Janis JONEVS, Tigre, trad. du letton par Nicolas Auzanneau,
Les Argonautes Éditeur, 240 p.

Quatrième de couverture : Les protagonistes de ce roman en douze nouvelles font face à un monde où tout est possible, où rien n’est jamais acquis. Des bureaux de Riga à la jungle brésilienne, en passant par le milieu de l’océan, compositeurs, enquêteurs, voyageurs et rêveurs s’efforcent de rester crédibles, suivent leur intuition, manquent toutes les opportunités et échappent – peut-être – à un désastre planétaire.
Imprégnées du comique absurdiste d’un Boulgakov et de quelques alcools forts, ces histoires aux mille rebondissements évoquent les vacillations de l’âme balte. Surtout, elles nous parlent du désir plus universel d’être un tigre quand on n’est, en réalité, qu’un chat domestique.
Deuxième livre tant attendu de Janis Jonevs, jeune auteur letton déjà culte, Tigre est un hommage plein de charme à notre inébranlable capacité de faire avec.

Janis Jonevs (né en 1980)
Tigre (2020, traduit en 2024)

Nous lisons ce livre pour le 12 juin 2026.

DES INFOS AUTOUR DU LIVRE
La Lettonie
Repères biographiques

Œuvres de Janis Jonevs
Son traducteur
Presse : radio, vidéo, articles
Potins



La Lettonie : quelques éléments

État d'Europe du Nord situé sur la côte orientale de la mer Baltique, la Lettonie est entourée par l'Estonie au nord, la Lituanie au sud, et la Russie et la Biélorussie à l'est :

- 1918 : première indépendance, après la chute des empires russe et allemand.
- Seconde Guerre mondiale : occupations successives par l'URSS (1940), l'Allemagne nazie (1941), l'URSS à nouveau (1944). 70 000 Lettons furent déportés par les Soviétiques, remplacés après la guerre par des colons russes...
- 1991 : restauration de l'indépendance, après l'effondrement soviétique.
- 2004 : la Lettonie devient membre de l'UE et de l'OTAN.
- Population : environ 1,86 million d'habitants (2024-2025).
- Capitale : Riga, grande ville cosmopolite et centre culturel majeur.
- Langue officielle : le letton qui appartient au groupe balte de la famille indo-européenne ; il partage des caractéristiques avec le lituanien, le russe, mais aussi avec les langues finno-ougriennes comme l’estonien et le finnois, et avec des langues germaniques, comme le suédois ou l’allemand. Le russe est encore largement parlé, héritage de l'époque soviétique.
- Une identité culturelle marquée par les chants choraux (importants dans la culture nationale), une forte tradition littéraire et poétique, un rapport intime à la nature (forêts, lacs, mer).


Janis Jonevs : repères biographiques

Janis Jonevs est né en 1980 à Jelgava, anciennement connue sous le nom allemand de Mitau, ville industrielle marquée par l'ère soviétique, deuxième ville étudiante du pays :

- Études : master d'études françaises à l'Académie de la culture de Lettonie (=université publique lettone spécialisée dans les arts, la culture.
- Rédacteur dans une agence publicitaire, publie ponctuellement des articles.
- Traducteur du français de trois œuvres, il ne se considère par conséquent pas comme un traducteur : Dans la solitude des champs de coton de Bernard-Marie Koltès, Douze douzains de dialogues ou Petites scènes amoureuses de Pierre Louÿs et Le Grand Cahier d'Agota Kristof (lu dans le groupe en 1991...).

Son parcours est particulier par rapport à d'autres auteurs baltes : il n’est ni universitaire, ni professeur, ni fonctionnaire, ni traducteur institutionnel. Il appartient à une génération d’auteurs post-soviétiques, plus proches de la culture pop, du journalisme, du cinéma, de la musique.

Notons que parlant très bien français, il a bénéficié de résidences littéraires en France, par exemple :
- à La Prévôté, à Bordeaux, en 2016 ; Janis Jonevs a présenté son livre à la Librairie Le Gang de la clé à molette à Marmande...
- à la Villa Marguerite Yourcenar en 2017
- à La Ferme des lettres, à L'Honor-de-Cos, dans le Quercy, en 2019.

On le voit au Festival des Boréales en 2018 et en 2025, en 2024 dans des librairies pour la sortie de Tigre.


Œuvres de Janis Jonevs

Livres
- 2013 : Metal (Jelgava 94), trad. Nicolas Auzanneau, éd. Actes sud, coll. Gaïa, 2016 : récit d'une passion de jeunesse pour la culture alternative et le heavy metal dans la ville de Jelgava dans les années 90 post-soviétiques : succès critique d'abord, puis succès en librairie, exceptionnel pour la Lettonie : succès international ; prix de littérature de l’Union européenne. Adapté au cinéma en 2019 par Janis Abele : bande annonce de Jelgava 94 ›ici.
- 2014 : Les Fêtes secrètes (non traduit), album pour enfants illustré.
- 2020 : Tigre, trad. du letton par Nicolas Auzanneau, éd. Les Argonautes 2024. Prix de littérature lettone 2021
- 2022 : Décembre (non traduit) : roman noir sur le milieu criminel letton des années 1990.

Nouvelles parues en France
- "Les Lettres de Janis Jonevs", podcast d'une nouvelle inédite, une création radiophonique de David Chazam, 2021
- "Le compositeur", revue Café n° 4, 2022, publiée dans Tigre.
- "Deviens un tueur, reste humain", revue Le Grand Continent, 2022 : sur la guerre en Ukraine.
- Le Grand Tour : autoportrait de l'Europe par ses écrivains, Olivier Guez, Grasset, 2022 : à l’occasion de la présidence française de l’Union Européenne, Olivier Guez a demandé à vingt-sept écrivains, un par Etat-membre, d’écrire sur d
es lieux évocateurs de la culture et de l’histoire européennes. Janis Jonevs représente la Lettonie avec un texte titré "Jelvada encore une fois" (10 p., en ligne ›ici) : il raconte le parc de son enfance, à Jelgava, entre coups de fourche, premières cuites et Tsiganes. Sous les pelouses, nous apprend-il, se trouve la tombe de l'abbé Edgeworth de Firmont, Irlandais exilé en France, dernier confesseur de Louis XVI et compagnon de route du futur Louis XVIII à travers l'Europe - et la Russie - jusqu'à ce coin de Courlande, aujourd'hui en Lettonie, où il mourut... Qui ne se souvient que nos destins n'ont jamais été parallèles ?...


Le traducteur

Janis Jonev et son traducteur Nicolas Auzanneau
(La République du Centre, 2025)

Nicolas Auzanneau a un parcours particulier.
- Né en 1972. Études d'histoire à Poitiers. Fac de lettres à Bordeaux, puis Capes de lettres modernes. École de traduction littéraire (ETL).
- Une année en tant que lecteur à Wroclaw en Pologne en 1993.
- Service national sous forme de deux années à l’étranger pour enseigner au titre de la coopération, à Riga en Lettonie : "En 1996, on ne savait rien de ce pays." Il découvre une ville marquée par l’art nouveau et l’industrialisation soviétique. Il assure sa mission d’enseignement du français tout en travaillant au service culturel de l’ambassade : "J’ai notamment accompagné la création des épreuves de français pour l’équivalent du bac en Lettonie." Il développe sa maîtrise de la langue lettonne et rencontre sa future femme. 1998 : retour en France pour enseigner : "j’ai très vite eu l’envie de travailler pour la défense du français à l’étranger."
- Retour en Lettonie comme attaché de coopération et directeur adjoint du nouveau centre culturel français à Riga (devenu ultérieurement Institut français) : des années marquées par l’adhésion de la Lettonie à l’Union européenne, administration pour laquelle il va travailler, à Luxembourg puis Bruxelles, en tant que traducteur de la fonction publique européenne (EPSO=European Personnel Selection Office) vers le français (anglais, letton, allemand, polonais).
- "J’ai commencé à rendre quelques services pour traduire quelques ouvrages lettons vers le français". Il se met sérieusement à cette pratique à partir de 2014, en parallèle de son travail à l’Union européenne : "Ce n’est pas suffisant pour en vivre, il n’y a pas de best-sellers lettons."
Outre Janis Jonevs, il a traduit d'autres livres lettons comme :
À l’ombre de la Butte-aux-Coqs d’Osvalds Zebris, éd. Agullo, 2020. Prix de littérature de l’Union européenne en 2017.
Nouvelles de Lettonie, éd. Magellan, 2023.
À l'ombre de la mort, Rudolfs Blaumanis, éd. Do, 2024.

- Il a par ailleurs publié Bibliuguiansie ou l'effacement de la lexicographe : Riga, 1941, Phb éditions, 2018. Le terme bibliuguiansie désigne l’art de restaurer les livres. Nicolas Auzanneau possède un dictionnaire franco-letton en piteux état qu’il souhaite restaurer. Remarquant sa date de publication, il est stupéfait : Riga 1941. Qui faut-il donc être pour s’acharner à publier un tel ouvrage en ces temps cruels ? Car la Lettonie est occupée par l’Union soviétique depuis juin 1940 et la menace hitlérienne pèse… Tiré à 3 100 exemplaires, riche de 45 000 mots, l’ouvrage reste, à ce jour, le meilleur dictionnaire bilingue. Auzanneau va mener une enquête obstinée pour en savoir plus sur les trois personnes qui ont composé ce dictionnaire, acte "à la fois absurde, splendide, gratuit et probablement désespéré".

- Du fait de son rôle dans la coopération culturelle franco-lettone, engagé et très respecté en Lettonie, reconnu comme la référence française pour la traduction du letton, il a reçu en 2025 le prix spécial Laligaba, la plus haute distinction littéraire lettone.


Presse : radio, vidéo, articles

Pas grand-chose à se mettre sous la dent, heureusement que Voix au chapitre s'y met concernant Janis Jonevs !
- En 2016 : Janis Jonevs présente à la Librairie Mollat son livre Metal lors de L'Escale du Livre à Bordeaux : vidéo sur ›youtube, 5 min.
- "Janis Jonevs et la contre-culture metal en Lettonie", Baptiste Liger, L'Express, 2 mai 2016.
- "Un auteur letton qui se chauffe de 'metal' en visite", Frédéric Berg, Pays de Cognac, 6 avril 2016. Extrait :

- Que raconte votre roman, Metal ?
- C'est un roman mémoire qui évoque une période particulière dans une ville de Lettonie, Jelgava. La musique metal est présente mais ce n'est le personnage principal. Comme ici, elle est marginale en Lettonie. Ce n'est pas non plus une analyse de l'histoire politique de mon pays mais plus une immersion dans une jeunesse qui cherchait sa personnalité, qui était en rébellion contre le monde entier... C'est un travail de mémoire.

- 2024 : "Rencontre avec Janis Jonevs", Katharina Loix van Hooff, fondatrice en 2021 des éditions Les Argonautes. Résumé :

Allemande (de l'Ouest), elle se souvient après 1991 d’une période joyeuse. Jonevs décrit au contraire : pauvreté, incertitude, peur des Russes restés sur place, tensions plus fortes qu’aujourd’hui. La liberté a moins été vécue comme une fête qu'un chaos. Elle note la gêne de Jonevs à citer des auteurs russes : il admire des écrivains russes, mais n’ose pas le dire ; il cite plutôt des Américains.

Au passage, signalons une très chouette carte sur laquelle cliquer ›ici pour découvrir des livres sur la carte européenne des Argonautes.

- 2024 : brève vidéo où Janis Jonevs parle de l'influence russe sur l'écriture.

- 2025 : un long entretien audio de 45 min lors du Marathon des mots à Toulouse sur la chaîne de la librairie Ombres blanches : Rencontre avec Janis Jonevs, Tigre. Extrait :

- C'est quelque chose qui qu'on retrouve dans chacune de vos nouvelles, l'idée qu'il y a quelque chose de plus fort que nous.
- D'une certaine manière en effet c'est ça : c'est le tigre qui est au titre, et il y a plusieurs allusions. Sur la couverture, on voit un chat - c'était aussi dans la version lettonne : c'est un chat qui se croit être un tigre, c'est son rêve ; comme il le croit, il l'est. En effet si tu crois être un tigre, tu es un tigre parce que le monde n'existe que dans la tête : si tu crois que tu es heureux, tu l'es, si tu crois être malheureux, c'est vrai, tu as raison. C'est comme ça qu'on peut organiser le monde, mais à certains moments ce rêve devient plus fort et c'est ce tigre qui nous déchire et nos rêves, nos pensées sont plus forts que nous. Alors on peut avoir cette illusion de gouverner le monde avec ce rêve, mais à des moments ça s'échappe, ça détruit tes rêves.

- 2025 : "Le réveil du patriotisme letton", Cyrille Louis, Le Figaro, 24 décembre 2025. Cet article montre que depuis l'invasion de l'Ukraine, la résurgence de la menace russe donne aujourd'hui un nouvel élan à l'ardeur nationaliste. Extrait :

Cet élan de ferveur ne se limite pas à tel ou tel camp politique. L'écrivain Janis Jonevs, dont le roman Jelgava 94 [Métal]fut salué par plusieurs prix littéraires, admet s'être longtemps défié des envolées patriotiques. "J'ai grandi au contact d'une culture alternative influencée par le heavy metal et rétive à toute forme d'autorité, sourit-il en plissant les yeux. Jusqu'à ce que l'invasion de l'Ukraine par la Russie me fasse changer de point de vue." En ce 18 novembre, le romancier n'ira pas jusqu'à se mêler à la foule venue admirer les blindés. Mais il envisage d'imiter ceux de ses amis qui ont rejoint la Garde nationale [une organisation paramilitaire forte de 10 000 volontaires]. "Par ces temps troublés, il est important de montrer à ceux qui nous menacent que nous sommes un peuple uni." Gints Apals, l'ancien diplomate qui dirige le département d'histoire du Musée de l'occupation, s'inquiète de constater que "l'identité lettone est de plus en plus structurée par la peur de la Russie".


Potins



Janis Jonevs et sa compagne depuis 10 ans, la dramaturge Anete Konste, se sont mariés le 24/04/24, date formant presque un palindrome visuel (les Lettons aiment les dates qui sonnent bien). Anete raconte que sa robe de mariée a perdu un bouton pendant la cérémonie, signe de sa grossesse avancée... ; ils ont un petit garçon, Anšlavs Jekabs (extrait de santa.lv).

Bref, les paparazzi de Voix au chapitre n'ont pas d'autre scoop...

Plus sérieusement, on les voit en 2018, dans une émission Conversations devant la bibliothèque, où dans chaque entretien, l'invité est invité à parler du rôle des livres dans sa vie et dans son travail. "Moi, ça ne me fait rien de me séparer de mes livres, mais pour Janis, la bibliothèque remplit déjà une sorte de fonction de temple."

"Merci à Anette pour la justesse de ce jugement" : vous savez maintenant à qui est dédié le livre Tigre.


Nos cotes d'amour, de l'enthousiasme au rejet :
                                        
à la folie
grand ouvert
beaucoup
¾ ouvert
moyennement
à moitié
un peu
ouvert ¼
pas du tout
fermé !


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