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Quatrième de couverture : Une chercheuse craignant de devenir folle mène une enquête pour tenter de rompre le silence qui entoure la maladie de son arrière-grand-mère Elisabeth, dite Betsy, diagnostiquée schizophrène dans les années 1950. La narratrice ne dispose, sur cette femme morte avant sa naissance, que de quelques légendes familiales dont les récits fluctuent. Une vieille dame coquette qui aimait nager, bonnet de bain en caoutchouc et saut façon grenouille, dans la piscine de la propriété de vacances. Une grand-mère avec une cavité de chaque côté du front qui accusait son petit-fils de la regarder nue à travers les murs. Une maison qui prend feu. Des grossesses non désirées. Cest à peu près tout. Les enfants dElisabeth ne parlent jamais de leur mère entre eux et ils nen parlent pas à leurs enfants qui nen parlent pas à leurs petits-enfants. Cétait un nom quon ne prononçait pas. Maman, cétait un non-sujet. Tu peux enregistrer ça. Maman, cétait un non-sujet. Mon vrai nom est Elisabeth est un premier livre poignant à la lisière de différents genres : lenquête familiale, le récit de soi, le road-trip, lessai. À travers la voix de la narratrice, les archives et les entretiens, se déploient différentes histoires, celles du poids de lhérédité, des violences faites aux femmes, de la psychiatrie du XXe siècle, dune famille nombreuse et bourgeoise renfermant son lot de secrets. La couverture est illustrée par un autoportrait de l'artiste géorgienne Elené Shatberashvili (voir un entretien sur Les Yeux d'Elsa avec l'artiste). |
Adèle Yon (née en 1994)
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Mégane
(avis
transmis)
L'être humain est décidément très morbide.
De la même façon que des embouteillages se créent
sur les autoroutes par des automobilistes intrigués par le gore
d'un accident sanglant survenu sur la voie d'en face, nous sommes également
fascinés par le gore psychologique. En témoignent les histoires
horrifiques dont le cinéma (de Vol au-dessus d'un nid de coucous
à Shutter Island sans oublier Shining ou Rosemary's
baby) et la littérature (d'Hamlet au Horla en
passant par les Hauts de Hurlevent) ont pu faire leurs gorges chaudes.
Ce roman, originellement quête introspective fort égocentrée,
prend des allures d'essai de psychogénéalogie (notre autrice
a visiblement lu sa Schützberger),
enquête familiale, étude sur la lobotomie et plus généralement
les effets de la psychiatrie "physique" sur les patients dans
les années 50-60 et, évidemment, dénonciation d'une
omerta à la fois familiale et médicale.
L'histoire est prenante : comme la narratrice l'évoque elle-même,
sa stratégie de communication sur le sujet, qui commence par une
requête claire et factuelle additionnée d'un peu de pathos,
fonctionne du tonnerre. Avec elle, on s'agace, on enquête, on s'indigne,
on compatit aux souffrances de Betsy, et de la narratrice avec elle. Bien
joué.
Un ombre au tableau toutefois. Le style, au départ plutôt
journalistique et factuel, devient de plus en plus condescendant à
mesure du récit. Certes, le corps médical a sa part de responsabilité
dans cette histoire. Certes, la famille (et en particulier les hommes)
a sa part de responsabilité également. Mais ce positionnement
ex-post de millénial hipster parisien (et c'est une parisienne
milléniale sans doute un peu trop bobo qui écrit) qui se
pose en détentrice de la vérité et va vous expliquer
ce qu'il s'est effectivement passé à grands renforts de
références scientifiques type The
Lancet (on notera qu'aucun médecin, actuel ou de l'époque,
n'est interrogé), après avoir cuisiné ses aïeux
et d'anciens infirmiers pour finalement tenter de régler son petit
problème psycho-pouët-pouët, vraiment, c'est trop pour
moi.
Cela n'excuse en rien ce que les parties prenantes ont fait. Simplement,
l'impact aurait été beaucoup plus fort en excluant toute
condescendance (qui m'a fait bondir de ma chaise sur la fin) et autocentrisme
du récit.
Pauvre Elisabeth, dont on ne saura jamais ce qu'elle a vécu et
pensé. Rien ne peut jamais être seulement à propos
d'elle.
Rozenn
(avis
transmis)
Je regrette de ne pas pouvoir être avec vous ce soir. D'autant que
c'est un livre que j'ai vraiment beaucoup beaucoup aimé, je le
distribue autour de moi.
J'aime
tout ! La structure, le mélange des genres, l'auteur et sa quête.
J'admire qu'elle en ait fait sa thèse.
J'aime aussi les dernières pages : chut ! ne pas spoiler !!!
J'ai eu du mal avec chatgpt qui ne renâclait et ne voulait pas me
donner l'arbre généalogique
; il a fallu le lui arracher petit à petit en lui faisant placer
chacun un par un par rapport aux autres - en fait il avait raison quand
il me répondait que ce qui comptait dans ce livre c'est le secret,
mais justement ce que je voulais trouver moi c'était le secret
!
J'attends avec impatience de lire vos avis.
Aperçu à la Grande
Librairie un auteur (Benjamin
Dierstein) qui écrit d'énormes trilogies en inventant
de fausses pièces historique mêlées au roman
est-ce une nouvelle mode ?
Sabine
(avis transmis)
Vite, vite mon avis (presque un non - avis) sur le livre de ce soir. On
me l'a offert deux fois, deux fois, j'ai commencé sa lecture....
la mayonnaise n'a pas pris (gros clin d'il à l'autre activité
de l'écrivaine). La typographie des lettres m'a beaucoup gênée.
Je me suis perdue dans les différents membres de la famille. Et
rien ne m'a donné l'envie de dépasser la cinquantième
page, ni le rdv du groupe-lecture ni les critiques très élogieuses.
Un vrai plouf. J'attends vos avis avec impatience. Bonne soirée.
Livre fermé donc.
Catherine![]()
Je ne suis pas sûre d'avoir les idées claires. D'ailleurs
je l'ai lu, il y a 15 jours et j'ai un peu oublié.
Je l'ai lu comme un thriller. Il y a la forme et le fond. La forme est
originale, un mélange des genres, des récits, des interviews
Le fond ? Il m'a plongée dans ma profession, j'ai retrouvé
le plaisir de l'enquête médicale, mais avec un parti pris
qui m'a un peu gênée.
Elle est partie d'un secret de famille, puis a avancé par petites
touches. Le non-dit puis des informations fragmentaires. Des interviews
des membres de la famille, avec une police différente, mélangés
au récit. On se perd un peu dans les noms, la fille aînée,
le fils cadet...
L'histoire a vraiment pris corps pour moi avec les échanges de
lettres de Betty et de son mari, ça m'a touchée. On commence
à comprendre en découvrant le mari psychorigide visant la
sainteté, et elle ayant des aspirations complètement différentes,
que ça va aboutir à un désastre.
L'enquête médicale déborde le cas de Betsy, elle nous
fait découvrir la psychiatrie avant la découverte des médicaments,
c'est sordide, l'asile, la maltraitance et pire encore. L'histoire de
la lobotomie est très bien documentée, je ne savais pas
tout, en particulier ce qui s'est passé aux États-Unis,
un psychiatre (donc pas neurochirurgien) qui officie avec un pic à
glace et va de ville en ville faire des lobotomies à qui veut,
c'est complètement incroyable. Tout ça sans consentement,
sans diagnostic. Et c'est pratiqué avant tout sur des femmes, dont
le comportement dérange leur entourage. Cette partie m'a vraiment
beaucoup intéressée. J'ai été moins convaincue
par le parallèle avec le découpage des carcasses pour les
pâtés en croûte. Ça fait assez humour de carabin,
mais pas sûr que ça soit très utile au livre. Plus
généralement, tout ce qui concerne directement la narratrice,
ne m'a pas beaucoup plu, la relation toxique qu'elle évoque au
début par exemple, bof, un peu autocentré, sans grand intérêt.
Ce qui m'a un peu gênée, c'est que la thèse du bouquin,
ce dont la narratrice essaie de nous convaincre, c'est que Betsy n'est
pas folle, qu'elle n'est pas schizophrène ; or on ne sait pas.
Le dossier médical est perdu. La situation est peut-être
plus complexe, les dépressions du post-partum, avec des enfants
non désirés à la chaîne, imposés par
un mari maltraitant, le comble étant la conception alors qu'elle
est internée (incroyable ça aussi), un corps social très
contraignant et la mutilation de la lobotomie. Mais peut-être tout
ça sur une personnalité borderline, on ne saura jamais.
Disons que c'est un livre à charge et qu'elle noircit peut-être
un peu le trait.
L'ensemble est prenant, original. Ça n'est pas vraiment un roman,
mais un mélange d'enquêtes et de récit. Il y a un
trop de choses, on s'y perd, cela aurait pu être un peu condensé.
Mais bon j'ouvre aux ¾.
Françoise D![]()
J'avoue
que ce livre m'a particulièrement énervée. Pour des
raisons que Catherine évoque de parti pris. Et je retrouve aussi
Sabine qui s'y perd.
C'est une chose d'investiguer, et ce n'est pas nouveau, mais là
ça tourne au narcissisme. Non seulement elle manque re recul, mais
elle s'implique (s'identifie ?) au point de faire le parallèle
entre la lobotomie (longuement décrite et à plusieurs reprises ;
je n'avais vraiment pas besoin de tous ces détails beurk) et son
propre dépeçage d'un cochon re-beurk, et là, je me
suis dit où on va ?
Elle se perd. Il y a aussi ce retour sur elle-même avec la relation
toxique évoquée, dans la mesure où elle n'explique
rien, c'est inutile.
Je lui accorde le mérite d'évoquer les progrès de
la psychiatrie et j'ai pensé à Camille Claudel, à
Niki de Saint Phalle. La soi-disant "folle" est réduite
à rien. C'est intéressant. Ce qui m'a agacée aussi,
ce sont les interviews avec les personnages qui sont désignés
par des qualificatifs répétitifs, ça alourdit inutilement.
J'en suis à me demander si sa thèse n'aurait pas été
plus intéressante à lire ?
J'ai lu
La maison vide
de Mauvignier qui évoque aussi des histoires de famille et ça
c'est autre chose. J'ouvre ¼.
Jacqueline![]()
J'avais lu dans Le
Monde la critique de ce roman. Il y était question de psychiatrie,
d'enquête familiale, de mémoire effacée et j'avais
très envie de le lire. Je suis contente qu'il ait été
choisi par le groupe et de l'avoir lu ; même s'il était très
différent de ce que j'avais pu imaginer
Il se trouve que je venais de lire Que
faire de la littérature ? d'Edouard Louis, plaidoyer
pour un roman novateur (mais aussi un peu pro domo !) et j'ai été
immédiatement séduite par la composition et le côté
hors norme de ce livre.
Je l'ai apprécié comme un vrai bon roman, bien que le terme
"roman" ne figure nulle part sur la version pour malvoyants
du même éditeur dans laquelle je l'ai lue. (Dans
les bibliothèques parisiennes, les très nombreux exemplaires
étaient partout sur liste d'attente. Ne restait qu'un exemplaire
de l'édition pour malvoyants ! Ma vue ayant baissé,
c'était l'occasion d'essayer... Malheureusement, l'éditeur
a dû supprimer les jeux typographiques de la première version
pour que le volume global lui reste semblable. Le contenu m'a paru identique.
Lire en gros caractère est plus lent, mais je ne regrette pas cette
expérience qui m'a évité un achat...)
J'ai été un peu effarée de réaliser
que cette arrière-grand-mère était quasi de l'âge
de mes parents et de découvrir les conditions dans lesquelles elle
a été élevée. Cela me semblait d'un autre
siècle. Sans doute aussi une question de différence de milieu
! Cependant, j'y trouvais un écho à des situations que je
connais (une tribu issue de la bourgeoisie catholique qui essaime autour
d'une propriété familiale) et cela piquait d'autant ma curiosité.
J'ai été amusée, entre autres, par :
- le pragmatisme du grand-père
- son jugement à l'emporte-pièce sur la psychanalyse que
je comprends tout à fait, bien qu'il ne soit pas exactement le
mien ; je vois l'aboutissement du travail de la psychanalyse comme
le fait qu'un récit de vie prenne sens pour l'analysant, objectif
qui me paraît assez analogue au travail de la romancière
!
M'ont touchée :
- les titres des livres laissés dans la voiture par Jean-Louis,
seule trace accessible de ses sentiments
- l'effarement de la narratrice quand elle était enfant, face aux
propos ou au comportement de son arrière-grand-mère
- en général le regard des enfants sur Betsy, soit qu'ils
aient leurs propres préoccupations, soit qu'ils témoignent
d'un respect un peu amusé comme les petits ou arrière-petits
enfants dans la maison familiale de vacances (j'ai mis longtemps d'ailleurs
à comprendre que c'était une acquisition d'André)
- l'honnêteté de la narratrice par rapport à la démarche
dans laquelle elle s'est engagée et surtout par rapport à
son ressenti. Cette honnêteté suscitait chez moi une certaine
confiance y compris pour juger parfois différemment
- de nombreux propos dans les témoignages.
J'ai été sensible :
- à la mise en parallèle de la lobotomie et du travail de
dépeçage du porc ; j'ai supporté la description techniquement
si précise : pour moi c'est, aussi, de la littérature ;
ce dépeçage m'a rappelé l'abattoir industriel dans
À
la ligne de Ponthus que nous avions lu sauf que la situation
de cet auteur (conditions de travail comprises) était très
différente de celle d'Adèle Yon
- aux mouvements des corps accompagnant les émotions (comme le
dit Edouard Louis)
- aux nausées et à la tension musculaire de la narratrice
dans la voiture (faut-il les attribuer, comme elle le dit, à la
difficulté de lever un secret comme elle ou à son anxiété
dans l'attente fébrile d'un message de son nouveau compagnon, ce
qu'elle révèle plus tard ?)
- aux mouvements de la phalange de l'oncle pour montrer la profondeur
des trous cicatriciels laissés par la lobotomie
- à l'activité et aux gestes professionnels de la potière,
en même temps qu'elle exprime ses idées et son point de vue.
J'ai aimé :
- la fragmentation et la diversité de formes du texte, en cohérence
avec la recherche de la narratrice
- la participation que ce livre m'a demandée pour reconstituer
les faits ; il me semblait être dans un jeu ; j'ai beaucoup essayé
de mettre en relation dates, lieux et personnages, j'ai consulté
internet et constaté que Jean Louis ne pouvait pas être ni
Xavier Niel ni Bernard Marti, et regretté qu'internet parle de
plusieurs inventeurs du minitel rose sans tous les citer
- les pseudonymes des interviewés donnés en fonction du
rapport à Betsy
- les positions de certains des personnages, entre autres la sur
aînée, de l'oncle et de la potière
- les portraits de Daniel et Roseline : j'ai mesuré leur attachement
à leur travail et admiré leur conscience professionnelle
J'ai beaucoup apprécié :
- l'intervention sur Babelio de "Bill
Veuzay" pour rétablir un point de vue plus juste sur l'HP
et le travail qui s'y fait
- et puis que le livre se termine par cette espèce de nouvelle,
aboutissement du travail entrepris par la narratrice et cadeau à
ses interviewés : c'est une histoire d'Elisabeth, à la troisième
personne, mais rédigée du point de vue que lui prête
l'auteure, l'histoire d'une jeune fille, mal mariée, à la
hâte, à un homme qu'elle avait pourtant choisi et auquel
elle restera très attachée sans comprendre qu'elle n'est
plus rien qu'une gêne pour lui ; elle m'a rappelé le film
de Serebrennikov La
femme de Tchaïkovski.
Je me suis interrogée tout au long du livre :
- pour résoudre le puzzle
- sur la lobotomie et les traitements psychiatriques.
Mais je ne crois pas qu'après ce livre je lirai Le
jardin d'acclimatation d'Yves Navarre, prix Goncourt en 1980,
qui paraît soulever des questions semblables
Quelques questions finales :
- quelle serait une histoire d'André écrite de son point
de vue (genre L'enfance
d'un chef)
- après sa thèse, Adèle Yon continuera -t-elle à
publier ? Je suis très curieuse de son deuxième roman.
Vu tout l'intérêt que j'y ai trouvé, je ne peux qu'ouvrir
en grand ce roman même si, pour l'instant, je ne vois personne à
qui j'aurais envie de l'offrir
Annick
L![]()
Cela fait longtemps que je ne m'étais pas sentie autant concernée
par un livre et j'ai littéralement plongé dans ce récit-enquête
d'Adèle Yon, mené dans le cadre d'une soutenance de thèse.
J'ai éprouvé une profonde empathie pour cette femme victime
de violences terribles, d'une sorte de meurtre symbolique, en effaçant
toute trace de son existence, de sa présence, dans l'histoire-mémoire
familiale.
Empathie aussi avec la narratrice et toutes les femmes de cette lignée
dont la plupart ont partagé l'angoisse d'avoir hérité
de la folie de leur aïeule. Des sortes de victimes collatérales,
dirait-on aujourd'hui !
Et puis, peu à peu, au fil des témoignages des membres de
sa famille encore vivants et des recherches de l'auteure dans les services
d'archives des hôpitaux psychiatriques, est monté en moi
un sentiment de colère, d'indignation contre les abus commis à
l'époque, non seulement sur Betsy-Elisabeth, mais aussi sur de
nombreuses femmes considérées par leurs maris ou d'autres
parents comme non conformes au modèle de l'épouse-mère
de famille. À coups d'actes chirurgicaux, d'enfermement temporaire
ou définitif, dans un isolement radical.
Quant à la forme hybride, composite, qu'a adoptée l'auteure,
tout à fait originale même si elle peut paraitre déroutante
au départ, je la trouve vraiment intéressante. Elle reflète
parfaitement les souvenirs fragmentaires et contradictoires de ceux qui
ont connu cette femme et elle contribue à lui donner une incarnation.
Certains vont d'ailleurs refuser de réveiller ce passé douloureux.
Mais d'autres vont au contraire évoluer et collaborer aux recherches
de la narratrice, pour lever la chape de silence et de mensonges qui a
été imposée par le père et le grand-père
autour de la personne et du sort tragique de cette malheureuse.
L'un des intérêts de ce livre est également, au-delà
du cas particulier de cette arrière-grand-mère, d'élargir
son travail à toutes les victimes de ce système d'oppression
institutionnalisé sur le corps des femmes, avec le concours des
services psychiatriques. Les documents sur la pratique massive de la lobotomie
sont édifiants. Et ses deux entretiens avec des professionnels
qui ont travaillé à Fleury-les Aubrais apportent un éclairage
assez sombre sur cette période, jusqu'au grand tournant des années
1970. Élisabeth a été libérée en 1967,
après 16 ans d'internement, dans un état physique et psychique
totalement délabré, et elle a été recueillie
par ses parents déjà âgés, puisque son mari,
responsable de ses malheurs, ne voulait plus s'en occuper.
J'ai également été très intéressée
par ces informations sur l'histoire de la psychiatrie et son évolution.
J'ai enfin pensé aux livres de Svetlana
Alexievitch pour leur forme très
polyphonique. Même si celle-ci s'attache à la dénonciation
d'un autre système d'oppression, politique cette fois, sous le
régime de la Russie soviétique et si elle a choisi de réécrire
le matériau brut des entretiens.
J'ouvre en grand.
Danièle![]()
C'est un livre dont on ne peut se faire une opinion qu'au fur et à
mesure de la lecture tant les approches sont variées (extraits
de correspondance, narration sur le vécu personnel de l'autrice,
enquête auprès des proches de la famille, enquête sur
l'état de la médecine d'une époque encore proche,
sur le traitement des malades psy
). L'agencement de tous ces sources
de documentation sont en fait un véritable travail de construction
littéraire, qui nous mène en conclusion à une réflexion
approfondie sur des problèmes de société.
Pour continuer le débat - littérature ou pas -, je dirais
qu'il y a deux manières d'éprouver un choc à cette
lecture : sur le fond, le travail universitaire avec le côté
documentaire et ses statistiques qui prouvent que ce sont les femmes qui
ont le plus subi ces opérations de lobotomie, que ce sont elles
qui ont le plus souffert des incarcérations psychiatriques. Ce
sont des faits éprouvants en eux-mêmes.
Le point de départ est donc un travail universitaire, mais aussi
un roman très personnel, puisqu'il s'agit pour l'autrice de mener
une enquête sur son arrière-grand-mère, décédée
depuis quelques années, et dont les membres de la famille ne parlent
qu'à mots couverts. Il semble y avoir un secret encombrant, un
tabou, autour de Betsy, cette arrière-grand-mère, qui a
été diagnostiquée schizophrène par les médecins
de l'époque. C'est cela le moteur de l'action, qui la touche personnellement,
puisqu'elle craint d'être elle-même touchée un jour
si cette maladie est transmissible. Tous les membres de la famille l'ont
connue, mais semblent avoir des avis partagés sur elle, et la plupart
du temps, évitent le sujet. Malgré tout, certains membres
de la famille parlent, et le roman devient à mon avis de plus en
plus intéressant à partir du moment où l'autrice
et narratrice comprend que l'opération de lobotomie que Betsy a
subie n'avait pas pour objet de la guérir mais de l'adapter
à la société patriarcale dont elle fait partie. Elle
est devenue docile et totalement adaptée aux tâches ménagères
qui lui étaient réservées, elle qui était
plutôt rebelle et pleine de vie. Mais le problème reste entier
quant aux causes de la maladie. D'ailleurs, est-ce une maladie ?
physique ? L'autrice nous fait partager ses doutes, jusqu'à
ce qu'elle découvre enfin, grâce aux révélations
d'une lointaine cousine, que, pendant son enfance et son adolescence,
le père, par ailleurs rigide et autoritaire, a eu avec elle et
les frères et surs des pratiques exhibitionnistes. C'est
le tabou entourant ces pratiques qui pourrait avoir déclenché
les colères de Betsy qui la submergeaient et faisaient croire à
des épisodes hystériques. Voilà donc l'aboutissement
d'une enquête qui semblait n'intéresser personne, mais qui
devient poignante.
Jérémy![]()
Avant la lecture : Je n'avais pas très envie de lire ce
chef-d'uvre déclaré, bardé de son bandeau brillant
de mille prix : Prix Elle, Prix Nouvel Obs, Prix Essai machin chose,
etc. En plus, j'ai eu le plus grand mal du monde à me le procurer
(un comble pour un best-seller !). Déjà emprunté
dans toutes les bibliothèques, tellement bon que personne n'a voulu
le revendre chez Gibert, qui ne l'avait plus non plus neuf. Bref, il a
fallu que je me rabatte sur Delamain alors que je déteste acheter
quoi que ce soit dans cette librairie ! Bon, bon. Enfin, la couverture
est jolie !
Après la lecture : La première partie m'a paru trop
longue avec cette enquête à la Colombo. Toute la famille
y passe, on n'en peut mais. Mais j'ai bien aimé les lettres échangées
entre Betsy et André. Cela permet effectivement de comprendre qu'ils
n'avaient rien à faire ensemble et puis cela permet aussi de voir
comment on se parlait à l'époque dans un certain milieu,
quand on était fiancés.
Je n'ai pas aimé que l'autrice se sente obligée de
nous parler de sa petite histoire de cur un peu minable et qu'elle
en fasse le point de départ de sa recherche : "Olala,
mon Jules ne m'a pas répondu depuis 30 secondes, je n'arrête
pas d'allumer et d'éteindre mon portable, est-ce que je ne deviendrais
pas folle moi aussi ?!" Au secours ! Il y a quelque
chose d'assez indécent dans le fait mettre en parallèle/sur
le même plan ses affres sentimentales et la lobotomie qu'a subie
son arrière-grand-mère. Et puis, comme souvent dans le livre,
elle en dit soit trop soit pas assez. Elle procède par touches
impressionnistes : elle ne nous dit rien de la relation en question, si
ce n'est qu'elle est "toxique". Au passage, c'est devenu une
telle tarte à la crème la relation "toxique".
Là aussi, au secours ! Mesdames, messieurs, ce n'est pas parce
que vous êtes en train de vous faire lourder que vous êtes
nécessairement pris dans les rets d'une relation "toxique" !
La deuxième partie est très intéressante. C'est passionnant,
très documenté sans être trop didactique/scolaire.
Ce savant fou américain qui "démocratise" cette
invention du Portugais, en fait un véritable business et l'inscrit
dans la société du spectacle, environ 90 % des victimes
seraient des femmes a priori. Cela s'inscrit dans la longue histoire de
la domination des femmes, notamment celles qui sont trop remuantes, trop
colériques, trop grandes gueules, pas assez soumises... Et puis
c'est aussi l'histoire d'une domination sociale : celle de notables
(les maris, les pères et les médecins) qui s'arrangent entre
eux pour se débarrasser de ces "hystériques" et
faire en sorte que désormais elles se tiennent plus tranquilles,
ou tout simplement s'en débarrasser à jamais...
Pour ce qui est de la forme, et pour une normalienne, au lieu de dire
"je demande" à répétition, elle pourrait
utiliser des tirets peut-être non ? C'est lourd !
Ce qui me gêne enfin, c'est la manière dont elle traite le
sujet du père de Betsy. Là aussi, c'est pas touches impressionnistes.
Elle donne quelques éléments, assez ténus tout de
même, mais qui vont tous dans le même sens. Elle n'accuse
pas clairement, frontalement, mais enfin, les sous-entendus sont lourds
et on comprend clairement qu'à ses yeux, il a dû abuser de
ses filles d'une manière ou d'une autre. Cela me met assez mal
à l'aise, qu'il n'y ait pas d'éléments plus étayés
pour porter une accusation aussi lourde contre quelqu'un qui n'est plus
là pour se défendre.
Enfin, comme pour Triste
tigre, il est difficile de critiquer ce genre de livre
dont le sujet est inattaquable.
De manière générale, même si le sujet est intéressant
et si j'ai appris des choses, je préfère lire des romans.
Et puis vraiment, c'est trop long. La deuxième partie m'aurait
suffi !
J'ouvre à moitié.
Renée
(venue
de Narbonne pour rencontrer Lahcen...)
Mon vrai nom est Élisabeth est littérairement inintéressant,
mais c'est un essai, c'est un dossier universitaire.
L'histoire est passionnante sur la lobotomie, avec ce médecin qui
se promène dans un camping-car avec un pic à glace pour
lobotomiser le plus de personnes possible !
C'est également un document sur le statut social des femmes à
l'époque, le contrôle physique et moral exercé par
quelques hommes sur leur épouse. Surtout chez les catholiques traditionalistes,
attachés à leur domination. Il me semble que dans la petite
bourgeoisie de province, on a évolué très très
vite.
C'est une époque que j'ai connue. Betsy avait exactement l'âge
de ma mère... j'ai été perturbée par ça.
On lit des horreurs : la pire est un médecin d'Orléans
qui prescrit la lobotomie pour Elisabeth sans avoir vu la malade... Le
père comme le mari sont odieux. Le père a eu 5 surs
célibataires qui avaient peur de tout : je ne puis pas m'empêcher
de penser : que leur a fait ce frère priapique et exhibitionniste
? On commence à soupçonner des abus contre Elisabeth.
Ce
qui frappe, cest le silence : le
silence autour des méfaits masculins, acceptés de tous,
et protégés pendant des générations. Oui,
on peut être un polytechnicien admiré et être un sale
type, un violeur.
Le livre est hyper intéressant pour son contenu, mais il y a Beaucoup
de répétitions et de longueurs ; pour le grand public, elle
aurait dû couper certains passages. Par exemple lorsqu'elle rencontre
cet infirmier et sa cousine qui ont travaillé à Fleury-les-Aubrais,
elle n'avait pas besoin de nous raconter des détails sur leur vie,
leur intérieur plutôt misérable ; d'ailleurs
on sent alors un peu de mépris.
Comme je le recommande beaucoup, l'honnêteté m'oblige à
l'ouvrir aux ¾.
Brigitte
(à
l'écran, mais muette...)
Mon vrai nom est Elisabeth : quel beau titre !
J'imagine immédiatement un roman traitant de l'espace entre le
prénom et le surnom, sur l'identité prise entre les deux.
J'aborde cette lecture avec enthousiasme, d'autant plus que les critiques
sont vraiment bonnes.
En fait, il ne s'agit pas d'un roman, mais d'un reportage/témoignage,
dont l'arrière-grand-mère de l'auteure/narratrice est l'héroïne.
Je suis un peu déçue, mais je poursuis ma lecture de ce
reportage.
Quand arrive le passage où elle décrit comment avec un couteau
pointu elle sépare la couenne grasse d'un porc de la chair. Elle
veut illustrer ainsi la lobotomie qu'a subie Betsy.
Là, elle m'a perdue. Nous sommes loin, très loin, de ce
que j'avais espéré lire !
Je poursuis néanmoins ma lecture jusqu'au bout, en hommage à
toutes les personnes qui ont passé ou qui, encore aujourd'hui,
passent toute leur vie en hôpital psychiatrique. En hommage à
toutes ces vies gâchées par la maladie.
Je suis moi aussi allée rendre visite à une proche à
Ville-Evrard et à Bonneval, où elle est encore aujourd'hui
soixante ans après y être entrée.
Trop triste !!
J'ouvre à moitié.
Claire![]()
J'ouvre le livre :
- une dédicace "À
ma grand-mère/À sa poussière dans lil",
bon...
- une citation en exergue : "Je
voulais lapprofondir, non comme une question, mais comme une blessure.
Roland Barthes, La
Chambre claire" : on comprend rien, mais bon, Barthes,
ça vous pose.
J'ai lu le livre avec un réel intérêt. J'ai été
captivée par l'enquête. Le montage m'a convaincue, avec une
variété de modalités de dialogues, de rencontres
et d'informations glanées. J'aimais bien les scénettes en
police courrier. J'ai apprécié la façon de restituer
l'enquête, amenant le lecteur à adhérer au point de
vue dénonciateur : j'étais du côté de la narratrice,
prête à défendre Betsy et méfiante vis-à-vis
du vicieusement pieux André. Même s'il y a de quoi se perdre
avec tous les personnages, il y a les méchants et les gentils,
et ça, j'aime bien...
La peur de la folie ne m'a fait ni chaud ni froid et je me suis demandé
si les lettres étaient authentiques. La page 372-373 qui précède
la récapitulation de la vie de Betsy, consacrée à
Rebecca, à Jane Eyre et la Prisonnière
des Sargasses (pour une fois des livres que j'ai lus...) m'a semblé
tomber comme les cheveux sur la soupe.
Une fois que j'ai eu fini, je me suis dit bon mais alors, que dire de
ce livre que j'ai lu avec intérêt ? Une impression d'"à
sec" et non de richesse domine. Où est l'effet littérature
? La 4e de couv indique "roman" et "livre à la lisière
de différents genres". J'aime bien en général
les livres inclassables et la non-fiction peut bien sûr relever
de la littérature.
Elle se fait son enquête familiale dans le livre. J'apprends qu'en
plus ça fait double emploi, ça fait office de thèse.
Bon, tant mieux pour elle. En nourrissant un peu la doc
pour Voix au chapitre, je découvre alors l'avis d'un personnage
de la page 69, travaillant à la clinique psychiatrique, appréciant
au départ la démarche de la narratrice et l'assassinant
dans sa chronique : c'est sanglant
; je me rends compte que j'ai lu le livre sans aucun esprit critique,
complètement embobinée, bêtement contente de repérer
les gentils et les méchants. En effet, parmi les témoignages
recueillis, pas un médecin ! Et ce qui m'a semblé très
fort dans sa critique, c'est la façon dont elle allume le style
au service de sa mauvaise foi. Lisez la chronique,
c'est magistral. Après avoir été menée par
le bout du nez par l'autrice, je le suis par la chroniqueuse : comme
d'habitude pour moi, le dernier qui a parlé a raison.
J'ouvre le livre à moitié.
Fanny![]()
Je ne savais rien du livre.
Le thème m'intéresse : tout ce qui peut se tisser dans les
liens familiaux et sociaux. J'ai donc eu beaucoup d'intérêt.
Et j'ai appris, y compris des statistiques.
La construction est vraiment intéressante et qu'elle fasse quelque
chose de sa thèse entre compilation de travaux de recherches scientifiques,
lettres, entretiens, récit de sa vie et part romancée sur
la dernière partie. La compilation est très réussie,
il y a des parties didactiques certes, mais ça ne fait pas copier-coller.
Certains disent que c'est autocentré, narcissique. Oui et alors
? Oui c'est posé. Et je trouve courageux et assumé de s'exposer
ainsi. De dire je m'interroge sur mon équilibre mental. Combien
se seraient retranchés derrière un discours politiquement
correct d'intérêt porté exclusivement à la
mémoire de l'ancêtre ?
Ça peut être intéressant ce qu'elle évoque
avec son mec. Sur une vision extérieure bien sûr un SMS laissé
sans réponse pendant quelques heures et des lobotomies ne sont
pas à mettre sur un même plan. Mais il s'agit de son ressenti,
de ses propres inquiétudes et de son sentiment d'insécurité
affective, et c'est je pense à cette place que se tisse le lien
avec l'origine de son travail de recherche.
J'ai beaucoup aimé, je le conseillerai volontiers mais pas à
tout le monde. Je ne me suis pas ennuyée une seconde, je l'ai dévoré.
J'ouvre en grand.
Monique L![]()
C'est un curieux livre, difficile à classer car il mélange
plusieurs genres : récit familial, enquête, essai, recherche
documentaire.
J'ai aimé tout ce qui tourne autour d'Elisabeth et la recherche
sur ce qu'elle a vécu.
Le récit de sa vie ressemble à un puzzle géant où
chaque pièce trouve sa place pour construire petit à petit
une vision de ce qu'elle a vécu. (Claire
montre fièrement son pain-surprise apporté exprès,
et en forme de puzzle...)
Pour
reconstituer sa biographie, ainsi que l'histoire de sa famille, Adèle
Yon tapisse large pour mener son enquête, rencontre les derniers
témoins, exhume la correspondance de son arrière-grand-mère,
parcourt des archives médicales afin de confronter le récit
familial à la réalité des faits. J'ai apprécié
cette construction qui nous retient comme lecteur.
Il y a tout d'abord les lettres échangées entre Betsy et
son fiancé. C'est la guerre. André apparaît au fil
de cette correspondance, comme un homme rigide, autoritaire et très
pieux. Ces lettres m'ont tétanisée d'autant plus qu'elles
m'ont rappelé quelqu'un que j'ai connu et qui a fait beaucoup de
mal à ses proches. Betsy, elle, cherche à se conformer à
ce qu'il attend d'elle tout en revendiquant une certaine indépendance
d'esprit. Dans ces lettres, elle m'est apparue sensible et intelligente.
L'autrice
saisit l'occasion pour dresser un historique de la psychiatrie de l'après-guerre
et de tous ses manques en utilisant des archives hospitalières,
des articles scientifiques et des interviews de soignants n'ayant pas
connu Elisabeth. Le ton change, ainsi que le vocabulaire et j'ai nettement
moins apprécié. L'implication émotionnelle, bien
que compréhensible, prend le dessus. Cela n'excuse pas à
mes yeux le parti pris résolument négatif et morbide.
J'ai été gênée par la mauvaise foi de l'autrice
et son manque de recul en omettant le contexte, son manque de distance
critique. J'ai trouvé déplacé, voir obscène,
le parallèle entre la boucherie et la chirurgie. Je n'ai pas apprécié
le plaisir malsain avec lequel elle rapporte les anecdotes scabreuses
de Daniel et Roseline
J'ai par contre apprécié qu'elle fasse ressortir qu'une
personnalité trop affirmée ou hors norme chez une jeune
femme pouvait la conduire à l'enfermement et qu'une femme soit
considérée comme guérie si elle devient une femme
sage, docile, bonne épouse et bonne mère, l''ambition n'étant
pas de guérir, mais de permettre à la patiente de ne plus
troubler, ni porter préjudice au cadre familial ou social.
Pour moi, l'horreur absolue, c'est le contexte dans lequel Elisabeth a
enchaîné six grossesses, sans doute en prétextant
le devoir conjugal qui excluait tout consentement.
J'ouvre à ½.
Lahcen (dont nous avons choisi le livre préféré
parmi les 10 livres en compétition pour le
Prix
Inter 2025 dont il était membre du jury)
Mon vrai nom est Elizabeth dAdèle Yon est un essai
romancé à la fois puissant et délicat, qui ma
profondément touché. Ce texte est un véritable coup
de cur, tant par sa construction narrative que par la profondeur
de son propos.
Lautrice part à la recherche dun prénom oublié,
dun destin effacé : celui dElizabeth, une femme quon
na pas voulu entendre. Elle fait revivre cette voix en creusant
dans les silences familiaux, les non-dits sociaux et les absences administratives.
Lécriture dAdèle Yon est précise, sensible,
portée par un travail darchives remarquable et une capacité
rare à écouter linvisible. On sent à chaque
page une quête sincère de justice mémorielle, mais
aussi une humilité dans la manière de redonner vie à
une inconnue.
Le récit, loin dêtre plombant, est au contraire lumineux
: il montre que même dans loubli, il reste des traces à
révéler, des histoires à sauver. Lautrice transforme
une enquête intime en un récit universel, qui interroge notre
rapport à lhistoire, à la mémoire, au nom que
lon porte.
Ce texte ma bouleversé par sa justesse, sa retenue et son
engagement. Il prouve que la littérature peut combler les absences,
rendre visible ce qui était resté dans lombre.
Je recommande ce livre à tous ceux qui sintéressent
à la mémoire effacée, aux voix féminines oubliées,
ou simplement à la beauté de lécriture littéraire
engagée.
Je louvre en grand !!
|
Les
9 cotes d'amour du nouveau groupe parisien réuni le 19
décembre 2025
|
REPÈRES BIOGRAPHIQUES
Famille
Le livre nous fait découvrir une grande partie de la famille d'Adèle
Yvon, mais pas la plus proche. Cela mérite une enquête...
Elle est née en 1994, a deux surs, Zoé et Maud. Son
père François
Yvon, exportateur de films indépendants, lui a donné
le goût du cinéma : il organisait pour les trois filles un
ciné-club à la maison tous les mardis... On peut voir un
bout de sa généalogie ici
(incluant la fameuse Elisabeth). Il ne lisait que des livres sur la Shoah,
tandis que sa mère lisait des livres sur l'actualité politique
et des livres russes en édition bilingue car elle avait une maîtrise
de slavistique ; et pas seulement ! Raphaële
Yon-Araud, est diplômée de Sciences po Paris, titulaire
dun MBA de Boston University, a travaillé à New York,
à Londres et à Paris, dans les médias, cabinets ministériels
et grandes entreprises. Elle se lance dans la restauration dans la Sarthe
(restaurant "Jour de fête" à Valennes, évoquée
dans
le Maine libre en 2021, dans Fooding
en 2023 et France
3 en vidéo en 2024 et ici
aussi). C'est un territoire familier, puisqu'avec sa famille, elle y a
dès 1997 restauré une ferme, venant à toutes les
vacances, parfois même les week-ends, pour effectuer les travaux
avec la famille, les amis et des artisans locaux, alors qu'ils vivent
à Paris 9e.
Sa fille Adèle officie parfois dans le restaurant : la
voilà en tablier ; elle a commencé la cuisine au Café
du Coin à Paris ; son plat signature en cuisine est le pâté
en croûte, appris auprès d'une cheffe, de formation bouchère,
à Marseille... ("À Marseille où je suis temporairement
installée, je découpe des morceaux de viande dans des grandes
carcasses glacées", dit-elle dans le livre concernant
l'année 2021). On retrouve aussi sa sur Maud dans le restaurant
de la mère ; Maud Yon-Araud est cheffe de culture au Jardin
des Aulnes (Greenopie),
un projet agro-écologique créé par sa mère
en 2010. Quant à Zoé,
elle a fait un master en communication institutionnelle à Sciences
Po Strasbourg, et fait un stage à la tv. Jour de fête
est nommé en 2022 "meilleur café de village" et
est alors décrit comme "tenu par Raphaële, Adèle
et Maud Yon-Araud et Etienne Legrand" (Say
who, Libération).
Cet Etienne, c'est le "copain" d'Adèle (voir un entretien
dans Finglefood en 2024) qui vient d'ailleurs du Café du
Coin (où Adèle a fait ses débuts...) et qui figure
dans les remerciements à la fin du livre ("Je remercie
Étienne, ma force, ma branche, mon aiguille-mère. Merci
au Mazet, notre jardin secret"...). C'est tout pour les potins
? Non !
Études
et publication
Adèle Yon étudie au lycée Louis-le-Grand, bac littéraire
; écrit une pièce montée au lycée. Prépa
au lycée Henri-IV. Puis ENS (2014-2019). Master de philosophie
contemporaine à lEHESS et master en études cinématographiques
à l'université Sorbonne-Nouvelle. Frédéric
Worms, devenu par la suite directeur
de l'ENS, dirige son mémoire.
En 2019, elle obtient contrat doctoral SACRe
(ENS/PSL : Paris Sciences & Lettres) pour une recherche sur les usages
et les représentations du verre dans le cinéma et les médias
optiques, codirigée par Antoine
de Baecque, professeur en études cinématographiques
(ENS) et Antonio
Somaini (Université Sorbonne Nouvelle Paris 3), qui
seront ses directeurs de thèse. Dans le cadre de son contrat doctoral,
elle rédige un article avec une vidéo : "Le
film industriel : un objet hybride et sa conservation Lexemple de
Saint-Gobain".
Elle a soutenu sa thèse le 17 décembre 2024, intitulée
: Mon vrai nom est Elisabeth
: enquête sur le double fantôme. Directeurs de thèse
: Antoine de Baecque, Antonio Somaini, Olivia Rosenthal. Discipline :
SACRe (Sciences, arts, création, recherche).
La soutenance s'est tenue dans un théâtre, les 8 membres
du jury tous sur scène ! Au Théâtre du Chariot, Paris
11e. Ce choix s'inscrit dans la logique du laboratoire SACRe (Sciences,
Arts, Création, Recherche) : on peut voir sur
le site du labo les images (et ici
d'autres soutenances aussi folklos).
"Jai fait une expérience. Quand jai fini ce
texte, je lai envoyé le même jour à mes directeurs
de thèse et à des maisons dédition : est-ce
que ce même objet pouvait à la fois être considéré
comme une recherche valide et comme une uvre littéraire ?"
(Sciences
humaines, Jean-Marie Pottier, 21 octobre 2025).
"Au départ je nai pas pensé cette recherche
comme un livre. (...) Lécriture est arrivée dans un
second temps. Il y a quatre ans denquête et seulement un an
et demi décriture à proprement parler. Lécriture
est arrivée à partir de janvier 2023, au moment de la mort
de Jean-Louis" (intéressant entretien avec Robin Negre,
L'éclaireur Fnac,
7 juin 2025).
Enseignement
et autres activités
Elle figure sur le site
de L'ENS-PSL en tant que monitrice en études cinématographiques,
ce qui vaut en principe seulement pendant le contrat doctoral et donc,
avant la thèse. Elle a animé un atelier "Chercheur.euse.s
cobayes : faire lexpérience de lenquête familiale",
donnant lieu à une exposition.
Par ailleurs, elle animera un atelier
curiosités avec des étudiant.e.s graphistes de lécole
Olivier de Serre.
Au cours Sévigné (coût annuel : 1950 euros en première
année), elle enseigne l'histoire du cinéma (30h) ; elle
s'appelle là Adèle
Yon-Araud.
Elle présente le film Rebecca d'Hitchcock à la Cinémathèque
de Grenoble ou au Festival
Hors Limite en Seine-Saint-Denis.
Elle habite à Saint-Ouen et est sur instagram...
Elle fait de la gym suédoise.
Elle a un projet de court-métrage avec luniversité
du Mans au sujet des jeunes et de la santé mentale. Elle va travailler
sur une pièce autour de la justice restaurative avec un collectif
de théâtre suisse. Puis une résidence décriture
au Portugal...
En attendant, elle a fait des performance avec la
musicienne Liora Jaccottet qui est sur scène sous le nom dAdèle
Yon et qui remercie Liora pour sa participation : Adèle Yon apparaît
en vidéo, créant un dialogue entre lautrice et son
double scénique. La performance matérialise
scéniquement ce que le livre explore littérairement :
fragmentation, peur de la folie...
ÉCHOS ÉLOGIEUX À
QUI MIEUX MIEUX
Ils sont légion dès la
sortie du livre en février 2025.
- Presse écrite : de Marianne
à l'Humanité,
du Monde
à 20 minutes, du
Nouvel
Obs au Figaro
en passant par En
attendant Nadeau ; et aussi en Belgique avec Le
Devoir, en Suisse avec Le
Temps, au Liban avec L'Orient-Le
Jour...
- Radio : France Inter Nouvelles têtes 11
février, La 20e heure 7 avril,
Prix du Livre Inter 26 mai, L'invité
de 7h50 11 juillet,
L'invité de 6h20 25
décembre ; France Info 23
février, 13
mars, 30 juillet ;
Les midis de culture 13
février, Matins du samedi 15 février,
Le regard culturel 17
février, Le Book Club 24 février
; le podcast Les Rendez-vous littéraires rue Cambon,
19 juin, avec Lauren
Bastide diffuse un entretien vraiment consacrée au livre.
- Vidéo : à La
Grande Librairie, sur Arte à 28
min, à TF1,
sur Médiapart
avec Edwy Plenel, sur Public Sénat
avec Claire Chazal, sur la chaîne de Normale
Sup, à Télérama,
sur Facebook
avec Laure Adler, à la Librairie
Mollat, à la Maison
de la poésie...
Ce livre a remporté des
prix :
- prix
France Télévisions dans la catégorie Essai
- prix
des lectrices de Elle dans la catégorie Non-Fiction
- le premier prix
littéraire du Nouvel Obs
- le prix
Régine-Deforges
- le prix
littéraire du Barreau de Marseille décerné lors
du festival Oh les beaux jours !
Dans ce concert d'éloges, il
faut vraiment chercher pour trouver des réserves.
Un des critiques du Masque
et la Plume semble avoir des réserves, mais peu nettes
("on lit une enquête dont on connaît le résultat").
Voici une chronique très développée
qui mérite d'être lue, ne serait-ce que parce qu'elle tranche...
|
Nos cotes d'amour, de l'enthousiasme
au rejet :
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à
la folie
grand ouvert |
beaucoup
¾ ouvert |
moyennement
à moitié |
un
peu
ouvert ¼ |
pas
du tout
fermé ! |
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