Lirelles


Nous avons lu pour le 15 mars 2026

de Leonora CARRINGTON
Le cornet acoustique

Le cornet acoustique, trad. de l'anglais Henri Parisot, préfaces d'Annie Le Brun et Daria Schmitt, Imaginaire Gallimard, 240 p. ; dans l'édition américaine de 2021, postface d'Olga Tokarczuk à The Hearing Trumpet.

En lien avec l'exposition Leonora Carrington au Musée du Luxembourg du 18 février au 19 juillet.


Voici NOS RÉACTIONS


LES LECTRICES

Ce 15 mars 2026, nous étions 8 à réagir sur le livre.
- En direct : Agnès, Claire, Joëlle, Patricia, Stéphanie, Véronique.
- Par écrit : Felina, Sophie de Paris.
Étaient prises ailleurs : Anne, Aurore, Flora, Laetitia, Laure, Mar, Marie-Yasmine, Nelly, Sophie de Nice.

LES AVIS de chacune

Sophie de Paris (avis transmis)
Je ne connaissais jusque-là qu'une seule "Carrington", celle du Bloomsbury Group.
Malgré l'expo en cours, l'œuvre picturale de Leonora Carrington ne m'a pas attirée, trop particulière et surréaliste à mon goût. Sa biographie est très intéressante, de l'Angleterre au Mexique, ses rencontres, son internement… Sa vie à elle seule est romanesque.
Je me suis donc lancée dans la lecture du Cornet acoustique avec un mélange de curiosité et d'appréhension.
J'ai adoré le début du livre, l'histoire de cette nonagénaire pleine d'énergie et d'esprit dont sa famille veut se débarrasser en l'installant dans une sorte d'hospice (asile est le mot utilisé). J'ai été embarquée immédiatement et j'ai beaucoup souri en lisant certains passages pleins d'humour (notamment les descriptions de la famille, sa mère de 120 ans, Carmella…)
J'ai continué d'être embarquée pendant l'installation dans l'hospice, avec le descriptif des lieux et des résidents.
Et puis, le quasi-réalisme du début du livre glisse subrepticement au fil des pages vers des touches de décalage, d'étrangeté. J'avoue que ma concentration et mon intérêt se sont progressivement émoussés au fil des pages, ayant de plus en plus de mal à me figurer ce que je lisais.
La structure du livre, également, sans chapitres, sans respirations, a achevé de me déconnecter du récit. J'ai décroché presque entièrement au moment où commence l'histoire de la nonne Dona Rosalinda qui m'est apparue comme un roman à l'intérieur du roman et m'a semblé interminable.
L'empoisonnement de Maud et tout ce qui suit m'ont laissée dubitative… Le côté science-fiction de la fin du livre, le symbolisme, l'ésotérisme… m'ont définitivement perdue.
Malgré la déception, je suis contente d'avoir découvert ce livre. Mais il me laisse une certaine impression de malaise, comme une visite dans un cabinet de curiosités.

Véronique
L'avis de Sophie correspond à ce que j'ai ressenti. Cette vieille dame retraitée, dans sa famille, et d'emblée super. J'ai tout de suite adoré, je suis rentrée complètement dans le livre.
Puis il y a l'histoire de la nonne : Lepage, la drogue, il se jette de la tour, le peintre, la carotte, assassiné dans la baignoire… J'ai complètement décroché. C'est trop surréaliste. Cela m'est tombé des mains. Je ne savais plus où j'en étais. Cela ne me convenait plus, alors que le début lui m'avait bien convenu. Cela partait dans des histoires qui ne me passionnait pas.
En revanche sa vie est passionnante. Le sujet qui donne lieu au livre lui est passionnant, mais c'est trop surréaliste. Cependant je ne suis pas mécontente de l'avoir lu.
Quant à l'expo ? De moi-même je n'aurais pas été la voir.
En ayant vu sur le site du musée la vidéo qui parle de cette expo, j'ai eu envie de connaître cette artiste.
Comme souvent, Lirelles me fait découvrir une autrice et m'enrichit de connaissances.

Agnès
J'ai lu la version en anglais qui débute avec une notice biographique et se termine par la postface d'Olga Tokarczuk.
J'ai tout d'abord été très contente d'avoir l'occasion de relire en anglais (parfait dans la perspective d'un court séjour à Londres en septembre !).
La notice biographique m'a été très utile, car je connaissais Leonora Carrington seulement de nom (après l'avoir un temps confondue avec Dora Carrington, peintre également, qui faisait partie du groupe de Bloomsbury, à laquelle un film a été consacré, avec Emma Thompson, que j'avais adoré).
J'ai également trouvé la postface instructive, elle m'a donné des clefs de compréhension et des pistes de réflexion (sur l'âge en particulier).

Le texte en lui-même m'a plu, mais à moitié.
J'ai aimé le fait qu'il mette en scène des femmes, qui plus est des femmes âgées, qui par ailleurs sont plutôt excentriques, fantaisistes et énergiques. Des personnages intéressants qui sont rares en littérature et au cinéma. Des femmes qui ont le sens de l'amitié, de l'entraide et de la sororité.
En outre, le récit à la première personne donne un certain dynamisme à la narration et m'a entraînée dans cette lecture.
J'ai également apprécié l'humour des réflexions (p. 8 "People under seventy and over seven are very unreliable if they are not cats") et des situations (le plan d'évasion de Carmella vers la fin du livre).
Leur rébellion m'a beaucoup plu. Elle met en relief le fait que les femmes âgées et handicapées (par une surdité par exemple comme Marian) sont un embarras pour la société et sont reléguées. J'ai trouvé réjouissant de voir ces vieilles dames prendre en main leur destin et lutter contre la marginalisation qu'on leur impose.
Il est de surcroît question dans le roman d'une femme trans et de lesbiennes (p. 153).
En fait, j'ai aimé le livre quand il présentait un réel crédible, tout le début quand l'héroïne vit chez son fils et sa famille et son arrivée dans l'institution pour personnes âgées.
En revanche, j'ai été vite lassée par la tournure surréaliste de l'intrigue et par les envolées ésotériques (sur la déesse). Le grand délire de certains passages m'a un peu perdue (la fin), ainsi que toute la partie (au milieu) consacrée à l'abbesse.
Mais je reste sur une note positive avec cette citation d'Olga Tokarczuk : "Perhaps old age is actually the only time in life when we can finally be ourselves". Comme je viens de fêter mes 60 ans, c'est encourageant !

Je suis aussi très contente d'avoir découvert cette artiste qui, m'a appris la postface, militait dans le mouvement de libération des femmes au Mexique dans les années 60 et 70.
Note : j'ai visité l'exposition qui lui est consacrée au Musée du Luxembourg. Grand plaisir d'en savoir plus sur sa vie et de découvrir ses tableaux et autres œuvres (en particulier la sculpture de la femme oiseau et son œuf, ainsi que la toile intitulée The lovers). Et j'ai rêvé devant la photographie des quatre femmes endormies (Lee Miller, Ady Fidelin, Nusch Éluard et Leonora Carrington).

Roland Penrose, Quatre femmes endormies, 1937, Lee Miller Archives

Patricia
Je ne connaissais pas Leonora Carrington. J'ai vu sur Wikipédia qu'elle était artiste peintre et faisait partie du courant "surréaliste". Comme je n'apprécie pas beaucoup ce courant (Dali, Magritte, etc.), j'y suis allée à reculons. J'ai regardé un peu ses tableaux sur internet, je n'avais pas été emballée. Concernant le roman qu'elle a écrit, avec un titre pareil (Le cornet acoustique), j'ai tout de suite pensé que j'allais m'ennuyer et donc je ne me suis pas précipitée pour le lire, d'autant que j'étais assez occupée sur cette période.

En attendant, je suis allée voir l'exposition au Musée du Luxembourg et, en fin de compte, l'artiste m'a tout de suite subjuguée : son talent de dessinatrice et de peintre depuis qu'elle est petite, son monde imaginaire inspiré des contes irlandais, la complexité de ses compositions. Ce qui est surprenant c'est la continuité de son œuvre du début jusqu'à la fin. Elle ne s'est pas laissé influencer par les autres peintres du même courant.
Petite anecdote, quand j'ai parlé d'elle à ma nièce, elle m'a dit que c'est son artiste préférée. D'ailleurs il y avait beaucoup de jeunes à l'exposition (génération Harry Potter !).
Son style pictural m'a tout de suite fait penser à Gérard Garouste qui, lui, n'est pas considéré comme surréaliste. Le fait de la classer dans les surréalistes de l'époque, je trouve que ça ne représente pas sa peinture que je trouve plutôt onirique, ésotérique ou même fantasy.

En ce qui concerne son roman, que j'ai finalement lu d'une traite et beaucoup aimé, on retrouve la même complexité que dans ses tableaux qu'on peut regarder sous différents angles.
La traduction utilise le passé simple, comme adore Joëlle (nous rîmes, du verbe rire)…
Il s'agit d'une narratrice de 99 ans, Marion, qui se retrouve brusquement mise par ses arrière-petits-enfants dans une maison de retraite, où elle rejoint une bande de vieilles femmes drôles et espiègles, avec chacune des personnalités différentes, qui deviendront en partie des amies et complices, avec son amie Carmella qui les rejoindra, suite à une histoire d'assassinat dont elles vont chercher à faire découvrir les coupables, et font une petite révolution dans la maison de retraite. Et il y a d'autres énigmes à résoudre.
D'abord, il y a beaucoup d'humour tout du long. Tout est drôle.
De sa mère de 120 ans dont quelqu'un continue à lui envoyer des nouvelles, elle s'étonne qu'elle ait pu avoir été très belle dans sa jeunesse.
Ce roman me fait penser à Abigaël un roman de Magda Szabó, où une jeune fille arrive dans un pensionnat, elle s'y fait des amies, et il y a des énigmes à résoudre. On appelle ça un roman initiatique, tout comme Le cornet acoustique pourrait aussi être qualifié d'initiatique mais pour la vieillesse.
La construction est surprenante : on passe de sa vie dans sa chambre chez ses petits-enfants, l'accueil à la maison de retraite, une digression sur sa visite à Paris lorsqu'elle était jeune, sa vie à New York. On passe au XVIIIe siècle, avec la vie de l'Abbesse peinte sur un tableau qui lui fait de l'œil. Il semble que l'Abbesse devait être lesbienne. Puis un final complètement loufoque.
C'est un livre sur la vieillesse, où on peut encore vivre des histoires, inventées ou réelles, on ne sait pas.
Elle parle de religion et du Dieu coléreux de la bible qu'elle n'a pas l'air d'apprécier. De plus, pour elle, Eve est blâmée pour tout ce qu'elle fait.
J'aime son univers de monde enchanté ou monde imaginaire ésotérique, onirique, surnaturel. De plus, comme dans ses tableaux il est aussi beaucoup question de cuisine, de nourriture et de table, de spiritisme (elle a peint des tarots sous forme de cartes numérotées).

En conclusion, il me semble qu'on retrouve dans ce roman une partie de sa vie à elle, mais aussi une partie de ce que contiennent ses tableaux. J'ai beaucoup aimé cette lecture et regrette de ne pas y avoir passé plus de temps pour tout comprendre notamment le mystère de cette autrice et grande artiste encore une fois méconnue.
Une anecdote : quand la narratrice se retrouve face à elle-même, cela m'a fait penser à ma mère qui avait la maladie d'Alzheimer. Quand elle a aperçu ma sœur, elle a crié : "oh mais c'est moi !"

Joëlle
J'ai lu ce livre très en amont de notre séance et j'ai laissé ensuite décanter. Au fil de ma lecture j'avais noté quelques citations et j'ai un souvenir vague de l'intrigue, ce qui ne me pose aucun problème pour parler de l'effet que m'a produit ce livre. J'ai été enchantée de cette lecture, disons-le d'emblée.
Pourtant, ça avait mal commencé avec la préface d'Annie Le Brun, à laquelle je n'ai rien compris, j'avoue. Je ne connaissais pas Annie Le Brun. Il paraît que c'était une personne importante, mais j'ai dû passer à côté. Ce texte m'a semblé pédant et lourd mais heureusement je ne me suis pas laissé décourager.
J'ai beaucoup ri, mais pas seulement parce que souvent ce texte faisait écho avec mes opinions, allait dans un sens qui me convenait. J'étais en phase.
J'ai aimé la narratrice, cette femme puissante que rien n'abat, qui sait s'adapter et s'organiser, son humour et sa bienveillance. Vraiment très sympathique. J'ai aimé qu'elle donne son avis sur à peu près tout et que cet avis corresponde si bien avec le mien.
J'ai apprécié, d'une manière générale, une histoire en apparence impossible, mais dans laquelle tant d'idées justes sont glissées. C'est à la fois léger et profond.

Quelques citations au fil de ma lecture
J'ai relevé ce qui me semblait le plus pertinent et lucide, et quelques magnifiques échantillons d'humour. Les deux se cumulant souvent, ce qui est pour moi une autre des forces de ce livre.
P. 52 : "L'humanité est très étrange et je ne prétends pas comprendre quoi que ce soit ; néanmoins, pourquoi adorer un être qui ne vous envoie que fléaux et massacres ? Et pourquoi Eve fut-elle blâmée pour tout ce qu'elle avait fait ?"
P. 108 : "Nul n'ignore que la Bible tout entière est un tissu d'inexactitudes. Il est bien vrai que Noé s'était embarqué sur une arche, mais il se saoula et chut par-dessus bord. Mrs Noé, survenant, assista à sa noyade mais elle ne fit rien pour le sauver car elle héritait de tout le troupeau. Les gens, du temps de la Bible, étaient très sordides, et un gros troupeau, à cette époque-là, tenait lieu de compte en banque."
P. 111 : "Je veux peindre des nus, dis-je, on ne trouve pas de nus ici. - Pourquoi pas, répliqua Mère avec une lueur de logique. Les gens sont nus partout s'ils n'ont pas de vêtements sur eux."
P. 170 : "Les chats vont bien et, par conséquent, votre seul ennui, dans la mesure où je puis m'en rendre compte, réside dans le fait que vous pouvez être assassinée à tout moment, soit par erreur, soit volontairement, ce qui, de votre point de vue, reviendrait pratiquement au même."
P. 190 : "Il est fort extraordinaire et impossible de comprendre comment des millions et des millions de gens obéissent tous à un ramassis de malades mentaux qui s'appellent : gouvernement !"
P. 215 : "Mon objectif est d'aider les êtres humains à prendre conscience de leur condition d'esclaves hypnotisés et de la scandaleuse exploitation dont ils font l'objet de la part des tyrans assoiffés de pouvoir."
P. 222 : "Elle avait fait faire le costume pour elle-même quand elle a essayé d'organiser un bal travesti au Vatican afin de venir en aide aux lesbiennes dans le besoin. Le Pape se montra très choqué de l'ensemble du projet."
Conclusion : une belle découverte de plus. Merci Lirelles ;-)

Stéphanie
Je l'ai lu en anglais et sur téléphone dans de mauvaises conditions qui n'étaient pas agréables ; je lisais en allant au travail.
Il faut croire que j'ai beaucoup aimé le livre pour accepter de lire dans ces conditions !
J'en suis à la nonne.
Je vous rejoins concernant le personnage de cette femme, sa force, sa distance, son humour : c'est une véritable personnalité forte.
La métaphore du cornet acoustique correspond à la vie intérieure, ce qu'elle capte, ce qu'elle n'a pas envie d'entendre.
J'ai beaucoup aimé les descriptions de l'institution, un peu folle, c'est là aussi une belle métaphore des institutions, avec la dynamique des groupes, le rôle des chefs, la place que chacune cherche à avoir : cela m'a rappelé mon expérience dans un foyer de schizophrènes, j'y ai vu beaucoup de parallèles.
Cette narratrice a vraiment un rôle révolutionnaire : la femme âgée au centre est rendue forte, maîtresse de sa vie, malgré les contraintes ; c'est assez révolutionnaire comme propos. Vieillissantes, les femmes sont vulnérables, mais ici fortes. Et il y a l'amitié avec Carmela, qui lui dit tu peux t'échapper.
C'est un livre que je vais continuer.
Les dessins de l'auteure que j'ai pu voir ne m'ont pas parlé.
C'est intéressant d'avoir une représentation graphique des bâtiments.
Cette lecture est une expérience très positive.
Merci à Lirelles.

Claire
J'ai été d'abord séduite par la double possibilité d'approche de cette artiste visuelle ET textuelle. J'aime cette double expérience que j'ai pu connaître avec Félix Vallotton, Carlo Levi et au sein de Lirelles avec Jean Cocteau (dont nous avions visité la maison) et Chantal Akerman, dont nous avions lu Ma mère rit mêlant texte et photos.
L'exposition a eu pour moi deux volets : le parcours de la femme, impressionnant, passionnant, et les œuvres. Certaines m'ont captivée, et comme avec Jérôme Bosch, on s'approche pour s'émerveiller des détails surprenants. D'autres, comme ses œuvres d'adolescente, m'ont laissée froide.
Dans ma lecture, il y a eu plusieurs temps : le départ et le séjour dans cette maison de dingues qui m'a interloquée, l'évocation de la mère et des voyages avec elle à Paris, à Rome... m'a redonné un coup de fouet, le développement sur l'Abbesse trans m'a rappelé le livre que j'ai transmis à plusieurs d'entre vous, La Nonne-soldat de Catilina de Erauso, un livre assez dingue aussi, et puis c'est la suite et fin où on décolle complètement jusqu'à la Laponie et où je suis restée à Paris. Je ne peux pas dire que j'ai été passionnée par le livre, alors qu'en le lisant, je me rendais bien compte qu'il était hors cadres, hors genres, ce qui est pour me plaire. Comme j'étais un peu démotivée avec la décision d'arrêter Lirelles, je suis restée paresseuse : je sentais que je lisais le livre avec des œillères, avec un cadre habituel, et que c'est une autre expérience qu'il s'agit de faire. Il fallait le relire, avec une autre attitude. Mon découragement m'a empêchée de le faire. J'ai l'intention de m'y remettre, pour m'ouvrir un peu la cervelle, encouragée aussi par vos impressions sur le livre.

Pour finir, une petite note sentimentale surgie de ma mémoire handicapée : j'ai acheté le livre en Imaginaire Gallimard et je ne me suis aperçue qu'après l'avoir fini que je l'avais dans ma bibliothèque en vieille collection Garnier-Flammarion, dédicacé il y a plus de 30 ans par une amante qui était elle aussi artiste, et que je n'avais jamais lu... Et dans des vieux mels, j'ai retrouvé aussi un avis de Brigitte, qui participa à Lirelles ; elle venait de lire ce livre en anglais et m'écrivait : "Tout ce qui concerne les vieilles dames dans leur pseudo maison de retraite est très drôle, j'ai ri toute seule. Malheureusement, la narration se perd dans les méandres de l'histoire de la nonne qui cligne de l'œil (the winking nun) et c'est beaucoup trop long. À partir de là, l'histoire déraille. Ce qui finit de plomber le roman c'est l'histoire du tremblement de terre à la fin qui transforme l'histoire en dystopie post-cataclysmique avec une meute de loups comme animaux de compagnie, en plus des chats... là c'est trop, et ce n'est même plus drôle.
Donc je sors du roman avec un gros regret : que Leonora Carrington ne se soit pas tenue à la maison de retraite et ses personnages farfelus, dont l'amie Carmella.
Dommage, vraiment. Mais je ne regrette pas de l'avoir lu, c'était une découverte.
"

Merci à Lirelles de me permettre, selon la formule cliché, de "sortir de ma zone de confort"...

Felina (avis transmis après la séance)
Je ne connaissais pas Leonora Carrington, mais j'ai tout de suite été intriguée par cette double identité d'artiste-peintre et d'écrivaine. Je suis allée voir l'exposition au Musée du Luxembourg. J'ai vraiment apprécié son monde imaginaire peuplé d'animaux et de personnages fantastiques.
Avoir vu l'expo avant de lire le livre a été une chance, car j'ai pu retrouver dans le roman certains thèmes récurrents de son art.
Une section de l'exposition m'a particulièrement marquée : celle consacrée à la cuisine. Ce lieu, traditionnellement associé à une contrainte domestique féminine, devient chez Leonora Carrington un espace de reconquête du pouvoir grâce à l'alchimie, la magie et la sorcellerie.
Cela a résonné en moi très personnellement : quand je cuisine moi-même, que je suis une nouvelle recette dans mon livre (qui ressemble parfois à un grimoire !) et que je prépare mes ingrédients, je me sens comme une sorcière créant une potion magique. C'est le pouvoir de transformer la matière, un thème que l'on retrouve avec force dans le livre à travers les figures de vieilles femmes. On y retrouve l'énergie indomptable de Carmella ou de Marion.
J'ai beaucoup aimé le début du roman, mais j'avoue avoir ressenti un certain ennui à partir de la page 106 ; les digressions sur l'histoire des autres dames de la maison de retraite me semblaient un peu longues. J'ai alors fait une petite entorse à la règle : je suis allée chercher sur internet où tout cela allait nous mener... Quand j'ai lu qu'il serait question de manuscrits secrets, de meurtres, de grève de la faim et même d'un changement de l'axe de la terre menant à l'apocalypse, j'ai été immédiatement remotivée ! J'ai repris ma lecture et, à partir de là, j'ai été embarquée par la folie du récit.
Ce qui m'a frappée, c'est l'humour omniprésent. Tout est drôle, même le plus absurde. Mais c'est aussi, et surtout, un magnifique livre sur la vieillesse. Carrington nous montre une étape de la vie où l'on peut encore vivre des aventures extraordinaires, loin des clichés de la sénilité.
En conclusion, c'est un livre vers lequel je ne serais jamais allée seule. Malgré un moment de doute au milieu du texte, le surréalisme de Carrington a fini par me conquérir. L'exposition a vraiment enrichi mon appréciation, me permettant de voir dans ce roman non seulement une partie de la vie de Leonora, mais aussi le prolongement vivant de ses tableaux.


LES PUBLICATIONS ET LES TRADUCTIONS


Le cornet acoustique, traduction Henri Parisot

- 1974 : Flammarion
, coll. "L'Âge d'or", préface André Pieyre de Mandiargues. Cette collection a été créée par le traducteur, Henri Parisot.
- 1983 : Garnier-Flammarion, introduction, bibliographie et chronologie Jacqueline Chénieux-Gendron, spécialiste du surréalisme, directrice de recherche au CNRS
- 2022 : Fage éditions (Lyon), L'Œuvre écrit : Récits, t. II, préface Jacqueline Chénieux-Gendron
- 2024 : Gallimard, coll. "L'Imaginaire", préfaces Annie Le Brun, écrivaine, poétesse et critique littéraire, associée au mouvement surréaliste, co-auteure de Leonora Carrington, la mariée du vent, et Daria Schmitt, autrice de bandes dessinées

The Hearing Trumpet
- 1976 : St. Martin'Press (New York), deux ans après l'édition en français, ill. Pablo Weisz-Carrington, fils cadet de Leonora Carrington
- 1977 : Routledge & Kegan Paul (Royaume-Uni), ill. Pablo Weisz Carrington

- 1991 : Virago Press Ltd, coll. "Modern Classics", introduction d'Helen Byatt, éditrice britannique connue pour son travail dans l’édition de littérature étrangère et d’œuvres singulières, souvent à la croisée du fantastique, du féminisme et du surréalisme, ainsi que dans la redécouverte d’autrices oubliées, notamment au XXe siècle.

- 1996 : Exact Change, Boston, livre en ligne ›ici
- 2004 : Penguin/Exact Change
- 2005 : Penguin Books, préface Ali Smith, romancière et nouvelliste écossaise contemporaine.
- 2021 : New York Review Books, postface d'Olga Tokarczuk, ill. Pablo Weisz Carrington

La trompetilla acústica, trad. en espagnol de Renato Rodríguez, écrivain et traducteur vénézuélien à partir de la traduction française de 1974. Il appartenait à une génération d'écrivains latino-américains pour qui le français était langue de culture.

- 1977 : Monte Ávila Editores, Caracas (Venezuela)
- 2017 : Fondo de Cultura Económica, Mexico, coll. "Tezontle"

D'autres traductions existent, récentes : japonais, italien, allemand, portugais, polonais, néerlandais, coréen, grec...


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