Lirelles


Nous avons lu pour le 11 janvier 2026
Indiana de
George SAND

Voici quelques INFOS autour du livre, suivies de nos réactions

ON TROUVE LE ROMAN dans de nombreuses éditions

  
George SAND, Indiana, Folio classique, 400 p.
Edition et préface de Béatrice Didier, spécialiste de George Sand (voir ses innombrables publications ›ici)

Quatrième de couverture : Mariée, au sortir de l’adolescence, à un vieux colonel, antipathique et autoritaire, Indiana est contrainte à une routine d’outre-tombe. Tout la disposait pourtant à être sauvée par l’amour : Raymon, par qui elle se laisse séduire, possède la jeunesse et la fougue que n’a plus son mari. Indiana se trouve prise dans les turpitudes de la passion, car le désir du jeune homme se révèle bientôt un appétit plus redoutable que la brutalité de son mari repu. Oppressée dans son mariage, Indiana cherche une aventure : celle-ci achèvera de l’opprimer.

"J’ai écrit Indiana avec le sentiment non raisonné, mais profond et légitime, de l’injustice et de la barbarie des lois qui régissent encore l’existence de la femme dans le mariage, dans la famille et dans la société." Paru en 1832, Indiana fut lu comme un pamphlet contre le mariage, et lança la carrière littéraire de l’auteure. Sand y expose les libérations illusoires qui enferrent les femmes dans une vie dont elles n’ont pas la clef. Son récit inverse le trajet habituel du roman : pour pouvoir être aimée, l’héroïne devra d’abord se libérer.

Indiana est accessible en ligne :
à lire sur ›wikisource, avec les illustrations de Tony Johannot - "le roi de l'illustration", disait de lui Théophile Gautier - et Maurice Sand, le fils de George (éd. Hetzel, 1861)
à écouter en plus de 9h sur ›youtube.

Indiana figure dans des éditions comportant d'autres romans, Pléiade, Les Éditions d'Aujourd'hui, Omnibus ou Honoré Champion :
           <voir l'analyse de Brigitte Diaz

Outre l'édition la plus récente en Folio classique, on trouve le livre en édition Hugo classique et Classiques Garnier, Hachette/BNF ou Paléo :
                                 

La diversité des couvertures montre les nombreuses rééditions, avec certaines images fortes... :
                                

George SAND

• Chronologie
- Le Folio classique comporte une biographie fournie.
- Plus détaillée, tu meurs..., 18 pages de Pierre Salomon, extraites de Indiana, Classiques Garnier, 2018.

• En images, son parcours
- L
'émission d'1h30 de Secrets d'histoire que Stéphane Bern a consacrée en 2016 à George Sand est vraiment passionnante : accessible sur apple tv ›ici.
- Autre format en 2 min 16 sur ›France tv culture.
- George Sand fait partie de L'armée des romantiques sur Arte : 4 épisodes remarquables, dont les héros sont des peintres et des écrivains ; voici ›sa première apparition.
- Une série télévisée franco-belge par Rodolphe Tissot La Rebelle : les Aventures de la jeune George Sand : quatre épisodes en avril 2025 sur France 2.

Serait-ce une caricature de club de lecture ?...

Pour en savoir plus sur ce "Congrès masculino-fœmino-littéraire" caricaturant non pas Lirelles...
mais George Sand entre autres, cliquez ›ici

• En images, sa maison
- P
our qui n'a jamais visité la maison à Nohant, une visite en 2024 par l'émission culturelle de France 3 Centre Val de Loire, comme entre copines, 8 min, sur youtube.
- Lirelles se retrouve quai Saint-Michel pour échanger sur Indiana. Or George Sand vécut quelques numéros plus loin. Voici ›ce qu'elle dit du quai Saint-Michel...

LE ROMAN EST TRIPLEMENT ADAPTÉ

• Pour la radio : Indiana, Petit Théâtre de nuit de Géraldine Gérard, France Culture, avec Édith Loria dans le rôle d'Indiana, Toto Bisainthe dans celui de Noun, 20 octobre 1970, 43 min

• En BD : Indiana, Catel et Claire Bouilhac, Dargaud, 2023. L'adaptation du roman est précédée par un prologue en 4 pages et 15 vignettes concernant la publication du roman, où on voit George Sand et Jules Sandeau. Voir quelques images du récit d'Indiana ›ici

• Pour la télévision en 1966 : Indiana, réalisé par Edmond Tyborowski, avec Clotilde Joano (Indiana), Paul Guers (Raymon), Marpessa Dawn (Noun), diffusé à l'ORTF 5 juillet 1966. Cette adaptation fait partie d'un ensemble de productions télévisées consacrées à George Sand (avec La Mare au diable, La Ville Noire, Mauprat, Les Beaux messieurs de bois doré : plus de 13 heures de contenu autour de George Sand sur le site de l'INA...). Pour voir Indiana : ›ina.fr, 83 min.


Et voici NOS RÉACTIONS sur le livre


LES LECTRICES

Ce 21 décembre 2025, nous étions 9 à réagir sur le livre.
En direct : Claire, Joëlle, Laure, Patricia, Véronique.
En visio : Agnès.
Par écrit : Felina, Marie-Yasmine, Sophie de Paris.
Étaient prises ailleurs : Anne, Aurore, Flora, Laetitia, Mar, Nelly, Sophie de Nice, Stéphanie.

LES TENDANCES

Si George Sand - la personne - suscite l'estime voire l'admiration, Indiana n'a pas recueilli de réactions unanimes.
Sauf pour l'une d'entre nous, il est à noter que nous ne connaissions guère, voire pas du tout, l'œuvre de George Sand.
Pour ce qui est d'Indiana, certaines d'entre nous y ont trouvé quelques qualités, mais n'ont pas d'enthousiasme, voire sont déçues : Agnès, Marie-Yasmine, Sophie de Paris, Véronique.
D'autres se situent sur un versant très positif, voire groupiesque : Claire, Felina, Joëlle, Laure, Patricia.

LES AVIS

Marie-Yasmine (avis transmis)
Je n'ai pas eu le temps de finir le livre mais j'ai pu déjà apprécier la narration que je trouve fluide, avec beaucoup d'esprit et dynamique.
J'avoue en revanche que l'intrigue ne m'a pas séduite. Les personnages de la jeune femme neurasthénique et du coureur de jupons me semblent trop datés pour susciter mon intérêt.
Je pense le finir mollement, mais rien de sûr.
Bonne séance à toutes !!

Sophie de Paris (avis transmis)
Il s'agit peut-être de mon premier livre de George Sand, sauf si j'ai lu La Mare au Diable dans l'enfance ou l'adolescence mais je ne m'en souviens pas.

Après Les Aventures de China Iron, j'étais assez contente d'enchaîner avec une œuvre classique. J'ai apprécié dès les premières pages le style élégant, les descriptions fouillées des lieux et des personnages, la sophistication des tournures, le côté suranné de l'ensemble.
Il m'a semblé trouver des réminiscences de Flaubert (Bovary), de Stendhal, mais toujours un cran en dessous, à mon sens. C'est un premier roman et cela se sent.

L'histoire d'Indiana m'a peu touchée car j'ai eu du mal à m'identifier à ce monde d'hier, à cette vie corsetée. Je n'ai développé de sympathie pour aucun des personnages et suis restée spectatrice détachée.
Raymon (sans "d", comme pour le rendre un peu plus affecté et pitoyable) m'a horripilée, mais c'est finalement lui dont la psychologie est la plus fouillée et intéressante. L'amour naïf d'Indiana à son égard m'a énervée tout autant et je n'ai pas réussi à voir dans cette "héroïne" le caractère féministe qu'on lui attribue aujourd'hui.

Certes le but de George Sand était de dénoncer le romantisme convenu des femmes de son époque mais, de Raymon à Ralph, Indiana reste dépendante de la figure masculine et ne s'émancipe guère affectivement.
En revanche, sa fuite de Bourbon et sa traversée constituent une aventure courageuse qui, pour l'époque, devait apparaître comme une révolution.

En résumé, j'ai pris un certain plaisir à cette lecture d'un point de vue strictement littéraire (comme on feuillette avec nostalgie un vieux Lagarde & Michard), mais je me suis quand même souvent ennuyée. (Un avis donc "mi-figue mi-raisin" ou "mitigée moins").

Felina (avis transmis)
Pour être honnête, je n'avais lu de George Sand que La Mare au diable, et ça ne m'avait pas laissé un souvenir mémorable.

Par contre, ce qui m'a toujours passionnée chez elle, c'est sa vie. J'ai découvert son parcours un peu par hasard, vers mes 17 ans, en tombant sur une biographie dans ma bibliothèque habituelle en Italie. C'était une biographie qui racontait son histoire en y mêlant des extraits de ses lettres. C'est là que j'ai découvert sa vie complètement rocambolesque, mais aussi son écriture si passionnée, ses descriptions profondes et toute sa force de caractère.
Cette lecture a été un vrai choc pour moi, une de ces lectures qui vous marquent pour de bon et qui participent à construire votre identité. En tant que femme, et en tant que lesbienne aussi, son parcours m'a touchée : de voir que George Sand vivait aussi des amours au féminin à son époque, je me suis dit que c'était une femme tellement exceptionnelle qu'elle ouvrait une voie. Elle m'a donné l'impression que, si elle l'avait fait, alors c'était possible pour moi aussi.

Concernant le livre Indiana, je ne l'ai pas encore tout à fait terminé. Je l'ai commandé sur internet et, à cause d'un problème de livraison, il est arrivé très tard. Mais je compte bien le finir car je suis déjà conquise. Je trouve l'intrigue intéressante, et l'écriture est magistrale, comme je l'attendais. Ce qui me frappe le plus, c'est sa réflexion sur les hommes et les femmes, sur leur rôle dans la société et surtout sur les rapports de force dans l'amour.
C'est tellement bien décrit et analysé que ça reste d'une modernité incroyable.

Véronique
Comme je suis atteinte de procrastination, je n'ai, comme d'habitude, pas terminé le livre, mais j'en ai lu les deux tiers. Le colonel est en Belgique, en faillite.

L'écriture m'a vraiment beaucoup plu, au contraire de celle, triste, des aventures de China Iron ;
(devant les mines protestatrices) enfin, pour moi !

C'est juste l'aspect désuet des relations au début avec Raymon qui m'a fatiguée un peu, j'ai trouvé ça gnangnan, ça m'a ennuyée. J'ai davantage apprécié les aventures avec la bonne... Et encore davantage, les passages qui évoquent la politique.

Par contre, ce qui m'a amusée, ce sont les trois préfaces, qui m'ont mise plus à l'aise. George Sand explique son bouquin dans deux des préfaces, c'est moins suranné que l'univers même du livre.

Même si elle défend la position des femmes, elle place l'héroïne dans une situation patriarcale.

Les notes sont intéressantes, car elles montrent l'évolution de l'écriture d'une édition à l'autre, en précisant ce que George Sand modifie.

J'avais lu très jeune La petite Fadette. Avec Indiana, je suis, disons, mitigée.

J'ai vécu avec une compagne qui a fait son DEA sur George Sand, donc nous sommes allées sur les traces de George Sand, dans la maison, à l'époque sans tourisme. Non, je ne me suis pas pour autant plongée dans George Sand dont j'entendais beaucoup beaucoup parler, et je me suis orientée vers Colette, c'était mon domaine à moi.

Mon avis est donc plutôt "mitigé moins". Mais le personnage de George Sand ne me laisse pas indifférente. Elle est très importante.

Laure
J'ai beaucoup aimé lire ce livre qui m'a permis de (re)découvrir une femme, George Sand, car La Mare au Diable et La Petite Fadette ne m'avaient pas marquée. J'ai particulièrement apprécié la contextualisation du roman, de plonger dans une époque (la transition entre la Restauration et la monarchie de Juillet, avec encore des relents napoléoniens), dans un courant littéraire (le romantisme), dans un récit qui expose les usage de l'époque. Me paraît très réussi le fait que les personnages, au final peu nombreux, soient bien analysés, creusés, dans leurs personnalités propres et dans leurs interactions, même si je m'interroge sur l'image rendue au final par le portrait d'Indiana (ingénue, ignorante, inculte…).
Récit féministe avant l'heure, qui offre un vrai bonheur de voir dénoncé publiquement déjà en 1832 la condition des femmes, un peu long mais tellement bien écrit que la lecture est tout sauf pesante. La dernière partie autour de l'île Bourbon m'a paru toutefois moins travaillée, et le retour d'Indiana incohérent avec le trait pusillanime de son caractère (au-delà du côté irréaliste de la réussite de son retour à Bordeaux puis à Paris, seule, sans papier, sans argent).

LE CONTEXTE
Contexte historique

Le roman commence quelques années avant la révolution de Juillet 1830 et dure plusieurs années, d'où un contexte historique passionnant :
- la nostalgie de l'Empire chez M. Delmare ("il n'avait pas fait un pas depuis 1815", p. 168),
- la Charte de Louis XVIII à laquelle Raymon de Ramière, royaliste légitimiste est attaché (p. 168) tout en trouvant ses appuis dans le régime de la Restauration, "placé par sa naissance et sa fortune parmi les partisans de la royauté absolue, Raymon sacrifia aux idées jeunes de son temps en s'attachant religieusement à la Charte." (p.129).
- l'instauration de la monarchie de Juillet avec les trois glorieuses qui sont mentionnées par le drapeau tricolore qui flotte sur Bordeaux lorsque Mme Delmare y accoste, l'aspiration à l'avènement de la République via Sir Ralph Brown ("quand viendra le jour de la République, elle s'affranchira de toutes vos exigences [privilèges] et ce sera justice." (p. 170).
Contexte artistique romantique
- Littéraire : Le Rouge et le Noir fut publié en 1831, juste un an plus tôt.
- Avec Delacroix : goût du courant romantique pour l'exotisme (La mort de Sardanapale fut exposé au salon en 1827) ; il peint La liberté guidant le peuple en 1830 qui fut exposé au Salon en 1831.
Féminisme qui dénonce le joug du régime marital
"savez-vous ce qu'on appelle en province un honnête homme ? […] C'est celui qui ne viole pas les filles sur la voie publique, qui ne met le feu à la grange de personne […] Pourvu qu'il respecte religieusement la vie et la bourse de ses concitoyens, on ne lui demande pas compte d'autres choses. Il peut battre sa femme, maltraiter ses gens, ruiner ses enfants, cela ne regarde personne. La société ne condamne que les actes qui lui sont nuisibles ; la vie privée n'est pas de son ressort. Telle était la morale de M. Delmare." (p. 132).
Roman qui décrit les usages d'une époque encore très marquée par ceux-ci, même si on n'est plus à l'étiquette de la cour
- "Raymon s'aperçut que lorsqu'il parlait à voix basse à Indiana, il la tutoyait et il fut sur le point de prendre la réserve que l'usage imposait à Sir Ralph à d'autres moments, pour la prudence d'un amant heureux." (p. 149).
- "[Raymon et Ralph] quoi que ce fussent deux hommes aussi francs qu'il soit possible de l'être dans le monde, ils ne s'aimaient pas du tout." (p.165).
-"Raymon apporta dans leur solitude [au colonel et à Ralph] toutes les subtilités de langage, toutes les petitesses perfides de la civilisation. Il leur apprit qu'on peut tout se dire, tout se reprocher et se retrancher toujours derrière le prétexte de la discussion. Il introduisit chez eux l'usage de disputer, alors toléré dans les salons, parce que les passions haineuses des Cent-Jours avaient fini par s'amortir et se fondre en nuances diverses." (p. 170).
- "M. et Mme Delmare avaient fait particulièrement des connaissances à Melun et à Fontainebleau. Ils retrouvèrent ces gens-là à Paris et ce furent les plus âpres à la curée de médisance qui se faisait autour d'eux. L'esprit des petites villes est, vous le s
avez sans doute, le plus méchant qui soit au monde. Là toujours les gens de bien sont méconnus, les esprits supérieurs sont ennemis-nés du public." (p. 210-211).
- "ces réflexions montraient à Raymon la sécheresse de cœur qui préside aux unions de convenance, et l'espoir d'avoir un jour une compagne digne de son amour n'entrait que par hasard dans les chances de son bonheur."

LE STYLE : un style romantique exacerbé dans le fond et la forme, description très fine des sentiments
- Thématiques centrales du courant romantique : séduction, passion amoureuse, intrigue, exotisme (île Bourbon, Noun), plaisir, amour trompé, jalousie, haine, vengeance, suicide ; une fin équivalente à un "ils vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants".
- "Tant de résolution effraya Raymon et faillit le dégouter de Mme Delmare. Les hommes, et les amants surtout, ont la fatuité innocente de vouloir protéger la faiblesse plutôt que d'admirer le courage chez les femmes." (p. 162).
- "[Indiana] son effroi et sa consternation lui ôtaient presque la force de marcher. Raymon la soutint dans ses bras et se réconcilia avec son cœur de femme en la voyant si profondément affectée du malheur de ce mari à qui elle avait beaucoup à pardonner avant de le plaindre." p. 164.
- "C'est que l'amour était dans son cœur [à Indiana] une passion neuve et généreuse ; c'est que mille sentiments délicats et nobles s'y rattachaient et lui donnait une force que Raymon ne pouvait pas comprendre." (p. 173).
- "Raymon en reconnaissant la femme qu'il venait séduire [Indiana] oublia celle qu'il avait séduite [Noun]" (p. 191).
- "Raymon trouva vers le soir la force de s'occuper de son amour ; mais cet amour avait bien diminué. Il aimait les obstacles mais il reculait devant les ennuis, et il en prévoyait d'innombrables maintenant qu'Indiana avait droit aux reproches." (p. 199).

LES PERSONNAGES
Indiana : quelle image de la femme héroïne ? Description de la condition de la femme ?

Ingénue, ignorante, inculte / Sang-froid / Vertueuse et chaste / Innocente, candide, pure :
- "Indiana était facile à tromper, elle ne demandait qu'à l'être tant sa vie réelle était amère et désolée !... […] Indiana était roide et hautaine dans sa soumission, elle obéissait toujours en silence : mais c'était le silence et la soumission de l'esclave qui s'est fait une vertu de la haine et un mérite de l'infortune." (p. 207).
- "Selon votre expression Raymon [Indiana parle] j'ai appris la vie dans les romans à l'usage des femmes de chambre, dans ces riantes et puériles fictions où l'on intéresse le cœur au succès de folles entreprises et d'impossibles félicités." (p. 247).
Raymon
"le monde était l'élément, la vie de Raymon ; il lui fallait ce bruit, ce mouvement, cette foule, pour respirer, pour ressaisir tout son esprit, toute son aisance, toute sa supériorité" (p. 206).
Son projet de séduction : p.143.
Colonel Delmare
- "La province accompagnait toujours son nom de l'épithète de brave parce que la bravoure militaire est apparemment d'avoir de larges épaules, de grandes moustaches, de jurer fort et de mettre la main à l'épée pour la moindre affaire". (p. 133).
- "Il déplore l'indifférence du gouvernement qui laissait dans l'abandon les vieux débris de la grande armée" (p. 139).
Mme de Ramière, mère
"Un esprit supérieur, joint à une âme noble et généreuse" (p. 140).

Patricia
Pour ce livre, je ne me suis pas fatiguée, je n'ai pas lu le livre, j'ai préféré écouter le texte en audio sur youtube. Il était lu par Franck Dejammet (9 heures d'écoute par rapport aux 432 pages du livre). J'étais très curieuse car j'avais entendu dire que c'était son meilleur roman en plus d'être son premier.
Je connaissais déjà quelques romans lus dans ma jeunesse, et j'avais commencé à lire Histoire de ma vie, mais je l'ai vite abandonné par manque de temps. Je suis allée plusieurs fois dans le Berry pour voir sa maison. J'ai été admirative de sa magnifique cuisine, et de la grande table où elle a reçu les plus grands noms de l'époque.
Concernant la lecture audio du texte, sur le coup j'ai trouvé dommage que le livre soit lu par un homme, étant donné que l'écrivain est une femme. Mais ce n'est que sur la fin du livre que j'ai compris que le narrateur devait être un homme puisque c'est l'homme dont on ignore le nom, dans la dernière partie du livre, qui frappe à la porte de la maison du couple. En effet, j'ai remarqué à plusieurs moments dans le livre, qu'il y a effectivement un-e narrateur-trice qui semble s'adresser à une assemblée et qui la prend à témoin (par exemple : "vous imaginez bien que"…). J'ai trouvé cette construction surprenante mais très originale et subtile.
Outre la construction, j'ai aimé les différents sujets traités dans le livre :
- la différence sociale dans la relation amoureuse (exemple de la pauvre Noune qui tombe enceinte de l'affreux Raymon)
- la différence d'âge dans les mariages arrangés (Indiana/Le colonel)
- la domination des hommes sur les femmes et sur le monde (qu'elle traite de "tyrans du monde"). On voit clairement qu'elle veut l'émancipation des femmes, qu'elle projette sur Indiana.
J'ai aimé la solidarité féminine entre Indiana et Noune et aussi entre la mère de Raymon et Indiana.

Je trouve que c'est avant tout un roman psychologique. La description de cas psychologiques typiques est vraiment bien vue. Et c'était avant Freud. D'ailleurs je me demande où elle a pu entendre parler de ces différents types de psychologies, étant donné qu'elle était jeune quand elle a écrit ce livre.
- Le plus central est le cas de Raymon, c'est bien vu car selon moi c'est un cas typique du pervers narcissique manipulateur : il est beau parleur, il est toujours dans la triangulation Noune/Indiana, mari/Indiana, cousin Raph/Colonel, sa femme/ Indiana, etc. Il se débrouille toujours pour que les deux autres de chaque triangle finissent par se détester. De plus, il n'arrête pas d'inverser les rôles en projetant sur l'autre un comportement/des pensées que lui a eus et en oubliant presque que c'est lui qui a eu ces comportements/pensées.
- Il y a le cas typique de la mère toxique qui passe tout à son fils Raymon, ce qui lui a fait plus de mal que de bien en fin de compte.
- L'autre cas intéressant est Raph qui est le seul à voir clair dans le comportement de Raymon. C'est quelqu'un de renfermé et asexué, qui a su s'analyser seul ; il est croyant et a une conscience en opposition à l'inconscience. Il est observateur et a vu la relation amoureuse entre Noune et Raymon, et entre Indiana et Raymon. Il cherche à préserver les autres, préfère mentir ou taire plutôt que de faire du mal. C'est quelqu'un de bien, à mon avis. Entre Raph et Indiana, c'est presque un amour incestueux.
- Le mari, le Colonel, est quelqu'un de plus primaire, colérique mais il n'a pas un fond si mauvais car il regrette tout de suite ses actes violents.
- Le personnage d'Indiana : est-ce un double de George Sand ? Sur les quelques illustrations que j'ai vues, elle lui ressemble physiquement. C'est une femme forte, ayant des valeurs très fortes mais victime de son époque. Elle a une stoïque froideur dans la relation amoureuse, car elle doute souvent de la sincérité de Raymon, mais parfois se laisse convaincre.

Par contre, je n'ai rien compris à la partie politique, et je n'ai pas creusé non plus.
Il y a des choses qui sont surprenantes dans ce roman, c'est ce voyage à la Réunion : George Sand dit qu'elle n'y est jamais allée, mais qu'elle l'a connue dans les livres ; j'ai trouvé la description de la Réunion proche de ce que j'ai vu, il y a 40 ans. Ce qui est étonnant aussi, c'est la déclaration d'amour de Raph et le suicide organisé à la Réunion, où ils sont retournés exprès pour ça.
À mon avis tout du long du texte on voit bien que George Sand était féministe, bien avant Simone de Beauvoir, par la solidarité féminine, les critiques du patriarcat, les désirs d'émancipation d'Indiana.
J'ai trouvé très intéressant ce texte, presque moderne, malgré l'écriture désuète et ampoulée. Je ne regrette pas de l'avoir lu.
Je regrette juste de ne pas avoir lu les préfaces qui j'imagine devaient être très intéressantes et éclairantes.

Claire
J'avais été passionnée par la découverte de la femme George Sand, notamment pendant un petit voyage "littéraire" de 4 jours qui m'a emballée, sur ses lieux et en retraçant son parcours de vie et d'engagement ; j'avais alors feuilleté ses livres pour me décider à en lire un, n'ayant rien lu d'elle ou ayant tout oublié : rien ne m'a dit, je me suis plongée dans le roman Consuelo que j'ai immédiatement abandonné. J'ai vu assez récemment à la Comédie française une pièce d'elle, Gabriel, que j'ai oubliée. Quant à Indiana, je n'avais jamais vu ce titre exotique.

Après avoir lu le livre, j'ai regardé le film Indiana de Edmond Tyborowsky de 1966 sur le site de l'INA et ce qui est intéressant, c'est qu'il montre en creux la richesse du roman ; dans cette adaptation, ni discours critique sur la société, ni évocations politiques, ni humour, ni innovation, ni rocambolesques péripéties, fffttt.

Le livre, j'ai adoré sur toute la ligne. J'ai lu en Folio classique et n'ai pas manqué une seule note, y compris en les critiquant en raison de nombreux rapprochements autobiographiques dont je me fiche, parfois limite cucul. La préface de l'autrice des notes spoile le roman, heureusement je ne l'ai pas lue.

Ce que j'ai le plus aimé du roman, ce sont les commentaires du narrateur et là, j'ai apprécié les notes qui nous citent celles que George Sand a ôtées dans une édition ultérieure, retenue selon l'usage. J'ai aimé son humour et la distance qu'elle inculque, qui ajoute à son savoir-faire : car ma deuxième raison d'amour, c'est l'art de narrer, de tenir en attente de la suite, de ne pas hésiter dans les rebondissements, les péripéties, les coups de théâtre : j'ai frémi régulièrement. Elle recourt à des flashforwards cruels qui jouent sur la tension ; elle distille des flashbacks habiles.
Les personnages sont tous critiqués, ça c'est original, : dans la première préface, l'auteure dit du narrateur (distance au carré) : "S’il n’a pas donné le plus beau rôle possible à tel de ses personnages qui représente la loi, s’il a montré moins riant encore tel autre qui représente l’opinion, vous en verrez un troisième qui représente l’illusion, et qui déjoue cruellement les vaines espérances, les folles entreprises de la passion." Au cours du roman, pas un n'échappera à des jugements du narrateur, héroïne comprise.
Mais tout ça aurait-il suffi sur la distance ? Il y a à manger plus qu'il n'en faut : situation politique, critique sociale, féminisme indubitable (et affichée dans la 2e préface : "celle que je défendais est-elle donc si petite ? C'est celle du genre humain tout entier ; car le malheur de la femme entraîne celui de l'homme").
Je reviens à la distance jouissive qui a toutes sortes de ressorts auxquels j'ai applaudi :

- "En ce moment, un quatrième personnage entra" : le narrateur regarde avec nous la scène.
- Il nous apostrophe : "sir Ralph, ou, si vous l'aimez mieux, M. Rodolphe Brown".
- Ou parle de nous à la 3e personne : "Il est à peu près prouvé pour le lecteur et pour moi que cette infortunée s'est jetée dans la rivière par désespoir".
- L'humour apparaît au détour d'une description : "Il arpentait avec gravité son vieux salon meublé dans le goût de Louis XV, s'arrêtant parfois devant une porte surmontée d'Amours nus, peints à fresque, qui enchaînaient de fleurs des biches fort bien élevées et des sangliers de bonne volonté, parfois devant un panneau surchargé de sculptures maigres et tourmentées, dont l'œil se fût vainement fatigué à suivre les caprices tortueux et les enlacements sans fin."
- Sand, avec habileté, nous fait complice de ses invraisemblances : "Quinze jours après que cette idée fut conçue, Raymon était sur la route du Lagny, où on l'attendait à déjeuner. Vous n'exigez pas que je vous dise matériellement par quels services adroitement rendus il avait trouvé le moyen de se rendre agréable à M. Delmare : j'aime mieux, puisque je suis en train de vous révéler les traits des personnages de cette histoire, vous esquisser vite ceux du colonel."

L'écriture, en plus de la distance, s'épanouit dans des scènes dramatiques souvent coupdethéâtrales (la découverte du cadavre de Noun, Ralph qui surgit tel Zorro, le suicide...) et dans des formules : j'ai beaucoup aimé les phrases rythmées symétriques, pas seulement musicales ou visant l'effet, mais chargées de sens ; on pourrait les slamer :
- le portrait d'ailleurs cinglant de M. Delmare : "Toute sa conscience, c'était la loi ; toute sa morale, c'était son droit."
- les risques que prend Nour simple femme de chambre pour rejoindre Raymon, qui seraient appréciés autrement d'une aristocrate : "Ce qui est héroïsme chez l'une devient effronterie chez l'autre. Avec l'une, un monde de rivaux jaloux vous envie ; avec l'autre, un peuple de laquais scandalisés vous condamne. La femme de qualité vous sacrifie vingt amants qu'elle avait ; la femme de chambre ne vous sacrifie qu'un mari qu'elle aurait eu."
La finesse psychologique s'exprime à travers des commentaires du narrateur tout en circonvolutions subtiles. Quant à ce que certains ont casé dans les longueurs, les lettres, elles étaient pour moi des morceaux oratoires dont je me suis régalée : je les entendais déclamées.
Selon l'expression consacrée, je ne vais pas bouder mon plaisir et je me classe parmi les enthousiastes.


Agnès
Je suis contente d'avoir lu ce roman, tout d'abord parce que je n'avais jamais lu de livres de George Sand (je connais mieux sa vie, remarquable, que son œuvre) et également parce qu'Indiana est décrit comme un ouvrage féministe.

Pourtant je n'ai pas été séduite par ce que j'ai lu. Le style est alourdi de trop de détails et de descriptions et l'histoire, exclusivement centrée sur des sentiments exacerbés, ne m'a pas passionnée. J'ai trouvé que le roman avait mal vieilli, ces pages de déclarations grandiloquentes et mélodramatiques m'ont même semblé parfois ridicules. Les développements politiques (Monarchie, République, Empire) ne m'ont pas vraiment intéressée.

Par ailleurs, je ne comprends pas vraiment pourquoi ce roman est considéré comme un ouvrage féministe, j'y ai vu une femme dominée par ses illusions et un cœur enflammé, ballottée entre trois hommes, son mari violent, son amant fat et indélicat, son cousin secrètement amoureux et avec qui elle se marie à la toute fin du livre, dénouement que l'on devine dès les premières pages.

De plus, encore un ouvrage qui confirme mon observation concernant les animaux de compagnie qui apparaissent dans des livres ou des films et qui y sont systématiquement tués : Ophelia, la chienne de l'héroïne, est massacrée à coups de rame et noyée.

La propension à se suicider (Noun, la sœur de lait d'Indiana, Indiana elle-même au bord de la Seine, son mari qui se ravise, Indiana et son cousin, dont le suicide dans une chute d'eau échoue) est assez lassante.

Lorsque je le compare à un autre roman, paru à peu près à la même époque, que j'aime infiniment, Les Hauts de Hurlevent d'Emily Brontë, qui met également en scène des sentiments exacerbés, qui utilise les mêmes éléments gothiques (les mort·es, suicidé·es, noyé·es, les fantômes, la brume, les grandes demeures, etc.), je trouve qu'Indiana n'est pas réussi et que le roman d'Emily Brontë est un chef-d'œuvre… Je n'y ai pas cru, alors que Les Hauts me transportent.

Je dirais "avis mitigé moins", mais pas que négatif parce que j'ai été très contente de le lire (pour ma culture féministe) et par respect pour l'autrice qui est une femme extraordinaire !

PS : j'ai été surprise de voir ce livre classé dans ma bibliothèque en rayon jeunesse.

Joëlle
J'aime beaucoup George Sand. Je l'aime depuis mon enfance.
Au début, j'ai vu le personnage, l'originalité, le culot, le courage et peut-être surtout ses ambiguïtés : une femme qui s'habillait en homme et fumait le cigare, je trouvais ça vraiment très intéressant.
Après, j'ai découvert les engagements politiques, la fibre sociale ; le réseau amical, les amours et sa liberté sexuelle (à Marie Dorval : "J'ai eu Mérimée hier soir. Ce n'est pas grand-chose").
Au Musée de la Vie romantique j'ai vu quelques dendrites, à Nohant j'ai vu les costumes qu'elle avait cousus pour les marionnettes de Maurice, son fils… les collections de pierres, d'insectes, les herbiers… J'ai été bluffée par sa curiosité encyclopédique et sa créativité tous azimuts. J'ai appris son lien très direct avec le sauvetage des tapisseries de la Dame à la licorne.
Puis j'ai découvert l'œuvre. George Sand avait des convictions fortes et elle a beaucoup utilisé la littérature pour faire valoir son point de vue. Ce qui donne des "romans à thèse" pas forcément ce que je préfère.

Indiana : évidemment, c'est assez kitsch. Mais il y a quand même des côtés très positifs.
On est dans l'ambiance romantique au maximum, émotions à fond. On "arrose de ses larmes", on se tord les mains, on a les yeux hagards et les joues livides, on s'évanouit, le cœur saigne, on tombe à genoux, on meurt, on se suicide… tous les clichés de l'époque. Ces excès se retrouvent évidemment dans le style, qui est souvent pompier et grandiloquent. Voir par exemple les grandes déclarations de Raymon au chapitre 6, puis au chapitre 12. Mais les lettres de Natalie Barney à Liane de Pougy, 70 ans plus tard environ, ne sont pas beaucoup plus sobres… (À peu près au même moment - en 1830, deux ans avant Indiana - Stendhal faisait un flop avec Le rouge et le noir)
Mais au-delà de ce constat, c'est un livre très malin : on a une jeune femme (George Sand) qui publie un premier roman et qui produit un ouvrage "100% romantique" : intrigue + style. Elle applique une recette et elle s'en sert pour faire passer des idées audacieuses pour l'époque, aussi bien sur la place des femmes qu'en politique.

Ce que j'ai particulièrement aimé
- La façon de nous faire entrer dans le récit, avec une scène d'exposition qui plante le décor, l'ambiance, et nous fait découvrir les protagonistes et les enjeux. C'est pro.
- Les interventions du narrateur en tant que tel, qui dit parfois "nous" comme il est de convention, mais parfois aussi "je", les apostrophes au lecteur, les prolepses. C'est très moderne. Et déjà, elle s'engage.
- Les mots disparus (j'ai noté vitchoura, escobarderie, improbation, recors… entre autres). C'était amusant.
- Le rappel du changement climatique en cours : chapitre 21, la Seine en hiver charrie des glaçons...
- L'optimisme de George Sand qui réussit un drame qui finit bien : dans les codes du romantisme, mais pas tout à fait.
- Les discussions politiques bien argumentées entre les trois hommes de l'histoire : le colonel bonapartiste, Raymon royaliste, Sir Ralph républicain. Auparavant, le narrateur prend parti, notamment contre la peine de mort (chapitre 14).
- Les paysages de l'île Bourbon (végétation, climat, topographie…) bien documentés. Ça sonne vrai et j'imagine que George Sand s'est bien renseignée, comme elle fera souvent ensuite dans sa vie avant d'écrire un roman sur un sujet précis (cf. Le compagnon du tour de France)

Quelques bémols tout de même
- Des invraisemblances et une psychologie bâclée. Comment le colonel devient-il ami avec Raymon ? (Chapitre 9). Ça ne tient pas debout.
- Indiana est tout de même assez cruche. Elle pardonne un peu vite à Raymon la mort de Noun. Sur une simple lettre, elle décide de repartir en France dans des conditions plus qu'acrobatiques. Quand elle se trouve seule avec lui, la nuit dans sa chambre, elle change de point de vue sans cesse. Elle se laisse quand même pas mal manipuler (notamment chapitre 17, que j'ai trouvé compliqué et faible).
- Des moments sont franchement rocambolesques : les portes dérobées, les rendez-vous nocturnes, les intrusions (le chapitre 8, c'est du Feydeau au premier degré), la fuite en bateau d'Indiana et son parcours depuis Bordeaux…

Pour conclure

Ravie qu'on ait lu George Sand, une femme qui compte. Déçue de voir beaucoup de défections dans le groupe. Même si le livre fait plus de 200 pages, qu'il peut nous paraître un peu niais par certains aspects, il faut oser s'y confronter.
Et une petite citation, histoire de donner des remords aux lâcheuses : "Les hommes, et les amants surtout, ont la fatuité innocente de vouloir protéger la faiblesse plutôt que d'admirer le courage chez les femmes".


Accueil Présentation du groupe – Livres lus Programme actuel
Programmation des années précédentes – Liens
Nous contacter