Lirelles


Nous avons lu pour le 28 juin 2026
dernière séance de l'année, dernière séance de Lirelles :

Lettres choisies de Madame de Sévigné

Le livre choisi

Nous avons choisi la collection "Œuvre du Matrimoine" des éditions Librio


Lettres choisies

anthologie de Peggy François, 112 p.

De nombreuses éditions des nombreuses lettres existent :

Je vous écris tous les jours..., Folio, 3€ : premières lettres à sa fille, 144 p.

Lettres choisies,
édition Roger Duchêne, Folio classique, 384 p.

Lettres choisies,
édition Nathalie Freidel, Folio classique, 752 p.
Lettres de l'année 1671, édition Roger Duchêne, préface Nathalie Freidel, Folio classique, 560 p.

           
Lettres, édition Bernard Raffalli, Flammarion, GF, 448 p.
Lettres, "Petits Classiques" Larousse, avec dossier pédagogique, 128 p. Lettres de Madame de Sévigné,
de sa famille et de ses amis
, recueillies
et annotées par M. Monmerqué, Hachette-BNF, 11 tomes + 3 tomes de compléments
Lettres choisies de Mme de Sévigné, BnF collection ebooks, 186 p., en prêt numérique

                         
Correspondance, La Pléiade, en trois tomes de 5000 pages ou un coffret, édition Roger Duchêne, collaboration Jacqueline Duchêne

- Tome 1 : Mars 1646 - Juillet 1675
- Tome 2 : Juillet 1675 - Septembre 1680
- Tome 3 : Septembre 1680 - Avril 1696

Et en audio : Juliette Gréco lit Lettres à sa fille de Madame de Sévigné, éd. Des femmes, 1h11
Autour du livre

Une exposition

Nous avons choisi de lire ces lettres en lien avec l'exposition "Madame de Sévigné : lettres parisiennes" au musée Carnavalet, pour les 400 ans de sa naissance, du 15 avril au 28 août.
Pour qui ne peut se déplacer pour visiter l'exposition, on peut la visiter de chez soi avec les commissaires sur ›youtube en 35 min ou en 3 min avec Hortense Belhôte, particulièrement en forme... sur  ›youtube (Hortense est des nôtres…)

Des mises en voix

En complément, nous aurons pu assister à deux spectacles :
- au Théâtre de Poche : Lettres de Madame de Sévigné. Féministe baroque, avec Sébastien Lapaque (qui a choisi et commente les Lettres) et Béatrice Agenin qui les lit
- à l'Orangerie du musée Carnavalet : lecture d'un choix de lettres par Dominique Blanc.

Une série d'émissions récentes à France Culture

Quatre émissions d'une heure, par Xavier Mauduit, dans Le Cours de l'histoire, du 4 au 7 mai 2026 :
- Sévigné, une précieuse pas ridicule dans un siècle galant
- "Ma très chère fille", Sévigné en correspondance longue distance
- Sévigné et les nouvelles, une observatrice des intrigues de la cour
- Classique Sévigné, l’héritage des femmes de lettres.

Les lectrices

Ce 28 juin 2026, nous étions 14, réunies autour de la Marquise :
- en direct : Agnès, Anne, Claire, Felina, Flora, Joëlle, Laetitia, Laure, Marie-Yasmine, Nelly, Patricia, Véronique
- par un message : Flora et Sophie de Paris.

Étaient prises ailleurs : Aurore, Mar, Sophie de Nice, Stéphanie.

Nos tendances concernant le livre

Madame de Sévigné a suffisamment motivé des lectrices, qui n'avaient pourtant pas ouvert un livre d'elle, pour être présentes (Anne, Marie-Yasmine).
On peut ne pas lire, mais écouter et apprécier (Marie-Yasmine au Théâtre de Poche)
Au lieu d'opter pour l'édition que nous avions choisie (112 p.), des étourdies ont ouvert une énorme édition avec notes et dossier, hélas - on les comprend - vite délaissée sous le poids (Felina,
Sophie). Lire deux lettres la veille de la séance permit un bain bref (Nelly). Le bain fut également de courte durée quand le rejet advint rapidement (Flora)
.
Parmi les quelques lectrices ayant lu pour de bon, il en fut d'emballée sans réserve (Laure) ou toute positive
(Laetitia). D'autres eurent plaisir et intérêt, toujours avec un "mais" (Agnès, Claire, Joëlle, Patricia), voire de réelles réserves sur les lettres proprement dites (Véronique).

La succession de nos avis

Flora (avis transmis)
Je peux tout de même émettre quelques mots sur le livre : je n'ai pas du tout aimé. Tout avait pourtant bien commencé avec la préface qui posait bien les bases de la lecture à venir, mais une fois commencée, j'ai trouvé l'œuvre indigeste.
Je pense que le format liseuse ne m'a pas du tout aidée.
Et les notes (indispensables à la compréhension des lettres) venaient plus tardivement..., mais n'étant pas allée au bout de ma lecture je n'ai pas pu le vérifier.
Je trouve que c'est une œuvre qui n'est pas accessible pour tous. Dommage car j'étais très contente de lire une autrice "classique".

Sophie de Paris (avis transmis)
J'ai été totalement hermétique.
J'ai renoncé après 80 pages de la version Folio classique.
Je n'ai pas rédigé d'avis pour la première fois.
J'espérais découvrir les Lettres sous un autre jour au théâtre, mais la canicule m'a empêchée d'y aller...

Laure
Ces lettres, cette écriture, m'ont beaucoup plu, bien que plus difficiles d'accès que des ouvrages plus récents. L'édition Gallimard que j'ai regorge de notes, contient des notices biographiques, ainsi qu'une chronologie détaillée. Tout cela n'est pas de trop pour accéder au contexte de l'époque (XVIIe) d'une part, et - surtout - prendre beaucoup de recul par rapport au texte (ironie, litote, humour, langage codifié) d'autre part.
Voici tout ce que j'ai apprécié dans cette lecture.

Si le style de Madame de Sévigné n'est pas, pour moi, à la hauteur de celui de sa contemporaine Madame de Lafayette, dans la Princesse de Clèves (chef-d'œuvre absolu de la littérature française), il constitue le premier attrait de l'œuvre ; pas toujours évident par sa tournure, il n'en est pas moins très construit, fouillé, inventif même (Sévigné avait beaucoup de références littéraires qu'elle manipulait ; elle reprend des citations du Tartuffe, cite L'Énéide de Virgile.
Ces lettres nous plongent, par ailleurs, au cœur d'un contexte historico-politique passionnant ; avec elles, nous accédons à la cour, du fait des entrées qu'y avait Sévigné. Sa fille, avant son mariage avec le Comte de Grignan, ne déplaisait pas au jeune Louis XIV, et sa mère, pour lui éviter le rôle si ingrat de favorite, s'en écarta quelque temps. Avec ses lettres, on assiste au procès Fouquet, on rencontre d'Artagnan qui l'escorte à la Bastille, on entre dans le salon de Madame de Scudéry qui ne se prive pas de citer Sappho !

J'aime l'espièglerie ("elle [sa petite fille qu'elle éduque] est coiffée hurluberlu, cette coiffure est faite pour elle", l'humour de cette femme ("je vous épargne mes éternels recommencements [de recommandation] sur le pont d'Avignon"), qui tout en connaissant les codes et en se faisant un devoir de tenir son rang, défend et conserve sa liberté. Elle s'est battue pour ne pas être envoyée au couvent après son veuvage. Elle dénonce entre les lignes, par exemple, l'hypocrisie de l'évêque de Marseille (elle est en déplacement en Provence pour rendre visite à sa fille, et comme celle-ci se trouve à nouveau enceinte, elle ne peut accompagner sa mère dans ses excursions politico-diplomatiques) : "tout est de Carême prenant" ; "on voit que je vois". De même, au sujet de la guerre de Hollande, gagnée par le roi absolu mais au prix de très nombreuses victimes : Sévigné déplore les massacres, les vies humaines perdues des fils de ses amis et connaissances, plutôt que de claironner une victoire française, comme dans les gazettes sous contrôle princier.
Cette femme, née place Royale (actuelle place des Vosges), baptisée à l'église Saint-Louis-des-Jésuites (aujourd'hui Saint-Paul-Saint-Louis rue Saint-Antoine), mariée à Saint-Gervais, Madame de Sévigné, qui a emménagé dans l'hôtel Carnavalet ("La Carnavalette" comme elle aimait à le nommer), m'est très sympathique, car avec elle je revisite les quartiers de mon enfance. Une femme libre pour son époque, qui eut accès à une éducation poussée, ouverte d'esprit, apprit l'italien, ne cessa de lire et qui prit soin de ses relations.

L'amour maternel débordant, omniprésent dans ses lettres à sa fille ("je n'ai rien vu de si aisé à trouver que la tendresse que j'ai pour vous"), envahissant ("mon Dieu, ma bonne, que votre ventre me pèse [sa fille est à nouveau enceinte] et que vous n'êtes la seule qu'il fait étouffer), peut surprendre ! Mais comme présenté à ce sujet dans mon édition et dans le podcast de France Culture, il faut se remémorer deux éléments importants : le premier est sa descendance maternelle, elle est l
a petite-fille de (la future sainte) Jeanne de Chantal, qui fonda l'Ordre de la Visitation avec saint François de Sales. Sévigné, orpheline, fut élevée par sa famille maternelle (les Coulanges), et l'aura de sa grand-mère, son charisme, son extrême générosité, son art d'aimer, rejaillirent sur elle. Le second élément est que son art épistolaire s'ancre dans des pratiques collectives courantes pour cette époque galante, avec une grammaire sociale qui impliquait des raffinements sentimentaux, la carte du tendre (inspirée du roman de Madame de Scudéry), mille petits services à se rendre, l'expression d'un amour de l'autre supplantant celui envers soi-même. Sévigné ne s'en priva pas ; mais il ne faut pas tomber dans un écueil interprétatif de ces codes de comportements affectifs.

Enfin, néanmoins, Sévigné reste une femme de son rang et de son temps (avant les Lumières !). Comme mis en valeur dans l'exposition au Musée Carnavalet, elle ne s'est pas offusquée, entre autres, de la destruction du Temple protestant de Charenton (1685, révocation de l'Edit de Nantes). Et, elle a soutenu Fouquet (dont les malversations ne font aujourd'hui plus aucun doute) contre Colbert - alors que la cour était l'objet de multiples partis et intrigues.

Femme sensible (au-delà du style littéraire, elle évoque ses larmes à l'annonce de la naissance de sa petite fille), aimante, cultivée, écrivaine, sociable, indépendante…
Merci à Lirelles de m'avoir donné l'occasion de la découvrir un peu plus !

Véronique
J'ai apprécié d'entendre Dominique Blanc lire des lettres.
Mais pour ce qui est de la lecture elle-même ? Certains personnages m'ont intéressée : Vatel, Fouquet, Lauzun - peut-être parce que je vais à Lauzun
Mais était-ce parce qu'il faisait chaud ? L'époque elle-même m'a moins intéressée.
Quant à la relation de la mère avec sa fille, l'amour de la grand-mère pour sa petite-fille, ça ne me passionne guère.
Et l'œuvre littéraire ? Non plus, alors que j'aime bien les lettres.
Quelque chose ne me convient pas dans l'écriture.
Est-ce l'époque ? La classe sociale ? Ça ne m'a pas passionnée. Pour ce qui est de l'époque, d'autres personnages de l'époque m'intéressent, Madame de Maintenon, oui.
Les bons sentiments de la mère par rapport à la fille, ça m'agace plutôt qu'autre chose.
Tout ça me paraît très éloigné de mon quotidien. Je ne suis pas vraiment rentrée dans ses lettres, me sentant éloignée de tout ça.
Et j'ai trouvé ça un peu superficiel.
Quant à l'ironie que j'ai entendu être soulignée par des notes, je ne l'ai pas vue.

Joëlle
Cette lecture a été plus difficile que prévu en raison de la chaleur. Je ne suis pas sûre d'avoir été toujours très lucide, je suis peut-être passée à côté de certains points, j'ai pu mal comprendre des intentions.
L'absence d'appareil critique de l'édition n'a pas aidé. J'aurais aimé avoir des notes de bas de page qui m'auraient éclairée sur certains personnages ou le contexte d'événements. C'est ce que j'ai trouvé - un peu tard ! - dans la représentation du Théâtre de Poche.

Bien sûr j'ai apprécié les qualités littéraires, l'art du suspense, le jeu avec le lecteur (plus souvent lectrice), la culture, le "beau français", les imparfaits du subjonctif…

Mais j'ai aussi vu le membre d'une caste qui vit dans l'entre soi, une "grande dame" sans empathie, du mépris de classe. Elle est en permanence en surplomb. Je l'ai trouvée snob.

Il y a un personnage qui m'a beaucoup plu : c'est Picard (lettre p. 64-65). La marquise explique à son ami ce qu'est la fenaison, façon Marie-Antoinette à Trianon. A la lire, ça semble tellement amusant qu'on se demande pourquoi elle ne s'en charge pas elle-même. Mais elle préfère utiliser son personnel non-qualifié pour cette tâche. Parmi ses "gens" un certain Picard refuse en disant à peu près que ce n'est pas dans sa fiche de poste. Elle le congédie séance tenante et trouve qu'il n'a "ni cœur ni affection". Car, soit dit en passant, ces personnes qui n'ont que mépris pour leurs "gens" prétendent en prime être aimées d'eux.
Bravo Picard ! Même si la suite n'a pas dû être facile pour lui puisque sa patronne le dénonce et demande qu'on ne l'embauche plus. Un siècle plus tard, il va y avoir beaucoup de Picard.

Pour le reste je ne suis pas sûre d'avoir toujours bien saisi les nuances.
Il y a des passages qui doivent être à la réflexion de l'humour, même si le sujet est particulièrement scabreux : affaire des poisons / exécution de La Voisin (lettre p. 96). Ou les galères à Marseille (lettre p. 51).

Malgré ces petits agacements, je suis très contente d'avoir lu ces pages. C'était une très bonne idée de mettre la marquise au menu. Merci.
Et c'est un effet inattendu mais très positif de cette lecture : en lisant ces lettres j'ai compris pourquoi et comment il y avait eu la Révolution de 1789. J'ai été frappée par cette évidence, bien mieux qu'en lisant des tonnes d'ouvrages savants traitant du sujet. Et là, je suis sûre de ma lecture, il n'y a pas de contresens.

Agnès
J'ai choisi de lire la version Folio numérique (Je vous écris tous les jours... : premières lettres à sa fille, avec annotations), de 125 pages, épaisseur modeste compensée par le fait que j'ai vu la pièce hier soir et visité l'exposition ce matin. Voilà mon cocktail Madame de Sévigné ! En amont, j'avais également revu le film avec Karin Viard, qui m'a déçue car il montre une Madame de Sévigné abusive, presque folle, qui fait le malheur de sa fille avec qui elle est en conflit. Loin de l'idée que je me fais de leur relation.

Cette lecture fut un plaisir. Le charme vient tout d'abord du style, tellement agréable à lire et à entendre, avec des tournures de phrases qui n'ont plus cours et qui sont vraiment délicieuses.

L'intérêt vient ensuite des anecdotes historiques et de la vision de l'intérieur de la vie des intellectuels de l'époque (La Rochefoucauld, Madame de Lafayette) et de la cour à Versailles, même si je ne comprends pas chaque détail relaté dans ses lettres. C'est surprenant de lire des relations d'événements qui mettent en scène ces personnages (quelle galerie de portraits !), qui font partie de sa vie de tous les jours, mais qui sont pour nous des noms illustres dans des ouvrages d'Histoire.

J'ai également aimé glaner des informations sur la vie quotidienne à cette époque (et dans ce milieu) : la manière dont les lettres étaient préparées (un paquet) et acheminées (le courrier pour Marseille partait deux fois par semaine), le fait que la fille de Madame de Grignan, nourrisson, ait été laissée après sa naissance aux soins de sa grand-mère et de nourrices.

Le bémol que je mettrais au plaisir que j'ai eu à lire ces lettres est l'effet répétitif et surtout les plaintes (bien que fort bien tournées) de Madame de Sévigné se languissant de sa fille.

Mais je trouve très beau de pouvoir ainsi déclarer son amour à son enfant et d'éprouver pour elle un tel intérêt. Je sais que ses sentiments sont aussi perçus comme abusifs, ils me choqueraient sans doute dans un livre contemporain, mais j'avoue, pas du tout dans la langue de Madame de Sévigné.

Laetitia
Je craignais au départ que ce recueil de lettres soit un peu austère - je ne suis pas une grande amatrice du genre épistolaire -, mais j'ai finalement apprécié cette lecture, malgré un manque évident de compléments et d'éclairages historiques. Le temps m'a sans doute manqué pour aller plus loin.
À travers ces Lettres choisies, j'ai surtout rencontré une femme bien plus qu'une figure historique. J'ai également découvert cette petite collection consacrée aux "œuvres du matrimoine" que je ne connaissais pas.

Ce qui m'a le plus intéressée, c'est la dimension personnelle de ces lettres, davantage que leur portée historique. À travers ses confidences, ses inquiétudes, ses joies et son humour, Madame de Sévigné apparaît étonnamment proche de nous. Son amour pour sa fille constitue le fil conducteur de l'ouvrage : il est immense, parfois presque envahissant. On sent combien l'écriture est, pour elle, une manière de maintenir le lien malgré la séparation.
J'ai également été frappée par son tempérament. Madame de Sévigné échappe au stéréotype de la grande dame du XVIIe siècle. Alors que ce siècle est souvent présenté comme celui de la mesure et de la maîtrise de soi, elle se révèle parfois étonnamment changeante. Le passage sur le chocolat m'a beaucoup amusée : elle en vante les mérites avant d'en souligner les dangers, au gré des avis et des expériences. Cette forme d'inconstance la rend vivante. Elle doute, s'enthousiasme, se contredit parfois, comme nous le faisons tous.
La langue, très classique, demande un peu d'attention au début, mais elle devient rapidement familière et le plaisir de la lecture s'installe.

Au final, je retiens avant tout la rencontre avec une femme intelligente, spirituelle et pleine de caractère. Plus qu'un témoignage sur le XVIIe siècle, ces quelques lettres m'ont donné le sentiment d'entendre une voix singulière qui continue, plusieurs siècles plus tard, à nous parler avec une étonnante modernité.
Je ne me serais sans doute pas tournée spontanément vers ce livre. Mais, comme souvent au fil de ces dix-huit années passées au sein de Lirelles, mes attentes ont été déjouées, et cette lecture m'a permis de faire une belle découverte. Elle m'a donné envie d'aller visiter l'exposition consacrée à Madame de Sévigné au Musée Carnavalet.

Nelly
Je n'ai lu que deux lettres, choisies au hasard.
Les lire à voix haute m'a remémoré le plaisir ressenti à l'écoute de Dominique Blanc et sa lecture choisie au musée Carnavalet.
Il me semble difficile de justifier une opinion tranchée sur si peu de pages.
Néanmoins, je peux dire que je n'ai pas été séduite par ce style daté.

Patricia
J'étais allée à Grignan, il y a très longtemps, où nous nous sommes arrêtées en revenant de vacances dans le sud pour visiter la ville et le château, et c'est là que j'ai découvert Mme de Sévigné et sa correspondance. J'avais d'ailleurs acheté un livre de lettres choisies pour l'offrir à ma sœur.
J'ai vu
l'exposition au musée Carnavalet où j'ai trouvé que les portraits se ressemblaient tous un peu trop.
J'ai vu la pièce de théâtre et j'ai trouvé cela très drôle lorsqu'ils traitent Mme de Sévigné de féministe baroque, et de bloggeuse et influenceuse avec ses followers.
Pour la séance de Lirelles, j'ai lu principalement les lettres de Mme de Sévigné à sa fille, les autres adressées à ses amis m'intéressant moins.
J'ai trouvé les lettres très bien écrites dans le style de l'époque, avec beaucoup d'humour et d'ironie, et beaucoup d'exagération dans son amour maternel, un côté mère poule, et même presque incestueux très gênant comme si elle écrivait à un amoureux.

À part ça, je n'ai pas grand-chose à dire sur ce livre, si ce n'est que j'aurais aimé avoir en perspective les lettres de sa fille.

Marie-Yasmine
J'avoue n'avoir lu que très peu, mais je me suis rattrapée avec le théâtre.
Madame de Sévigné a un style inimitable et nous ouvre une fenêtre sur un groupe de femmes cultivées et libres qui réfléchissent sur leur temps de façon très moderne.
Grâce aux autres Lirelloises, je constate cependant quelques zones d'ombres dans sa relation avec sa fille ou ses domestiques que je n'aurai pas vues seulement avec la pièce ou le peu d'écrits que j'ai lus.

Claire
Je ne suis pas "vierge" concernant Madame de Sévigné, et du coup, pardon pour la longueur de cet avis qui aura en plus le défaut d'évoquer davantage l'autrice que le texte lu...
J'ai d'abord, il y a longtemps, fait une visite guidée à Paris des lieux de Madame de Sévigné, car elle a habité dans des lieux nombreux dans le Marais (voir des précisions détaillées ›ici).

Ensuite, j'ai visité en 2006 son château à Vitré : très agréable visite qui permet d'assez bien imaginer sa vie là (et ce qu'évoque Joëlle du courageux Picard...), contrairement à Carnavalet, qu'on sent plus musée que lieu de vie. J'avais alors lu le Découvertes Gallimard - passionnant, brillant même (comme objet livre aussi) comme souvent les livres de cette collection - du grand spécialiste de la Marquise, Roger Duchêne, comportant un article d'hommage que j'avais inséré - il venait de mourir.
J'ai retrouvé dans ma bibliothèque un autre livre de lettres magnifiquement illustré, avec une préface de Philippe Sollers et, glissé dans le livre, un bien vieil article du Monde du même Sollers sur Mme de Sévigné, de 1996 (certaines du groupe étaient à peine nées...), à l'occasion du 300e anniversaire de sa mort. Il y a donc trente ans, je devais m'y intéresser pour avoir gardé cet article...
               
Après être allée chez la mère, je suis allée chez sa fille au château de Grignan : j'ai adoré, d'autant que l'été il y a un spectacle le soir sur la terrasse dominant la vallée, c'est magnifique. J'étais dans la chambre de Madame de Sévigné, au loin le Mont Ventoux, horizon grandiose. Lorsque j'y suis allée en 2017, il y avait une très belle exposition, "Sévigné : épistolière du Grand Siècle" qui n'avait rien à envier à celle qui se tient actuellement au musée Carnavalet. J'ai d'ailleurs acheté le catalogue tant elle était intéressante (extrait ›ici).
Un aspect qui m'avait fascinée est la célébrité internationale qui était la sienne : "Catherine II, parfaite francophone, lit les lettres de Mme de Sévigné, qui, dit-elle, l'amusent beaucoup. Elles figurent parmi les rares œuvres destinées à l'apprentisdage de la langue française pour l'aristocratie russe francophile. Vers 1809, Armand Domergue, venu diriger une troupe de comédiens français et futur régisseur du Théâtre impérial de Moscou, témoigne des soirées chez Mme Pouchkine mère où, entre autres œuvres françaises, on lisait des lettres de Mme de Sévigné."
Mais... "Il faut se tourner vers la Grande-Bretagne pour trouver une véritable ferveur."
Grignan devient un passage obligé du "Grand Tour" : ainsi en 1770, "La première voyageuse connue pour être venue à Grignan sur les traces de Mme de Sévigné est Lady Mary Coke, poétesse, fille du puissant seigneur des Highlands, John duc d'Argyll et Greenwich. Ainsi s'amorce la constitution de cette aura romantique qui portera Grignan jusqu'en 1913 et au-delà."

J'ai visité avec grand intérêt l'exposition actuelle "Madame de Sévigné : lettres parisiennes" au musée Carnavalet, sensible à l'approche féministe, mettant en valeur des femmes alors "puissantes" et notamment dans leurs salons littéraires (et pas seulement littéraires), avec toute une galerie de portraits. J'ai aimé voir de véritables lettres avec la grande écriture de la Marquise. Le tableau de Fouquet m'a complètement tapé dans l'œil, par son regard justement. J'ai bien aimé les produits dérivés...
    
Je rejoins Joëlle à propos de l'approche frivole des souffrances d'autrui, et l'image des galériens traversant toute la France jusqu'à la Provence, des centaines d'hommes attachés en marchant, m'a semblé d'une présentation aussi frivole que ce qu'en dit Mme de Sévigné dans ses lettres.
J'ai aimé entendre sur scène des Lettres lues, à l'Orangerie du musée Carnavalet
par Dominique Blanc et, encore plus, au Théâtre de Poche, avec les commentaires de Sébastien Lapaque. Ce qui m'a justement manqué dans ma lecture des Lettres choisies, de la collection "Œuvre du Matrimoine", avec sa couverture franchement cucul et pourtant de la bédéiste Catel...
J'ai eu tort de commencer par la lecture elle-même avant de retrouver ces livres oubliés et voir spectacles et exposition. J'ai été un peu déçue par la lecture de ces lettres trop dépourvues de notes, car à chaque page il me manquait des infos : qui est Pomponne ? Que veut dire "se faire des dragons" ? Comme certaines, j'ai eu l'impression de répétitions et de frivoles préoccupations liées à l'importance du paraître, un peu comme à la lecture néanmoins étonnante des Notes de chevet. Et je rejoins Véronique, se sentant éloignée de tout ça !
J'aurais mieux fait de lire le livre après m'être documentée et avoir vu la pièce... Et notamment après avoir lu le numéro de Lire magazine consacrée à la Marquise, vraiment excellent, agréablement illustré, avec toutes sortes d'informations faciles à lire et non preneuses de tête comme dans Folio classique.
Mais j'ai été sensible à l'écriture et à l'esprit ; une lettre était commune aux deux spectacles, car la plus célèbre, illustrant cet esprit et cet art littéraire : "Je m’en vais vous mander la chose la plus étonnante..."
Pour finir, j'évoquerai le film que j'ai regardé comme Agnès, Madame de Sévigné d'Isabelle Brocard (2023) avec Karine Viard et Ana Girardot, quasi uniquement centré sur la relation de Mme de Sévigné et sa fille, où j'ai aimé la reconstitution historique, mais où j'ai été gênée et lassée par la présentation de cette relation d'amour et de haine, frisant à certains moments la folie, pas du tout conforme à ce qui apparaissait ailleurs (quelle merveilleuse relation d'amour entre la mère et la fille !). Dans mon DVD, il y avait des bonus que j'ai regardés, dont un entretien avec la réalisatrice, qui évoque la relation de ravage entre elles deux.
Ravage ! Ce mot m'a rappelé tout à coup un livre que j'ai retrouvé, Entre mère et fille : un ravage de la psychanalyste Marie-Magdeleine Lessana, qui examine des duos de mère-fille (par exemple Marlène Dietrich et sa fille) : j'ai lu la centaine de pages très documentées sur notre duo (très nombreux extraits de la correspondance à l'appui) démontrant de façon très convaincante la passion névrotique et limite érotique (c'est bien montré et démontré) qui atteint les deux femmes. La psy s'appuie sur un cadre conceptuel étoffé en intro. Heureusement, mère et fille, après de rocambolesques et dramatiques folies, atteindront une sérénité sur la fin.
Donc, et pour finir enfin, je suis ravie d'avoir en la dernière séance de Lirelles côtoyé une si grande dame, un si grand personnage romanesque, donnant lieu à tant de textes et d'images.


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