Le chocolat et Madame de Sévigné
entre février et octobre 1671

(le chocolat lui tourne la tête visiblement...)


Le 11 février 1671 :

Sa fille est enceinte, elle lui écrit :
"Mais vous ne vous portez point bien, vous n'avez point dormi ; le chocolat vous remettra ; mais vous n’avez point de chocolatière, j’y ai pensé mille fois, comment ferez-vous ?"

Et, le 15 avril, elle lui écrit :

"le chocolat n'est plus avec moi comme il était : la mode m'a entraînée, comme elle fait toujours : tous ceux qui m'en disaient du bien, m'en disent du mal ; on le maudit, on l'accuse de tous les maux qu'on a, il est la source des vapeurs et des palpitations ; il vous flatte pour un temps, et puis vous allume tout d’un coup une fièvre continue, qui vous conduit à la mort ; enfin, mon enfant, le grand maître, qui en vivait, est son ennemi déclaré :vous pouvez penser si je puis être d'un autre sentiment ! Au nom de Dieu, ne vous engagez point à le soutenir ; songez que ce n'est plus la mode du bel air. Tous les grands et moins grands en disent autent de mal qu'ils disent du bien de vous : les compliments sont infinis."

Puis, un mois plus tard, à sa fille enceinte :

"Je vous en conjure ma très chère bonne et très belle de ne plus prendre de chocolat, je suis fâchée avec lui personnellement [...] En l'état où vous êtes, il vous serait mortel."

Le 16 septembre :

"Si je n'étais pas brouillée avec le chocolat, j'en prendrais une chopine ; il ferait un bel effet avec cette belle disposition que vous voyez."

Le 25 octobre, elle insiste :

"Mais le chocolat, qu’en dirons-nous ? N’avez-vous point peur de vous brûler le sang ? Tous ces effets miraculeux ne nous cacheront-ils point quelque embrasement ? Dans l’état où vous êtes, ma chère enfant, rassurez-moi, car je crains ces mêmes effets. J’ai aimé le chocolat, comme vous savez ; il me semble qu’il m’a brûlée, et depuis, j’en ai bien entendu dire du mal ; mais vous dépeignez et vous dites si bien les merveilles qu’il fait en vous, que je ne sais plus qu’en penser."

Puis c'est la panique :

"La marquise de Coëtlogon prit tant de chocolat, étant grosse l'année passée, qu'elle accoucha d'un petit garçon noir comme le diable, qui mourut".

Et... revirement le 28 octobre :

"J'ai voulu me raccommoder avec le chocolat ; j'en pris avant-hier pour digérer mon dîner, afin de bien souper, et j’en pris hier pour me nourrir, afin de jeûner jusqu'au soir : il m'a fait tous les effets que je voulais ; voilà de quoi je le trouve plaisant, c'est qu'il agit selon l'intention".


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