Mon vrai nom est Elisabeth, Adèle Yon, éd. du sous-sol, coll. "Feuilleton Fiction", 2025, 400 p.

Quatrième de couverture : Une chercheuse craignant de devenir folle mène une enquête pour tenter de rompre le silence qui entoure la maladie de son arrière-grand-mère Elisabeth, dite Betsy, diagnostiquée schizophrène dans les années 1950. La narratrice ne dispose, sur cette femme morte avant sa naissance, que de quelques légendes familiales dont les récits fluctuent. Une vieille dame coquette qui aimait nager, bonnet de bain en caoutchouc et saut façon grenouille, dans la piscine de la propriété de vacances. Une grand-mère avec une cavité de chaque côté du front qui accusait son petit-fils de la regarder nue à travers les murs. Une maison qui prend feu. Des grossesses non désirées. C’est à peu près tout. Les enfants d’Elisabeth ne parlent jamais de leur mère entre eux et ils n’en parlent pas à leurs enfants qui n’en parlent pas à leurs petits-enfants. “C’était un nom qu’on ne prononçait pas. Maman, c’était un non-sujet. Tu peux enregistrer ça. Maman, c’était un non-sujet.

Mon vrai nom est Elisabeth est un premier livre poignant à la lisière de différents genres : l’enquête familiale, le récit de soi, le road-trip, l’essai. À travers la voix de la narratrice, les archives et les entretiens, se déploient différentes histoires, celles du poids de l’hérédité, des violences faites aux femmes, de la psychiatrie du XXe siècle, d’une famille nombreuse et bourgeoise renfermant son lot de secrets.


La couverture est illustrée par un autoportrait de l'artiste géorgienne Elené Shatberashvili (voir un entretien sur Les Yeux d'Elsa avec l'artiste).

Adèle Yon (née en 1994)
Mon vrai nom est Elisabeth (2025)
Nous avons lu ce livre pour le 9 janvier 2026. Le nouveau groupe l'avait lu en décembre.
Des infos autour du livre ›en bas de page.
Nous avons invité Lahcen, du nouveau groupe parisien. Pourquoi pour ce livre ? Parce qu'il participait au jury du Prix Inter 2025 pour lequel le livre figurait parmi les 10 titres en compétition et que ce livre était son favori.

Les 15 cotes d'amour de l'ancien groupe parisien
réuni
le 9 janvier 2026
Annick L Fanny Jacqueline LahcenRozenn
CatherineDanièleRenée
Brigitte Claire Jérémy Mégane Monique L
Françoise D
Sabine

Mégane (avis transmis)
L'être humain est décidément très morbide. De la même façon que des embouteillages se créent sur les autoroutes par des automobilistes intrigués par le gore d'un accident sanglant survenu sur la voie d'en face, nous sommes également fascinés par le gore psychologique. En témoignent les histoires horrifiques dont le cinéma (de Vol au-dessus d'un nid de coucous à Shutter Island sans oublier Shining ou Rosemary's baby) et la littérature (d'Hamlet au Horla en passant par les Hauts de Hurlevent) ont pu faire leurs gorges chaudes.
Ce roman, originellement quête introspective fort égocentrée, prend des allures d'essai de psychogénéalogie (notre autrice a visiblement lu sa Schützberger), enquête familiale, étude sur la lobotomie et plus généralement les effets de la psychiatrie "physique" sur les patients dans les années 50-60 et, évidemment, dénonciation d'une omerta à la fois familiale et médicale.
L'histoire est prenante : comme la narratrice l'évoque elle-même, sa stratégie de communication sur le sujet, qui commence par une requête claire et factuelle additionnée d'un peu de pathos, fonctionne du tonnerre. Avec elle, on s'agace, on enquête, on s'indigne, on compatit aux souffrances de Betsy, et de la narratrice avec elle. Bien joué.
Un ombre au tableau toutefois. Le style, au départ plutôt journalistique et factuel, devient de plus en plus condescendant à mesure du récit. Certes, le corps médical a sa part de responsabilité dans cette histoire. Certes, la famille (et en particulier les hommes) a sa part de responsabilité également. Mais ce positionnement ex-post de millénial hipster parisien (et c'est une parisienne milléniale sans doute un peu trop bobo qui écrit) qui se pose en détentrice de la vérité et va vous expliquer ce qu'il s'est effectivement passé à grands renforts de références scientifiques type The Lancet (on notera qu'aucun médecin, actuel ou de l'époque, n'est interrogé), après avoir cuisiné ses aïeux et d'anciens infirmiers pour finalement tenter de régler son petit problème psycho-pouët-pouët, vraiment, c'est trop pour moi.
Cela n'excuse en rien ce que les parties prenantes ont fait. Simplement, l'impact aurait été beaucoup plus fort en excluant toute condescendance (qui m'a fait bondir de ma chaise sur la fin) et autocentrisme du récit.
Pauvre Elisabeth, dont on ne saura jamais ce qu'elle a vécu et pensé. Rien ne peut jamais être seulement à propos d'elle.
Rozenn(avis transmis)
Je regrette de ne pas pouvoir être avec vous ce soir. D'autant que c'est un livre que j'ai vraiment beaucoup beaucoup aimé, je le distribue autour de moi.
J'aime tout ! La structure, le mélange des genres, l'auteur et sa quête.
J'admire qu'elle en ait fait sa thèse.
J'aime aussi les dernières pages : chut ! ne pas spoiler !!!
J'ai eu du mal avec chatgpt qui ne renâclait et ne voulait pas me donner l'arbre généalogique ; il a fallu le lui arracher petit à petit en lui faisant placer chacun un par un par rapport aux autres - en fait il avait raison quand il me répondait que ce qui comptait dans ce livre c'est le secret, mais justement ce que je voulais trouver moi c'était le secret !
J'attends avec impatience de lire vos avis.

Aperçu à la Grande Librairie un auteur (Benjamin Dierstein) qui écrit d'énormes trilogies en inventant de fausses pièces historique mêlées au roman… est-ce une nouvelle mode ?
Sabine (avis transmis)
Vite, vite mon avis (presque un non - avis) sur le livre de ce soir. On me l'a offert deux fois, deux fois, j'ai commencé sa lecture.... la mayonnaise n'a pas pris (gros clin d'œil à l'autre activité de l'écrivaine). La typographie des lettres m'a beaucoup gênée. Je me suis perdue dans les différents membres de la famille. Et rien ne m'a donné l'envie de dépasser la cinquantième page, ni le rdv du groupe-lecture ni les critiques très élogieuses. Un vrai plouf. J'attends vos avis avec impatience. Bonne soirée. Livre fermé donc.

Catherine

Je ne suis pas sûre d'avoir les idées claires. D'ailleurs je l'ai lu, il y a 15 jours et j'ai un peu oublié.
Je l'ai lu comme un thriller. Il y a la forme et le fond. La forme est originale, un mélange des genres, des récits, des interviews… Le fond ? Il m'a plongée dans ma profession, j'ai retrouvé le plaisir de l'enquête médicale, mais avec un parti pris qui m'a un peu gênée.
Elle est partie d'un secret de famille, puis a avancé par petites touches. Le non-dit puis des informations fragmentaires. Des interviews des membres de la famille, avec une police différente, mélangés au récit. On se perd un peu dans les noms, la fille aînée, le fils cadet...
L'histoire a vraiment pris corps pour moi avec les échanges de lettres de Betty et de son mari, ça m'a touchée. On commence à comprendre en découvrant le mari psychorigide visant la sainteté, et elle ayant des aspirations complètement différentes, que ça va aboutir à un désastre.
L'enquête médicale déborde le cas de Betsy, elle nous fait découvrir la psychiatrie avant la découverte des médicaments, c'est sordide, l'asile, la maltraitance et pire encore. L'histoire de la lobotomie est très bien documentée, je ne savais pas tout, en particulier ce qui s'est passé aux États-Unis, un psychiatre (donc pas neurochirurgien) qui officie avec un pic à glace et va de ville en ville faire des lobotomies à qui veut, c'est complètement incroyable. Tout ça sans consentement, sans diagnostic. Et c'est pratiqué avant tout sur des femmes, dont le comportement dérange leur entourage. Cette partie m'a vraiment beaucoup intéressée. J'ai été moins convaincue par le parallèle avec le découpage des carcasses pour les pâtés en croûte. Ça fait assez humour de carabin, mais pas sûr que ça soit très utile au livre. Plus généralement, tout ce qui concerne directement la narratrice, ne m'a pas beaucoup plu, la relation toxique qu'elle évoque au début par exemple, bof, un peu autocentré, sans grand intérêt. Ce qui m'a un peu gênée, c'est que la thèse du bouquin, ce dont la narratrice essaie de nous convaincre, c'est que Betsy n'est pas folle, qu'elle n'est pas schizophrène ; or on ne sait pas. Le dossier médical est perdu. La situation est peut-être plus complexe, les dépressions du post-partum, avec des enfants non désirés à la chaîne, imposés par un mari maltraitant, le comble étant la conception alors qu'elle est internée (incroyable ça aussi), un corps social très contraignant et la mutilation de la lobotomie. Mais peut-être tout ça sur une personnalité borderline, on ne saura jamais. Disons que c'est un livre à charge et qu'elle noircit peut-être un peu le trait.
L'ensemble est prenant, original. Ça n'est pas vraiment un roman, mais un mélange d'enquêtes et de récit. Il y a un trop de choses, on s'y perd, cela aurait pu être un peu condensé. Mais bon j'ouvre aux ¾.
Françoise D

J'avoue que ce livre m'a particulièrement énervée. Pour des raisons que Catherine évoque de parti pris. Et je retrouve aussi Sabine qui s'y perd.
C'est une chose d'investiguer, et ce n'est pas nouveau, mais là ça tourne au narcissisme. Non seulement elle manque re recul, mais elle s'implique (s'identifie ?) au point de faire le parallèle entre la lobotomie (longuement décrite et à plusieurs reprises ; je n'avais vraiment pas besoin de tous ces détails beurk) et son propre dépeçage d'un cochon re-beurk, et là, je me suis dit où on va ?
Elle se perd. Il y a aussi ce retour sur elle-même avec la relation toxique évoquée, dans la mesure où elle n'explique rien, c'est inutile.
Je lui accorde le mérite d'évoquer les progrès de la psychiatrie et j'ai pensé à Camille Claudel, à Niki de Saint Phalle. La soi-disant "folle" est réduite à rien. C'est intéressant. Ce qui m'a agacée aussi, ce sont les interviews avec les personnages qui sont désignés par des qualificatifs répétitifs, ça alourdit inutilement. J'en suis à me demander si sa thèse n'aurait pas été plus intéressante à lire ?
J'ai lu
La maison vide de Mauvignier qui évoque aussi des histoires de famille et ça c'est autre chose. J'ouvre ¼.

Jacqueline

J'avais lu dans Le Monde la critique de ce roman. Il y était question de psychiatrie, d'enquête familiale, de mémoire effacée et j'avais très envie de le lire. Je suis contente qu'il ait été choisi par le groupe et de l'avoir lu ; même s'il était très différent de ce que j'avais pu imaginer…
Il se trouve que je venais de lire Que faire de la littérature ? d'Edouard Louis, plaidoyer pour un roman novateur (mais aussi un peu pro domo !) et j'ai été immédiatement séduite par la composition et le côté hors norme de ce livre.
Je l'ai apprécié comme un vrai bon roman, bien que le terme "roman" ne figure nulle part sur la version pour malvoyants du même éditeur dans laquelle je l'ai lue. (
Dans les bibliothèques parisiennes, les très nombreux exemplaires étaient partout sur liste d'attente. Ne restait qu'un exemplaire de l'édition pour malvoyants ! Ma vue ayant baissé, c'était l'occasion d'essayer... Malheureusement, l'éditeur a dû supprimer les jeux typographiques de la première version pour que le volume global lui reste semblable. Le contenu m'a paru identique. Lire en gros caractère est plus lent, mais je ne regrette pas cette expérience qui m'a évité un achat...)
J'ai été un peu effarée de réaliser que cette arrière-grand-mère était quasi de l'âge de mes parents et de découvrir les conditions dans lesquelles elle a été élevée. Cela me semblait d'un autre siècle. Sans doute aussi une question de différence de milieu ! Cependant, j'y trouvais un écho à des situations que je connais (une tribu issue de la bourgeoisie catholique qui essaime autour d'une propriété familiale) et cela piquait d'autant ma curiosité.
J'ai été amusée, entre autres, par :
- le pragmatisme du grand-père
- son jugement à l'emporte-pièce sur la psychanalyse que je comprends tout à fait, bien qu'il ne soit pas exactement le mien ; je vois l'aboutissement du travail de la psychanalyse comme le fait qu'un récit de vie prenne sens pour l'analysant, objectif qui me paraît assez analogue au travail de la romancière !
M'ont touchée :
- les titres des livres laissés dans la voiture par Jean-Louis, seule trace accessible de ses sentiments
- l'effarement de la narratrice quand elle était enfant, face aux propos ou au comportement de son arrière-grand-mère
- en général le regard des enfants sur Betsy, soit qu'ils aient leurs propres préoccupations, soit qu'ils témoignent d'un respect un peu amusé comme les petits ou arrière-petits enfants dans la maison familiale de vacances (j'ai mis longtemps d'ailleurs à comprendre que c'était une acquisition d'André)
- l'honnêteté de la narratrice par rapport à la démarche dans laquelle elle s'est engagée et surtout par rapport à son ressenti. Cette honnêteté suscitait chez moi une certaine confiance y compris pour juger parfois différemment…
- de nombreux propos dans les témoignages.
J'ai été sensible :
- à la mise en parallèle de la lobotomie et du travail de dépeçage du porc ; j'ai supporté la description techniquement si précise : pour moi c'est, aussi, de la littérature ; ce dépeçage m'a rappelé l'abattoir industriel dans À la ligne de Ponthus que nous avions lu — sauf que la situation de cet auteur (conditions de travail comprises) était très différente de celle d'Adèle Yon
- aux mouvements des corps accompagnant les émotions (comme le dit Edouard Louis)
- aux nausées et à la tension musculaire de la narratrice dans la voiture (faut-il les attribuer, comme elle le dit, à la difficulté de lever un secret comme elle ou à son anxiété dans l'attente fébrile d'un message de son nouveau compagnon, ce qu'elle révèle plus tard ?)
- aux mouvements de la phalange de l'oncle pour montrer la profondeur des trous cicatriciels laissés par la lobotomie
- à l'activité et aux gestes professionnels de la potière, en même temps qu'elle exprime ses idées et son point de vue.
J'ai aimé :
- la fragmentation et la diversité de formes du texte, en cohérence avec la recherche de la narratrice
- la participation que ce livre m'a demandée pour reconstituer les faits ; il me semblait être dans un jeu ; j'ai beaucoup essayé de mettre en relation dates, lieux et personnages, j'ai consulté internet et constaté que Jean Louis ne pouvait pas être ni Xavier Niel ni Bernard Marti, et regretté qu'internet parle de plusieurs inventeurs du minitel rose sans tous les citer…
- les pseudonymes des interviewés donnés en fonction du rapport à Betsy
- les positions de certains des personnages, entre autres la sœur aînée, de l'oncle et de la potière
- les portraits de Daniel et Roseline : j'ai mesuré leur attachement à leur travail et admiré leur conscience professionnelle…
J'ai beaucoup apprécié :
- l'intervention sur Babelio de "Bill Veuzay" pour rétablir un point de vue plus juste sur l'HP et le travail qui s'y fait
- et puis que le livre se termine par cette espèce de nouvelle, aboutissement du travail entrepris par la narratrice et cadeau à ses interviewés : c'est une histoire d'Elisabeth, à la troisième personne, mais rédigée du point de vue que lui prête l'auteure, l'histoire d'une jeune fille, mal mariée, à la hâte, à un homme qu'elle avait pourtant choisi et auquel elle restera très attachée sans comprendre qu'elle n'est plus rien qu'une gêne pour lui ; elle m'a rappelé le film de Serebrennikov La femme de Tchaïkovski.
Je me suis interrogée tout au long du livre :
- pour résoudre le puzzle
- sur la lobotomie et les traitements psychiatriques.
Mais je ne crois pas qu'après ce livre je lirai Le jardin d'acclimatation d'Yves Navarre, prix Goncourt en 1980, qui paraît soulever des questions semblables
Quelques questions finales :
- quelle serait une histoire d'André écrite de son point de vue (genre L'enfance d'un chef)
- après sa thèse, Adèle Yon continuera -t-elle à publier ? Je suis très curieuse de son deuxième roman.

Vu tout l'intérêt que j'y ai trouvé, je ne peux qu'ouvrir en grand ce roman même si, pour l'instant, je ne vois personne à qui j'aurais envie de l'offrir…
Annick L
Cela fait longtemps que je ne m'étais pas sentie autant concernée par un livre et j'ai littéralement plongé dans ce récit-enquête d'Adèle Yon, mené dans le cadre d'une soutenance de thèse.
J'ai éprouvé une profonde empathie pour cette femme victime de violences terribles, d'une sorte de meurtre symbolique, en effaçant toute trace de son existence, de sa présence, dans l'histoire-mémoire familiale.
Empathie aussi avec la narratrice et toutes les femmes de cette lignée dont la plupart ont partagé l'angoisse d'avoir hérité de la folie de leur aïeule. Des sortes de victimes collatérales, dirait-on aujourd'hui !
Et puis, peu à peu, au fil des témoignages des membres de sa famille encore vivants et des recherches de l'auteure dans les services d'archives des hôpitaux psychiatriques, est monté en moi un sentiment de colère, d'indignation contre les abus commis à l'époque, non seulement sur Betsy-Elisabeth, mais aussi sur de nombreuses femmes considérées par leurs maris ou d'autres parents comme non conformes au modèle de l'épouse-mère de famille. À coups d'actes chirurgicaux, d'enfermement temporaire ou définitif, dans un isolement radical.
Quant à la forme hybride, composite, qu'a adoptée l'auteure, tout à fait originale même si elle peut paraitre déroutante au départ, je la trouve vraiment intéressante. Elle reflète parfaitement les souvenirs fragmentaires et contradictoires de ceux qui ont connu cette femme et elle contribue à lui donner une incarnation. Certains vont d'ailleurs refuser de réveiller ce passé douloureux. Mais d'autres vont au contraire évoluer et collaborer aux recherches de la narratrice, pour lever la chape de silence et de mensonges qui a été imposée par le père et le grand-père autour de la personne et du sort tragique de cette malheureuse.
L'un des intérêts de ce livre est également, au-delà du cas particulier de cette arrière-grand-mère, d'élargir son travail à toutes les victimes de ce système d'oppression institutionnalisé sur le corps des femmes, avec le concours des services psychiatriques. Les documents sur la pratique massive de la lobotomie sont édifiants. Et ses deux entretiens avec des professionnels qui ont travaillé à Fleury-les Aubrais apportent un éclairage assez sombre sur cette période, jusqu'au grand tournant des années 1970. Élisabeth a été libérée en 1967, après 16 ans d'internement, dans un état physique et psychique totalement délabré, et elle a été recueillie par ses parents déjà âgés, puisque son mari, responsable de ses malheurs, ne voulait plus s'en occuper.
J'ai également été très intéressée par ces informations sur l'histoire de la psychiatrie et son évolution.
J'ai enfin pensé aux livres de
Svetlana Alexievitch pour leur forme très polyphonique. Même si celle-ci s'attache à la dénonciation d'un autre système d'oppression, politique cette fois, sous le régime de la Russie soviétique et si elle a choisi de réécrire le matériau brut des entretiens.
J'ouvre en grand.

Danièle

C'est un livre dont on ne peut se faire une opinion qu'au fur et à mesure de la lecture tant les approches sont variées (extraits de correspondance, narration sur le vécu personnel de l'autrice, enquête auprès des proches de la famille, enquête sur l'état de la médecine d'une époque encore proche, sur le traitement des malades psy…). L'agencement de tous ces sources de documentation sont en fait un véritable travail de construction littéraire, qui nous mène en conclusion à une réflexion approfondie sur des problèmes de société.
Pour continuer le débat - littérature ou pas -, je dirais qu'il y a deux manières d'éprouver un choc à cette lecture : sur le fond, le travail universitaire avec le côté documentaire et ses statistiques qui prouvent que ce sont les femmes qui ont le plus subi ces opérations de lobotomie, que ce sont elles qui ont le plus souffert des incarcérations psychiatriques. Ce sont des faits éprouvants en eux-mêmes.
Le point de départ est donc un travail universitaire, mais aussi un roman très personnel, puisqu'il s'agit pour l'autrice de mener une enquête sur son arrière-grand-mère, décédée depuis quelques années, et dont les membres de la famille ne parlent qu'à mots couverts. Il semble y avoir un secret encombrant, un tabou, autour de Betsy, cette arrière-grand-mère, qui a été diagnostiquée schizophrène par les médecins de l'époque. C'est cela le moteur de l'action, qui la touche personnellement, puisqu'elle craint d'être elle-même touchée un jour si cette maladie est transmissible. Tous les membres de la famille l'ont connue, mais semblent avoir des avis partagés sur elle, et la plupart du temps, évitent le sujet. Malgré tout, certains membres de la famille parlent, et le roman devient à mon avis de plus en plus intéressant à partir du moment où l'autrice et narratrice comprend que l'opération de lobotomie que Betsy a subie n'avait pas pour objet de la guérir mais de l'adapter à la société patriarcale dont elle fait partie. Elle est devenue docile et totalement adaptée aux tâches ménagères qui lui étaient réservées, elle qui était plutôt rebelle et pleine de vie. Mais le problème reste entier quant aux causes de la maladie. D'ailleurs, est-ce une maladie ? physique ? L'autrice nous fait partager ses doutes, jusqu'à ce qu'elle découvre enfin, grâce aux révélations d'une lointaine cousine, que, pendant son enfance et son adolescence, le père, par ailleurs rigide et autoritaire, a eu avec elle et les frères et sœurs des pratiques exhibitionnistes. C'est le tabou entourant ces pratiques qui pourrait avoir déclenché les colères de Betsy qui la submergeaient et faisaient croire à des épisodes hystériques. Voilà donc l'aboutissement d'une enquête qui semblait n'intéresser personne, mais qui devient poignante.

Jérémy

Avant la lecture : Je n'avais pas très envie de lire ce chef-d'œuvre déclaré, bardé de son bandeau brillant de mille prix : Prix Elle, Prix Nouvel Obs, Prix Essai machin chose, etc. En plus, j'ai eu le plus grand mal du monde à me le procurer (un comble pour un best-seller !). Déjà emprunté dans toutes les bibliothèques, tellement bon que personne n'a voulu le revendre chez Gibert, qui ne l'avait plus non plus neuf. Bref, il a fallu que je me rabatte sur Delamain alors que je déteste acheter quoi que ce soit dans cette librairie ! Bon, bon. Enfin, la couverture est jolie !
Après la lecture : La première partie m'a paru trop longue avec cette enquête à la Colombo. Toute la famille y passe, on n'en peut mais. Mais j'ai bien aimé les lettres échangées entre Betsy et André. Cela permet effectivement de comprendre qu'ils n'avaient rien à faire ensemble et puis cela permet aussi de voir comment on se parlait à l'époque dans un certain milieu, quand on était fiancés.
Je n'ai pas aimé que l'autrice se sente obligée de nous parler de sa petite histoire de cœur un peu minable et qu'elle en fasse le point de départ de sa recherche : "Olala, mon Jules ne m'a pas répondu depuis 30 secondes, je n'arrête pas d'allumer et d'éteindre mon portable, est-ce que je ne deviendrais pas folle moi aussi ?!" Au secours ! Il y a quelque chose d'assez indécent dans le fait mettre en parallèle/sur le même plan ses affres sentimentales et la lobotomie qu'a subie son arrière-grand-mère. Et puis, comme souvent dans le livre, elle en dit soit trop soit pas assez. Elle procède par touches impressionnistes : elle ne nous dit rien de la relation en question, si ce n'est qu'elle est "toxique". Au passage, c'est devenu une telle tarte à la crème la relation "toxique". Là aussi, au secours ! Mesdames, messieurs, ce n'est pas parce que vous êtes en train de vous faire lourder que vous êtes nécessairement pris dans les rets d'une relation "toxique" !
La deuxième partie est très intéressante. C'est passionnant, très documenté sans être trop didactique/scolaire. Ce savant fou américain qui "démocratise" cette invention du Portugais, en fait un véritable business et l'inscrit dans la société du spectacle, environ 90 % des victimes seraient des femmes a priori. Cela s'inscrit dans la longue histoire de la domination des femmes, notamment celles qui sont trop remuantes, trop colériques, trop grandes gueules, pas assez soumises... Et puis c'est aussi l'histoire d'une domination sociale : celle de notables (les maris, les pères et les médecins) qui s'arrangent entre eux pour se débarrasser de ces "hystériques" et faire en sorte que désormais elles se tiennent plus tranquilles, ou tout simplement s'en débarrasser à jamais...
Pour ce qui est de la forme, et pour une normalienne, au lieu de dire "je demande" à répétition, elle pourrait utiliser des tirets peut-être non ? C'est lourd !
Ce qui me gêne enfin, c'est la manière dont elle traite le sujet du père de Betsy. Là aussi, c'est pas touches impressionnistes. Elle donne quelques éléments, assez ténus tout de même, mais qui vont tous dans le même sens. Elle n'accuse pas clairement, frontalement, mais enfin, les sous-entendus sont lourds et on comprend clairement qu'à ses yeux, il a dû abuser de ses filles d'une manière ou d'une autre. Cela me met assez mal à l'aise, qu'il n'y ait pas d'éléments plus étayés pour porter une accusation aussi lourde contre quelqu'un qui n'est plus là pour se défendre.
Enfin, comme pour Triste tigre, il est difficile de critiquer ce genre de livre dont le sujet est inattaquable.
De manière générale, même si le sujet est intéressant et si j'ai appris des choses, je préfère lire des romans. Et puis vraiment, c'est trop long. La deuxième partie m'aurait suffi !
J'ouvre à moitié.
Renée(venue de Narbonne pour rencontrer Lahcen...)
Mon vrai nom est Élisabeth est littérairement inintéressant, mais c'est un essai, c'est un dossier universitaire.
L'histoire est passionnante sur la lobotomie, avec ce médecin qui se promène dans un camping-car avec un pic à glace pour lobotomiser le plus de personnes possible !
C'est également un document sur le statut social des femmes à l'époque, le contrôle physique et moral exercé par quelques hommes sur leur épouse. Surtout chez les catholiques traditionalistes, attachés à leur domination. Il me semble que dans la petite bourgeoisie de province, on a évolué très très vite.
C'est une époque que j'ai connue. Betsy avait exactement l'âge de ma mère... j'ai été perturbée par ça. On lit des horreurs : la pire est un médecin d'Orléans qui prescrit la lobotomie pour Elisabeth sans avoir vu la malade... Le père comme le mari sont odieux. Le père a eu 5 sœurs célibataires qui avaient peur de tout : je ne puis pas m'empêcher de penser : que leur a fait ce frère priapique et exhibitionniste ? On commence à soupçonner des abus contre Elisabeth.
Ce qui frappe, c’est le silence : le silence autour des méfaits masculins, acceptés de tous, et protégés pendant des générations. Oui, on peut être un polytechnicien admiré et être un sale type, un violeur.
Le livre est hyper intéressant pour son contenu, mais il y a Beaucoup de répétitions et de longueurs ; pour le grand public, elle aurait dû couper certains passages. Par exemple lorsqu'elle rencontre cet infirmier et sa cousine qui ont travaillé à Fleury-les-Aubrais, elle n'avait pas besoin de nous raconter des détails sur leur vie, leur intérieur plutôt misérable ; d'ailleurs on sent alors un peu de mépris.
Comme je le recommande beaucoup, l'honnêteté m'oblige à l'ouvrir aux ¾.
Brigitte
(à l'écran, mais muette...)
Mon vrai nom est Elisabeth : quel beau titre !
J'imagine immédiatement un roman traitant de l'espace entre le prénom et le surnom, sur l'identité prise entre les deux. J'aborde cette lecture avec enthousiasme, d'autant plus que les critiques sont vraiment bonnes.
En fait, il ne s'agit pas d'un roman, mais d'un reportage/témoignage, dont l'arrière-grand-mère de l'auteure/narratrice est l'héroïne.
Je suis un peu déçue, mais je poursuis ma lecture de ce reportage.
Quand arrive le passage où elle décrit comment avec un couteau pointu elle sépare la couenne grasse d'un porc de la chair. Elle veut illustrer ainsi la lobotomie qu'a subie Betsy.
Là, elle m'a perdue. Nous sommes loin, très loin, de ce que j'avais espéré lire !
Je poursuis néanmoins ma lecture jusqu'au bout, en hommage à toutes les personnes qui ont passé ou qui, encore aujourd'hui, passent toute leur vie en hôpital psychiatrique. En hommage à toutes ces vies gâchées par la maladie.
Je suis moi aussi allée rendre visite à une proche à Ville-Evrard et à Bonneval, où elle est encore aujourd'hui soixante ans après y être entrée.
Trop triste !!
J'ouvre à moitié.
Claire
J'ouvre le livre :
- une dédicace "À ma grand-mère/À sa poussière dans l’œil", bon...
- une citation en exergue : "Je voulais l’approfondir, non comme une question, mais comme une blessure. Roland Barthes, La Chambre claire" : on comprend rien, mais bon, Barthes, ça vous pose.
J'ai lu le livre avec un réel intérêt. J'ai été captivée par l'enquête. Le montage m'a convaincue, avec une variété de modalités de dialogues, de rencontres et d'informations glanées. J'aimais bien les scénettes en police courrier. J'ai apprécié la façon de restituer l'enquête, amenant le lecteur à adhérer au point de vue dénonciateur : j'étais du côté de la narratrice, prête à défendre Betsy et méfiante vis-à-vis du vicieusement pieux André. Même s'il y a de quoi se perdre avec tous les personnages, il y a les méchants et les gentils, et ça, j'aime bien...
La peur de la folie ne m'a fait ni chaud ni froid et je me suis demandé si les lettres étaient authentiques. La page 372-373 qui précède la récapitulation de la vie de Betsy, consacrée à Rebecca, à Jane Eyre et la Prisonnière des Sargasses (pour une fois des livres que j'ai lus...) m'a semblé tomber comme les cheveux sur la soupe.
Une fois que j'ai eu fini, je me suis dit bon mais alors, que dire de ce livre que j'ai lu avec intérêt ? Une impression d'"à sec" et non de richesse domine. Où est l'effet littérature ? La 4e de couv indique "roman" et "livre à la lisière de différents genres". J'aime bien en général les livres inclassables et la non-fiction peut bien sûr relever de la littérature.
Elle se fait son enquête familiale dans le livre. J'apprends qu'en plus ça fait double emploi, ça fait office de thèse. Bon, tant mieux pour elle. En nourrissant un peu la doc pour Voix au chapitre, je découvre alors l'avis d'un personnage de la page 69, travaillant à la clinique psychiatrique, appréciant au départ la démarche de la narratrice et l'assassinant dans sa chronique : c'est sanglant ; je me rends compte que j'ai lu le livre sans aucun esprit critique, complètement embobinée, bêtement contente de repérer les gentils et les méchants. En effet, parmi les témoignages recueillis, pas un médecin ! Et ce qui m'a semblé très fort dans sa critique, c'est la façon dont elle allume le style au service de sa mauvaise foi. Lisez la chronique, c'est magistral. Après avoir été menée par le bout du nez par l'autrice, je le suis par la chroniqueuse : comme d'habitude pour moi, le dernier qui a parlé a raison.
J'ouvre le livre à moitié.
Fanny
Je ne savais rien du livre.
Le thème m'intéresse : tout ce qui peut se tisser dans les liens familiaux et sociaux. J'ai donc eu beaucoup d'intérêt.
Et j'ai appris, y compris des statistiques.
La construction est vraiment intéressante et qu'elle fasse quelque chose de sa thèse entre compilation de travaux de recherches scientifiques, lettres, entretiens, récit de sa vie et part romancée sur la dernière partie. La compilation est très réussie, il y a des parties didactiques certes, mais ça ne fait pas copier-coller.
Certains disent que c'est autocentré, narcissique. Oui et alors ? Oui c'est posé. Et je trouve courageux et assumé de s'exposer ainsi. De dire je m'interroge sur mon équilibre mental. Combien se seraient retranchés derrière un discours politiquement correct d'intérêt porté exclusivement à la mémoire de l'ancêtre ?
Ça peut être intéressant ce qu'elle évoque avec son mec. Sur une vision extérieure bien sûr un SMS laissé sans réponse pendant quelques heures et des lobotomies ne sont pas à mettre sur un même plan. Mais il s'agit de son ressenti, de ses propres inquiétudes et de son sentiment d'insécurité affective, et c'est je pense à cette place que se tisse le lien avec l'origine de son travail de recherche.
J'ai beaucoup aimé, je le conseillerai volontiers mais pas à tout le monde. Je ne me suis pas ennuyée une seconde, je l'ai dévoré. J'ouvre en grand.
Monique L

C'est un curieux livre, difficile à classer car il mélange plusieurs genres : récit familial, enquête, essai, recherche documentaire.
J'ai aimé tout ce qui tourne autour d'Elisabeth et la recherche sur ce qu'elle a vécu.
Le récit de sa vie ressemble à un puzzle géant où chaque pièce trouve sa place pour construire petit à petit une vision de ce qu'elle a vécu.
(Claire montre fièrement son pain-surprise apporté exprès, et en forme de puzzle...)
Pour reconstituer sa biographie, ainsi que l'histoire de sa famille, Adèle Yon tapisse large pour mener son enquête, rencontre les derniers témoins, exhume la correspondance de son arrière-grand-mère, parcourt des archives médicales afin de confronter le récit familial à la réalité des faits. J'ai apprécié cette construction qui nous retient comme lecteur.
Il y a tout d'abord les lettres échangées entre Betsy et son fiancé. C'est la guerre. André apparaît au fil de cette correspondance, comme un homme rigide, autoritaire et très pieux. Ces lettres m'ont tétanisée d'autant plus qu'elles m'ont rappelé quelqu'un que j'ai connu et qui a fait beaucoup de mal à ses proches. Betsy, elle, cherche à se conformer à ce qu'il attend d'elle tout en revendiquant une certaine indépendance d'esprit. Dans ces lettres, elle m'est apparue sensible et intelligente.
L'autrice saisit l'occasion pour dresser un historique de la psychiatrie de l'après-guerre et de tous ses manques en utilisant des archives hospitalières, des articles scientifiques et des interviews de soignants n'ayant pas connu Elisabeth. Le ton change, ainsi que le vocabulaire et j'ai nettement moins apprécié. L'implication émotionnelle, bien que compréhensible, prend le dessus. Cela n'excuse pas à mes yeux le parti pris résolument négatif et morbide. J'ai été gênée par la mauvaise foi de l'autrice et son manque de recul en omettant le contexte, son manque de distance critique. J'ai trouvé déplacé, voir obscène, le parallèle entre la boucherie et la chirurgie. Je n'ai pas apprécié le plaisir malsain avec lequel elle rapporte les anecdotes scabreuses de Daniel et Roseline…
J'ai par contre apprécié qu'elle fasse ressortir qu'une personnalité trop affirmée ou hors norme chez une jeune femme pouvait la conduire à l'enfermement et qu'une femme soit considérée comme guérie si elle devient une femme sage, docile, bonne épouse et bonne mère, l''ambition n'étant pas de guérir, mais de permettre à la patiente de ne plus troubler, ni porter préjudice au cadre familial ou social.
Pour moi, l'horreur absolue, c'est le contexte dans lequel Elisabeth a enchaîné six grossesses, sans doute en prétextant le devoir conjugal qui excluait tout consentement.
J'ouvre à ½.

Lahcen (dont nous avons choisi le livre préféré parmi les 10 livres en compétition pour le Prix Inter 2025 dont il était membre du jury)
Mon vrai nom est Elizabeth d’Adèle Yon est un essai romancé à la fois puissant et délicat, qui m’a profondément touché. Ce texte est un véritable coup de cœur, tant par sa construction narrative que par la profondeur de son propos.
L’autrice part à la recherche d’un prénom oublié, d’un destin effacé : celui d’Elizabeth, une femme qu’on n’a pas voulu entendre. Elle fait revivre cette voix en creusant dans les silences familiaux, les non-dits sociaux et les absences administratives.
L’écriture d’Adèle Yon est précise, sensible, portée par un travail d’archives remarquable et une capacité rare à écouter l’invisible. On sent à chaque page une quête sincère de justice mémorielle, mais aussi une humilité dans la manière de redonner vie à une inconnue.
Le récit, loin d’être plombant, est au contraire lumineux : il montre que même dans l’oubli, il reste des traces à révéler, des histoires à sauver. L’autrice transforme une enquête intime en un récit universel, qui interroge notre rapport à l’histoire, à la mémoire, au nom que l’on porte.
Ce texte m’a bouleversé par sa justesse, sa retenue et son engagement. Il prouve que la littérature peut combler les absences, rendre visible ce qui était resté dans l’ombre.
Je recommande ce livre à tous ceux qui s’intéressent à la mémoire effacée, aux voix féminines oubliées, ou simplement à la beauté de l’écriture littéraire engagée.
Je l’ouvre en grand !!

Les 9 cotes d'amour du nouveau groupe parisien réuni le 19 décembre 2025
Françoise H
Lahcen
Audrey Katherine Khadija
Monique MNathalie B
Jean-Paul
Margot

[avis à venir]



AUTOUR DU LIVRE

REPÈRES BIOGRAPHIQUES : famille, études et publication, enseignement et autres activités
ÉCHOS ÉLOGIEUX : presse écrite, radio, vidéo, prix, réserves rares


REPÈRES BIOGRAPHIQUES

• Famille
Le livre nous fait découvrir une grande partie de la famille d'Adèle Yvon, mais pas la plus proche. Cela mérite une enquête...
Elle est née en 1994, a deux sœurs, Zoé et Maud. Son père François Yvon, exportateur de films indépendants, lui a donné le goût du cinéma : il organisait pour les trois filles un ciné-club à la maison tous les mardis... On peut voir un bout de sa généalogie ›ici (incluant la fameuse Elisabeth). Il ne lisait que des livres sur la Shoah, tandis que sa mère lisait des livres sur l'actualité politique et des livres russes en édition bilingue car elle avait une maîtrise de slavistique ; et pas seulement ! Raphaële Yon-Araud, est diplômée de Sciences po Paris, titulaire d’un MBA de Boston University, a travaillé à New York, à Londres et à Paris, dans les médias, cabinets ministériels et grandes entreprises. Elle se lance dans la restauration dans la Sarthe (restaurant "Jour de fête" à Valennes, évoquée dans le Maine libre en 2021, dans Fooding en 2023 et France 3 en vidéo en 2024 et ›ici aussi). C'est un territoire familier, puisqu'avec sa famille, elle y a dès 1997 restauré une ferme, venant à toutes les vacances, parfois même les week-ends, pour effectuer les travaux avec la famille, les amis et des artisans locaux, alors qu'ils vivent à Paris 9e.
Sa fille Adèle officie parfois dans le restaurant : ›la voilà en tablier ; elle a commencé la cuisine au Café du Coin à Paris ; son plat signature en cuisine est le pâté en croûte, appris auprès d'une cheffe, de formation bouchère, à Marseille... ("À Marseille où je suis temporairement installée, je découpe des morceaux de viande dans des grandes carcasses glacées", dit-elle dans le livre concernant l'année 2021). On retrouve aussi sa sœur Maud dans le restaurant de la mère ; Maud Yon-Araud est cheffe de culture au Jardin des Aulnes (Greenopie), un projet agro-écologique créé par sa mère en 2010.
Quant à Zoé, elle a fait un master en communication institutionnelle à Sciences Po Strasbourg, et fait un stage à la tv. Jour de fête est nommé en 2022 "meilleur café de village" et est alors décrit comme "tenu par Raphaële, Adèle et Maud Yon-Araud et Etienne Legrand" (Say who, Libération). Cet Etienne, c'est le "copain" d'Adèle (voir un entretien dans Finglefood en 2024) qui vient d'ailleurs du Café du Coin (où Adèle a fait ses débuts...) et qui figure dans les remerciements à la fin du livre ("Je remercie Étienne, ma force, ma branche, mon aiguille-mère. Merci au Mazet, notre jardin secret"...). C'est tout pour les potins ? Non !

Études et publication
Adèle Yon étudie au lycée Louis-le-Grand, bac littéraire ; écrit une pièce montée au lycée. Prépa au lycée Henri-IV. Puis ENS (2014-2019). Master de philosophie contemporaine à l’EHESS et master en études cinématographiques à l'université Sorbonne-Nouvelle. Frédéric Worms, devenu par la suite directeur de l'ENS, dirige son mémoire.
En 2019, elle obtient contrat doctoral SACRe (ENS/PSL : Paris Sciences & Lettres) pour une recherche sur les usages et les représentations du verre dans le cinéma et les médias optiques, codirigée par Antoine de Baecque, professeur en études cinématographiques (ENS) et Antonio Somaini (Université Sorbonne Nouvelle – Paris 3), qui seront ses directeurs de thèse. Dans le cadre de son contrat doctoral, elle rédige un article avec une vidéo : "Le film industriel : un objet hybride et sa conservation L’exemple de Saint-Gobain".

Elle a soutenu sa thèse le 17 décembre 2024, intitulée : Mon vrai nom est Elisabeth : enquête sur le double fantôme. Directeurs de thèse : Antoine de Baecque, Antonio Somaini, Olivia Rosenthal. Discipline : SACRe (Sciences, arts, création, recherche).
La soutenance s'est tenue dans un théâtre, les 8 membres du jury tous sur scène ! Au Théâtre du Chariot, Paris 11e. Ce choix s'inscrit dans la logique du laboratoire SACRe (Sciences, Arts, Création, Recherche) : on peut voir sur le site du labo les images (et ici d'autres soutenances aussi folklos).

"J’ai fait une expérience. Quand j’ai fini ce texte, je l’ai envoyé le même jour à mes directeurs de thèse et à des maisons d’édition : est-ce que ce même objet pouvait à la fois être considéré comme une recherche valide et comme une œuvre littéraire ?" (Sciences humaines, Jean-Marie Pottier, 21 octobre 2025).

"Au départ je n’ai pas pensé cette recherche comme un livre. (...) L’écriture est arrivée dans un second temps. Il y a quatre ans d’enquête et seulement un an et demi d’écriture à proprement parler. L’écriture est arrivée à partir de janvier 2023, au moment de la mort de Jean-Louis" (intéressant entretien avec Robin Negre, L'éclaireur Fnac, 7 juin 2025).

Enseignement et autres activités
Elle figure sur le site de L'ENS-PSL en tant que monitrice en études cinématographiques, ce qui vaut en principe seulement pendant le contrat doctoral et donc, avant la thèse. Elle a animé un atelier "Chercheur.euse.s cobayes : faire l’expérience de l’enquête familiale", donnant lieu à une exposition. Par ailleurs, elle animera un atelier curiosités avec des étudiant.e.s graphistes de l’école Olivier de Serre.
Au cours Sévigné (coût annuel : 1950 euros en première année), elle enseigne l'histoire du cinéma (30h) ; elle s'appelle là Adèle Yon-Araud.
Elle présente le film Rebecca d'Hitchcock à la Cinémathèque de Grenoble ou au Festival Hors Limite en Seine-Saint-Denis.
Elle habite à Saint-Ouen et est sur instagram... Elle fait de la gym suédoise.
Elle a un projet de court-métrage avec l’université du Mans au sujet des jeunes et de la santé mentale. Elle va travailler sur une pièce autour de la justice restaurative avec un collectif de théâtre suisse. Puis une résidence d’écriture au Portugal...
En attendant, elle a fait des performance avec la
musicienne Liora Jaccottet qui est sur scène sous le nom d’Adèle Yon et qui remercie Liora pour sa participation : Adèle Yon apparaît en vidéo, créant un dialogue entre l’autrice et son “double” scénique. La performance matérialise scéniquement ce que le livre explore littérairement : fragmentation, peur de la folie...

ÉCHOS ÉLOGIEUX À QUI MIEUX MIEUX

•Ils sont légion dès la sortie du livre en février 2025.
- Presse écrite : de Marianne à l'Humanité, du Monde à 20 minutes, du Nouvel Obs au Figaro en passant par En attendant Nadeau ; et aussi en Belgique avec Le Devoir, en Suisse avec Le Temps, au Liban avec L'Orient-Le Jour...
- Radio : France Inter Nouvelles têtes 11 février, La 20e heure 7 avril, Prix du Livre Inter 26 mai, L'invité de 7h50 11 juillet, L'invité de 6h20 25 décembre ; France Info 23 février, 13 mars, 30 juillet ; Les midis de culture 13 février, Matins du samedi 15 février, Le regard culturel 17 février, Le Book Club 24 février ; le podcast Les Rendez-vous littéraires rue Cambon, 19 juin, avec Lauren Bastide diffuse un entretien vraiment consacrée au livre.
- Vidéo : à La Grande Librairie, sur Arte à 28 min, à TF1, sur Médiapart avec Edwy Plenel, sur Public Sénat avec Claire Chazal, sur la chaîne de Normale Sup, à Télérama, sur Facebook avec Laure Adler, à la Librairie Mollat, à la Maison de la poésie...

Ce livre a remporté des prix :
- prix France Télévisions dans la catégorie Essai
- prix des lectrices de Elle dans la catégorie Non-Fiction
- le premier prix littéraire du Nouvel Obs
- le prix Régine-Deforges
- le prix littéraire du Barreau de Marseille décerné lors du festival Oh les beaux jours !

Dans ce concert d'éloges, il faut vraiment chercher pour trouver des réserves.
Un des critiques du Masque et la Plume semble avoir des réserves, mais peu nettes ("on lit une enquête dont on connaît le résultat").
Voici ›une chronique très développée qui mérite d'être lue, ne serait-ce que parce qu'elle tranche...


Nos cotes d'amour, de l'enthousiasme au rejet :
                                        
à la folie
grand ouvert
beaucoup
¾ ouvert
moyennement
à moitié
un peu
ouvert ¼
pas du tout
fermé !

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