Michel del CASTILLO,
La nuit du décret
,
Points, 384 p.

Quatrième de couverture : Dans certains villages de Catalogne, le nom du commissaire Avelino Pared éveille encore une terreur sourde. Responsable de la répression à l'époque de la guerre civile, ce fonctionnaire secret officie maintenant dans une petite ville du nord de l'Espagne : Huesca, où l'inspecteur Laredo, nouvellement nommé, entrera bientôt en fonction. Pour préparer leur rencontre, le jeune policier mène l'enquête, interroge d'anciens témoins, et pénètre peu à peu dans le silence glacé de l'époque franquiste. Le voyage serait sans danger si l'histoire d'Avelino Pared, avec ses craquelures infimes, ses places sombres et enneigées, son enfance perdue, ne renfermait une énigme.

Prix Renaudot 1981


Michel del Castillo
à trois âges de la vie :



Autres éditions
de poche :


Points, 1996


Seuil, 1981 :


Michel del Castillo adapte son roman pour le théâtre :
Le Jour du destin
, L'Avant-scène théâtre, collection des Quatre-Vents, 2003.

Quatrième de couverture : 1950, à Barcelone, sous la dictature franquiste. Après six ans d’une traque méticuleuse, Avelino Pared décide de mettre un terme aux activités de Ramon Puig, professeur à l’université de Toulouse et militant anarchiste en exil. Hasard ou signe du destin, l’arrestation du militant anarchiste coïncide avec l’arrivée de l’inspecteur Laredo dans la Brigade sociale et politique. Ce jeune idéaliste croit avec ferveur aux vertus d’ordre et de discipline. De réputation, il a conçu pour Pared un véritable culte. Petit à petit, le jeune policier découvrira ce que cache la folie de l’ordre : le cynisme désabusé, la manipulation, l’absence de scrupules, une perversité exquise.


Le Jour du destin fut mise en scène par Jean-Marie Besset et Gilbert Désveaux, au Théâtre Montparnasse, avec Michel Aumont (dans le rôle d'Avelino), Loïc Corbery (Laredo) et Christophe Malavoy. Voir vidéo ›ici

Michel del Castillo (né en 1933)
La nuit du décret (publié en 1981)

Nous avons lu ce livre pour le 20 octobre 2023 (ancien et nouveau groupe). Le groupe breton le lit pour janvier.

DES INFOS AUTOUR DU LIVRE
Repères biographiques
Livres de Michel del Castillo
Interviews

Les 12 cotes d'amour de l'ancien groupe
Annick LRozenn
CatherineClaireFanny

Entre et BrigitteChristelle

Jérémy Monique LMurielRenée

Jacqueline

Annick L(avis transmis)
J'avais déjà lu, pour mieux cerner cet auteur dont on m'avait parlé,
Les Portes du sang, un récit autobiographique très émouvant dans lequel il revient sur ses souvenirs tragiques d'enfance et de jeunesse. Mais jamais aucune fiction. Et j'ai beaucoup aimé La nuit du décret.
Pour moi c'est un g
rand roman, écrit dans une belle langue classique, précise et évocatrice des lieux, de l'atmosphère générale et particulière à certaines scènes, de la société espagnole des années 1970, en cette fin de règne franquiste. Une atmosphère très oppressante qui m'a fait penser au film Cria cuervos de Carlos Saura, qui se situe à peu près à la même époque.
Et puis j'ai été saisie par la tension qui s'instaure très vite autour de la relation ambigüe que noue le "jeune" inspecteur avec son futur chef : fascination, répulsion, appréhension… Les témoignages de ceux et celles qui ont connu Don Avelino Pared sont contradictoires et laissent une part de mystère quant à la véritable personnalité de celui-ci. Le lecteur se laisse prendre à cette enquête et le suspense est habilement maintenu jusqu'au dénouement, brutal. D'autant que l'inspecteur Santiago Larido est quelqu'un de trouble également, avec ses propres failles. Il y a comme un effet de miroir entre ces deux hommes. On parlerait aujourd'hui d'une forme d'emprise.
Mais, au-delà du talent du romancier pour tisser sa toile, le plus remarquable c'est la réflexion qui est menée, à travers des discussions entre ces deux personnages, sur les notions de morale, de métaphysique, sur ce qu'est un pouvoir totalitaire, avec la mise en fiches généralisée des citoyens et citoyennes de ce pays, mise en place pendant la Guerre civile et au-delà, par Don Avelino, qui incarne le grand Inquisiteur, le pendant du Big Brother orwellien.
Cette dimension donne une portée très large à ce roman, au-delà du contexte espagnol.
Un livre que je ne suis pas près d'oublier. Ouvert en grand.

Jacqueline

J'avais gardé un bon souvenir de cet auteur dont, il y a longtemps, j'avais lu un livre autobiographique émouvant. J'ai lu celui-ci en entier, mais j'ai trouvé ça très pesant. Je crois que c'est le style à l'ancienne avec des portraits physiques peu intéressants et peu d'affects…, même si cela va bien avec le métier de policier du narrateur. Et c'est assez rigolo qu'il dise ne pas aimer rédiger ses rapports parce qu'au fond rédiger c'est donner l'éclairage que l'on souhaite…
J'ai été gênée que la scène terrible rapportée par Marina et censée être le récit de sa mère soit tout à fait dans le même style que le reste…
Je ne suis jamais vraiment entrée dans le suspense autour d'Avelino, tout cela est lent et assez glauque…
Je n'ai guère eu de plaisir à cette lecture et j'ouvre ¼.
Monique L

C'est un récit bien écrit, intelligent dans son approche, mais qui me laisse désemparée car je n'ai pas compris ce que cherchait l'auteur. Le titre ne m'a pas aidée car je ne sais toujours pas ce que signifie cette nuit du décret. Pour moi cela reste des mots sans que j'en comprenne la signification profonde. (J'ai vu également cette expression dans l'Islam : nuit du destin ou du décret, dans la sourate du Coran Al-Qadr ; voir aussi ›ici)
La fin du roman me pose question : quel sens donner à celle mort ?
Je n'ai pas ressenti les deux personnages principaux comme véridiques mais comme éléments d'une démonstration.
L'atmosphère est pesante.
C'est néanmoins une œuvre attirante, rythmée, bien écrite et que j'ai lu sans difficulté. C'est une réflexion intéressante sur le pouvoir, la dictature franquiste, les exactions commises par les deux camps, mais surtout sur la manipulation pour obtenir des aveux.
Les descriptions successives de Pared montrent le pervers dans toute sa splendeur, persuadé d'avoir raison, d'être le bras armé de Dieu. Il suffit qu'il entre dans la pièce ou s'assoie en face du suspect, pour que tous se sentent coupables. Et il en joue et rejoue comme tout pervers. Il torture moralement ses victimes. Il a un mépris absolu de tous les humains.
J'ai eu du mal par moment avec la passivité de Laredo, par exemple quand il accepte de trouver Pared dans sa chambre tous les matins au réveil. Sa fascination pour Pared ne m'a pas toujours été compréhensible.
Plus le récit avance plus on perçoit un parallélisme entre Pared et Laredo. Laredo avait expérimenté dans sa jeunesse le pouvoir qu'il pouvait exercer sur autrui et la joie perverse que cela lui avait procuré d'avoir manipulé et réduit à néant l'instituteur et cela avec raffinement l'ayant fait en deux temps. C'est ce qui le lie à Pared. "Je découvrais que la rétention d'une information vous faisait le maître absolu d'un homme. Il suffisait que le coupable sût qu'on la gardait. Ma vocation était née : j'entrerais dans la police."
Difficile de parler de tout mais il y a des moments difficiles à passer sous silence :
- le récit de l'inspecteur Baza qui s'est senti humilié et qui a trouvé une fuite dans la boisson.
- la rencontre avec Don Pedro Cortez, phalangiste idéaliste
- la lettre de la femme de Laredo qui a été pour moi un moment de répit
- Franco meurt pendant la période de transition entre les deux postes de Laredo, l'auteur décrit bien les réactions des gens, la sidération puis le frémissement de la liberté.
L'écriture est fluide, il n'y a pas de pathos. Le rythme est très maîtrisé. J'ouvre à moitié.
Christelle
entre et

J'en suis à 90%... et j'ai envie de le finir, car j'imagine une fin peu banale à un livre aussi original.
Je ne connaissais rien de l'auteur, mais le dernier mail de Claire qui renvoie à la page sur M de Castillo m'a mis l'eau à la bouche.
Dans la première partie, je me suis laissé prendre assez rapidement. L'ambiance concernant l'enfance dans le village est rendue de façon intéressante ; quant à l'instituteur pédophile et au père qui condamne plus le fils que l'instituteur, on se rend compte qu'on a changé d'époque...
L'ambiance est très pesante, mais j'ai été captée par l'intérêt au début pour son futur chef, mais l'approche de ce personnage, de passionnante, devient un peu laborieuse, les témoignages finissent par s'éterniser et se recouper. Le passage chez Baza est cependant très poignant, dans le salon glauque, les descriptions et le dialogue ont très bien fonctionné sur moi.
Quand Laredo et Pared se rencontrent, ça redevient intéressant. Ce Don Avelino a un côté délirant, ses réflexions sur les liens entre religion et police, difficiles à suivre, montrent à quel point il est tordu.
J'ai été fascinée par plusieurs passages sur la culpabilité, sa capacité à hanter et détruire des vies, par exemple celle de Baza. N'ayant pas fini le livre, j'espère encore que cette culpabilité va rattraper Pared; la force de la manipulation est également très bien montrée. Quant aux couples, je les ai trouvés intéressants. Il y a une opposition entre Laredo dont la femme le quitte quand il va dans une autre ville et Gonzalvo qui, dans une autre ville, ne pense qu'à revenir chez lui. Pared et sa femme... on se demande où ça peut aller...
À ce stade de ma lecture, j'ouvre entre ½ et ¾.
(Christelle ajoutera quelques jours plus tard :) La lecture des 10 derniers % n'ont pas renversé la donne.

Rozenn
(à l'écran : en place et lieu de son nom, apparaissent ces lettres effrayantes... R... G..., rappelant le livre)
J'ai lu un peu dans le brouillard, mais j'ouvre en grand et je le relirais volontiers.
J'avais lu
Tanguy jadis, n'en gardant qu'un souvenir très fort, très dur : je veux le relire.
Ici dans ce livre, il y a le poids de ce qui n'est pas clair, de ce qui n'est pas dit.
Sur les femmes... hum. Il serait aujourd'hui censuré pour grossophobie. Alors que la description de la femme de Pared est fabuleuse.
Il y a des phrases d'une grande beauté.
À certains moments, trop de détails et des transitions étranges.
Je l'ai fini cet après-midi et j'en sors avec une fascination. Avec Don Avelino, péremptoire, c'est le secret et jamais un doute sur rien.
J'ouvre en grand. C'est un auteur que je redécouvre. Je relirai, c'est certain.
Brigitte
entre et (à l'écran)
C'est un livre très déconcertant : un roman policier, mais aussi un essai philosophique et historique. L'écriture est simple mais très travaillée.
L'intrigue est très construite, chaque détail joue un rôle dans le déroulement des événements ultérieurs, le lecteur ne doit rien oublier, sinon il ne comprend pas la suite.
Ce qui m'a le plus gênée, c'est une certaine ambiance sous-jacente de perversité, aussi bien chez Santiago Laredo que chez Avelino Pared. Je qualifierais cette lecture d'inconfortable.
J'ai aussi été surprise de la façon dont est traitée la pédophilie. Ici la victime c'est l'adulte pédophile, le manipulateur c'est le jeune garçon de 13 ans !
Pour moi ce livre et cet auteur sont néanmoins une découverte intéressante. J'ouvre entre ½ et ¾.
Muriel

J'ai été accrochée. Et le livre m'a bien plu.
Mais je suis d'accord avec Brigitte sur le côté inconfortable. Et pénible est cette histoire d'instituteur très gentil qui s'avère pédophile ; cela met mal à l'aise. Tout est un peu glauque. Ces histoires malsaines et parfois cruelles font mal au cœur.
À certains moments, je ne savais plus qui était qui. Et le livre m'a paru trop long. Plusieurs ont utilisé les adjectifs pesant et pervers, bien choisis.
J'ouvre à moitié.
Jérémy
Avant la lecture
Je n'avais jamais rien lu de Michel Del Castillo, ni même entendu parler de lui. Je l'ai donc abordé vierge de tout a priori. Sans être un grand amateur de romans policiers, une enquête ayant pour toile de fond le franquisme m'intéressait et j'étais donc plutôt enthousiaste à l'idée de le lire.
Pendant la lecture
J'ai lu ce livre sans déplaisir, mais sans passion non plus. Il se lit facilement et je l'ai terminé en une semaine mais je n'ai jamais été impatient d'en reprendre la lecture, il ne m'a pas "manqué". Cela tient peut-être à certaines longueurs un peu pesantes dans les descriptions, de paysages notamment, ou à des précisions apportées sur des détails qui m'ont paru sans importance. Certains personnages sont un peu caricaturaux, par exemple celui de Baza, flic "brisé" par Avelino Pared : gros, alcoolique, vêtements souillés, appartement immonde, femme repoussante, veste sans cesse recouverte d'une couche de pellicules, tout y passe ! Enfin, si le livre est écrit dans une langue fluide, je n'ai souligné aucun passage que j'aurais trouvé d'une particulière beauté.
Le livre a également créé en moi un effet "déceptif" : la rencontre entre Avelino et Laredo n'intervient que 100 pages avant la fin du livre. Je pensais qu'elle arriverait plus tôt. Après avoir compris que cela ne serait pas le cas et qu'une longue enquête préliminaire précèderait la rencontre, j'ai pris mon mal en patience. Malgré tout c'est un peu long. "L'enquête" m'a par ailleurs aussi peu convaincu que celle qui se déroule dans La Petite-fille : tout le monde parle à Laredo avec une facilité déconcertante. La plupart du temps on lui parle même sans qu'il ait besoin de demander quoi que ce soit !
Je n'ai pas été très intéressé par la relation entre Laredo et sa femme, dont le personnage n'est pas très bien dessiné. Quand nous avions parlé de La Boîte noire, j'avais appris que sa traductrice réécrivait les scènes de sexe qu'elle trouvait mauvaises. Ici il n'y a pas de scène de sexe, mais le désir que ressent Laredo pour Marina est décrit avec une lourdeur qui frise le ridicule.
Malgré tout, ce livre m'a intéressé, pas tant pour l'histoire qu'il développe que pour ce que l'auteur essaie selon moi de faire, à savoir dresser le portrait d'un policier franquiste : de quel bois était-il fait ? Quels sont les ressorts familiaux, sociaux, philosophiques, religieux, qui peuvent nous permettre d'expliquer comment un homme qui n'est pas dépeint comme un monstre sanguinaire et violent a pu commettre les exactions qui lui sont reprochées ? Ce qui fonde l'agent de police Avelino, c'est son obsession pour l'ordre, son détachement notarial, son goût pour la surveillance et le fichage, le fait qu'il ne doute de rien, son aversion pour toute forme de regret et de repentir, son refus de s'interroger sur la loi et sa seule volonté de la servir et de l'appliquer quoi qu'il en coûte.
J'ai aussi trouvé intéressant le parallèle que l'auteur établit entre la police et l'Église : toutes deux ont pour idéal l'ordre et cherchent l'abnégation, la soumission totale de l'individu : "L'ordre achevé se fait dans les têtes. Là où l'esprit critique, le désir et l'inquiétude persistent, là aussi le désordre subsiste. La police est loin de cet ordre qui se fait avec la participation de l'individu. […] Heureusement nous approchons d'une ère où les hommes ne supporteront plus le fardeau de leur liberté […] L'heure de la police aura alors sonné. Plus personne ne songera à fuir son œil tranquille. La paix enfin s'installera." On comprend alors mieux pourquoi l'homme Avelino a pris pour femme Amalia, une simple d'esprit qui vit dans un monde de chimères et n'a d'autre désir que celui de s'empiffrer. C'est parce qu'elle est l'incarnation de ce qu'est l'Homme idéal pour le policier Avelino : un "peuple d'automates" n'ayant plus que l'apparence du vivant.
J'ai également bien aimé le côté prophétique du livre. Avelino dit en effet à un moment : "Le jour approche où une machine étincelante contiendra non pas une région mais une province, mais une nation. Il suffira d'appuyer sur un bouton et le décret tombera […] Alors la police aura enfin accompli sa vocation. Elle sera cet Œil qui vous suit partout, invisible." Non seulement on y est mais en plus nous alimentons volontairement la machine !
J'ouvre donc ce livre à moitié car s'il m'a intéressé, il ne m'a pas profondément marqué et je n'aurai envie ni de le relire, ni de le conseiller.
Renée(à l'écran)
Je n'ai pas terminé. Je ne comprends pas trop le narrateur. Enfant pervers, il me met mal à l'aise. Où veut-il nous emmener ?
Mais j'ai envie de savoir la fin, ce qui est déjà pas mal, bien que je ne lise pas avec une jouissance extraordinaire...
J'ai trouvé comme Rozenn qu'il y a de très belles phrases. Et de belles idées.
Je suis proche de l'Espagne à Narbonne et j'ai connu aussi bien des républicains réfugiés que des zélateurs de Franco : tous détestaient parler du passé. Dans le livre, c'est la toile de fond du roman mais c'est subtilement dissimulé : seul reste LE MAL au fond de chaque homme.
L'anarchiste flamboyant Espuig, habilement manipulé par Avelino, devient délateur et finit minable. Le pervers l'a détruit en, subrepticement, lui redonner le goût d'une vie normale plutôt que l'isolement en prison.
Je pense que je suis partie pour l'ouvrir à moitié.
Fanny

J'ai trouvé que ce livre écrit il y a plus de 40 ans était terriblement d'actualité sur l'emprise, la perversion. Perversion avec Amelia par exemple, qui, d'un vide sidéral, encouragée par Don Avelino, ne fait que manger des gâteaux. Et ça se répète pour plusieurs personnages.
Contrairement à vous, j'ai éprouvé beaucoup de plaisir de lecture, en dépit des horreurs - peut-être est-ce par habitude professionnelle... Mais j'avais hâte de le retrouver.
Pared interroge un des suspects et ça dure. Il y a une densité dans certains dialogues très durs. Dans ce chapitre, l'écriture est dense, ramassée sans passages à la ligne malgré les dialogues, au point qu'effectivement on ne sait plus qui dit quoi. Je pense que c'est intentionnel, en ce que cela sert à montrer ce qu'il y a d'identique entre Pared et le suspect.
C'est un livre extrêmement bien construit. On peut même se demander s'ils vont se rencontrer. On comprend à la fin pourquoi le narrateur est revenu sur son enfance.
Laredo et Pared ont pour moi une relation entre deux mêmes. Il y a comme un miroir entre eux. Si on lit le livre comme ça, on lit autrement la fin. C'est peut-être en quelque sorte lui-même que Laredo tue, pour symboliser un nouveau départ et/ou assumer sa part d'ombre et de perversion ?
Juste deux réserves : le parallèle mystique..., je n'ai pas bien suivi ; et le côté très construit du livre qui devient un peu factice quand il y a une double enquête dans le livre : sur le meurtre et sur les raisons de la présence dans la ville d'Avelino. À ce moment-là, j'ai eu l'impression que la construction prenait le pas sur le narratif.
J'ouvre aux ¾.
Claire
Quand j'ai vu le volume du livre et son contexte - la guerre civile espagnole - j'ai intérieurement maugréé et me suis dit je n'hésiterai pas à abandonner ce demi-pavé s'il me barbe, j'étais donc remontée par mon préjugé, genre bien renfrognée... En deux coups de cuillère à pot, j'étais retournée et captivée, immédiatement conquise. Bien sûr, il a fallu tenir sur la longueur.
Les pages avec la femme du narrateur, avec la secrétaire et le chapitre 8 stupéfiant sur l'enfance et la saloperie de l'enfant ignoble entraînent un retournement du lecteur par rapport au narrateur. Le regard sur le père est également changé. Ta remarque, Christelle, me fait me rendre compte que je lisais le livre avec les yeux de cette époque-là... sans y voir de pédophilie, car toute entière prise par le récit, faut le faire.
J'ai aimé les relations avec les femmes : épouse (avec cette lettre merveilleuse p. 313 en poche), Marina, la veuve, Conchita, l'épouse de Pared.
Le livre égrène avec subtilité un rapport au mal. Le contexte historique m'a semblé comme un décor, irremplaçable comme décor, mais un autre pays, une autre époque, une autre dictature, auraient convenu.
Ce qui m'a le plu, c'est la tension, le suspense et notamment les deux coups de théâtre dont celui de la fin, autour de l'instituteur. Les va-et-vient présent/passé, témoignages/narrateur m'ont semblé habiles.
Réserves :
- une verrue curieuse : le chapitre 6 où nous est racontée la vie d'étudiant d'Avelino par un narrateur à la troisième personne, je n'ai pas compris
- les dialogues rapportés dans un récit, par exemple p. 179, pas très vraisemblables
- je suis un peu lassée de tourner autour du pot et je saute des passages ; c'est page 250 qu'il entre en scène (et il y en a 368...)
- les passages philosophiques de Don Avelino me sont restés obscurs et le refrain de la Nuit du décret ne m'a pas convaincue (ou alors il faut considérer ces élucubrations comme un délire, ce qui un peu gros) ; j'ai relevé les occurrences de l'expression et ce n'est vraiment pas clair
- la fin too much.
En dépit des réserves, j'ai envie d'ouvrir aux ¾ pour la découverte, confirmée avec tout ce que j'ai appris de l'auteur qui m'a stupéfiée et attachée à lui.
Alors qu'Avelino revient à cette analogie entre Dieu et la police, je me demande, à propos des quatre couleurs de ses fiches infernales, s'il n'y a pas une autre analogie à faire entre ses outils et ceux du romancier quant à ses personnages... :

- "une première feuille, blanche, avec les renseignements d'état civil"
- "une seconde, verte, pour la vie professionnelle, carrière, activités, finances, bref ce qui, avec le nom et l'origine, enracine un individu. Voulez-vous savoir ce que vaut un homme ? Examinez son compte en banque. Au-dessus d'une certaine somme, c'est une crapule ; au-dessous, c'est une loque ; entre les deux c'est un couard."
-
"Une troisième, rose, pour les mœurs : aime-t-il se faire fouetter, ramper sur le plancher, jouit-il à brutaliser les femmes, ne bande-t-il que s'il profère des insanités ? Dans tous les cas, vous le tenez. Un homme qui sait qu'on a percé ses secrets d'alcôve n'est pas tout à fait un homme. "
- "Le rouge enfin, la politique et le social, c'est-à-dire les rêves absurdes et les théories fumeuses qui font mourir tant d'hommes."
- "Quatre couleurs pour éclairer un destin. Tout ce qu'on appelle si pompeusement le mystère d'un homme tient dans ces paperasses
."

Catherine
Je connaissais Michel del Castillo, j'ai lu Tanguy il y a longtemps et ce livre m'avait marquée ; c'est un livre que l'on n'oublie pas. Je l'ai relu, et il m'a tétanisée de la même façon.
Je me suis plongée ensuite dans La nuit du décret et j'ai été embarquée très vite dans cette histoire. J'avais envie de connaître la suite et, comme l'inspecteur Laredo, de comprendre cet homme, au début insaisissable et, au fil des histoires, de plus en plus pervers et manipulateur. J'ai assez aimé qu'on le rencontre très tardivement ; je me suis même demandé aux trois quarts du livre si on le rencontrerait vraiment.
Il incarne le mal, avec en toile de fond l'Espagne déchirée par la guerre civile. La guerre et ses horreurs ne sont évoquées qu'en toile de fond, mais elle permet à la folie de s'exercer. Il y a des passages saisissants : les interrogatoires de Ramon Espuig, l'anarchiste, prêt à mourir et qui se retrouve piégé dans la toile de Don Avelino avec ses discussions philosophiques et finit par trahir sa cause, l'histoire de sa belle-sœur qu'il "sauve" après avoir fait tuer son mari, l'histoire de Baza qu'il réduit à l'état de loque. Il y a toute une théorie derrière le personnage de Don Avelino, obsédé par l'ordre et la Loi, détestant le pardon, qui disserte longuement sur les rapports entre police, loi et religion. C'est intéressant, mais un peu redondant et il y a des longueurs.
Il y a pas mal de rebondissements : Laredo, que l'on prend pour quelqu'un de bien au début mais dont on apprend qu'il a trahi son instituteur et l'a dénoncé par une lettre anonyme (l'instituteur apparaît comme une victime très sympathique mais il abuse quand même des enfants… ; comme a dit Christelle, ça a été écrit à une autre époque) et à la fin bien sûr où il y a plusieurs coups de théâtre (peut-être un peu trop d'ailleurs).
J'ai bien aimé le délire final de Don Avelino (l'humanité composée d'Amalia sur laquelle la police pourra établir son règne), mais j'ai été un peu déçue par la fin de Laredo que j'espérais plus flamboyante. Au fond, c'est en accord avec le reste. Avelino l'a détruit lui aussi.
Les personnages féminins sont à l'arrière-plan, même s'ils jouent un rôle non négligeable. Je passe sur le personnage d'Amalia, un peu forcé tout de même ; Marina et Pilar m'ont davantage intéressée, j'ai en particulier beaucoup aimé la lettre de rupture de Pilar.
Au final, comme Tanguy, c'est un livre qui m'a marquée et que je n'oublierai pas. Je l'ouvre aux ¾.


La nuit du décret, c'est quoi ?...
Voici, soulignées, les occurrences relatives à la nuit du décret
dans le livre, chapitres 4, 8, 19, 23 :


Chapitre 4, le vieux Trévos qui communique au narrateur un dossier s'explique : "Dans ma jeunesse, je rêvais de devenir archiviste ou bibliothécaire. J’aimais déjà l’odeur du vieux parchemin, du cuir et du papier. Surtout, j’avais la passion de ces lieux paisibles, baignés de silence, où les plus folles visions peuvent s’épanouir, sans que rien ne vienne déranger leurs métamorphoses. Mes parents étaient pauvres, j’ai dû changer mon fusil d’épaule, façon de parler. Je ne le regrette pas du reste. La bibliothèque d’Alexandrie ne peut rivaliser avec un bon fichier. Ce qui dort là, sur ces rayons, c’est rien moins que la création, cher ami ! Tout y est, absolument tout ! Les pires folies, les débauches les plus fantastiques, les appétits les plus féroces, la lâcheté, la cupidité, le sang même. Surtout, tout y est à l’état de signe, comprenez-vous ? Des passions non encore dégradées, une pure énergie en quelque sorte. Lire des fiches n’est pas un travail d’information, c’est une activité purement mentale qui consiste à repérer des traces, à imaginer les actes qui peuvent en découler, comme le chêne dérive du gland. Voilà pourquoi je vous parlais de la création. Parfois, je me représente Dieu comme un immense fichier contenant des millions de noms qui engendreront l’héroïsme et le crime, le mensonge et l’amour. Dans les ténèbres et le silence, Dieu contemple cet écheveau fantastique, et Il attend, recueilli, que tous les fils soient dévidés. Alors, arrivera la Nuit du Décret et une aube triomphante éclairera l’humanité, arrivée au terme de son destin. (...)
– Qu’appelez-vous la Nuit du Décret ? fis-je dans l’espoir d’apaiser son agitation.
– C’est l’ultime Nuit de Dieu, chuchota-t-il en se penchant vers moi et en me fixant d’un regard presque halluciné. La Nuit de l’ultime Révélation, qui précède le Jour de l’Éternité. Croyez-vous en Dieu ? »
Cette question abrupte me prit au dépourvu et j’hésitai avant de répondre.
–   Je suis baptisé, fis-je d’une voix qui résonna bizarrement à mes oreilles.
– Ce n’est pas une réponse, riposta avec brusquerie le lunatique bonhomme. Pour bien lire un fichier, poursuivit-il sur le même ton sec, hargneux presque, il faut croire en Dieu. Car une fiche, pour éloquente qu’elle soit, garde son secret, si on ne la lit pas avec les yeux de la foi. Sa vérité relève de l’ordre du virtuel. Vous, par exemple, êtes-vous certain d’avoir su interpréter les décrets que renferme ce vieux carton ?"

Chapitre 19, juste avant la lettre de Pilar, Don Avelino dit à propos de ses dossiers aux feuilles de quatre couleurs : "ce sont là des méthodes artisanales, grossières pour tout dire. Le jour approche où une machine étincelante contiendra non pas une région ni une province, mais une nation, un continent, le monde même. Il suffira d’appuyer sur un bouton et le décret tombera, scellant un destin. Alors, la police aura réellement accompli sa vocation : elle sera enfin cet Œil qui vous suit partout, invisible. En attendant, soupira-t-il, j’ai fait ce que j’ai pu."

Chapitre 8, le narrateur enfant, à propos d'un tremblement de terre, réponde à l'instituteur qui va bientôt l'embrasser : "– Il y en a eu plusieurs à Benamid. On entend un grondement profond comme d’une bête qui grogne. Ensuite les lustres et les meubles se mettent à valser. Une maison s’est même écroulée dans le village du bas. Tout le monde est sorti dans la rue en criant. C’était drôle.
– Tu n’as pas eu peur ?
– Non. Je trouvais ça bizarre. De toute façon, le village, il est là depuis… Ça fait des années, des siècles même.
– Tu as sans doute raison, Santi. Il ne sert à rien de s’inquiéter inutilement. Quand notre heure arrive, il est vain de se lamenter. Avant… il ne se passe rien. Notre destin ne nous appartient pas : le décret qui fixe notre sort repose dans les archives de la nuit. (...)
Mon corps était maître du sien et mon esprit disposait de sa destinée. Ce décret qu’il imaginait au fond d’une archive nocturne, il s’écrivait en réalité dans ma tête. Il croyait naïvement qu’une obscure divinité décidait de son sort mais il tenait ce dieu cruel dans ses bras, et il l’embrassait avidement, éperdu de reconnaissance. (...)
Ma vocation était née : j’entrerais dans la police ; je collectionnerais et rangerais les décrets qui annihilent la liberté des hommes. Caché dans l’ombre, je tirerais les ficelles de ces pantins. Je demeurerais invisible, anonyme, et je n’en disposerais pas moins du sort de mes semblables."

Chapitre 23, à propos de Don Avelino : "M’ayant reconnu, il m’avait appelé, tissant patiemment les fils où je viendrais m’échouer. À quels signes il m’avait reconnu, je le devinais. Notre complicité portait un nom : Angel Linarès. De ce premier crime, tout le reste découlait, obéissant à une logique supérieure, irréfutable. La nuit où, dans la maison de Benamid, je composais l’infâme billet qui ruinerait une vie insouciante et libre, j’avais, sans le savoir, rencontré Don Avelino. Depuis, je n’avais fait que cheminer vers lui. Trevos ne se trompait pas : pour qui sait lire, un fichier contient les décrets fixant les destinées. Nul hasard. Une rigueur toute mathématique au contraire. Le développement organique d’un thème dont les premières mesures renferment aussi la dernière."


Les 8 cotes d'amour du nouveau groupe
réuni le 20 octobre

Anne-MarieFrançoisJean-PaulNathalie BAnneLahcen Monique M
Katherine

Anne
J'ai beaucoup aimé La nuit du décret comme on aime un bon film, un thriller, un polar, mais qui a en même temps une vraie dimension romanesque. Un homme est hanté par une rencontre à venir. Il est policier et on l'a muté dans une autre région. Tout le monde s'accorde pour dire qu'il n'a pas de chance car celui qui sera son chef est réputé pour être cruel et craint. Il se renseigne avidement sur cet homme. J'ai vu dans cette "annonciation" la définition parfaite de ce que l'on appelle le transfert quand on a pris la décision de commencer une psychanalyse et que l'on s'est engagé sans le connaître encore, avec un psychanalyste. Il s'organise alors en vous une attente pleine d'émotions et de représentations que l'on prête à ce personnage. Toute l'affectivité, qui va constituer votre travail psychique sur des années, est là en concentré. Dans cette attente vous lisez ses livres s'il en a écrit, vous interrogez des personnes qui ont pu le connaître, ou même le consulter. Toute votre problématique s'engouffre dans une voie imaginaire intense. Sur de tels rails le livre part d'une manière très forte.
L'écriture est belle et le style ne fait pas défaut à sa mission : dans le contexte historique du franquisme, il décrit au lecteur la fascination étrange d'un homme pour un autre homme dont on comprend qu'il est un froid destructeur, et la question de savoir pourquoi notre protagoniste est si fasciné par lui reste entière jusqu'à la fin. Certes, on comprend rapidement que l'inconscient existe et qu'il est de la partie : un événement déterminant de l'enfance rattrape le narrateur, qui parle au singulier. On ne connaîtra d'ailleurs son nom que lorsqu'il rencontrera l'homme, nommé Don Alvino, qui va le lui demander : inspecteur Santiago Laredo. La culpabilité guide ce dernier tout au long du roman, mais il ne la cerne pas bien et le lecteur la devine à peine, comme une ombre fatale cachée. Le souvenir de l'enfance néanmoins la révèle et il y a de très belles pages sur cet événement : il a, vers la puberté, "abattu" un homme, un professeur, qui se présentait comme un être lumineux d'amour et qui s'est avéré être un pédéraste. Il lui envoie alors des lettres anonymes pour le séparer d'un de ses camarades avec qui cet homme entretient une relation sexuelle, mais en même temps il parvient à découvrir avec lui la sexualité. Son ambivalence est profonde et perverse, mais il est un enfant, et lors de cette expérience il comprend qu'il veut devenir policier pour dévoiler le mal sous ce qui se présente faussement comme le bien. Il veut évidemment installer en lui-même un bien là où il y a un mal. Il envoie de nouvelles lettres anonymes qui vont amener l'homme à quitter les lieux et il grandit désormais avec la culpabilité d'avoir trahi un homme aimé/haï et de l'avoir symboliquement tué. Dans ce contexte psychologique très intéressant (la relation avec son père s'avèrera également très complexe et subtile), il fouille le passé de Don Alvino dans des dossiers, ainsi qu'en écoutant ceux qui l'on connus. Dossiers aux renseignements labyrinthiques annonçant la période moderne de surveillance. Il rencontre ces "indics" et tombe amoureux d'une collègue dont la tante a épousé le mystérieux personnage. A partir de là, j'ai commencé à trouver la structure du livre trop longue : je me suis essoufflée dans un amas de renseignements alors qu'il ne rencontrait toujours pas Don Alvino ! Et j'ai passé des pages (je l'avoue), accédant au moment où il le rencontre enfin. Là, l'atmosphère des lieux et de la situation m'a rappelé celle de certains films d'Orson Welles, avec des personnages inquiétants évoluant dans des jeux de double, notamment une scène où des personnages se poursuivent et se tirent dessus dans un labyrinthe de miroirs. Don Alvino se montre très obséquieux avec Laredo qui se demande ce qu'il fomente à son égard… Il lui trouve une chambre chez une logeuse, qui réside en face de chez lui, et comme dans un livre de Kafka (dont j'ai oublié le titre), Don Alvino se trouve, intrusif, tous les matins au réveil à son chevet. Tout évolue alors dans le morbide. Il y a un meurtre, on rencontre un monstrueux tueur de chats, une enquête par Don Alvino le présente avec une froide et implacable intelligence, jusqu'au moment où Laredo entend un coup de feu. Il découvre que c'est lui qui a tiré en toute inconscience, et il comprend qu'il a été manipulé par Don Alvino pour l'assassiner. Tout, dans ce roman, montre la présence de l'inconscient ; il a été choisi pour être celui par qui la mort adviendrait et il a suivi, à l'insu de sa conscience, l'ordre qui lui était communiqué. Don Alvino, condamné par une maladie mortelle, avait, lui aussi, étudié le dossier de celui qui devrait se charger de sa mort. Il a vu en Laredo le meurtrier idéal. L'événement "meurtrier" de son enfance ne lui a pas échappé. Il saurait transformer un meurtre symbolique en meurtre réel, une culpabilité inconsciente en culpabilité réelle.
J'ai bien marché dans l'histoire, touffue mais passionnante, et ouvre cet ouvrage aux trois quarts, laissant un quart fermé à cause de sa construction trop longue et un peu lourde à mon goût en son milieu.
Anne-Marie
Je ne savais rien ni de l'auteur, ni du livre. J'ai tout de suite été happée par ce texte, par le style, la progression façon polar, et en même temps la précision psychologique des personnages.
Il est vrai que ces descriptions étaient parfois longues, on n'en finit pas de découvrir le personnage qui fascine tant le narrateur. La présentation est aussi un peu artificielle, avec des interlocuteurs successifs qui lui ouvrent chacun un petit aspect du personnage. L'intégration de l'histoire personnelle du narrateur et de son "crime" est artificielle, au début on ne comprend pas comment elle s'intègre dans le déroulé des évènements. La fascination qu'exerce le chef de la sûreté sur le narrateur est excessive, l'autre a tout prévu, il anticipe ses moindres mouvements, il sait tout de lui, c'est hypnotique, le narrateur se fait broyer complètement jusqu'à accomplir l'acte final réclamé de lui, fin de la tragédie.
C'est très bien mené, j'ai beaucoup aimé ce livre, je l'ouvre en grand.
Monique M
C'est un livre étrange, sombre, dense. C'est le franquisme, avec ses chasses à l'homme, sa perversité, les interrogations de nuit, cette façon de tuer les gens moralement avant de les exécuter physiquement. J'ai trouvé ça terrible, mais ça traduit bien avec des mots justes toute cette horreur. C'est un peu ennuyeux quand il enquête et se rend dans tous ces endroits différents, mais le début et la fin sont extraordinaires. C'est une sorte de polar philosophique, sur le rôle de l'enfant sur la destinée d'un homme. La rencontre avec l'instituteur : pages sublimes. On voit la perversité de l'enfant qui prend possession de l'homme, c'est hallucinant, l'enfant utilise la faiblesse de l'homme, il est plus fort que lui il dit d'ailleurs : "je découvrais que la détention d'une information me rendait le maître absolu d'un homme." La réaction du père du narrateur qui lui dit "tu as failli tuer un homme de bien" est forte. Il y a un parallélisme entre la vie du narrateur Laredo et celle d'Avelino, la même perversité, le même goût de l'ordre, le même abus de la faiblesse des autres. Laredo n'est même pas capable de comprendre les mots de son père quand il lui dit il fait toujours trop chaud ou trop froid, en fait il rejette le franquisme. Laredo ne comprend pas non plus sa femme, ni la mission que se donne Avelino de traquer les gens. À la fin la relation entre les deux hommes change, Avelino choisit Laredio pour que celui-ci le tue, mais on ne le comprend qu'à la fin, seul un autre lui-même peut le tuer. Pourquoi Laredo s'exécute-t-il ? Pour tuer le souvenir de sa lâcheté passée. Ce livre est bouleversant, cette lutte entre le désir de liberté et de l'ordre mais son côté malsain et morbide m'empêche de l'ouvrir en très grand.
François
Étrange roman d'un auteur jadis très connu et dont on ne parle presque plus. Étrange parce qu'il se place bien sous le signe de "l'inquiétante étrangeté" chère à Freud. Et de fait, ce qui fait sa force est bien l'atmosphère dans laquelle il nous plonge. Au centre, un personnage qui ne se découvrira qu'à la fin et que l'on ne va connaître que par témoins interposés. C'est le futur chef de police du narrateur qui va être muté dans un nouveau poste. (Nous sommes en Espagne au moment de la guerre civile, du franquisme et de ce qui va suivre.) C'est peu dire qu'il va hanter tout le roman et que Del Castillo nous fait partager son attente avec un art consommé du suspense... Tant l'image du personnage, un peu comme une photo tremblée, va rester de bout en bout, trouble et équivoque. Ce que le roman raconte très bien, c'est la fascination qu'exerce progressivement son futur chef sur l'inspecteur qui, avant même de le connaître, va littéralement tomber dans sa toile, quelles que soient la lucidité et la distance qu'il tente d'introduire par rapport à cette figure surplombante.
L'un ou l'une d'entre nous a très justement indiqué que l'on pouvait trouver dans cette relation l'image la plus juste du transfert dans l'analyse. La manière dont cette sorte de grand inquisiteur agit avec les prévenus est minutieusement décrite. Elle fait avant tout ressortir l'ambiguïté et la complexité du personnage qui tient du monstre froid et très cultive qui place la logique au-dessus de tout et est en même temps capable de jouer de tous les ressorts humains avec son entourage et ceux qu'ils interrogent. Le roman montre en même temps l'envers de tout ce décor. Envers psychologique quand il raconte ou fait raconter la vie du personnage qui ne manque pas de complexité. De nombreux rapprochements sont possibles avec la vie du narrateur et de l'auteur quand il évoque son enfance et notamment le rôle qu'a pu jouer dans sa névrose la figure de la mère cultivée, fantasque et hyperséductrice. Nous avons aussi à faire à un roman familial qui se développe à plusieurs niveaux qui parfois s'entrecroisent. Cette épaisseur romanesque, dont il n'est pas possible de rendre compte en détail, fait que Del Castillo échappe à un certain côté grand guignol qui le guette parfois. De cette complexité, je retiendrai par exemple l'accent extraordinairement humain de la lettre par laquelle l'épouse de l'inspecteur lui apprend qu'elle le quitte au moment où il va justement prendre son poste. Le petit jeu du chat et la souris auquel joue Pared et l'inspecteur avant le coup de théâtre final est aussi très significatif. Enfin l'envers historique est aussi important tant le destin des personnages (pour le dire vite) est indissociable des vicissitudes de la guerre civile et du franquisme. Pour toutes ces raisons et d'autres qui seraient trop longues (et peut-être ennuyeuses) à développer, j'ouvre en grand ce roman qui dans ses meilleurs moments m'a fait penser au Conformiste de Bertolucci. Peut-être parce que je vois très bien Trintignant dans le rôle de Pared.
Nathalie B
Je suis une inconditionnelle de Del Castillo dont j'ai lu un grand nombre de ses romans. Dans plusieurs de ses écrits, il a creusé le sillon autour du personnage de sa mère qui avait un côté très monstrueux. J'aime beaucoup son écriture, sans avoir encore compris d'ailleurs pourquoi elle me séduit tant. C'est le seul auteur que j'aurais bien aimé rencontrer pour discuter avec lui.
Dans ce roman, c'est l'étude du mal au nom d'une idéologie. Qu'il s'agisse de l'ordre, du nationalisme, du catholicisme ou toute autre idéologie. Cela parle de la guerre civile d'Espagne qui a déchaîné les forces du mal. C'est l'histoire du remord de ceux qui survivent à leur crime. C'est l'histoire d'hommes abîmés dans leur enfance, dont l'un a du remord pour le mal commis et l'autre qui se donne des raisons de le commettre. Il y a même des réflexions théologiques autour de la comparaison entre le Dieu de l'Ancien Testament qui ordonne et réclame qu'on lui obéisse (l'ordre toujours) sous peine de destruction, et Jésus-Christ qui bouscule l'ordre établi et qui ne condamne jamais et se trouve toujours du côté des pêcheurs. Ce roman est écrit au début des années 1980. La pédophilie est un des aspects du roman. Celui qui aime les enfants est ici décrit comme l'innocent dont l'innocence sera détruite par un jeune garçon. Cela parle du mal, de la faute, du pardon. Pour moi c'est un grand roman qui pose des questions existentielles sans y répondre.
Lahcen
C'est un roman d'une morbidité lumineuse. J'ai aimé l'ambiance. Laredo est très ambivalent, il est pervers. Le rôle des femmes dans le livre est intéressant, Marina qui se sacrifie pour sa sœur, la mère d'Avelino très intelligente et excentrique. Avelino, pédéraste, manipulateur est un personnage de tragédie. On devine la fin. La structure du livre est un peu ennuyeuse, les descriptions trop longues, alors que la confrontation entre les deux héros est trop courte, le meurtre trop soudain. La lettre de Pilar est très belle.
Katherine
En vous écoutant souvent dans les débats, j'adapte mon avis en fonction de vos retours que j'adopte ou non, car ils m'éclairent. Là non, je n'ai pas du tout aimé ce livre. Je trouve que tout sonne faux, on est dans un milieu policier, mais les dialogues, je n'y croit pas.
Quant au style, on n'a pas le temps de se plonger dans une ambiance, ça va trop vite. Il fait tellement de choses très vite, c'est trop pour ce qu'il décrit. Il rend lyrique ce qui n'a pas lieu de l'être. J'ai trouvé la période de son enfance avec l'instituteur la plus sincère, c'est moins pesant, il y a moins de descriptions. Il essaie tellement de nous enfoncer ces descriptions dans la gorge que c'est pesant. Rien ne m'a fait vibrer, je n'y croyais pas, je ne suis pas entrée dans le livre, il n'y a pas de finesse, ce n'est pas fluide, par moments il en fait trop, c'est tracé à gros traits. Je ferme le livre.
Jean-Paul
Je ne me suis jamais ennuyé dans ce livre. Les personnages que rencontre le narrateur amènent une montée en puissance, c'est bien écrit, c'est simple mais lumineux. Il décrit très bien l'atmosphère de la fin du franquisme. Ça peut être transposé à notre époque : la dictature, les fiches sur tout le monde, les documents enlevés dans la fiche. Il montre que personne n'est tout blanc ou tout noir dans une guerre, car on voit aussi les attentats anarchistes, les confrontations. Il décrit aussi très bien la peur des gens à la fin du franquisme, la nostalgie de l'autorité. Cet état policier, c'est très actuel et très intéressant. Laredo promène sa culpabilité toute sa vie. Le pervers Pared arrive à le transformer en assassin. L'intervention du père est magnifique, l'enfance très bien décrite. Le narrateur est plus manipulé qu'il ne manipule.


DES INFOS AUTOUR DU LIVRE
Repères biographiques
Livres de Michel del Castillo
Interviews

REPÈRES BIOGRAPHIQUES

• De sa naissance à la publication de son premier livre à 24 ans

- 1933 : naissance à Madrid en 1933 ; le père
français, ingénieur ; la mère espagnoleoriginaire de Murcie, journaliste républicaine a déjà deux fils d'un autre mariage ; la grand-mère avec qui l'enfant vivra aussi est franquiste.
- 1935 : le père quitte femme et enfant deux ans après sa naissance, r
ejoint la France et ne s'occupe plus de son jeune fils.
- 1936 : Michel a trois ans, la guerre civile se déclare, c'est la faim, le froid, le bruit des combats à Madrid.
-
de 1936 à 1937 : sa mère, très engagée politiquement, proche du parti républicain de Manuel Azaña, est emprisonnée par ces mêmes républicains pour s’être inquiétée du sort des prisonniers politiques. Durant son emprisonnement, Michel lui rend visite accompagné de sa grand-mère ; elle sera plus tard condamnée à mort par les franquistes.
-
1939 : la mère fuit avec son fils l'avancée franquiste jusqu'en Auvergne, via Marseille et il se réfugient en France ; le père les aide un peu financièrement sans pour autant renouer avec son épouse.
-
1940 : durant la Seconde Guerre mondiale, alors qu'elle réclame de l'argent à son mari, celui-ci la dénonce aux autorités pour qu’elle ne porte pas préjudice à sa carrière à Michelin à Clermont-Ferrand : elle est internée au camp de Rieucros à Mende, tandis que son fils Michel est en sécurité chez des paysans du Puy-de-Dôme. Pourtant sa mère l'arrache à ce havre et le fait venir à ses côtés, sachant qu'en agissant ainsi elle met la vie de l'enfant en péril. Ce camp de réfugiés politiques est une des épreuves que l'écrivain décrira notamment dans son roman Tanguy. Cependant, il gardera une certaine attache pour la ville de Mende, où une école porte son nom. ("J'écrivais déjà dans mon enfance, au camp de Rieucros, près de Mende : mes historiettes eurent même l'honneur d'un affichage au tableau de la baraque n° 5, celle des Espagnoles, avec des aquarelles, faites par une communiste allemande").
Del Castillo témoignera dans le film de Rolande Trempe et Claude Aubach, Camps de femmes, de 1994, qu'on peut visionner ici sur Canal U.
-
1941 : la mère s'évade du camp.
- 1942 : au terme d'un marché sur lequel del Castillo garde le secret, sa mère obtient sa propre libération tandis que
Michel est envoyé en Allemagne : il baissera son pantalon pour montrer qu'il n'est pas juif, voyagera dans le wagon des enfants : "Je me suis retrouvé otage de guerre, un parmi d'autres, les jours se sont ajoutés aux jours d'errance, de Stuttgart à Berlin, puis, au fur et à mesure de l'avancée russe, ce furent d'autres déplacements. Ce n'était pas l'horreur absolue d'un camp d'extermination mais l'effroyable banalité d'une guerre."
- 1945 : il rentre en Espagne ; livré à lui-même, il est pris en charge par les autorités barcelonaises et conduit en tant que "fils de rouge" à l’Asilo Durán. Il passe trois ans et demi dans ce véritable bagne : travail dans des ateliers très durs, faim, violence et sexualité...
- 1949 : il s'en échappe. Quelques mois plus tard, il est accueilli dans une école de Jésuites à Úbeda, en Andalousie, où il est bien traité et et peut étudier ;
avec le père Mariano Prados, il découvre la littérature et notamment Dostoïevski.
-
1950 : son père ne répond pas à ses lettres désespérées ; il devient ouvrier dans une cimenterie au sud de Barcelone ; il a 17 ans.
- 1953 : il franchit clandestinement la frontière avec la France et retrouve son père, avec qui il vivra huit mois.
- 1954 : il trouve refuge à Paris auprès de son oncle Stéphane et sa tante Rita, allemande,
qui seront pour lui des parents chers, acceptant de plus son homosexualité ; il passe les deux bacs et il entame des études de sciences politiques et droit, puis il obtient une licence de lettres à la Sorbonne et de psycho-pathologie à Sainte-Anne. Il raconte qu'il veillera à ce que sa tante ne manque de rien, jusqu'à sa mort - elle mourra chez lui.
- 1955 : il retrouve sa mère qu'il n'avait pas revue depuis l'âge de 9 ans.

- 1957 : Tanguy est publié aux éditions René Julliard ; l’auteur a 24 ans à peine ;
François Le Grix, chez Julliard, l'aura, en mentor, aidé à peaufiner le livre.
- 1995 : le père, âgé de 87 ans, demande prise en charge médicale et pension alimentaire à son fils dont il se sera occupé 39 mois.

• Carrière littéraire

-  S
on premier roman, Tanguy, remporte un grand succès.
- Ses romans ultérieurs recevront de nombreux prix, dont le Renaudot pour
La Nuit du décret (1981) et le prix Femina de l'essai pour Colette, une certaine France (1999).
- En 1975, pour Antenne 2, il produit une série télévisée, La Saga des Français, qui retrace un panorama de la société française en 13 tableaux.
- Outre des romans, il publie des essais et écrit des pièces de théâtre.
- En 1997, il est élu membre de l'Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique, succédant à l'historien Georges Duby. Voir le beau discours de réception de l'écrivain Pierre Mertens parcourant l'oeuvre de del Castillo.
- En
2016, il reçoit le Grand Prix de l'Académie française pour l'ensemble de son œuvre.

Par ailleurs :
- il
est membre du comité d'honneur de l'Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD).
- Il est ouvertement homosexuel.
- Il vit à La Calmette, dans une belle maison située à une dizaine de kilomètres de Nîmes.

- Il a acquis la nationalité espagnole et a donc deux passeports.

LIVRES de Michel del Castillo

Ses romans ont été publiés dans diverses maisons d'édition : chez Julliard, qui maintenant n'existe plus, chez Fayard, au Seuil, chez Stock, chez Plon, chez Gallimard, en poche, aux éditions Points, en Folio, au Livre de poche, en Pocket.
Les livres sont présentés
sur book note et sur le site de la Bnf.

• Les romans et récits

- 1957 : Tanguy : histoire d'un enfant d'aujourd'hui, Julliard ; Folio. En Espagne, le livre fait scandale, explique Amélie Nuq dans “L’affaire Michel del Castillo", une campagne de protestation contre les maisons de redressement espagnoles (1957-1959)”, Revue d’histoire de l’enfance "irrégulière", n° 13, 2011
- 1958 : La Guitare, Julliard ; Seuil, 1984 ; Points
- 1959 : La mort de Tristan, Julliard
- 1959 : Le Colleur d'affiches, Julliard ; Seuil, 1985 ; Points
- 1960 : Le Manège espagnol, Julliard ; Points
- 1962 : Tara, Julliard ; Points
Sa mère a une réaction très violente.
- 1965 : Les Aveux interdits : Le Faiseur de rêves, René Julliard
- 1966 : Les Aveux interdits : Les Premières Illusions, René Julliard
- 1967 : Gerardo Laïn, Christian Bourgois, 1967 ; Seuil ; Livre de poche ; Points
- 1972 : Le Vent de la nuit, Julliard - prix des libraires et prix des Deux Magots ; Seuil 1985 ; Points
- 1975 : Le Silence des pierres, René Julliard - prix Chateaubriand ; Points
- 1977 : Le Sortilège espagnol : les officiants de la mort, René Julliard ; Folio
- 1979 : Les cyprès meurent en Italie, Julliard ; Points
- 1981 : La Nuit du décret, Seuil - prix Renaudot ; Points.
À la veille de la remise du Goncourt (à l'époque très Galligrasseuil), François Nourissier, auteur Grasset, a,  raconte Le Monde, "descendu en flammes" dans le Figaro-Magazine le livre de Michel Del Castillo, publié au Seuil, et considéré jusqu'alors comme le grand favori. Heureusement, le jury Renaudot était là pour repêcher Michel Del Castillo... on peut voir aussi la perplexité de Michel Tournier, juré, dans Le Figaro...
Voir la critique du Monde (avant la remise du prix) : "Michel del Castillo et ses deux 'flics' : la tendresse sous la cruauté" par Paul Morelle (Le Monde, 23 octobre 1981) et celle de l'écrivaine Françoise Xénakis dans Le Matin de Paris ("Michel del Castillo : un enfant qui sait à jamais l'horreur du monde"
, 25 septembre 1981)
- 1984 : La Gloire de Dina, Seuil ; Points
- 1985 : La Halte et le Chemin, Bayard
- 1987 : Le Démon de l'oubli, Seuil ; Points
- 1989 : Mort d'un poète, Mercure de France ; Folio
- 1991 : Une femme en soi, Seuil - prix du Levant
- 1993 : Le Crime des pères, Seuil - grand prix RTL-Lire ; Points
- 1994 : Rue des Archives, Gallimard
- prix Maurice-Genevoix ; Folio
- 1997 : La Tunique d'infamie, Fayard
- 1998 : De père français, Fayard ; Folio
- 2001 : Les Étoiles froides, Stock, tome 1 de sa trilogie ; Folio
- 2003 : Les Portes du sang, Seuil, tome 2 de sa trilogie
- 2006 : La Religieuse de Madrigal, Fayard ; Points
- 2007 : La Vie mentie, Fayard - prix des écrivains croyants ; Livre de poche
- 2010 : Mamita, Fayard ; Livre de poche
- 2018 : L'Expulsion : 1609-1610, Fayard

• Non-fiction

- 1969 : Attitudes espagnoles, photos de Richard de Combray, Julliard
- 1970 : Écrous de la haine : vous avez tué Gabrielle Russier, Julliard : livre saisi et interdit en juillet 1970 (voir Le Monde du 9 juillet 1970 et Le Monde du 10 juillet 1970)
- 1980 : Les Louves de l'Escurial : la volupté de la mort, une Espagne hallucinée, Perrin
- 1985 : La Halte et le chemin, éd. du Centurion
- 1986 : Séville, Autrement, coll. L'Europe des villes rêvées
- 1991 : Andalousie, Seuil ; Points
- 1993 : Carlos Pradal, collab. Yves Belaubre, éd. Loubatières
- 1995 : Mon frère l'Idiot, Fayard - prix de l'écrit intime ; Folio
- 1999 : Colette, une certaine France, Stock - prix Femina essai ; éd. Cendres ; Folio
- 2000 : L'Adieu au siècle - journal de l'année 1999, Seuil ; Points. Extrait : “Je me suis également rappelé mes rendez-vous avec Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir (…) dans les années 60. Nous allions manger la Palette ou à la Coupole (…) Les serveurs déroulaient un paravent qui nous cachaient de la salle et à peine installés dans notre coin, Sartre allumait sa cigarette avant de me raconter l’Espagne, qu’il connaissait mal, d’analyser le franquisme, qu’il n’avait pas vécu.

- 2000 : Droit d'auteur, Stock
- 2002 : Colette en voyage, éd. des Cendres : fac-similés des autographes (lettres et cartes postales) adressés par Colette à Sido, à ses frères, à Missy, à ses maris... lors de ses nombreux voyages en France et à l'étranger, accompagnés d'un texte de Michel del Castillo présentant le contexte de leur rédaction. Publié à l'occasion de l'exposition tenue au Musée de la poste à Paris, de mai à août 2002.
- 2004 : Sortie des artistes : de l'Art à la Culture, chronique d'une chute annoncée, Seuil
- 2005 : Dictionnaire amoureux de l'Espagne, Plon - prix Méditerranée
- 2008 : Le Temps de Franco, Fayard ; Livre de poche
- 2015 : Goya : l'énergie du néant, Fayard ; Points

• Théâtre

- 1967 : dans l’adaptation du Mur, la nouvelle de Jean-Paul Sartre réalisée par Serge Roullet, il incarne le rôle de Pablo.
- 2002 : Une répétition, pièce consacrée à Jean Sénac, mise en scène d’Armel Veilhan. La pièce est publiée sous le titre Algérie, l'extase et le sang (Stock, 2002) : le livre évoque l’itinéraire singulier de Jean Sénac, assassiné en 1973 à Alger, à travers les réflexions de trois personnages attelés à un spectacle autour de la figure du poète algérien.
- 2003 : Le Jour du destin, L'Avant-scène théâtre, collection des Quatre-Vents, adaptation du roman La nuit du décret.
- 2005 : La Mémoire de Grenade, lue par le comédien François Marthouret dans le cadre du Festival des Lettres d’Automne à Montauban.

INTERVIEWS

• À écouter et regarder

- Comme il vous plaira, RTS (Radio Télévision Suisse), 1er novembre 2015, 1h 56.
- Le bon plaisir de Michel del Castillo, par Christian Giudicelli, France Culture, 17 novembre 1984, rediffusé dans Les Nuits de France Culture de Philippe Garbit, 21 février 2015, 3h 29.
- Une biographie rapide par Catherine Gueguen, suivie d'une interview, sur youtube, 6 novembre 2020, 14 min.
- Vidéo au sujet du roman Mamita que Del Castillo présente, Librairie Mollard, 20 septembre 2010, 2 min 20.

Voici maintenant des extraits d'interviews de Michel Castillo dans la presse écrite sur le mal, sur les camps, sur sa mère, les femmes, la psychanalyse, les livres, le style...

Sur le mal

Oui, tout mon univers romanesque est hanté par le mal. Sans doute l'ai-je connu trop tôt. J'avais neuf ans lorsque nous avons été arrêtés en 1942. Le gouvernement de Vichy nous avait internés : nous avons été ensuite transférés en Allemagne, dans un camp de concentration. Il y avait vingt-cinq mille petits Espagnols à Mauthausen. J'ai connu l'horreur absolue à un âge où l'on essaie généralement de préserver la sensibilité des enfants. On ne guérit jamais de son enfance. La mienne m'a marqué pour toujours.

N'y a-t-il pas une indulgence pour le mal dans votre livre ?

Mon premier mouvement a été une condamnation absolue, aveugle du mal, dont le mufle de bête n'est jamais loin d'apparaître sous le vernis de la civilisation. Je ne cherchais même pas à entrer dans les raisons qui avaient poussé les nazis à torturer ainsi d'autres hommes. Puis je me suis posé d'autres questions. Je me suis dit qu'un vent de folie peut parfois souffler sur un être ou sur une collectivité et les déformer profondément. Je crois maintenant que personne n'est à l'abri de la contagion. (Le Monde, 6 octobre 1962)

Dans le camp de Rieucros

Mon souvenir le plus fort, c'est l'obscurité. Enfant, cela vous terrifie. Il devait y avoir une ou deux ampoules de 25 watts pour toute la baraque. On arrivait au bout du monde, on ne savait plus où on était et, dans ce magma de femmes espagnoles dépenaillées, j'étais une crevure qui allait de pneumonie en pneumonie. Je ne bougeais plus, collé contre ma mère, je lisais des partitions de musique. Le froid, la faim, bien sûr, inutile d'en parler. J'allais surtout dans la baraque des Allemandes, les Espagnoles n'arrêtaient pas de se hurler dessus. L'enfermement concentre des gens qui n'ont rien en commun, socialement, politiquement. Ma mère est arrivée avec un beau manteau, très maquillée, on l'a regardée méchamment. Des femmes seules, confinées, sans contact avec les hommes, ne restent pas longtemps gentilles. Mais, chez les Allemandes, tout était propre, c'était des communistes cultivées, qui lisaient, écrivaient, dessinaient, me racontaient des histoires. J'avais besoin d'une loi, elles avaient cette discipline qui leur avait permis de tenir en Allemagne.
On avait été chassés d'Espagne en 1939 et on m'avait dit que la France était un pays où l'on mange bien, où l'on est poli. Le plus triste pour moi, c'est que mon père, qui nous avait dénoncés, était français. Je trouvais ça scandaleux, je n'arrêtais pas de répéter : je ne suis pas espagnol.
C'est à Rieucros que j'ai commencé à écrire. Des petits contes. L'un d'eux parlait d'un des sept nains qui avait très froid dans une baraque... Ils ont été affichés à l'exposition organisée à Mende par le maire : il était furieux contre ce camp, dont les habitants croyaient au départ qu'il ne renfermait que des droits communs et, pour les obliger à prendre en compte les détenues, il avait exposé des objets qu'elles avaient fabriqués. Certaines prisonnières sont venues à Mende, les Français les regardaient, ils étaient gentils, ils essayaient de comprendre. Le dimanche, ils venaient se promener autour du camp, le vallon de Rieucros ayant toujours été un lieu de villégiature. Certaines détenues se livraient à la prostitution, derrière le camp.
Ces camps furent très représentatifs du merdier français. Cela aurait pu être bien pire : on aurait pu être livré, battu, tué. Moi-même, je pouvais aller à l'école à Mende. On pataugeait dans l'improvisation, on nous laissait avoir froid, avoir faim, un climat étrange où se mêlaient la débâcle, la peur de l'étranger et une gentillesse foncière. Quelque chose de bizarre, d'un peu merdique.
("Ces camps furent très représentatifs du merdier français", Michel del Castillo, Le Point, 4 novembre 2010)

Trois années en Allemagne

J'en parlerai probablement un jour plus longuement. Ça a été une chute très insensible. Je ne comprenais pas bien pourquoi j'avais échoué là. J'avais 9 ans, je n'étais pas un déporté politique, je n'avais pas combattu, je n'étais pas juif. Je n'arrivais pas à avoir une vision claire des méchants et des bons. Je voyais tous ces Russes massacrés par les Allemands remplis de haine, et après, quand on nous a évacués de camp en camp au fur et à mesure de l'avancée russe, j'ai eu une grande pitié pour les enfants allemands que je voyais dans les gares. C'était l'apocalypse. Rien n'était simple. À Berlin, c'était terrifiant, les bombes pleuvaient, j'étais terrorisé, je vivais plaqué au sol. (Lire, 1er octobre 1995).

La mère de Michel del Castillo

Jusqu’en 1935, elle a eu une jeunesse dorée. Elle vivait dans un tumulte à la Fitzgerald : les amants, les maris, tous valsaient dans sa vie avec une liberté incroyable. En même temps, sa très grande beauté et son immense fortune l’ont rendue très tôt doublement vulnérable. On ne l’a pas vendue, mais enfin son premier mariage à l’âge de quinze ans et demi y ressemblait fort. Sa vie était faite de nœuds. Elle était trop libre pour son époque. Par exemple, c’était une excellente pianiste, elle aurait pu faire une grande carrière de concertiste et pourtant elle n’en a rien fait car elle papillonnait. Elle ne travaillait pas assez et avait une vie trop décousue. Quand j’ai fait mon travail de recherches, je suis allé voir deux de ses professeurs à Paris et ils m’ont confirmé son talent.

Que vous a-t-elle transmis ?

Une éducation. Aujourd’hui, cela peut paraître ridicule, mais élevée par les sœurs, elle avait l’allure et les gestes d’une très grande dame, et possédait cette politesse des gens très bien élevés. Elle m’a notamment inculqué son respect pour les gens qui travaillent. Si je parlais mal à un serveur, elle m’envoyait lui présenter des excuses. Elle était impitoyable. Et en même temps, elle ne voyait même pas sa propre famille, elle se regardait tous les matins dans le miroir, je n’existais pas. Sa grande générosité financière allait de pair avec son horreur de la pauvreté. Elle pouvait donner des sommes astronomiques à des clochards dans la rue. Elle a aussi vécu une page très noire de l’histoire espagnole... Quand la guerre éclate et que s’installe alors à Madrid une terreur effroyable, elle est emprisonnée avec des milliers de gens. Elle meurt de trouille et elle est obligée de donner des gages aux communistes. Elle passe alors de l’autre côté. Or ses amis, son mari sont tous des franquistes convaincus. Et tout le monde est persuadé qu’elle est des leurs. C’est un milieu de droite ! Le jour où la vérité éclate, c’est un énorme scandale : non seulement, elle a abandonné ses enfants, mais elle a aussi trahi son camp et défendu les rouges. Il ne lui reste plus que l’exil. En fait, elle était journaliste non pas communiste, encore moins anarchiste, mais plutôt radicale de gauche. Elle soutenait les républicains car ils défendaient la loi sur le divorce... elle était logique avec elle-même ! Elle a été jusqu’à entamer un procès à Rome pour viol afin de faire annuler son premier mariage !

Vous êtes le seul de ses enfants qu’elle emmène avec elle en exil...

Je pouvais lui être utile afin d’amadouer mon père qui était déjà en France. Mais lorsqu’elle arrive devant lui, il n’est pas dupe, il est au courant de ses frasques à Madrid et sort les papiers qui prouvent le remariage de ma mère avec un lieutenant d’une brigade internationale.
Pour elle qui n’a jamais compris que l’on pouvait lui résister, c’est un effondrement. Tout à coup, elle s’est retrouvée sans argent. Elle a appris à écrire des articles et pondu deux romans exécrables. Elle avait des idées excentriques jusque dans la politique, prônant par exemple que toutes les femmes devraient porter des manteaux de vison. Mon père avait proposé de me placer dans une pension. Elle a refusé tout en lui demandant l’intégralité de ma pension alimentaire jusqu’à ma majorité. Elle dépensera tout en deux mois ! Exaspéré, mon père commet un acte irréparable : il la dénonce à la police. Nous sommes alors internés dans un camp de concentration. D’où elle s’évadera seule. Je ne la reverrai plus avant l’âge de 20 ans.

Et votre père ?

Je l’ai revu en 1953 quand j’ai réussi à revenir en France. Mais je le détestais trop. Son milieu, cette grande bourgeoisie hypocrite, m’exaspérait aussi. (L'Orient littéraire, avril 2020).

Sur la psychanalyse

Je suis très marqué par la psychanalyse. Elle a contribué à me guérir, car j'ai frôlé la névrose. J'ai appris à accepter le passé, et mon œuvre me sert de soupape. Au fond, l'écrivain est un malade : il n'y a pas de quoi se vanter. Écrire, c'est un moyen de ne pas étouffer, de ne pas mourir. Je ne crois qu'au livre qu'on écrit avec son sang. C'est pourquoi j'ai une horreur profonde du byzantinisme intellectuel. (Le Monde, 6 octobre 1962)

La liberté et en particulier des femmes

Aujourd'hui en 2023, l'avortement est en péril aux USA, il est question de l'intégrer pour protéger ce droit dans la Constitution française. En 1995, il y a presque 30 ans, Del Castillo, dénonçait :

cette pression de plus en plus sournoise contre les libertés individuelles, l'avortement. J'ai pour vieux réflexe de regarder la condition féminine, car c'est là que se jauge finalement l'état d'une société. Dans les années 60, la liberté sexuelle a commencé par les femmes, la pilule, puis toutes les minorités sexuelles ont été libérées. (Lire, 1er octobre 1995)

• Sur les livres

Grâce à sa mère, Michel Del Castillo avait déjà beaucoup lu dans son enfance : Les Contes des mille et une nuits, de Grimm, Dumas, Balzac, et ce avant 10 ans...

"Il y a des livres qui vous convertissent. Cette fonction quasi religieuse, Dostoïevski l'a jouée pour moi ; cette notion religieuse de l'art, c'est lui qui me l'a apprise", explique-t-il. Et c'est en lisant Dumas qu'il a une illumination - pour reprendre le terme de Rimbaud, auquel il voue un véritable culte, tout comme à Lorca : "Milady, c'était elle. C'était ma mère. Cette menteuse, cette séductrice. À partir de cette découverte, j'ai eu moins peur. Parce qu'elle devenait un objet esthétique, je pouvais l'aimer littérairement. Je la retirais de la psychologie pour l'installer dans l'esthétique. La retrancher de la réalité la rendait moins dangereuse." (Le Monde, Emilie Grangeray, 16 mai 2003 ; voir aussi après sa publication sur Dostoïevski en 1995 (Mon frère l'Idiot) l'interview de Marianne Payot sur les lectures de Michel del Castillo, Lire, 1er octobre 1995).

Pas de trace dans vos livres des recherches où s'applique le nouveau roman ?

Chaque écrivain est d'abord un tempérament. Il trouve instinctivement la forme qui lui convient le mieux. Le problème de la technique m'a toujours semblé un faux prétexte. Nathalie Sarraute et Claude Simon, qui sont, eux, de véritables écrivains, ont trouvé le ton le plus juste pour traduire leur sensibilité. C'est un accord, non un choix délibéré. Toute œuvre d'art est la découverte d'une intonation. (Le Monde, 6 octobre 1962) :

À propos d'un livre lu à Voix au chapitre, Proust contre la déchéance :

Cure de désintoxication polonaise, toujours, avec la lecture de Proust contre la déchéance, de Joseph Czapski (chez le même éditeur que Bobkowski). Il arrive que la littérature sauve de la déchéance, et ce fut aussi le cas pour moi. Ce livre magnifique parle certes de Proust, mais, dans la déréliction d'un camp soviétique, il parle plus encore de ce qui fonde l'humanité: l'art, quand il se dresse contre la mort. (Libération, 29 avril 2000)

Le style

On confond le style avec le bien-écrire. Or le bien-écrire, c'est le normalisé, la langue canonique. Le style, c'est trouver une musique personnelle telle que le lecteur la reconnaît immédiatement. La voix de Céline, ce n'est pas seulement les points de suspension, c'est le triturage de l'argot, l'invention des néologismes. Le style de Gide, c'est le chant d'une pureté à la limite de la préciosité - j'appelle ça du remue-ménage de hanches. Dostoïevski, lui, a une voix populaire, petit-russien, très proche du langage parlé et de ce fait proche du genre feuilletonesque. Il a besoin de se mettre dans des situations d'urgence pour écrire, d'où le style catastrophique, haletant de celui qui écrit contre la mort. Il appartient à la catégorie des écrivains de la parole. A l'instar d'un Céline et de son désespoir absolu ou d'un Bernanos et de sa mystique. Il n'y a pas d'écrivains de la parole qui soient neutres. Vous n'imaginez pas Guy de Maupassant autrement qu'écrivant quelque chose de joli, qui soit bien mené, avec une conception esthétique mais sans métaphysique. Chez Dostoïevski comme chez Tolstoï ou comme chez Tchekhov, si vous enlevez la métaphysique il reste très peu de chose. (Lire, 1er octobre 1995)

Écrire en français

Mon hispanité est très profonde, il est indéniable que c'est sur l'Espagne que j'ai le plus réfléchi, que je suis allé le plus en profondeur, mais je sais que je suis incapable d'écrire un livre en espagnol. Je lis beaucoup dans cette langue, comme je lis en anglais ou en allemand. Cela va même plus loin. Quand j'ai lu Dostoïevski pour la première fois, c'était dans une traduction en espagnol, mais j'ai longtemps cru que je l'avais lu en français. Je sais comment j'ai pu faire cette confusion. Mon désir de France occultait tout. Mais c'était un désir qui se trompait sur lui-même : je n'avais pas encore les outils. J'ai retrouvé des lettres que j'écrivais quand j'avais vingt ans, j'écrivais franchement très mal. Quelqu'un m'a fait remarquer un jour que je n'avais pas aimé en Espagne. Pourquoi ? Je n'en sais rien, je n'ai aucune réponse. En Espagne, je suis considéré comme un hispano-français. Mais ils ont l'impression que j'ai un peu renoncé à quelque chose, que j'ai un peu trahi ("Michel del Castillo : la littérature comme salut", propos recueillis par Danièle Brisson, Le Magazine littéraire, n° 355, 1997)

Une note légère pour finir, sur l'Espagne

Quelle est la première chose que vous faites quand arrivez en Espagne ?

Dès le premier soir, je me remets aux tapas, vers sept ou huit heures, parce que je sais qu’on va dîner deux ou trois heures plus tard. Il vaut donc mieux manger un petit quelque chose en attendant. À Madrid, je vais autour de la place Santa Ana, là où il y a le Théâtre espagnol, l’hôtel Victoria. Dans ce quartier, les bars à tapas sont innombrables et noirs de monde. Je me suis toujours demandé comment font tous ces gens que l’on voit en permanence un verre à la main. Ils picolent avant et pendant le dîner, puis après, ils remettent ça en boîte… Et le lendemain matin, ils sont au boulot ! Madrid est vraiment une ville déjantée, très almodovarienne (rires) ! Donc, je prends la température, j’écoute les débats en cours, je repère les nouveaux endroits, car tout change tellement vite. Je flâne quoi, je m’abandonne au flux. On vit tout le temps dehors à Madrid.

Y a-t-il un autre pays où l’on vit autant le soir et la nuit ?

J’ai vécu à Rome, à Capri, à Naples. On y sort la nuit, mais cela ne donne pas la même impression d’agitation frénétique. À Madrid ou à Barcelone, on a le sentiment qu’il s’agit d’un impératif catégorique : il faut sortir ! On ne reste pas chez soi. On retrouve un petit peu ça à Naples qui a conservé quelque chose d’espagnol. (propos recueillis par Michel Doussot, Blogpasblog, 26 décembre 2011).

 


Nos cotes d'amour, de l'enthousiasme au rejet :
                                        
à la folie
grand ouvert
beaucoup
¾ ouvert
moyennement
à moitié
un peu
ouvert ¼
pas du tout
fermé !

 

Nous écrire
Accueil | Membres | Calendrier | Nos avis | Rencontres | Sorties | Liens