée du lac risquée, on entend juste un bateau au loin mais on n'est jamais vraiment inquiet pour eux. Le seul moment un peu "haletant" est celui où Frederic saute dans la rivière pour échapper à la fusillade annoncée. N'y ayant pas beaucoup cru, je n'ai pas vraiment accroché. Même leur histoire d'amour manque d'enjeu : ils tombent vite amoureux et sont au diapason, il n'y a pas de dissensus : "Je t'aime. Moi aussi je t'aime. Oui mais moi je t'aime plus !"
- Le machisme : même si Henry est bon avec Catherine, il s'inquiète quand même de la cicatrice que va laisser la césarienne (on précise qu'elle agonise depuis une bonne dizaine d'heures !) : "Je vous ai vu recoudre. L'incision m'a eu l'air très longue. Vous trouvez ? Oui. Est-ce que la cicatrice s'aplatira ? Oh ! oui." (p. 309). De manière générale, la vision de la femme qui découle de la manière dont le personnage de Catherine est dépeint a très mal vieilli. Les autres personnages féminins ne sont pas très glorieux non plus : la pudibonde et tête à claques Ferguson, la revêche Miss Van Campen, etc.

Dans un autre registre, j'ai été étonné que lors de sa grossesse, Catherine passe son temps à picoler Une petite bière (ou deux !) par-ci, un petit vermouth par-là.
(Catherine justement, au nom de la faculté qu'elle représente, affirme que c'est très récent que l'alcool soit déconseillé ; s'ensuivent des témoignages accablants des mères présentes, indiquant qu'elles buvaient régulièrement du champagne pendant qu'elles étaient enceintes… Rozenn dit que quand même on le savait depuis longtemps… le point ›ici.)

Bref, n'y ayant pas beaucoup cru, je n'ai pas vraiment accroché. Je suis déçu mais je pense que j'essaierai d'en lire d'autres : En avoir ou pas et/ou Pour qui sonne le glas. J'ai envie de croire que nous avons mal choisi. Parce qu'il a eu le Prix Nobel, quand même... En l'état avec ce seul livre, je ne peux pas comprendre qu'il l'ait eu mais pas Kundera et Roth !
Malgré tout, il y a quelques beaux passages, des fulgurances. J'avais noté les mêmes qu'Annick. Et aussi quelques moments assez drôles. "J'ai remarqué que les médecins sans clientèle ont une tendance à se réunir et à s'entraider en consultations. Un docteur qui est incapable de vous enlever proprement l'appendice vous recommandera qui ne pourrait pas arriver à vous couper les amygdales." (p. 94)
Enfin, je n'ai pas eu de difficultés à lire le livre, et je l'ai lu sans déplaisir, même si l'intérêt n'était pas là. J'ouvre donc ¼.

Claire
Je voulais vous faire part de quelques découvertes autour du livre.
J'apporte d'abord du moulin à Jérémy sur l'irréalisme, en citant le traducteur lui-même (qui ne supporte pas qu'Hemingway paraisse un gros dur alors que c'est un faible) :

Christian Giudicelli — Mais, en réalité, que lui reprochez-vous donc à ce pauvre Ernest, d'utiliser des trucs, de rajeunir des poncifs, de camoufler un romantisme un peu désuet ?
Maurice-Edgar Coindreau — Je lui reproche de vouloir nous faire prendre des vessies pour des lanternes ou, si vous préférez, des mollassons pour des matamores, des impuissants pour des Don Juan. Bref, de nous distribuer de la fausse monnaie à pleines mains. Il le fait du reste avec beaucoup d'habileté.
— Mais encore ?
— Reprenons l'exemple de
L'Adieu aux armes où se trouve une femme qui meurt. Tout démarre comme un trompe-l'œil réaliste. Mais les choses se gâtent rapidement quand le brave Ernest fait parler la pauvre femme qui n'en finit pas d'accoucher, mais qui n'en garde pas moins un cœur d'or et une tendre sollicitude pour le médecin : "Docteur, lui dit-elle entre deux affreuses douleurs, vous devez avoir faim, vous ne voudriez pas aller prendre un petit-déjeuner ? Confiez donc le chloroforme à mon mari et montrez-lui comment on l'utilise. - Ça ne doit pas être difficile, dit le mari. - Non, dit le docteur, tenez, vous poussez cette petite manette jusqu'au numéro deux, mais pas plus loin, ça pourrait être dangereux." Alors le mari actionne la petite manette et le docteur va prendre son café laissant les époux tête à tête pour une conversation complètement irréelle et d'une sentimentalité de midinette. Je m'étonne encore que le syndicat des médecins suisses n'ait pas intenté un procès en diffamation à l'auteur de ces billevesées. Qu'on ait pu considérer Hemingway comme un grand réaliste m'a toujours ahuri. (Extrait de Mémoires d'un traducteur)

Personnellement j'ai pris les vessies pour des lanternes et ne regrette pas...
J'ai lu ce livre, Mémoires d'un traducteur, avec un plaisir constant : il s'inspire d'une douzaine d'entretiens à France Culture et conserve la forme d'entretiens, exclusivement consacrés à la littérature américaine qu'il a largement fait connaître en France. C'est vraiment succulent. Outre Faulkner, Flannery O'Connor, Capote, Steinbeck, Dos Passos, Carson Mac Cullers, le traducteur évoque des auteurs jamais cités à Voix au chapitre, comme :

- Erskine Caldwell, auteur des célèbres Le petit arpent du bon Dieu ainsi que La route au tabac ; le préféré du traducteur : Un pauvre type.
- William Styron : Les confessions de Nat Turner, La proix des flammes, 2 tomes !
- Et surtout William Goyen, auteur de La maison d'haleine, particulièrement loué.

À propos de Pour qui sonne le glas, que Françoise regrette que nous n'ayons pas choisi, j'ai regardé des avis sur Internet dont j'extrais ces quelques phrases, bien sûr spécialement choisies :

La lecture fut longue et souvent ennuyeuse. Les dialogues sont interminables, les sentiments sont tellement décortiqués que l'on finit par se perdre…

Ce roman n'a pas cent ans, mais il a déjà beaucoup vieilli.

Ce fut une lecture laborieuse pour les 300 premières pages


Mais non, je n'ai pas compris l'engouement. Sans parler de l'histoire d'amour que j'ai trouvée niaise au possible.

Roger Asselineau, dans l'édition de la Pléiade, commente le titre dont nous n'avons rien dit :

Le titre anglais, A Farewell to Arms, est construit sur un jeu de mots intraduisible en français. Hemingway y joue sur le double sens du mot "arms" qui signifie à la fois "armes" et "bras". Il s'agit donc à la fois d'un adieu aux armes et d'un adieu aux bras de Catherine, autrement dit d'un adieu à la guerre et à l'amour. Ce titre correspond parfaitement aux deux thèmes essentiels du livre.

J'ai été très contente de voir cité Le Feu de Barbusse que nous avions lu dans le groupe, p. 250 quand le comte Greffi qui a 94 ans et le narrateur jouent au billard et picolent :

- Maintenant nous allons boire l'autre bouteille et vous me parlerez de la guerre.
II attendit que je fusse assis pour s'asseoir lui-même.
- De tout sauf de cela, dis-je.
- Vous ne voulez pas en parler ? Comme vous voudrez. Qu'est-ce que vous avez lu ?
- Rien, dis-je. J'ai peur d'être bien peu intéressant.
- Oh ! mais vous devriez lire !
- Qu'est-ce qu'on écrit en temps de guerre ?
- Il y a
Le Feu par un Français, Barbusse. Il y a Mr. Britling sees through it.
- Non. Il ne voit rien.
- Comment ?
- Il ne voit rien. Ces livres étaient à l'hôpital.
- Alors, vous avez lu ?
- Oui, mais rien de bon.
- J'ai trouvé que
Mr. Britling était une très bonne étude de l'âme de l'Anglais moyen.
- Je ne connais rien à l'âme.
- Mon pauvre enfant, personne n'y connaît rien. Êtes-vous croyant ?
- La nuit.
Le comte Greffi sourit et fit tourner son verre entre ses doigts.

J'ai cherché quel était ce roman, M. Britling Sees It Through et s'il était sorti en France. Signé par H. G. Wells en personne, le père de la science-fiction, publié en 1916, il a été l'un des romans les plus populaires au Royaume-Uni et en Australie pendant la Première Guerre mondiale. Maxime Gorki a qualifié le roman carrément ainsi : "le livre le plus beau, le plus courageux, le plus véridique et le plus humain écrit en Europe au cours de cette guerre maudite". Ce titre rigolo, M. Britling commence à voir clair, est sorti en 1917 en France, chez Payot, introuvable aujourd'hui :
Quand nous avions lu Le Feu qui a eu le prix Goncourt en 1916, j'avais farfouillé et découvert qu'alors l'Académie Goncourt est encore à ses débuts (premier prix en 1903) et tente de faire connaître de son prix littéraire. Pour cela, elle s'empare de la thématique guerrière et récompense des œuvres sur ce thème jusqu’en 1918 :

- en 1914 L'Appel du Sol d'Adrien Bertrand
- en 1915 Gaspard, les soldats de la Guerre de René Benjamin
- en 1916 Le Feu d’Henri Barbusse
- en 1917 La Flamme au poing d’Henri Malherbe
- en 1918 Civilisation de Georges Duhamel.

Et pour varier les plaisirs... qui est primé en 1919 ? Notre Marcel ! Avec À l’ombre des jeunes filles en fleur.

Sus aux préfaces ! Le livre de poche a fait de nombreuses rééditions de L'adieu aux armes, depuis 1953, après que le livre eut été publié en collection "Pourpre" en 1948, créée en 1933 en petit format. Aucune collection de poche ne comporte de préface. Or, la première édition du livre chez Gallimard dans la (prestigieuse) collection Blanche comporte une préface de Drieu la Rochelle (écrivain très en vue alors, mobilisé dès le début de la Première Guerre mondiale, blessé à trois reprises), préface qui sera présente jusqu'à la guerre et ensuite disparaîtra, vu l'attitude de son auteur pendant la Seconde Guerre mondiale. Cette édition est fort difficile à trouver...
Nous avons lu un Drieu la Rochelle dans le groupe en 1999, Feu Follet, où le héros met fin à ses jours : Manuel était là ; Françoise avait trouvé "quand même intéressante cette larve lucide un peu blasée" et s'exclamait : "qu'il en finisse !" Rozenn actuellement sous médicaments après une opération des pieds disait : "j'aime bien les scènes avec médecin". Pour ma part, j'étais exigeante : "la fin ne me donne pas la joie qu'il crève". Et pour Jacqueline : "ç'aurait pu être touchant".
Je la trouve remarquable, alors voici ›la préface de Drieu la Rochelle à L'adieu aux armes. J'ai constaté qu'elle figure dans l'édition de la Pléiade de 1966, en note... voir cette longue note sur L'adieu aux armes, incluant le texte de Drieu : en note, il faut le faire ! Au passage il est précisé à propos de L'adieu aux armes : "Ce livre, qui est peut-être le chef-d’œuvre de Hemingway"...

J'ai découvert ensuite qu'un ouvrage pour bibliophile, publié en 1956 par l'Imprimerie nationale et l'éditeur André Sauret avec une lithographie originale de Pierre-Yves Trémois, comportait une préface de Roland Dorgelès. En 1919, celui-ci publie le roman qui le rend célèbre, Les Croix de bois, inspiré de son expérience de la guerre, et qui obtient le prix Femina ; la même année, les jurés du prix Goncourt ne lui accordent que quatre voix contre six à À l'ombre des jeunes filles en fleurs de Marcel Proust...
Lorsqu'il signe cette préface, il est président de l'Académie Goncourt depuis 1954, fonction qu'il occupe jusqu'à sa mort en 1973. Cette préface bien plus longue que la première, revient sur le parcours d'Hemingway et aussi celui de Drieu la Rochelle. Voici ›la préface de Dorgelès à L'adieu aux armes.

Muriel (après la séance)
J'ai lu vos avis et je suis très contente que Hemingway ait largement déplu. Cela me déculpabilise de l'avoir abandonné en cours de route. Il m'était arrivé jadis la même chose avec Pour qui sonne le glas, que j'avais également laissé tomber en pleine bataille. Le livre est donc fermé pour moi au sens propre...
Le film avec Gary Gooper, en revanche, m'a davantage intéressée.

Simone de Beauvoir (n'a pas pu venir ce soir)

Le vieux réalisme, qui décrit les objets en soi, reposait sur des postulats erronés. Proust, Joyce optaient, chacun à sa manière, pour un subjectivisme que nous ne jugions pas mieux fondé. Chez Hemingway, le monde existait dans son opaque extériorité, mais toujours à travers la perspective d'un sujet singulier ; l'auteur ne nous en livrait que ce qu'en pouvait saisir la conscience avec laquelle il coïncidait ; il réussissait à donner aux objets une énorme présence, précisément parce qu'il ne les séparait pas de l'action où ses héros étaient engagés ; en particulier, c'est en utilisant les résistances des choses qu'il parvenait à faire sentir l'écoulement du temps. (La force de l'âge, 1960)

En 1956, Faulkner avait dit dans une interview qu'il fallait laisser aux sudistes le soin de régler à leur manière le problème noir ; il se déclarait solidaire des Blancs, même s'il fallait descendre dans la rue et tirer sur les Noirs. Quant à Hemingway, je continuais d'admirer certaines de ses nouvelles. Mais
l'Adieu aux Armes, Le Soleil se lève aussi, relus, me déçurent. Il avait fait faire un grand progrès à la technique romanesque ; mais, leur nouveauté disparue, les procédés, les stéréotypies sautaient aux yeux. Surtout, je découvrais chez lui une conception de la vie qui ne m'était pas du tout sympathique. Son individualisme impliquait une connivence décidée avec l'injustice capitaliste ; c'était celui d'un dilettante assez riche pour financer de coûteuses expéditions de chasse et de pêche et pratiquant à l'égard des guides, des serviteurs, des indigènes un paternalisme ingénu. Lanzmann me fit remarquer que Le Soleil se lève aussi était entaché de racisme ; un roman est un microcosme : si le seul pleutre est un Juif, le seul Juif, un pleutre, un rapport de compréhension, sinon une relation universelle, est posé entre ces deux caractères. D'ailleurs, les complicités que nous propose Hemingway à tous les tournants de ses récits impliquent que nous avons conscience d'être, comme lui, aryens, mâles, dotés de fortune et de loisirs, n'ayant jamais éprouvé notre corps que sous la figure du sexe et de la mort. Un seigneur s'adresse à des seigneurs. La bonhommie du style peut tromper, mais ce n'est pas un hasard si la droite lui a tressé de luxuriantes couronnes : il a peint et exalté l
e monde des privilégiés. (La force des choses, II, 1963)

Fanny (après avoir lu les avis)
Quand je pense qu'en terminant le livre je m'étais dit que tout le monde serait dithyrambique !...
Je vous rejoins tout à fait quant à la mièvrerie des dialogues amoureux, mais comme Etienne je pense que c'est à concevoir en prenant en compte l'époque.
J'ai également été surprise par les descriptions de vie en temps de guerre, mais je me suis dit que c'était peut-être dû à sa place de médecin.
Merci pour les deux préfaces : le texte de Dorgelès notamment m'aide à mieux comprendre pourquoi j'ai aimé ce livre. Pour moi il s'agit d'un roman réaliste, qui parle des Hommes, sans qu'il soit nécessaire d'ajouter des explications psychologiques pour se sentir avec eux.


DES INFOS AUTOUR DU LIVRE

Adaptation du roman au cinéma
La vie et l'œuvre
Le traducteur
Visualiser le contexte et les lieux du roman
Écrire et réécrire : première et dernière page du roman
La sortie du livre, la censure du livre
Le Prix Nobel
Hemingway, auteur queer : la rubrique des potins
De pire en pire : la rubrique des amis des animaux...

• Adaptation du roman au cinéma
Nous avons regardé le f
ilm L'Adieu aux armes de Frank Borzage (1932), avec Gary Cooper et Helen Hayes. Bande annonce ›ici. Film entier en ligne ›ici.
On peut jeter un coup d'œil sur une autre adaptation, moins célèbre, mais spectaculaire : L'Adieu aux armes par Charles Vidor (1957), avec Rock Hudson, Jennifer Jones et Vittorio De Sica. Bande annonce ›ici. Film entier en ligne ›ici.

La vie et l'œuvre
- Wikipédia : très fournie sur le parcours d'Hemingway : ›wikipédia

- Radio : "Mythes et réalités d'Ernest Hemingway", par Matthieu Garrigou-Lagrange, La Compagnie des auteurs, France Culture, du 25 au 29 mars 2019, quatre émissions de 58 min :
Épisode 1/4 : L'envers de sa propre légende
Épisode 2/4 : Hemingway et l'expérience des limites
Épisode 3/4 : L'art de Hemingway
Épisode 4/4 : Paris est une fête.

- Documentaire : Ernest Hemingway : quatre mariages et un enterrement, documentaire très intéressant de Virginie Linhart (fille de l'auteur de L'établi, elle-même écrivain et documentariste), Arte, 2021, 53 min (en location ›ici à 2,99€ ou ›là à 1,99€).

Le traducteur Maurice-Edgar Coindreau
- Nous avions découvert ce traducteur en lisant Flannery O'Connor qu'il a fréquentée de près ; Maurice Edgar Coindreau dont Sartre disait : "La littérature américaine, c'est la littérature Coindreau." Il fera éditer et traduira chez Gallimard de nombreux auteurs : outre Hemingway, Dos Passos, Faulkner, Steinbeck, Truman Capote, Erskine Caldwell, Nabokov, Flannery, William Goyen, William Styron. Ces auteurs auront une grande influence sur les écrivains français comme Kessel, Drieu la Rochelle, Camus ou Sartre.
Nous avons aussi lu ses traductions de Faulkner dans le groupe :
Tandis que j’agonise, Le bruit et la fureur et Si je t'oublie, Jérusalem.
Ses entretiens avec Christian Giudicelli, parus en 1974 sous le titre Mémoires d'un traducteur offrent une mine de renseignements sur la traduction et sur les auteurs traduits. Voir aussi un portrait de Coindreau dans Le Monde, à sa mort en 1990.


- Radio : "Ernest Hemingway", Les Nuits de France Culture, rediffusion d'une émission du 1er avril 1971, 15 min ; Maurice-Edgar Coindreau parle sans mâcher ses mots d'Hemingway et de L'adieu aux armes qu'il a traduit...

- Radio puis publication : et voici retranscrit ›ici le dialogue entier de 1971 concernant Hemingway repris dans Mémoires d'un traducteur.

Visualiser le contexte et les lieux du roman
Grâce à ce documentaire : "En Italie, Hemingway fait ses adieux à la guerre", par Linda Lorin, Invitation au voyage, avec la voix d'Anaïs Demoustier, Arte, 2021, 14 min, en replay pendant toute l'année.

Écrire et réécrire : la première et la dernière page du roman
Dans
une lettre en 1934, Hemingway disait à son confrère Fitzgerald qu'il écrivait une bonne page pour 90 autres nulles...

Roger Asselineau, dans l'édition de la Pléiade, explique le travail de réécriture :

Hemingway écrivit ce roman très laborieusement. La rédaction de la première version du texte, lui prit six mois (à raison de moins de deux pages par jour). Il la commença autour du 1er mars 1928 et la poursuivit pendant le printemps et l'été à Key West en Floride, puis dans l'Arkansas, et à Kansas City dans le Missouri. Ce travail préliminaire, fut achevé alors qu'il se trouvait près de Big Horn dans le Wyoming à la fin du mois d'août 1928. Après une brève période de repos il entreprit de réviser son texte et il se consacra à ce travail avec passion pendant environ cinq autres mois. Le 22 janvier 1929, il écrivait à Maxwell Perkins que le texte définitif était tapé à la machine et prêt pour l'impression. C'est alors qu'on décida d'en commencer la publication dans Scribner's Magazine, mais Hemingway n'était pas encore tout à fait content de son travail et procéda à un certain nombre de corrections sur les épreuves du roman au fur et à mesure qu'il paraissait en feuilleton. Les épreuves du livre lui parvinrent à Paris le 5 juin 1929. II travailla dessus pendant trois semaines et écrivit le 24 juin à Perkins qu'il était enfin arrivé à "un nouveau dénouement très supérieur" au précédent.

LA PREMIERE PAGE DE L'ADIEU AUX ARMES :

In the late summer of that year we lived in a house in a village that looked across the river and the plain to the mountains. In the bed of the river there were pebbles and boulders, dry and white in the sun, and the water was clear and swiftly moving and blue in the channels. Troops went by the house and down the road and the dust they raised powdered the leaves of the trees. The trunks of the trees too were dusty and the leaves fell early that year and we saw the troops marching along the road and the dust rising and leaves, stirred by the breeze, falling and the soldiers marching and afterward the road bare and white except for the leaves.

  Cette année-là, à la fin de l’été, nous habitions une maison, dans un village qui, par-delà la rivière et la plaine, donnait sur les montagnes. Dans le lit de la rivière il y avait des cailloux et des galets, secs et blancs au soleil, et l’eau était claire, et fuyait, rapide et bleue dans les courants. Des troupes passaient devant la maison et s’éloignaient sur la route, et la poussière qu’elles soulevaient poudrait les feuilles des arbres. Il y avait également de la poussière sur le tronc des arbres, et, cette année-là, les feuilles tombèrent de bonne heure, et nous voyions les troupes passer sur la route ; poussière soulevée ; chute des feuilles détachées par la brise ; soldats en marche, et de nouveau la route solitaire et blanche sous les feuilles.
LA DERNIERE PAGE
DE L'ADIEU AUX ARMES :
C'est pour mettre en valeur ce travail qu'en 2012 est publiée une nouvelle édition L'Adieu aux armes avec 47 variations de la fin, conservées dans la collection Ernest Hemingway de la bibliothèque et du musée présidentiels John F. Kennedy à Boston.

La couverture porte l'illustration originale du roman de 1929 : un homme et d'une femme allongés, tous deux seins nus. L'ouvrage comporte une introduction de Seán Hemingway, petit-fils d'Hemingway et également conservateur de l'art grec romain au Metropolitan Museum of Art, et une postface de son dernier fils vivant, Patrick Hemingway.
La fin véritable :
"Il s'éloigna dans le corridor. Je m'approchai de la porte de la chambre.
- Vous ne pouvez pas entrer maintenant, dit une des infirmières.
- Je vous demande bien pardon, dis-je.
- Vous ne pouvez pas encore entrer.
- Sortez, dis-je, vous et l'autre aussi.
Mais, après les avoir fait sortir, après avoir refermé la porte et avoir éteint la lumière, je compris que tout était inutile. C'était comme si je disais adieu à une statue. Au bout d'un instant, je sortis et je quittai l'hôpital. Et je rentrai à l'hôtel, sous la pluie."
Quelques fins :
- "The Nada Ending" : "C'est tout ce qu'il y a dans l'histoire. Catherine est morte et tu mourras et je mourrai et c'est tout ce que je peux te promettre."
- "Fin du bébé vivant" : "Il n'y a pas de fin sauf la mort et la naissance est le seul commencement."
- "Fin de Fitzgerald", suggérée par cet ami : le monde "brise tout le monde" et "s'il ne brise pas, il tue" ; "Cela tue les très bons, les très gentils et les très courageux de manière impartiale" et "Si vous n'êtes aucun de ceux-là, vous pouvez être sûr que cela vous tuera aussi, mais il n'y aura pas de précipitation particulière."
Une liste de titres figure aussi dans cette édition (plusieurs dizaines, avec parmi eux "A Farewell to Arms") : "Love in War", "World Enough and Time", "Every Night and All" et "Of Wounds and Other Causes", "The Sentimental Education of Frederick Henry", "The Retreat from Italy", "The World's Room", etc.

La sortie du livre, la censure du livre
Le roman a été publié pour la première fois dans Scribner's Magazine dans les numéros de mai 1929 à octobre 1929. Le livre a été publié en septembre 1929 avec un tirage de la première édition d'environ 31 000 exemplaires. Le succès de A Farewell to Arms rend Hemingway financièrement indépendant.

La censure est intervenue rapidement. Les éditeurs Robert Bridges et Max Perkins savaient qu'ils seraient attaqués dans la presse s'ils ne supprimaient pas certains termes obscènes du manuscrit. Ils craignaient également que les annonceurs ne soient offensés. Les mots suivants sont remplacés par des tirets : couilles, enculé, putain, Jésus-Christ, merde, fils de pute, putain… (balls, cocksucker, fuck, Jesus Christ, shit, son of a bitch, whore and whorehound). On trouve le livre non censuré ›ici.
Et en effet, le
numéro de juin du Scribner's Magazine a été interdit de vente dans les kiosques par le chef de la police de Boston...

En Italie, notamment en raison du récit de la retraite des soldats, le régime de Mussolini interdit le roman. Certains chercheurs ont émis l'hypothèse que l'interdiction avait en partie son origine en raison d'un conflit personnel entre Mussolini et Hemingway qui l'avait interviewé Mussolini pour le Toronto Daily Star et dans un article publié en 1923, avait qualifié Mussolini de "plus grand bluff d’Europe". L'Adieu aux armes n'a été publié en Italie qu'en 1948.

En Allemagne, Hemingway fait partie des livres interdits sous le Troisième Reich.
En Irlande, il est interdit en 1939 en raison de son contenu sexuel.

Ces informations figurent sur un site canadien consacré aux livres controversés (Books on Trial)

Le Prix Nobel
Hemingway le reçoit en 1954 pour Le vieil homme et la mer. Il ne peut se déplacer à Stockholm pour raisons de santé et enregistrera son discours qui est extrêmement court ultérieurement (on peut l'écouter ici
et le lire là en anglais) ; le voici traduit :

Messieurs les Membres de l'Académie suédoise, Mesdames, Messieurs,
Comme je n'ai aucune facilité pour faire des discours, ni le don de l'éloquence, ni le sens de la rhétorique, je désire simplement remercier de ce prix ceux qui gèrent la donation généreuse d'Alfred Nobel.
Tout écrivain, sachant quels grands écrivains n'ont pas reçu ce prix, ne peut l'accepter qu'avec humilité. Il est inutile de dresser la liste de ces écrivains. Chacun des assistants peut dresser sa propre liste selon ses connaissances et sa conscience.
Je ne saurais demander à l'ambassadeur de mon pays de lire un discours dans lequel un écrivain dirait tout ce qui est dans son cœur. Ce qu'un homme veut dire n'est pas toujours immédiatement perceptible dans ce qu'il écrit et, pour ce qui est de cela, il a quelquefois de la chance ; mais, à la fin, ce qu'il veut dire deviendra tout à fait clair et c'est cela, et le degré d'alchimie qu'il possède, qui déterminera s'il durera ou sera oublié.
La vie d'un écrivain, en mettant les choses au mieux, est une vie solitaire. Les groupements d'écrivains pallient la solitude, mais je doute qu'ils améliorent son style. Son importance grandit aux yeux du public lorsqu'il renonce à sa solitude, mais souvent son œuvre en souffre. Car il œuvre dans la solitude et, s'il est assez bon écrivain pour cela, il doit chaque jour affronter l'éternité, ou son absence.
Chacun de ses livres devrait être, pour un véritable écrivain, un nouveau commencement, un départ une fois de plus vers quelque chose qui est hors d'atteinte. Il devrait toujours essayer de faire quelque chose qui n'a jamais encore été fait, ou que d'autres ont essayé de faire, mais en vain. Alors, quelquefois, avec beaucoup de chance, il réussira.
Comme il serait simple d'écrire s'il fallait seulement écrire autrement ce qui a déjà été bien écrit. C'est parce que nous avons eu de si grands écrivains dans le passé qu'un écrivain est maintenant obligé d'aller très loin par-delà l'endroit qu'il peut normalement atteindre, là où personne ne peut plus l'aider.
J'ai parlé trop longtemps pour un écrivain. Un écrivain doit écrire ce qu'il a à dire et non le dire. Encore une fois je vous remercie.

Hemingway, auteur queer : la rubrique des potins
On n'arrête pas le progrès.
Les relations avec Rinaldi et le narrateur Frédéric nous mettent-elles la puce à l'oreille et les midinettes voudraient-elles en savoir plus ?

Nous nous serrâmes la main, puis, mettant son bras autour de mon cou, il m'embrassa.
- Oh ! dis-je.

(Chapitre 3 : We shook hands and he put his arm around my neck and kissed me. "Oughf," I said.)

La presse américaine n'y va pas de main morte :
- "Hemingway était-il gay ?" New-York Times, 10 novembre 1994
- "Ernest Hemingway, auteur queer avant l’heure" ", Radio Canada Ohdio, 24 mai 2021 : "Si Hemingway avait 25 ans aujourd'hui, il se considérerait non binaire".

En France, la respectable Revue des deux mondes, alimente les hypothèses dans un article "Hemingway à l'épreuve du genre" qui commente un documentaire de six heures sur la chaîne américaine PBS, Hemingway (2021) de Ken Burns et Lynn Novick :

Afin de mettre Hemingway au goût idéologique du jour en excipant de son ouverture pour la fluidité des genres, les documentaristes soulignent qu'Hemingway demandait à ses femmes de se couper court les cheveux. Avec Mary Welsh, sa dernière épouse, ils s'étaient tous deux teint les cheveux en blond platine et, d'après les confidences de celle-ci dans son journal, jouaient à se donner des prénoms masculins (pour elle) et féminins (pour lui).

Sur France Culture, le spécialiste de la littérature américaine Michel Gresset intervient dans une "Nuit Ernest Hemingway" : "A travers les femmes Hemingway poursuivait le rêve de l'androgynie", 26 septembre 2021).

Dans L'Adieu aux armes, nous avons cette scène, p. 285 :

[Le narrateur, Frédéric] Je trouve mes cheveux bien assez longs.
[Catherine] — Non. Laisse-les pousser un peu plus, et moi je couperai les miens ; comme ça on sera tous les deux pareils, avec la différence que je serai blonde et que toi, tu seras brun.
[Frédéric] — Je ne te laisserai pas couper les tiens.
[Catherine] — Ça serait drôle. J'en suis fatiguée. C'est très gênant la nuit, au lit.
[Frédéric] — Moi, je les aime.
[Catherine] — Tu ne les aimerais pas coupés ?
[Frédéric] Peut-être. Mais je les aime tels qu'ils sont.
[Catherine] — Ça serait peut-être très joli de les avoir courts. On serait tous les deux pareils. Oh ! mon chéri, je te désire tellement que je voudrais être toi-même.
[Frédéric] — Tu l'es. Nous ne faisons qu'un.

Foin des supputations... Ce qui est certain, en revanche, c'est que son fils cadet était trans : Gregory Hemingway est devenu Gloria. Une écrivaine française a fait un livre à ce sujet : Le secret Hemingway de Brigitte Kernel.

De pire en pire : la rubrique des amis des animaux...
Reconvertie en musée, la dernière demeure d'Hemingway de type colonial, construite en 1851 à Key West en Floride, et où il a écrit L'Adieu aux armes est habitée de dizaines de chats descendant d'un chat blanc à six doigts, offert en guise de porte-bonheur par un capitaine de navire à Hemingway et baptisé Snow White ("Blanche Neige"). Tous portent le gène de la malformation, mais environ la moitié seulement des pensionnaires du musée ont six doigts, au lieu de cinq à l'avant et quatre à l'arrière.

En 2017, avec des vents à plus de 200 km/h, l'ouragan Irma a dévasté l'archipel des Keys. Mais, soulagement pour les amis des animaux, les 54 chats et la maison de l'écrivain ont bien survécu...
L'inquiétude était montée à l'approche de l'ouragan, lorsque malgré l'ordre d'évacuation lancé par les autorités, les responsables de la maison-musée avaient annoncé leur décision de rester. "Sauvez les chats, mettez tous les chats dans une voiture mais partez", avait exhorté Mariel Hemingway, la petite-fille de l'écrivain, avant l'arrivée de l'ouragan.
"Les chats ont semblé remarquer que la tempête arrivait plus tôt, et d'ailleurs, quand on a commencé à les rassembler pour les emmener à l'intérieur, certains y ont couru, sachant qu'il était temps de se mettre à l'abri" a remarqué la directrice du musée. "Nous les avons pris avec nous", a expliqué le commissaire des expositions de cette résidence-musée, et ils ont été saufs : ouf !
Et voilà le roman que nous ne lirons pas : Hemingway's Cats de Lindsay Hooper
, Kensington Publishing Corp., 2021 ; Les chats d'Hemingway, éd. Prisma, 2022, dont voici ›ici un extrait édifiant...


Nos cotes d'amour, de l'enthousiasme au rejet :
                                        
à la folie
grand ouvert
beaucoup
¾ ouvert
moyennement
à moitié
un peu
ouvert ¼
pas du tout
fermé !


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