Colm Tóibín, Brooklyn, trad. de l'irlandais Anna Gibson, Livre de poche, 2024, 384 p.

Quatrième de couverture :
Enniscorthy, Irlande, années 1950.
Comme de nombreuses jeunes femmes de son âge, Eilis Lacey ne parvient pas à trouver du travail. Par l’entremise d’un prêtre, on lui propose un emploi en Amérique, à Brooklyn. Poussée par sa famille, Eilis s’exile à contre-cœur. D’abord submergée par le mal du pays, elle goûte ensuite, loin du regard de ceux qui la connaissent depuis toujours, une sensation de liberté proche du bonheur. Puis un drame familial l’oblige à retraverser l’Atlantique. Une fois de retour au pays, Brooklyn se voile de l’irréalité des rêves. Eilis ne sait plus à quel monde elle appartient, quel homme elle aime, quelle vie elle souhaite. Elle voudrait ne pas devoir choisir, ne pas devoir trahir.

Un tableau magistral et sensible du Brooklyn des années 1950. Un roman qu’on lit d’une traite, sur l’exil, l’identité, la rupture avec une communauté. Josyane Savigneau, Le Monde des livres.


Éditions précédentes
Laffont, 2010

10-18, 2012

Pavillons, 2016,
après la sortie du film

La dernière édition : Livre de poche, 2024

Colm Tóibín, en 2013, Le Monde

Colm Tóibín (né en 1955)
Brooklyn (2009, traduction 2010)

Nous lirons ce livre pour le 4 décembre 2026. Le nouveau groupe l'a lu pour le 25 septembre.

Des infos autour du livre et de l'auteur ›en bas de page.

Nous visionnerons ensemble le film Brooklyn, adapté du roman en 2015 par John Crowley. On peut aussi le voir sur ›youtube en vod pour 3,99€.

Les cotes d'amour du nouveau groupe parisien réuni le 9 octobre 2026 avec deux immigré.es de l'ancien groupe
•Béatrice •Christine
•Anne-Marie •Manuel •Sophie
•Claire •Marie-Noël •Véronique

Béatrice (avis transmis)
Je l'ai lu avec plaisir.
L'histoire est historiquement instructive.
J'ai d'ailleurs vu qu'il y a une suite que je lirai volontiers.
Il n'y a pas de recherche de style particulière, mais c'est fluide et sensible.
On s'attache aux personnages.
Véronique (avis transmis)
Ce livre rejoint la longue série des films et des romans que je regrette d'avoir découvert APRÈS en avoir lu des critiques ou des résumés.
Je ne sais pas comment j'aurais apprécié le roman si je n'avais pas lu la quatrième de couverture, mais je sais que je n'aurais pas attendu un "récit d'émancipation". Que je n'ai pas eu, que j'attendais, et dont l'absence m'a progressivement mise en colère. Certes, pour qui n'a jamais vécu, vu ou lu quoi que ce soit sur la migration ou l'exil, le roman est informatif, même s'il a un fort parfum de déjà-vu/lu.
Mais l'histoire me déprime totalement, car l'héroïne du roman n'en est jamais une, c'est un personnage totalement passif. Elle ne choisit jamais rien, elle ne fait qu'accepter et "faire avec" ce qui lui arrive, en bien comme en mal, sans jamais agir. Se rend-on compte qu'on parle d'une femme qui se "libère" en épousant un homme.... qu'elle n'aime pas, mais bon, comme il le lui a demandé, hé bien hop elle dit oui. Comme pour sa garde-robe, son déménagement à l'autre bout de la planète, son travail.... Non seulement je n'aime pas l'héroïne, mais à de multiples reprises, je ne crois tout simplement pas en elle. La narration totalement extérieure à la psyché des personnages y est sans doute pour quelque chose.
Christine
J'ai eu beaucoup de plaisir à lire ce livre.
Dans ce livre, trois femmes sont centrales : Eilis, sa sœur Rose et leur mère. Rose est idéalisée et restera une référence tout au long du roman. La mère symbolise la tradition irlandaise et sa rigidité.
Le livre nous fait pénétrer dans une vie étrangère. Les bals sont très importants à cette époque et on sent que la vie des Irlandais d'Irlande et celle de ceux qui habitent Brooklyn ne sont pas différentes.
L'héroïne se laisse porter par les événements. Un prêtre lui propose de partir à New York, elle part. Elle a envie d'être instruite et de travailler, mais tout cela passe par le prêtre. Elle est toujours portée par la volonté des autres, jusqu'à accepter le mariage secret avec Tony, ce qui va la verrouiller.
Cette soumission me met en colère, mais c'est ici la logique de la femme irlandaise de l'époque (voir livres d'Edna O'Brien qui décrivent la même chose).
Mais je me suis attachée à ce personnage et j'ai eu envie de lire la suite, Long Island, que j'ai beaucoup aimée.
Je l'ouvre en grand.
Marie-Noël
C'est très facile à lire, et c'est passionnant de lire les détails de la vie d'une Irlandaise à new York.
Mais je n'ai pas adhéré à cette héroïne, le personnage de l'anti-héros, ça me gonfle. Les hommes sont très fades. Il y a un peu plus de dynamisme dans les caractères féminins (notamment dans la pension de famille).
J'ai lu ce livre avec facilité, mais le style n'est pas "joli".
Je ne le conseillerai pas vraiment. J'ouvre à moitié.
Claire
Comme ont dit Béatrice et Marie-Noël, c'est un livre instructif. L'aspect positif pour moi est documentaire, par exemple quant au rôle de l'église pour les immigrés irlandais. Mais... un résumé en quelques pages ne m'aurait-il pas suffi ? D'ailleurs, j'ai lu le résumé de la suite de Brooklyn, le roman Long Island, et pour connaître la suite de l'histoire d'Eilis cela m'a suffi...
J'ai besoin de littérature, c'est-à-dire de forme, d'invention, de surprise. Dans le roman moderne, on a l'habitude de l'ellipse et du non-dit : ici, sont explicités toutes les pensées et sentiments du personnage qu'on ne quitte pas d'un poil, sans aucune distance, sans aucun jeu avec le lecteur qui peut être passif, d'où sans doute cette impression d'un livre facile à lire (un livre de gare ?...).
Le savoir-faire est net, c'est un bon artisan. Par exemple, il nous indique au détour un événement si on tient à dater l'histoire (les pensionnaires vont voir la première de Chantons sous la pluie : c'était en 1952). Autre qualité : il se glisse dans la peau d'une femme et ça passe très bien, y compris pour les histoires de chiffons...
J'ai eu l'impression d'un roman d'un ancien monde littéraire, avec du récit linéaire, des pensées au plus près du personnage. Deux scènes ont fait pour moi exception, mais presque aux trois quarts du livre :
- un non-dit : "elle enfila le maillot suivant, qui était rose vif, ouvrit le rideau et apparut une fois encore. Mlle Fortini gardait un air terriblement sérieux, et il y avait, dans sa façon de se tenir, là, immobile, et de la regarder, quelque chose dont le sens parut soudain clair à Eilis, aussi clair que le fait qu'elle ne pourrait jamais en parler à personne." (p. 235)
- et une fois - je n'en ai vu qu'une seule - le lecteur en sait plus que le personnage Ellis, à propos de Tony : "il trouvait chaque fois un prétexte pour refuser, sans jamais, laisser transparaître que la grande roue lui avait coûté sa précédente petite amie." (p. 246)
Pour un tel récit, deux éléments sont importants : le suspense, la tension narrative, et la vraisemblance.
La tension a été créée pour moi par quelques surprises : une scène crue, dans le bateau par exemple, l'irruption des clientes noires, intense (p. 170). Mais elle a baissé avec les histoires entre nanas, qui m'ont lassée.
La difficulté à y croire m'a fait parfois prendre beaucoup de distance avec le récit : Eilis ne demande pas à voir la nouvelle chambre que lui dédie la tenancière (p. 155), le report du retour m'a semblé un peu léger à avaler (p. 320), elle n'ouvre pas la lettre de Tony venant d'Amérique (un peu gros !), le passage à la relation sexuelle d'une fille si vertueuse interroge ; j'insiste un peu - et pardon d'être longue - sur la première scène à caractère sexuel qui m'a paru invraisemblable : "elle accepta le jeu ; il la tenait serrée pour l'empêcher de s'éloigner à nouveau, et elle sentait contre elle son sexe en érection pendant qu'il lui souriait, d'un sourire encore plus large que d'habitude." (p. 244) ; pas un commentaire sur la nouveauté de la situation... Vu le carcan irlandais, il est difficile d'imaginer qu'elle ait eu une éducation sexuelle.
En contrepoint, le cucul n'est parfois pas très loin ; par exemple, Tony est vraiment parfait : "Tony avait le don de suivre le rythme de façon naturelle, sans chercher à se mettre en avant, ou à mettre en avant sa partenaire" (p. 196).
Après la lecture, j'ai entendu l'auteur commenter ce phénomène qui peut paraître peu crédible ("elle pensait qu'elle avait maintenant la certitude de ne pas aimer Tony. Tony faisait partie d'un rêve dont elle s'était réveillée en sursaut, peu de temps auparavant, et, dans son nouvel état de veille, la présence autrefois, si solide de Tony n'avait plus la moindre forme, ni la moindre substance" p. 355) ; il se répète avec le même exemple dans plusieurs interviews : "Nous avons tous connu des amours de vacances. Vous êtes à Lanzarote ou à Hawaï, c’est merveilleux… Et puis vous rentrez chez vous, à Paris ou à New York, et soudain, il vous apparaît que ces retrouvailles n’auront pas lieu. Ce qui paraissait si rempli d’émotions quelques jours plus tôt devient irréel." (propos recueillis par Minh Tran Huy, qui évoque d'ailleurs ce "maître de l'ellipse et des non-dits" - exactement le contraire de ce que j'ai dit..., Le Figaro, 8 octobre 2024).
J'ouvre à moitié. Le récit est bien mené, j'apprécie le suspense quand il y en a. Mais la psychologie m'a apparue parfois bancale et la vraisemblance pas toujours au rendez-vous. Pour ce qui est de la création romanesque, je suis assez déçue par la forme, trop plan-plan.
J'ai retrouvé dans ma bibliothèque Le testament de Marie avec le programme de la pièce que Deborah Warner avait adaptée de ce texte de Tóibín à l'Odéon en 2017 avec Dominique Blanc, seule sur scène avec un vautour, et que j'avais lu alors : je l'ai relu car l'avais complètement oublié, un texte qui est une autre paire de manches ! Très fort !
Manuel
Je ne serai pas aussi négatif que toi, Claire. C'est vrai qu'il y a eu une discussion sur quel livre de Toíbín lire et en lisant Brooklyn, j'ai été étonné par ce choix. Je me suis même demandé : "Mais qu'est-ce que je vais pouvoir en dire ?"
C'est une lecture agréable et plaisante qui, à mon avis, ne me laissera pas un souvenir marquant.
Les scènes à Coney Island m'ont fait penser aux séries de photographies de Weegee. Je connais bien New York et, avec seulement quelques phrases, Toíbín parvient à nous faire ressentir l'ambiance de la ville, ainsi que la vie de ses habitants immigrés.
Je n'ai pas trouvé que l'héroïne était une "oie blanche". Au contraire, elle mène plutôt bien sa barque. Le retour en Irlande m'a également beaucoup parlé : Eilis y retrouve ses racines.
Le livre évoque à peine le seul personnage non irlandais du récit, l'Italien Tony. Je finis de lire Long Island qui à mon avis est bien plus subtil.
J'ouvre aux ¾.
Sophie
J'ai bien aimé ce livre, j'ai passé un bon moment, c'est chaleureux, sensible.
Le manque de vraisemblance ne m'a pas gênée, je me suis laissé porter, comme l'héroïne.
Je l'ai lu très vite, en une après-midi, comme c'est une histoire, j'avais envie de savoir ce qui allait se passer.
Je l'ouvre en grand.
Anne-Marie
C'est un livre facile à lire, agréable. A priori l'histoire est un peu mièvre : c'est une jeune fille irlandaise qui va à New York trouver du travail. En réalité, c'est une étude fine de la société catholique irlandaise dans les années 50, aussi bien en Irlande qu'à New York. La société est très hiérarchisée, traditionnelle, les classes sociales sont marquées (surtout dans le village irlandais, au début). Les clientes de Mlle Kelly sont plus chics que la mère d'Eilis, qui ne va jamais dans son magasin, car trop cher. Les clientes sont également servies avec plus ou moins d'empressement selon leur niveau social. De ce point de vue, c'est un monde impitoyable. Eilis est d'ailleurs traitée par Mlle Kelly de manière humiliante, mais ne semble pas s'en formaliser.
Elle est intelligente et observatrice, mais n'a pas un caractère fort, elle se soumet volontiers, à sa mère, ses employeurs, et aux décisions que les autres prennent pour elle. C'est le père Flood qui décide qu'elle ira à New York, qui lui trouve son logement et son emploi là-bas. Elle n'a pas vraiment envie d'épouser Tony, mais on sent qu'elle ne sait pas comment faire autrement. Et une fois de retour en Irlande, elle se laisse porter par son aventure avec Jim en sachant pourtant qu'elle devrait y mettre fin puisqu'il n'y a pas d'issue. C'est encore Mlle Kelly qui va décider de son sort...
Le contexte new-yorkais est intéressant : le grand magasin, les bals organisés par le prêtre, la pension de famille, les pensionnaires et leur portrait un peu rapide, Mme Kehoe la logeuse qui est en relation directe avec le prêtre bien sûr, mais aussi Mlle Kelly en Irlande. Puis le contexte sociologique : les premières clientes noires qui viennent acheter des bas, alors que tout le personnel panique sans savoir quelle attitude adopter. L'épisode de la cabine d'essayage que vous avez remarqué aussi. Des tas de petits détails de ce genre rendent l'intrigue un peu moins insipide.
Néanmoins, cela reste une gentille histoire oubliable. J'ouvre aux trois quarts.

Enfin, Anne-Marie et Marie-Noël évoquent chacune An Irish Story de et avec Kelly Rivière, un seule-en-scène qu'elles ont beaucoup apprécié avec 25 personnages irlandais.
Claire et Manuel disent le plus grand bien du Centre culturel irlandais de Paris, un lieu patrimonial.

DES INFOS AUTOUR DU LIVRE
•Repères biographiques
•Livres publiés en français
•La traductrice
•Presse

•Écrivains irlandais déjà lus

REPÈRES BIOGRAPHIQUES

Enfance
- Né en 1955 à Enniscorthy, dans le comté de Wexford, quatrième de cinq enfants.
- Père : professeur à l'école des Christian Brothers d’Enniscorthy. Mère : publie des poèmes dans la presse locale.
- Famille marquée par l’histoire politique irlandaise : grand-père engagé dans l'Insurrection de Pâques 1916, interné au Pays de Galles, oncle impliqué dans l’Irish Republican Brotherhood pendant la guerre civile, famille proche du parti Fianna Fáil après 1922. Cet héritage politique imprègne l’arrière-plan de La Bruyère incendiée et Nora Webster.
- Maison modeste mais où les livres tiennent une place importante. Il a du mal à apprendre à lire, ne sait pas lire avant 9 ans. Alors qu’il a 8 ans, son père est hospitalisé pour un anévrisme cérébral à Dublin ; Colm et son frère restent trois mois chez une tante, sans contact avec leurs parents. Au retour, Colm développe un bégaiement et connaît des difficultés scolaires. Son père meurt alors qu'il a 12 ans.


Formation et débuts littéraires
- Études à St Peter’s College à Wexford.
- Débuts poétiques encouragés par un prêtre professeur d’anglais.
- Découverte de son attirance pour les hommes qu'il garde secrète.
- En 1972, entrée à l’University College Dublin : histoire, anglais.
- Bachelor of Arts en 1975. Commence un troisième cycle, mais qu'il
abandonne.
- Lectures formatrices : Joyce, Beckett, Henry James, Elizabeth Bowen.
- Premiers textes critiques.

Voyages et journalisme
- Il part pour l'Espagne en 1975, nourri par la lecture de Hemingway, et s'y installe jusqu'en 1978, enseignant l'anglais, pendant la transition démocratique post-franquiste. Cette expérience inspire son essai Homage to Barcelona (1990) et son roman où est situé en partie son roman The South (Désormais notre exil).
-
Voyages en Amérique du Sud (Argentine, Chili, Pérou), qui nourrissent ses premiers reportages et son intérêt pour les sociétés en transition.
- En 1978, retour en Irlande : journaliste pour In Dublin, puis pour le Sunday Tribune, et enfin pour le magazine Magill dont il est rédacteur en chef de 1982 à 1985. Il publie des critiques littéraires, des reportages politiques et des essais.

Reconnaissance
- Auteur de romans, nouvelles, essais.
- Contribution à des journaux et revues (The New York Review of Books, The London Review of Books, The Irish Times, The Guardian).
- Lauréat de nombreux prix.
- Nommé en 2022 poète lauréat pour la fiction irlandaise (Laureate for Irish Fiction) pour trois ans.
- Enseigne la littérature dans plusieurs universités, notamment Columbia University à New York. A été Chancellor de l’University of Liverpool de 2017 à 2022.

Thèmes majeurs de ses livres
- L'exil, le départ, le retour
- La famille, le deuil, le silence
- L’identité sexuelle et la vie queer
- La politique irlandaise et l’histoire.


ŒUVRES DE COLM TÓIBÍN TRADUITES EN FRANÇAIS

Les 14 livres publiés en français sont tous traduits par Anna Gibson, publiés chez Flammarion (4 livres), puis Denoël (1), Robert Laffont (7), puis Grasset (2), presque tous réédités en poche.
La date indiquée est celle de la première publication en anglais, suivie de la première édition française.
- Bad blood : pérégrination le long de la frontière irlandaise (Walking along the Border, 1987 ; Bad Blood : A Walk Along the Irish Border, 1994), Flammarion, 1996 : récit de voyage.
- Désormais notre exil (The South, 1990), Flammarion, 1993.
- La Bruyère incendiée (The Heather Blazing, 1992), Flammarion, 1996.
- Histoire de la nuit (The Story of the Night, 1996), Flammarion, 1997
- Le Bateau-phare de Blackwater (The Blackwater Lightship, 1999), Denoël, 2001.
- Le Maître (The Master, 2004), Robert Laffont, 2005 : consacré à Henry James.
- L'Épaisseur des âmes (Mothers and Sons, 2006), Robert Laffont, 2008 : recueil de nouvelles.
- Brooklyn (2009), Robert Laffont, 2010 : son œuvre la plus connue
- La Couleur des ombres (The Empty Family, 2010), Robert Laffont, 2014 : recueil de nouvelles.
- Le Testament de Marie (The Testament of Mary, 2012), Robert Laffont, 2015.
- Nora Webster (2014), Robert Laffont, 2016.
- Maison des rumeurs (House of Names, 2017), Robert Laffont, 2019.
- Le Magicien (The Magician, 2021), Grasset, 2022 : consacré à Thomas Mann.
- Long Island (2024), Grasset, 2024 : la suite de Brooklyn.

En 2024, Colm Tóibín, finaliste pour le Prix Femina du roman étranger 2024, n'a pas eu le prix pour Long Island, mais a été décoré d'un prix spécial du jury pour l'ensemble de son œuvre.


LA TRADUCTRICE

Anna Gibson a traduit tous les livres de Tóibín sur 30 ans, du premier en 1994 au dernier en 2024.
Elle est traductrice littéraire de l'anglais et du suédois vers le français. Elle a publié un roman, Cet été (Balland, 1997).
Née en 1963 à Lisbonne de parents suédois, elle vit à Paris. Diplômée de l’ENS de Sèvre et titulaire d’une maîtrise de philosophie, elle a débuté sa carrière de traductrice en 1990 avec le polar :

"Je n’avais pas d’attirance particulière pour le genre. Tout a commencé avec Mankell. Quand il est passé au Seuil, après le premier titre publié, on m’a demandé de le traduire. À l’époque, nous n’étions pas nombreux à traduire du suédois.
Mes parents étaient originaires de Suède, d’où le suédois pour moi, langue qui m’a été amenée sur le versant de l’intime. Devenir traductrice était mon destin ! Dès la naissance, j’ai été amenée à jongler entre plusieurs langues. J’ai appris le français plus tard. Je ne traduis que vers cette langue, manière de la réinvestir. Traduire répond à une exigence : comment réussir à faire entendre dans cette langue qui a une personnalité écrasante, une telle histoire, autre chose, une autre musique ? Ce n’est pas évident, mais c’est possible, parce que la langue française est pleine de ressources cachées.
" (Suite sur ›le site de l'ATFL, l'Association des traducteurs littéraires de France)

Nous avions lu un livre traduit par elle : Les Chaussettes italiennes de Mankell (voir ›ses traductions du suédois).


À PROPOS DU LIVRE DE COLM TÓIBÍN

Radio
Entretien avec Colm Tóibín autour de Brooklyn :
- avec Kathleen Evin, L’Humeur vagabonde, France Inter, 11 janvier 2011, 54 min
- avec Tewfik Hakem, À plus d'un titre, France Culture, 24 janvier 2011, 27 min.

Vidéo
- Voir et écouter Colm Tóibín sur Brooklyn, son adaptation et sa suite : sur youtube, 22 mai 2024, 19 min.

Presse écrite
- "Brooklyn, de Colm Tóibín : une Irlandaise à New York", Le Monde des Livres, 3 février 2011

Bien qu’il décrive avec une minutie extrême la nouvelle vie d’Eilis, Tóibín ne fait pas un roman naturaliste. Comme l’a écrit un critique du Times, "on a l’impression de regarder un artiste peindre une toile touche après touche, jusqu’à ce que soudain le tableau achevé surgisse, bouleversant, sous nos yeux".

Que dit donc Ruth Scurr sur Brooklyn (Times Literary Supplement, avril 2009) ?

Reading Tóibín is like watching an artist paint one small stroke after another until suddenly the finished picture emerges to shattering effect.

- "Loin de son île", Eric Neuhoff, Le Figaro Littéraire, 3 février 2011. Extrait :

Colm Tóibín raconte une trajectoire ordinaire, décrit la banalité avec des mots de tous les jours. Sa prose ne roule pas des mécaniques. C'est le bon moyen de toucher au cœur de la cible. Il réussit un superbe portrait de femme.

- "À la recherche du bonheur", Sabine Audrerie, La Croix, 17 février 2011. Extrait :

Il y a des livres dont on aimerait, plus encore que d'autres, conseiller la lecture aux aspirants écrivains. Parce que leur apparente simplicité, qui dissimule une puissante technique et mille ressorts romanesques, pose la question de la magie et du mystère de la littérature.

- Télérama, 19 février 2011. Extrait :

Brooklyn ne serait qu'un bel et classique exercice romanesque, si on n'y retrouvait ce qui fait tout le prix des livres de Colm Tóibín : la minutie du regard, une hypersensibilité, une façon d'approcher au plus près l'intimité des êtres qu'il met en scène, d'ausculter leurs pensées, leurs émotions, trahies par des gestes imperceptibles, des silences audibles de lui seul.

- Rencontre : "Brooklyn : le thème de l'exil, cher à l'Irlandais Colm Tóibín", La Voix du Nord, 3 février 2011. Extraits des propos de l'auteur :

"Je suis parti d'un souvenir précis, raconte Colm Tóibín. Quand j'étais jeune, une femme est venue chez nous : elle nous a raconté Brooklyn en trois phrases. Elle s'était mariée là-bas et de retour en Irlande, ne l'avait pas dit. Ça m'avait frappé, se souvient l'auteur. À partir de 2005, 2006, j'ai fait beaucoup d'allers et retours entre les États-Unis et l'Irlande. Peu à peu, j'ai commencé à ressentir cette situation d'éloignement, de se sentir étranger dans un autre pays."

Il s'est souvenu de cette Irlandaise immigrée à Brooklyn, s'est glissé dans sa peau avec d'autant plus de facilité que "ma mère avait deux jeunes sœurs, et moi-même, deux sœurs aînées. La maison était remplie de conversations féminines, je n'avais pas le choix, je les écoutais."

"On n'écrit pas pour donner une information mais un mystère attaché à ce qui est donné dans l'écriture, une aura poétique, c'est un rythme qui est donné".

L'auteur prend même le soin de placer son récit dans les années cinquante précisément "parce que rien ne bouge à cette époque, pas de changement de mode, de morale, de musique. On peut alors se concentrer entièrement sur la psychologie du personnage, avec beaucoup plus d'intensité."

Ainsi complètement plongé dans les pas, le cœur, la respiration et l'esprit d'Eilis, on assiste à la lente mais irréversible transformation qui s'opère en elle. "Ce qui m'intéresse, c'est comment le changement d'espace opère un effet sur vous, je voulais réussir à dramatiser ça. Quand on quitte son espace personnel, quelque chose bouge en nous. Prenons l'exemple de vacances aux Canaries où vous seriez tombé amoureux. De retour à la maison, la personne vous appelle mais c'est un peu comme si cette expérience n'avait pas existé... Le déplacement créé une sorte de duplicité. Quand vous rentrez, vous n'êtes plus le même. C'est vrai en particulier sur les questions de l'amour, de la loyauté, du souvenir. Et cela crée une sorte de malaise."


ÉCRIVAINS IRLANDAIS LUS DANS LE GROUPE

- Laurence STERNE : Vie et opinions de Tristram Shandy (1995)
- Patrick McCABE : Le Garçon boucher (1999)
- Joseph O'CONNOR : Desperados (2002)
- Colum McCANN : Les Saisons de la nuit (2005) et Danseur (2007)
- Oscar WILDE : Le Portrait de Dorian Gray (2011)
- Sheridan LE FANU : Carmilla (2014)
- James JOYCE : Gens de Dublin (2018)
- Sebastian BARRY : Des jours sans fin (2019)
- Claire KEEGAN : Ce genre de petites choses (2025)

Et lors notre voyage littéraire en Irlande, nous avons rencontré : 
-
John BANVILLE
- Paul LYNCH

- Dermot BOLGER.


Nos cotes d'amour, de l'enthousiasme au rejet :
                                        
à la folie
grand ouvert
beaucoup
¾ ouvert
moyennement
à moitié
un peu
ouvert ¼
pas du tout
fermé !


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