Lirelles


Nous avons lu pour le 31 mai 2026 :

Sauvagines de Gabrielle Filteau-Chiba
Certaines auront lu la trilogie :


Pour compléter notre lecture et découvrir cette autrice, on peut :
- la regarder sur Arte : "Gabrielle Filteau-Chiba, l’encabanée du Québec", Invitation au voyage, 31 octobre 2024
- la voir présenter elle-même sur la chaîne de la Librairie Mollat son livre Sauvagines, puis son livre Bivouac ; et sur le site Folio le premier livre Encabanée
- l'écouter sur France Culture avec Marie Richeux, Les Temps qui courent sur Encabanée.



Les lectrices

Ce 31 mai 2026, nous étions 14 à réagir sur le livre :
- en direct (12) : Aurore, Claire, Flora, Joëlle, Laetitia, Laure, Marie-Yasmine, Nelly, Patricia, Sophie de Paris, Stéphanie, Véronique
- en visio (1) : Agnès
- par écrit (1) : Anne
Étaient prises ailleurs (3) : Felina, Mar, Sophie de Nice.

Nos tendances concernant le livre

- Des lectrices enthousiastes : Agnès, Anne, Laetitia, Laure, Nelly, Véronique.
- Des positives, sans crier à la grande littérature : Flora, Stéphanie.
- Tout-pour-me-plaire-mais : Sophie.
- De bien fortes réserves, non sans souligner des aspects positifs : Claire, Joëlle, Patricia.
- Un net rejet : Marie-Yasmine.

La succession de nos avis

Anne (avis transmis)
Je n'ai pas eu le temps de finir Sauvagines. Pour autant, c'est un livre qui me plaît beaucoup.
On me l'avait offert pour Noël l'an passé. J'aime l'ambiance des forêts canadiennes, le personnage principal de femme indépendante et forte et l'omniprésence de la nature et des animaux.
L'écriture est agréable à lire et l'intrigue est captivante.
J'ai hâte de lire la suite et de le terminer.
Désolée de ne pas pouvoir en dire plus aujourd'hui.

Joëlle
J'ai été sensible au propos, aux préoccupations de Raphaëlle et malheureusement à ses constats d'impuissance qui sonnent juste. J'ai croisé quelques beaux moments d'écriture, des passages sur la nature, l'expression d'un engagement écologique puissant. Par exemple ce passage où des rimes internes et des allitérations font chanter le texte : "Se tenir loin des caches qui crachent la foudre et font la peau des plus grands orignaux, des perdrix endormies et de tout ce qui bouge au passage dans le feuillage". Mais j'ai aussi été agacée par les nombreuses phrases élaguées, soit du verbe soit du pronom "je". Et j'ai trouvé l'expression littéraire dans son ensemble faible, voire très faible.
Où est la littérature ?
D'une manière générale, ça manque terriblement de nuance et d'ambiguïté. La psychologie est binaire et caricaturale. Les méchants sont cruels, violents, les gentils sont doux, généreux, sincères…. Ce côté bisounours rend l'histoire peu crédible : tout d'un coup, on est sûr d'être dans une fiction. C'est trop parfait pour que j'y croie.
On voit un peu trop venir les événements, notamment la relation entre Anouk et Raphaëlle. Néanmoins, le temps qu'elles mettent à passer à l'acte, les timidités de Raphaëlle, ça je ne l'avais pas imaginé. Mais quelle empotée !! La séquence dans les branches de Gros Pin… (chapitre 18) : "Anouk se dégage, s'étend sur le lit de branchage, place ses mains derrière la tête. Je suis un peu gênée tout à coup, à m'en demander si je me blottis tout de suite face contre elle ou si je me couche de mon bord et attends que nous ayons toutes deux froid pour excuser un nouveau rapprochement un peu moins sororal". Je ne commente pas davantage !
En prime, il y a par moment des détails inutiles et très maladroits. Exemple au même chapitre : "Je sors un lampion de cire d'abeille de mon sac, le pose dans un petit bol en laiton émaillé et l'allume".
Paradoxalement, une histoire étriquée
Elle traite un sujet universel, qui devrait parler à tout le monde, dans tous les pays, mais on reste très local. J'ai eu du mal avec le vocabulaire, les régionalismes et surtout avec les données géographiques qui ne m'évoquent rien.
Exemple au chapitre 17 "Cap sur Gros Pin" : "Enfin, nous arrivons au tronçon Monk, pan de l'ancienne voie ferroviaire du train Québec - Moncton (…) la "track" désaffectée est aujourd'hui une des entrées principales de la zec Chapais, sur le territoire non-organisé Picard".
Comme j'ai eu accès à une édition numérique expurgée de ses notes, cela ne m'a pas aidée à comprendre certains termes ni certaines allusions.
Conclusion
C'est la frustration. Un sujet puissant, mais une écriture faible.
Je suis tentée de parler "d'écriture naïve", en référence à la peinture naïve. Comme dans la peinture naïve, le thème est traité sérieusement, toutes les informations sont là, mais sans hiérarchie. C'est très précis, on va souvent dans le détail. Mais il manque l'artifice, une forme de savoir-faire, qui rendrait l'ensemble réaliste ou du moins vraisemblable.

Véronique
Je suis super contente d'avoir lu Sauvagines, tout d'abord parce qu'il se passe dans un pays qui me fait rêver. Ce livre a fonctionné sur moi, l'écriture m'a beaucoup plu, par exemple les descriptions des paysages et de l'environnement. J'ai suivi ce personnage dans la nature, avec les dures réalités concernant les braconniers.
Ce livre m'a ravie, m'a fait du bien, m'a déconnectée de la réalité.
Il se déroule par petite touches. J'ai apprécié les titres des chapitres qui nous font avancer dans l'histoire. J'ai bien aimé la façon d'écrire ce pamphlet qui sonne juste, par exemple quand est mentionné l'oléoduc au Québec ; on voit des phénomènes semblables en France, avec des destructions analogues.
Outre l'environnement, j'ai bien aimé l'histoire d'amour, l'aspect thriller, les expressions canadiennes, qui contribuent à ce sentiment d'évasion, le rythme : aussi bien du récit - et il faut 200 pages pour que l'histoire d'amour commence vraiment - que le rythme des saisons.
J'avais lu Encabanée et je me suis empressée de lire Bivouac. Je trouve qu'il est nécessaire de lire les trois livres pour suivre l'évolution, notamment la relation avec Anouk. Et le premier livre permet de mieux comprendre l'ensemble des trois livres.
Est-ce naïf ? Dans la volonté de changer le monde, cela correspond à des idéaux. Et ce phrasé correspond à tout cela. Pendant ces trois livres, je n'ai pas entendu tout ce qui se passe autour de moi, j'ai voyagé pendant trois livres. Et j'en suis super contente de cette évasion du quotidien, c'est ce que j'attends entre autres de la lecture.
Je ne suis pas toujours d'accord concernant le livre Bivouac : ainsi, l'autrice décrit le sabotage d'une ligne de chemin de fer pour empêcher des travaux d'oléoducs qui conduit à la mort d'un conducteur de train ; cette radicalité m'a gênée : elle décrit une société qui veut défendre la nature et les animaux, mais qui n'hésite pas de façon jusqu'au-boutiste à tuer des êtres humains pour arriver à ses fins. Je ne me suis pas associée au personnage masculin qui dit pourtant regretter son acte. Il y a aussi la fin du livre Bivouac que je ne veux pas "divulgâcher" comme il dise au Québec
… je rejoins Agnès qui dira pourquoi.
Dans tous les cas, j'ai préféré le livre Sauvagines à Bivouac.

Nelly
Cela m'a fait plaisir de retrouver Lirelles pour une de ces dernières rencontres qui nous a transportées vers l'univers québécois auquel je suis personnellement très attachée. J'ai souvent des contacts avec des amies québécoises à Paris, à Montréal, ou même ailleurs à travers le monde, et en lisant Sauvagines, j'ai eu l'impression de les retrouver ainsi que l'ambiance québécoise par les mots, les expressions, l'imagination, et de partager un état d'esprit par la langue. C'était l'fun de se retrouver en pleine forêt québécoise grâce à ce livre.
J'ai beaucoup aimé ce roman, que j'ai lu il y a quelques mois avant de le proposer à Lirelles : rien que le titre est joli et engageant ! Cela suggère déjà la nature, des héroïnes face au danger, et des expériences de vie.
En cette période de réflexion sur le climat et la nature, il trouve bien sa place...
Vous devez sûrement déjà savoir que la source d'inspiration de l'auteure n'est pas anodine : en 2013 elle s'est elle-même installée dans une cabane en bois dans la forêt du Kamouraska à l'est du Québec pour y passer 3 ans sans eau courante, électricité, ou réseau. Ses comptes rendus du quotidien ne font donc pas seulement que friser le vécu. C'est une vie réelle. J'ai aussi entendu des critiques défavorables : intrigue mince comme du papier à cigarettes, envolées philosophiques un peu naïves et Raphaëlle, la principale protagoniste jugée impulsive et peu attachante. Je ne suis naturellement pas d'accord : j'aime son tempérament combatif et ses prises de positions radicales.
C'est tout ce que j'aime chez les québécoises : leur côté bon enfant, écolo, franc, direct, pas sophistiqué, proche de la nature - enfin, mon opposé de "parisienne", adjectif dont mes amies de Montréal s'amusent parfois à me "targuer".
Quoi qu'il en soit, je n'en ai pas fini avec le Québec !

Laure
Quel bonheur de lire ce livre ! La plus belle surprise de l'année, et surtout enfin une autrice contemporaine dont l'écriture me semble de qualité (sans comparaison avec les livres traduits que nous avons lus dernièrement). Dès les premières pages, j'ai su que j'allais adorer ce livre, et je le recommande à toute femme un peu lectrice, amoureuse de la forêt et aux penchants féministes.
L'autrice, jeune encore et déjà reconnue, tisse comme une tresse (mot qui caractérise l'héroïne, Raphaëlle, et fil rouge du récit) dans Sauvagines : la description immersive d'un environnement de bois et de liberté, une romance entre deux femmes lesbiennes écoféministes et la défense d'une justice pour la forêt, pour les animaux (sauvages et domestiques) et pour les droits des femmes.
Ce qui m'a frappée en premier lieu fut ce style poétique, très personnel, qui berce les mots et surprend en coin de phrases. Il y a un rythme, comme une respiration, qui rend les descriptions - bien que nombreuses - vivantes, alléchantes. Et puis, il y a le français du Québec, langue assez méconnue sur nos terres et ici mise à l'honneur dans ses résonnances, ses consonnances pratiques. Et souvent, je ne sais pas si un mot est savamment inventé par l'autrice ou issu de l'usage commun, et même parfois, je ne le comprends pas très bien ; mais peu importe, car la musicalité fait son œuvre : "La cafetière bloubloute" ; "mon rôle est de protéger la forêt boréale des friands de fourrure qui trappent sans foi ni loi" ; "je n'ai personne avec qui ventiler mes idées" ; "il n'aurait pas niaisé avec les castors" ; "décaper la sensation des doigts fureteux d'un abuseur d'autorité" ; "du whisky à l'érable" ; "chut, ma chouette".
Après l'écriture, l'immersion intensive dans la nature, le grand voyage au pays des érablières, l'ouverture d'un univers forestier m'a séduite du début à la fin. Les mots cabanes, forêts, érables, érablières, nature, ours, lynx, coyote, chiens, husky, peuplent le récit. Et j'en rêve de ce grand périple pour enlacer "Gros pin", au plus proche des êtres vivants, de leurs couleurs, de leurs odeurs et dans une radicale simplicité !
Puis vient la romance lez qui fait du bien. Pourtant, l'héroïne - très attachante - n'est pas présentée de manière fantasmée. Ainsi s'ouvre le récit… : "tu sais que tu souffres de solitude, quand tu souhaites bonne nuit à un chien qui dort déjà". La suite prend le temps d'amener leur attirance brûlante, soutenue par des valeurs partagées, leurs idéaux d'indépendance qui les rapprochent, leur désir de lutte courageuse pour leur liberté et leur droit d'être respectées, et cette finesse, cette sensibilité contribuent au plaisir de la lecture. Le langage reste poétique pour évoquer tous ces sentiments, et même lorsqu'il devient plus érotique.
Enfin, vient le combat de ces deux héroïnes : la chasse à la femme qui devient la chasse à l'homme. Celle qui, dans le viseur, prend conscience qu'elle ne sera pas protégée par la société. Une dénonciation d'un système capitaliste, et encore machiste, court tout le long du livre.
Quelques bémols et une interrogation :
1/ sur la fin, il y a une répétition des arguments qui motivent le dénouement meurtrier et ceux-ci perdent alors en intensité ;
2/ la romance devient assez linéaire, tellement rassurante qu'elle en apparaît moins plausible (mais le tome 3 de la trilogie, Bivouac, rattrape bien le morceau) ;
3/ quel échec que d'en arriver à se faire justice soi-même, quelle démission face à ceux et celles qui luttent pour faire progresser la société : manque d'éthique, peut-être besoin pour l'autrice de se venger par écrit d'un braconnier traumatisant (cf. note à la fin du livre) ; et en plus, ce sont les animaux sauvages qui sont tenus pour responsables, donc finalement tout cela nuit à la cause.
Pour conclure, j'étais étonnée de voir autant de dénonciations écologiques dans un pays qui me paraissait un modèle vert. Cela m'a rappelé une soirée inopinée avec une personne non-binaire lesbienne, canadienne anglophone, qui avait passé la soirée à râler sur le manque de droits dans son pays pour les personnes dans sa situation de genre et d'orientation sexuelle. Alors que, pour moi, elle vivait dans ce qu'on peut trouver de mieux au monde.

Laetitia
J'ai commencé par lire Encabanée, puis Sauvagines. Je dois dire que j'étais très contente de découvrir cette autrice dont j'avais entendu parler à travers des émissions et des articles sur la notion "d'éco-féminisme".
Le changement de focalisation est intéressant entre ces deux livres, puisque dans Encabanée, la narratrice est Anouk, ermite ; dans Sauvagines le point de vue est celui de Raphaëlle.
Ce qui a particulièrement retenu mon attention dans les thématiques abordées :
- Le rapport à la nature et la place de la forêt : le roman joue beaucoup sur l'opposition entre monde civilisé et monde sauvage, mais sans idéaliser totalement la nature. Il explore ainsi une vie en marge avec une nature omniprésente et interroge le rapport de l'Homme à la nature et à la société. J'ai été sensible à l'atmosphère très immersive du roman, presque sensorielle. La nature prend une place centrale et devient un personnage à part entière (par exemple Gros Pin). J'ai apprécié la réflexion sur la liberté et le besoin de s'éloigner du bruit du monde. Ce que j'ai particulièrement aimé, c'est la puissance des descriptions et le sentiment de liberté qui traverse tout le livre. On ressent le froid, la forêt, le silence. Ce roman pose aussi des questions très actuelles sur notre manière de vivre et notre lien au vivant.
- Le personnage principal : le livre repose beaucoup sur l'intériorité et le regard porté sur le monde de Raphaëlle : son courage, sa fragilité, sa quête de sens, ou la façon dont elle refuse certains codes sociaux. Le roman porte aussi un regard critique sur certaines formes de domination masculine et sociale.
- Les thèmes contemporains : le roman touche à plusieurs sujets actuels, dont l'écologie (il ne s'agit pas d'un "discours militant" classique ; l'écologie passe surtout par les gestes, les sensations, le rapport concret aux saisons, à la consommation et au territoire), le "féminisme rural", le rapport au corps, la violence sociale.
Par ailleurs, j'ai aimé le style du roman avec des expressions québécoises très "couleur locale". Le petit lexique à la fin est utile même si j'ai trouvé que l'on n'était pas gêné du tout par les termes imagés locaux au fil de la lecture. J'ai apprécié l'aspect graphique : les petits dessins qui ponctuent le livre ainsi que la carte au début. C'est un roman qu'il faut accepter de lire lentement ; j'ai eu l'impression que l'écriture cherchait davantage à faire ressentir qu'à raconter à travers beaucoup de poésie.
En conclusion, je dirais que ce que j'ai le plus apprécié c'est l'ambiance immersive, les descriptions de la nature, la sensibilité de l'écriture et la dimension introspective. J'ai très envie de lire le troisième tome de la trilogie, Bivouac !
Au-delà de Sauvagines, j'apprécie, de façon générale, les livres où des femmes évoluent dans des milieux naturels. Il y a longtemps, j'avais par exemple découvert les polars de Nevada Barr avec une enquêtrice nommée Anna Pigeon, ranger un parc national américain (›série d'Anna Pigeon).

Agnès
J'avais déjà lu Encabanée et Sauvagines, romans que j'avais beaucoup aimés. Pour notre séance, j'ai relu Sauvagines, que j'ai autant, sinon plus, apprécié, et je vais poursuivre avec Bivouac. J'aurai donc bouclé la trilogie.
Je ne vais pas faire de grands développements, car j'ai tout aimé de ce livre :
- La langue par-dessus tout, très évocatrice, qui est un français québécois tellement agréable à lire, parsemé de mots et d'expressions que je ne connais pas et qui m'ont immédiatement emportée par-delà l'Atlantique, dans cette forêt, dans la région du Kamouraska.
- L'atmosphère polar ou thriller du roman, avec du suspens, plusieurs intrigues (les trois hommes disparus, la femme mystérieuse du journal intime, encabanée elle aussi, le braconnier peut-être meurtrier…).
- L'héroïne, qui trace sa route, et sa chienne, à qui elle porte beaucoup d'amour, ainsi qu'aux autres animaux et la nature qui les entourent.
- Le message militant et écolo du livre, centré sur la sauvegarde de la nature et la critique du système prédateur en place, aussi engagé que poétique.
- L'histoire d'amour bien sûr entre Raphaëlle et Anouk.
En ce qui concerne le meurtre particulièrement hard du braconnier, j'avoue avoir eu une réticence, car je n'apprécie pas du tout les récits de justice par soi-même. Pourtant, en lisant les propos de l'autrice à la fin du livre, j'ai compris qu'elle avait dû faire face à un tel individu qui a pu, dans la réalité, continuer d'agir de la sorte en toute impunité. J'imagine que l'écriture du meurtre lui a permis de défouler sa frustration.
Un sans-faute donc.

Voilà quel était mon avis après avoir relu Sauvagines et avant d'avoir lu Bivouac. Ce que j'ai fait ensuite et j'avoue que mon avis sur le 2e tome de cette trilogie en a été un peu modifié. Disons que les petits défauts à mes yeux de Sauvagines, qui ne valaient pas la peine d'être relevés, ont été amplifiés par la lecture du 3e tome. Par exemple, un certain agacement aux multiples scènes de fumette, qui sont lassantes. Une certaine naïveté dans la description manichéenne des personnages, soit très positifs soit extrêmement négatifs, sans zone de gris.
ATTENTION SPOILER (à ne pas lire si vous n'avez pas lu Bivouac...)
En fait, Bivouac est celui que j'ai le moins aimé. Sans m'étendre, puisque ce n'est pas l'objet de notre séance : son plus gros défaut à mes yeux est d'avoir tué la lesbienne de l'histoire. Faut-il encore de nos jours que les personnages de lesbiennes finissent mortes ?! C'est en plus le retour à l'ordre moral : mise en couple hétéro, un enfant, vie commune et abandon de l'activisme écolo. Terminer la trilogie là-dessus, quelle fin décevante.

Marie-Yasmine
Le livre m'est littéralement tombé des mains et n'a pas réussi à concurrencer mes autres intérêts du mois de mai.
Si je dois lui trouver une qualité, c'est le français québécois qui est très agréable à découvrir : "Je lui ai puffé un gros batte sur le museau", "Les couvertes tachées se faire barouetter", "Sont moins caves qu'on le pense", "Un vege fru".
Pour le reste, le ton est trop grincheux et moralisateur. J'ai l'impression qu'on me fait la leçon. Le sujet de la préservation de la nature est important, mais j'aurais aimé le comprendre par moi-même, par l'intrigue, par les personnages et pas me le voir servi à coups de grand discours.
Pour ce qui est du style, les phrases sont trop courtes, la lecture essoufflée et hachée. On perd le verbe, le sujet et même parfois les deux en même temps. Ma femme m'a parlé de "littérature tiktok" quand je lui ai évoqué mon agacement avec le style.
Enfin je suis totalement hermétique à la romantisation de la vie sauvage, des peuples autochtones et de la nature. Ils sont tellement idéalisés que cela tient, à mon avis, de la fétichisation et du mythe du bon sauvage. Le ton est manichéen, sans nuances avec des méchants et des gentils, et donc à mon sens sans intérêt. Le style est d'ailleurs en accord avec ce manichéisme, puisque qu'en résumant la ponctuation à des points et en sacrifiant les mots connecteurs, il est en effet difficile d'avoir une écriture fine et nuancée.

Claire
L'avis de Marie-Yasmine m'a fait respirer le bon air des flèches sifflantes...
J'ai lu Encabanée puis Sauvagines que j'ai largement préféré, donc le choix était le bon. J'ai trouvé le premier sans histoire, sans tension, sans squelette, et ai craint le pire pour le second. J'ai trouvé le premier sans histoire, sans tension, et ai craint le pire pour le second. Heureusement, le suspense était là !
Qu'ai-je aimé ?
- L'univers dépaysant
- la langue (glossaire compris)
- le suspense donc
- les dessins
- les deux personnages de femmes.
Et contrairement à certaines, l'aspect noir et blanc, avec les méchants et les gentils bien identifiés, m'a convenu ; du coup se faire justice soi-même ne m'a pas gênée moralement - à tort - comme dans un univers à la Robine des bois...
Qu'ai-je moins aimé ?
- Un aspect un peu enfantin, limite Petit Prince
- l'aspect écologique, pourtant essentiel, me lassait complètement : j'en ai marre, criais-je intérieurement - car il me semblait ne pas décoller politiquement - je ne sais pas comment dire (faut pas abîmer la nature et les bêtes, c'est vilain !), et l'encabanement tient de l'utopie
- le récit traîne un peu
- à la quatrième partie, je me suis reportée à la table des matières - tiens, pas de table des matières...
- le récit est écrit à la première personne, la narratrice n'est pas présente quand son ennemi est pris dans le piège : du coup le récit passe à la troisième personne, ça sent l'artifice.
En conclusion avant notre séance : j'ai trouvé le livre et son auteure sympathiques, je suis contente de les avoir découverts, mais avec les réserves dites qui ne me donnent pas l'envie d'en lire un autre.

Stéphanie
J'en suis à la moitié, à la lune de miel au Gros Pin.
En venant, je me demandais ce que j'allais dire et je n'arrive pas à savoir si je le conseillerais.
C'est agréable à lire, ça ne m'est pas tombé des mains.
J'ai apprécié la poésie de la langue, de voyage, le voyage : je me suis sentie dans la forêt, on est avec elle, on se balade, je me suis identifiée.
Par rapport à l'aspect tout noir et blanc, je ne serai pas si affirmative : il y a par exemple des personnages qui voudraient parler qui apparaissent, silencieux, dans la buanderie.
J'ai compris en vous entendant que Marco ne finit pas bien…
Ce n'est pas de la grande littérature, mais ça coule comme les rivières. Je vais le terminer.
J'ai beaucoup aimé les dessins.
Et puis pour ma dernière séance à Lirelles avec un roman québécois, je me rappelle la première fois que je suis venue dans le groupe il y a 10 ans, j'étais en train de rompre avec une Québécoise avec qui nous avions rêvé d'une cabane en forêt…

Flora
Je ne l'ai pas fini, mais je vais le finir.
J'ai passé un bon moment, même si ce n'est pas de la grande littérature.
Et la thématique n'est pas très poussée.
Mais on voyage.
Et les protagonistes sont touchantes.
Il ne faut pas chercher plus loin, car on est déçue si on a une certaine exigence.
J'ai été intéressée par la découverte du métier de garde-forestier, l'aspect réglementation par exemple.
De là à conseiller ce livre…
Mais j'ai passé un bon moment.

Sophie de Paris
J'avais lu Encabanée il y a 3 ans, sur le conseil d'une libraire. Je me rappelle avoir pris plaisir à cette lecture, mais sans plus.
Avec Sauvagines, j'ai l'impression d'avoir été embarquée plus nettement, assez vite au fil des pages. Tous les ingrédients étaient réunis pour me plaire : nature, solitude, chien, la personnalité de la narratrice.
J'ai aimé le dépaysement induit par ces contrées lointaines et par la langue de l'autrice, les mots et expressions inconnus.
Le suspense qui se créé autour du "coupable" a marché, c'est bien fait. Je reprenais chaque soir le livre avec l'envie de savoir comment l'histoire allait tourner.
J'ai aimé les deux personnages féminins, leur romance et les passages sensuels, leur road trip avec Coyote. J'ai moins accroché au personnage masculin, Lionel, sorte de père de substitution. Il m'a semblé un peu trop parfait, l'homme idéal qui rachète la noirceur des autres hommes.
Il y a quand même quelque chose, dans l'histoire, qui m'a déroutée. Pourquoi la narratrice, qui finit par connaître l'identité du coupable, ne le dénonce-t-elle pas plutôt que de mettre en œuvre une mise en scène macabre pour le tuer ?
Tuer (ou contribuer à la mort d'un être humain), est traité avec légèreté dans ce livre, comme un acte de vengeance qui va de soi. Pour moi, cela cloche avec ce qu'on connaît de la narratrice, sa personnalité. Et cela me dérange sur le fond, moralement.
Donc en bref, j'ai aimé ce livre, mais pas tout ce qui s'y passe.
Difficile à expliquer mais je trouve qu'il y a parfois des excès de naïveté ou des excès de noirceur qui gâchent, à mes yeux, la crédibilité de l'ensemble.
Ceci étant dit, je lirai Bivouac pour clore la trilogie.

Patricia
Les points positifs : roman québécois, avec beaucoup d'expressions québécoises rigolotes ; en lisant, j'entendais l'accent. Cela me rappelle mes vacances au Québec où nous étions chez deux amies québécoises et avec qui nous avons voyagé dans tout le Québec. De bons souvenirs.

Les points négatifs : j'étais enthousiaste à l'idée de lire ces trois tomes, mais la lecture fut très difficile, l'écriture m'a découragée, je n'ai pas pu aller jusqu'au bout, donc pas jusqu'à l'histoire d'amour entre les deux femmes. Trop poussif, haché, sans fluidité, sans transition d'une phrase à l'autre. L'écriture est primaire à mon goût, pas recherchée. Je n'ai pas trouvé la narratrice attachante malgré son amour des chiens, trop rude, sans délicatesse. C'est dommage, car les idées auraient pu être bonnes.
Bref, je n'ai pas vraiment aimé. Surtout après avoir lu plein de livres sur le thème de la forêt et la campagne, et vu le film Le chant des forêts, pleins de finesse, de délicatesse et de générosité.

Du coup, j'ai basculé à la place sur un livre que j'avais sous le coude depuis un moment, Le souffle de la forêt : sur les traces de Simona Kossak de Simonetta Greggio, qui raconte l'histoire vraie de Simona Kossak, polonaise biologiste psychozoologue, qui vivait dans une forêt primaire en Pologne parmi les animaux sauvages qu'elle hébergeait chez elle. Les photos faites par son compagnon sont incroyables. Les autres livres que j'ai lus sur ce thème :
- Madeleine avant l'aube de Sandrine Collette, lu dans le cadre de Lirelles.
- Un chien à ma table de Claudie Hunzinger.
- Les aventures de China Iron de Gabriela Cabezón Cámara, lu également à Lirelles. Le décor est plutôt le désert que la forêt, mais avec beaucoup d'informations sur la faune et la flore.
- Dans la forêt de Jean Hegland (c'est une femme). Un Robinson Crusoe féminin. Et sa suite : Le temps d'après.

Mais je ne vais pas m'arrêter là, et je vais essayer de finir les trois tomes de Gabrielle Filteau-Chiba.

Agnès
J'ajoute deux livres que j'ai appréciés :
- Le mur invisible de Marlen Haushofer
- Peau d'ourse de Grégory Le Folch.

Aurore (présente, mais sans avoir pu lire le livre)
Si j'ai envie de lire le livre ?... Je suis partagée, autant que l'expriment vos avis...


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