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Arundhati Roy
Le Dieu des Petits Riens
folio
Katell
J'hésite, parce que " livre ouvert en entier ",
c'est vraiment que j'adore et là je l'ai trouvé très
très bien.
J'ai beaucoup aimé la construction " à la Almodovar "
(La Mauvaise Education) entre le passé et le présent,
la déconstruction de la chronologie. Jamais je n'étais perdue,
les événements sont très bien identifiés,
la construction renforcée par les répétitions (je
voudrais en citer mais aucune ne me vient à l'esprit). J'ai aimé
comment l'auteur a réussi à camper chacun des personnages.
Tous, y compris les " seconds rôles " (Pillai,
la servante...) ont une véritable épaisseur, ils s'animent
devant nos yeux. Physiquement et moralement, ils sont tous impeccablement
mis en scène !
J'ai aimé toutes les petites remarques, les petits détails
décrits... La manière dont sont racontées les scènes
(le cinéma, l'émeute, le fleuve, la maison...), l'arrière-plan
politique.
Enfin, un très joli livre qui selon mes goûts renferme tout
ce que j'aime dans la littérature plaisir : joli style, chouettes
personnages, histoire intéressante, découverte d'un univers...
Très sympa.
Monique
Je suis allée jusqu'au bout - ça m'a trop " mélangé "
la tête.
On a :
- les jeux avec la chronologie de l'histoire ;
- des références culturelles qui m'échappent ;
- des jeux sur le langage : les mots des enfants, leurs points
de vue.
Ces trois points pourraient être des qualités individuellement,
mais menés ensemble, ils rendent la lecture fastidieuse. On attend
sans cesse " la révélation " et quand
elle arrive (enfin !) on est déçu. Je m'attendais à
pire : un massacre !
Certains passages pourtant sont intéressants : toutes les
notations sur le climat, la végétation, les odeurs, les
insectes
, mais comme on attend toujours le nud de l'histoire,
on perd patience. Pour nous, groupe lecture, j'ai aimé le passage
sur les " histoires " : avec les conteurs-danseurs-musiciens.
Un genre dont j'ai oublié le nom (p.268). Il parle des histoires :
celles que l'on connaît, que l'on relit alors qu'on sait la fin,
pour le plaisir des digressions : peut-être un contrat de lecture
proposé pour l'auteur pour ce livre. Je ne crois pas que je conseillerais
ce livre, mais il m'a donné envie de mieux connaître la culture
indienne.
Françoise
J'ai une impression mitigée. Je me suis arrêtée à
la p. 268 et j'ai repris p. 405 car je voulais au moins lire
la fin. Il y a des passages très beaux (la relation Velutha-Ammu),
émouvants (le massacre de Velutha), poétiques (le papillon
posé sur Rahel), drôles (le voyage à l'aéroport)
etc. Mais l'auteur use et abuse des flash-backs, on s'y perd, on a du
mal à savoir qui est qui, il y a trop de digressions ; au
lieu de cela j'aurais préféré en savoir plus sur
le contexte politique, sur le Kerala, etc. Je reste au-dehors. C'est dommage
car l'auteur est par ailleurs éminemment sympathique et j'aurais
bien voulu aimer plus ce livre. Le prochain peut-être, s'il y en
a un ?
Liliane
J'en suis à la p. 237. Je pensais n'être pas dans une
période réceptive, qui me permette de suivre et d'être
captivée. C'est un auteur très recommandé, politiquement
correct, écolo, anti-Bush : je m'attendais à quelque
chose de plus convaincant. J'aime bien les livres construits (comme le
sien), mais celui-ci ne me captive pas. Je ne comprends pas l'enjeu. Elle
ressuscite l'enfance, c'est très autobiographique. A travers ce
livre, elle montre les petits combats de chacun. Elle annonce ce qui devait
tenir en haleine : la mort de Sophie et la liaison de la mère
avec un intouchable. La construction savante disperse l'intérêt
et le ressort dramatique. Je ne me réjouissais pas d'avance de
retrouver ce livre le soir, tout en appréciant beaucoup de choses
dans l'écriture, souvent poétique, d'une ironie placide,
ce qui fait deux grandes qualités.
Brigitte
Je n'ai rien lu sur l'auteur, je n'ai lu que le livre et " Kerala "
dans le dictionnaire, le rôle des protestants, du communisme. Cela
m'a beaucoup plu. Pendant les 50 premières pages j'ai eu beaucoup
de mal à repérer qui est qui. C'est bien fait, comme le
dit Katell : ces va-et-vient sont bien faits, comme l'itération
en mathématiques. L'écriture créé un univers,
elle est au niveau des enfants et au niveau des adultes. C'est très
fin, comme l'anecdote où la mère dit à sa fille qu'elle
fait des choses pour qu'on l'aime un peu moins. J'aime ce livre parce
qu'il n'est pas militant. J'aime la description de la télévision.
Ce mélange de civilisation occidentale (La Mélodie du
bonheur
) et orientale m'a plu et c'est très bien traduit.
C'est une réussite pour un premier roman (contrairement à
Zadie Smith) ; on sent qu'elle vient du cinéma : on voit
les scènes. Je suis reconnaissante au groupe lecture de m'avoir
fait découvrir ce livre.
Geneviève
J'ai aussi pensé à Zadie Smith (les jumeaux angélique
et maléfique). Je l'avais déjà lu il y a 2-3 ans.
J'ai eu du mal à relire en diagonale, c'est difficile pour un livre
comme ça, mais j'y suis quand même entrée. Les personnages
secondaires ont tous quelque chose d'étonnant. Le hiatus culturel
entre références très anglaises et monde indien,
la bascule permanente entre tragique et grotesque, tout est bâti
pour arriver à la rivière, il y a un aboutissement à
ce sacrifice. C'est un très bon bouquin, mais qui manque de puissance,
qui n'emporte pas complètement. Je l'ai recommandé.
Claire
Moi je me situe du côté de Monique, Liliane, Françoise.
Je suis séduite par l'écriture, mais parmi les personnages
on s'y perd, j'ai fait un schéma pour m'y retrouver. Au début,
j'ai adoré, j'étais très enthousiaste, et puis vers
la page 140, le récit piétine
jusqu'au bout !
Comme pour Zadie Smith, le récit tombe, j'ai du mal à voir
l'enjeu, mon intérêt a vraiment décrû ;
l'auteur m'a perdue en route. Je ne le conseillerai pas. Si je me réfère
aux articles que j'ai lus sur l'auteur, elle n'est pas décalée
par rapport à mon impression de lecture : elle est peut-être
admirable par son engagement, mais la narration ne passe pas. En revanche,
j'aurais de la curiosité pour son second livre. Je regrette de
ne pas avoir aimé celui-ci.
Annick
C'est pour moi la révélation de l'année. C'est ma
fille - qui a 24 ans et est étudiante en anglais - qui
me l'avait proposé (sans accompagnement
). J'ai adoré.
On s'approche et on s'éloigne : rythme qui va avec ce qu'elle
décrit ; ce mélange communisme-religion-etc. Je me
suis renseignée, il y a beaucoup d'eau au Kerala, ça m'a
ouvert une porte sur une région de l'Inde : sensations, torpeur,
dégénérescence, roses fanées... , cela
m'a fait entrer de façon sensuelle dans un monde que j'ignore.
Il y a des personnages forts, les personnages négatifs sont subtils,
ils sont tous prisonniers : il n'y a pas d'avenir, pas d'issue, c'est
comme une tragédie, ça m'a beaucoup touchée. C'est
bien de le lire jusqu'au bout, jusqu'au sacrifice (de Velutha), correspondant
au consensus général (il est dénoncé par son
père !). Dans le mélange des cultures, il y a l'extrême
tradition (les femmes) et Oxford, la petite fille avec ses lunettes rouges,
la montre qui marque 2h10 une fois pour toutes, le " vava "
Malgré la tragédie annoncée, j'ai aimé me
laisser prendre par la lenteur, l'engluement, la torpeur. L'auteur a une
très grande puissance d'évocation. Le rapport à la
langue est étonnant, ces enfants se protègent derrière
(avec leur code), communiquant entre eux. J'ai aimé le regard des
enfants sur le monde des adultes. J'ai trouvé ça extrêmement
sensible, avec saveurs, etc. J'y trouve une luxuriance.
Autobiographique ou pas, je ne sais pas. Pendant sa rencontre avec des
étudiants (dont ma fille
), l'auteur a dit que c'était
inspiré de ce qu'elle connaissait, mais que ce n'était pas
autobiographique.
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