François

Je me souviens d'une grande liseuse.

Je me souviens d'une phrase absolument géniale de Roland Barthes dans le Cy Twombly que je viens de lire avant d'aller visiter son exposition au Centre Pompidou.

Je me souviens d'avoir beaucoup fait semblant de lire.

Je me souviens de La rage de vivre de Mezz Mezzrow que nous lisait notre prof de français en première.

Je me souviens d'un dessin de Rimbaud, nez au vent avec pipe et chapeau sur une couverture du livre de poche.

Je me souviens des Patins d'argent dans la collection "Rouge et or".

Je me souviens de l'atelier de reliure à l'École Estienne.

Je me souviens de Belle du Seigneur que j'ai abandonnée en Corse dans un refuge du GR20.

Je me souviens d'Adamov qui marchait toujours pieds nus dans Paris.

Je me souviens d'un livre volé aux PUF à l'angle du boulevard Saint-Michel.

Je me souviens de la dernière phrase des Palmiers Sauvages : "...entre le chagrin et le néant, c'est le chagrin que je choisis".

Je me souviens d'avoir lu Faust à Barcelone au milieu des inondations.

Je me souviens d'un cours d'Antoine Compagnon sur les chiffonniers littéraires.

Je me souviens d'un étudiant qui avait lu tout Dostoïevski.

Je me souviens de la fin du monologue de Molly dans Ulysse de Joyce : "oui j'ai dit oui je veux bien oui".

Je me souviens des séminaires de Lacan.

Je me souviens de son "vous vous enlisez, vous lisez trop..."

Je me souviens de Charlus à la fin de La recherche du temps perdu.

Je me souviens des souvenirs de lecture du narrateur dans Du côté de chez Swann.

Je me souviens d'un lecteur à la bibliothèque Sainte- Geneviève qui portait monocle, nœud papillon et chapeau melon.

Je me souviens de l'incipit d'Aurélien.

Je me souviens du kiosque où j'achetais L'Intrépide.

Je me souviens du "mi largo comercio con la luna" de Borges.

Je me souviens des lectures d'Emma Bovary.

Je me souviens du "Mentir ou mourir" de Céline.

Je me souviens de la couverture cartonnée de L'Auberge de l'ange gardien.

Je me souviens des Mots de Jean-Paul Sartre et de cette belle phrase : "La comédie de la culture, à la longue me cultivait."

Je me souviens du banc de Bouvard et Pécuchet.

Décembre 2016


 

Nous écrire
Accueil | Membres | Calendrier | Nos avis | Rencontres | Sorties | Liens