Lirelles


Nous avons lu pour le 16 novembre 2025

Deux ou trois choses dont je suis sûre
de Dorothy ALLISON

trad. de l'anglais (USA) Noémie Grunenwald
Cambourakis poche, 2024, 120 p.
(édition utilisée pour les pages citées dans nos avis)


Quelques INFOS autour du livre, avant nos réactions


L'AUTEURE

Présentation sur ›wikipédia et dans les ressources ci-dessous (articles, radio, vidéo).

LIVRES TRADUITS

Romans
- L'histoire de Bone, trad. Michèle Valencia, 10/18, 1998
- Retour à Cayro, trad. Michèle Valencia, Belfond, 1998 ; rééd. France Loisirs, 1999 ; rééd. 10/18, 2000 ; rééd. Le Grand Livre du mois, 2016 ; rééd. Belfond, 2016.

Récits

- Peau : à propos de sexe, de classe et de littérature, trad. Nicolas Milon et Camille Olivier, Cambourakis, 2015 (voir extrait publié sur le site des études wittigiennes), rééd. d'une première publication Peau, trad. Nicolas Milon, Balland, 1999
- Deux ou trois choses dont je suis sûre, trad. Noémie Grunenwald, Cambourakis, 2021 ; rééd. Poche, 2024.

Poèmes

- Les femmes qui me détestent, postface Lucile Dumont, trad. Noémie Grunenwald, éd. Hystériques et associéEs, 2024 (voir ›présentation à Violette and co).

Nouvelles

- Trash : vilaines histoires & filles coriaces, trad. Noémie Grunenwald, Cambourakis, 2022 ; rééd. Poche, 2025.

Correspondance
- Amour & bave de schneck, trad. Noémie Grunenwald, Dorothy Allison & Joan Nestle, éd. Hystériques et associéEs, 2025.

RADIO

"Découvrir l’œuvre de Dorothy Allison", par Marie Richeux, Le Book Club, France Culture, 28 janvier 2025, 58 min, avec Isabelle Cambourakis, éditrice de Deux ou trois choses dont je suis sûre, et Lucile Dumont, auteure d'une postface à Les femmes qui me détestent.

PRESSE ÉCRITE

Articles
- "Lectures de Dorothy Allison", Monica Michlin, Cahiers Charles V, n° 40, juin 2006
- "Dorothy Allison, sa famille sur les photos", par Thomas Stélandre, Libération, 1er mars 2021 (sur le livre Deux ou trois choses dont je suis sûre)

- "Mort de Dorothy Allison, féministe, lesbienne, white trash et écrivaine précieuse", par Camille Paix, Libération, 8 novembre 2024
- "Hommage à Dorothy Allison par la traductrice et éditrice Noémie Grunenwald", par Noémie Grunenwald, traductrice et éditrice, Libération, 23-24 novembre 2024.

Entretiens
- "Il faut aimer la vie que l'on se fabrique", entretien avec Philippe Vallet, La Revue des deux mondes, avril 1999
-
"Les féministes ont profondément changé la société", par Marie Kirschen, Les Inrocks, 8 juillet 2022.
- En anglais :
"Moving toward Truth", entretien avec Carolyn E. Megan, Contemporary Literary Criticism, vol. 153, 2002
-
"Face à Isabelle Cambourakis" (l'éditrice de Deux ou trois choses dont je suis sûre), Politis, 5 juin 2025.

VIDÉOS

- Entretien (en anglais, sous-titres possibles sur youtube) avec "Dorothy Allison: The Power of the Writer's Voice", Chicago Humanities, 12 février 2013, 56 min.
- Le livre a été adapté au théâtre à Strasbourg par Manon Ayçoberry qui le présente sur facebook, mêlant théâtre, musique, littérature et arts martiaux, 3 juin 2025, 3 min ; voir le site de la Compagnie l'Onde.
Certaines d'entre nous verront la pièce à la Maison des arts de Créteil, donnée peu avant notre séance : Deux ou trois choses dont je suis sûre (dossier de presse ›ici).

THÈSE et MASTER

Voyons les thèmes que Dorothy Allison inspire... :
- Grotesque "queer" et savoirs abjects dans l’œuvre de Dorothy Allison, Mélanie Grué, thèse soutenue en 2013 à Paris.
- Un master en ligne : La quête du sujet lesbien et l’écriture de l’intime dans Bastard Out of Carolina, Skin, Two or Three Things I Know for Sure de Dorothy Allison, Oranges Are Not The Only Fruit, Why Be Happy When You Could Be Normal de Jeanette Winterson, Julie Agu, Université Aix-Marseille, 2021.


Et voici NOS RÉACTIONS sur le livre


LES LECTRICES

Ce 16 novembre 2025, nous étions 14 à réagir sur le livre :
- en direct (9) : Aurore, Claire, Felina, Joëlle, Laure, Mar, Patricia, Stéphanie, Véronique
- en visio (1) : Agnès
- par écrit (4) : Flora, Marie-Yasmine, Nelly, Sophie de Paris.
Étaient prises ailleurs : Anne, Laetitia, Sophie de Nice.

LES TENDANCES

- Des lectrices n'ont retenu aucun aspect positif du livre, en dépit de deux lectures pour Sophie de Paris et, bien que se disant mitigée, Patricia est finalement négative.
- Tout en soulignant des qualités, d'autres sont restées extérieures ou réservées : Felina, Flora, Joëlle, Laure.
- Enfin, voici celles qui ne retiennent que des points positifs, voire qui ont beaucoup aimé : Agnès, Aurore, Claire, Mar, Marie-Yasmine, Nelly, Stéphanie, Véronique.

LES AVIS

Marie-Yasmine (avis transmis)
J'ai passé un très bon moment en lisant ce mélange de roman, essai et mémoires. Je n'apprécie pourtant d'habitude pas ce mélange des genres qui est décidément très à la mode, mais l'autrice en fait un très bel usage.
J'ai tout de même parfois été perdue dans les temporalités et les allers-retours entre anecdotes et réflexions personnelles. C'est peut-être parce que j'ai lu la version originale.
J'ai beaucoup aimé l'approche de l'autrice vis-à-vis des violences qu'elle a subies et la façon dont elle s'est reconnectée avec son corps grâce au karaté.
Son récit de ses relations avec ses sœurs et sa mère est vraiment touchant, notamment la scène de réconciliation et de compréhension mutuelle avec sa sœur et sa nièce à la fin, qui montre avec beaucoup de finesse le vécu de chacune. Cela éclaire beaucoup sur les projections que l'on peut se faire des réalités des autres.
J'ai apprécié qu'elle fasse intervenir la fiction dans le récit pour "améliorer" le réel, ou lui rendre du sens. Je vois cela comme un outil de résilience pour elle, pour rendre intelligibles les événements, et non de déni comme cela pourrait être le cas quand on refuse le réel.
C'est une très belle découverte, et si un jour par enchantement j'en ai le temps, je lirai très volontiers d'autres romans de cette autrice.
Je regrette de ne pas pouvoir aller voir l'adaptation théâtrale et de ne pas pouvoir être avec vous, mais je vous souhaite une bonne séance !

Nelly (avis transmis)
Ce livre m'a intéressée, il fait partie de ces témoignages puissants, émouvants, et symboliques de ces révélations qui marquent désormais le courant féministe. Le thème de la souffrance est bien présent, mais la façon dont la narratrice nous en parle s'apparente à un cri de révolte, c'est triste mais jamais pathétique. On y retrouve cette ambiance sudiste des Etats-Unis : désespoir familial, violences sexuelles des hommes, vies sans avenir.
Le texte prend encore une autre dimension sur scène. Nous sommes allées assister à sa représentation cette semaine, et l'entendre énoncer par de jeunes comédiennes m'a plu. On y retrouve les élans volontaires du corps qui accompagnent la force du propos, la mise en scène est minimaliste, mais les comédiennes utilisent autant l'espace par la parole que par le mouvement. L'une des dernières scènes où elles nous montrent leurs capacités à réagir à la violence par la maîtrise du karaté est originale et tonique.


Sophie de Paris
(avis transmis)
Mes impressions tiennent en quelques lignes.
Ce livre ne m'a pas touchée en profondeur, malgré deux lectures. J'y ai picoré quelques passages qui m'ont parlé. Et j'ai aimé la photo de couverture.
Rien ne m'a vraiment déplu.
Je reste sur ma faim. Le titre est prometteur. J'ai cru que j'étais passée à côté de quelque chose lors la première lecture.
Mais je n'ai rien trouvé de plus à la deuxième.
Je lirai vos avis avec intérêt.


Flora
Très contente que nous lisions Dorothy Allison que j'avais découverte par son roman L'histoire de Bone, j'ai été quelque peu déçue de ce livre. Si j'en ai apprécié l'objet littéraire (avec les photographies), je trouve que le contenu était assez pauvre et brouillon. Si je n'avais pas connu l'autrice autrement, il m'aurait été encore plus difficile de le lire.
Je pense que ce livre est à aborder comme une introduction afin de découvrir l'autrice, mais il n'est en aucun cas représentatif de son œuvre.

Véronique
J'ai beaucoup aimé ce livre par sa construction, la façon dont l'auteure raconte les tragédies, aussi bien concernant les femmes que les hommes.
Quand je l'ai fini, je me suis aperçue que le texte était écrit pour la scène, alors que j'avais l'impression qu'elle contait, comme dans un roman.
J'ai apprécié la façon dont elle utilise le titre, comme une explication de texte de ce qu'on vient de lire.
Vers la fin, j'ai bien aimé l'échange avec sa sœur qui lui demande comment elle a su qu'elle était lesbienne. C'est beau ce passage.
Ce qui concerne les sentiments m'a plu, également la reconstitution, ainsi que le fait qu'elle se sauve grâce au karaté.
C'est un livre, sans pudeur. Et il se lit facilement. J'ai vraiment aimé la façon dont il est construit.
Je regrette de n'avoir pas pu voir l'adaptation au théâtre car ce que j'ai vu en vidéo était très intéressant.

Felina
J'ai lu ce livre d'une traite, avec intérêt, mais sans vraiment me laisser embarquer.
Je reconnais le style de Dorothy Allison comme puissant, brutal, direct et dénué de pathos. C'est peut-être justement ce manque de pathos qui m'a empêchée de rentrer pleinement dans la narration et de m'y sentir impliquée. Les phrases sont courtes et incisives.
Le mélange des genres entre mémoire, essai et autofiction ne m'a pas dérangée, même si le texte est parfois fragmenté.
J'ai particulièrement aimé l'hommage bouleversant rendu aux femmes de sa famille : sa mère, ses sœurs et ses cousines. Ces femmes, stigmatisées comme la "white trash" du Sud, sont dépeintes avec dignité et résilience.
J'ai été très touchée par la façon dont l'autrice parvient à aimer et à honorer ces figures qui ont été des victimes de la violence et de la misère. Elle cherche visiblement à comprendre leur force et à leur rendre justice.
En conclusion, c'est un texte auquel je reconnais beaucoup de qualités, mais dans lequel je ne suis malheureusement pas parvenue à entrer pleinement. J'en suis restée extérieure.

Laure
Je vous partage trois traits et un ressenti de cette lecture :
1-Un acte de vérité
Pour l'autrice, telle que citée par son éditrice qui lui rend hommage dans un podcast de France Culture, "raconter l'histoire jusqu'au bout est un acte d'amour". Elle veut dire la vérité quant aux violences familiales et sexuelles qu'elle a subies pendant son enfance : battue et violée par son beau-père de 5 à 15 ans, non défendue par sa mère ni par les femmes qui l'entourent.
Elle veut dire ce qui s'est passé, poser les mots sur cette violence subie, comme sur le fait d'être lesbienne. Elle en a besoin pour exister. Et il ne s'agit pas seulement de dire la vérité de ce qu'elle a vécu, mais de la dire "non comme un acte de malédiction" (p. 57).
Cette vérité, relative à la violence qui l'entoure, l'autrice la mentionne, sinon la décrit, du début à la fin : cela commence avec le récit autour de sa tante dans le déni quant à la maltraitance du beau-père car "elle préférait croire ce dont elle avait besoin plutôt que ce qu'elle savait" (p. 56) ; et se termine par des retrouvailles avec sa sœur, qui lui avoue, en larmes, qu'elle s'arrangeait pour que ce soit elle, la cadette, qui aille retrouver le beau-père quand il appelait (p. 99).
Elle raconte son histoire et non celle que réclame le monde (p. 89).
2-Un livre de résistance
L'autrice tente de décrire comment elle s'en est sortie, comment elle a pris de la distance par rapport à son passé : "je ne suis plus une enfant agressée qui a grandi mais une femme qui s'affranchit de l'agression qu'elle a subie".
3- Un livre très intime
La formulation en "je" et le caractère en apparence très autobiographique du livre m'ont fait sentir les événements relatés de près. Je n'ai découvert qu'à la fin qu'il s'agissait d'un roman d'autofiction avec certains personnages arrangés ; cela m'aurait aidée de le lire au début.
4- Un ressenti : une gêne
J'étais contente de découvrir cette autrice célèbre pour son militantisme et ses écrits, mais la lecture du livre m'a gênée. J'y ai été confrontée à trop de pathos, malgré quelques phrases poétiques ou décalées. Ce pathos me pesait, du fait de la répétition tout le long de l'ouvrage des agressions subies - bien plus que de la liberté (re)trouvée -, de la proximité par le caractère intime du récit, et de l'environnement général décrit : un milieu très pauvre de Caroline du Sud où les femmes, comme enfermées dans une condition ou une tradition, sont maltraitées, puis abandonnées par les hommes.
J'ai remarqué que Virginie Despentes, quand elle raconte son histoire, son viol, ses années de prostitution, met plus de distance, en tire une réflexion qui permet d'avoir du recul.

Agnès
J'ai lu ce livre une première fois lorsque nous étions à Vars, en juillet 2021, pour notre semaine de lecture intensive à la montagne. Il m'avait plu, mais je ne l'avais pas recommandé en vue d'une programmation éventuelle pour notre groupe de lecture, car, à l'époque, certaines d'entre nous avaient envie d'ouvrages plus légers et abordant des thématiques moins dramatiques.
Je suis contente que Deux ou trois choses dont je suis sûre ait finalement été choisi pour cette fin d'année 2025. Cette deuxième lecture m'a plu davantage encore.

Tout d'abord, j'ai totalement adhéré à la note de traduction sur l'écriture inclusive. J'aime ce ton militant et l'intention féministe. Je suis fan d'Éliane Viennot et je trouve que les recherches autour de l'écriture inclusive et la langue, d'un point de vue historique, sont passionnantes, en plus d'être une revendication légitime établissant des règles de bon sens - cf. la citation de Monique Wittig extraite des Guérillères sur le mur du square porte de Vanves :
"Elles disent qu'en premier lieu le vocabulaire
de toutes les langues est à examiner,
à modifier, à bouleverser de fond en comble,
que chaque mot doit être passé au crible
".

Quant à l'ouvrage lui-même, je l'ai aimé pour la beauté du texte et pour l'histoire - familiale et personnelle - qui est racontée.
Je me suis sentie embarquée dès la première phrase : "Laissez-moi vous raconter une histoire", qui ressemble à l'entrée en matière d'une conteuse (d'ailleurs ce texte a été écrit pour la scène).
La forme m'a séduite, l'invitation à entrer dans le récit, les phrases en italique qui invitent, elles, à la réflexion et les photographies de famille qui illustrent le texte.
La langue de l'autrice m'a vraiment charmée, certaines pages sont de véritable poèmes en prose (cf. p. 52-53 "Derrière l'histoire que je raconte… des années de silence".
Je trouve qu'elle a l'art de brosser un portrait très vivant en une seule phrase : cf. p. 90 "Une fois, j'ai eu cette petite amie qui faisait fuir toutes mes autres petites amies. Grande, musclée, blonde, timide et butch, tout juste sortie de l'armée, qui conduisait une Chevy deux portes avec un coffre renforcé mais ne voulait pas dire pourquoi".
Le fond m'a intéressée et marquée, l'histoire de sa famille, la misère sociale du milieu White trash du sud des États-Unis, les différentes générations de femmes, leur destin tout tracé, la beauté de leur portrait par l'amour qu'elle leur porte, la violence des hommes, le viol qu'elle subit à 5 ans (cf. p. 53) et les violences physiques jusqu'à ses 16 ans, ses amours lesbiennes (non dénuées de maltraitance), le karaté. Elle écrit avec émotion et humour (son obstination au karaté justement).

Ma phrase en italique préférée, p. 90, qui synthétise la raison pour laquelle elle écrit : "Deux ou trois choses que je sais, deux ou trois choses dont je suis sûre, et l'une d'entre elles est que pour continuer à vivre, je dois raconter des histoires, que les histoires sont le seul moyen fiable que je connaisse pour toucher le cœur et changer le monde."

Cette lecture m'a donné envie de poursuivre avec L'histoire de Bone et Peau.

Joëlle
Ce livre me culpabilise parce que je ne l'ai pas particulièrement aimé, alors que je pense qu'il aurait fallu...
D'abord j'ai eu beaucoup de mal à y entrer et j'ai mis beaucoup de temps à le lire. Je l'ai laissé, délaissé, finalement repris, mais par devoir, jamais par plaisir. Je n'ai pas réussi à entrer en empathie avec l'autrice, son histoire m'a ennuyée, alors que j'aurais dû être sensible à ce parcours. Comme je l'ai lu par fractions, je ne suis pas arrivée à voir la continuité s'il y en a une.
Je dois dire aussi que j'avais déjà lu un livre de Dorothy Allison (Retour à Cayro) et que ce livre ne m'a laissé aucun souvenir.
Le début était laborieux, je me perdais dans sa généalogie. Peut-être comme elle, d'ailleurs…
Les photos sont souvent de mauvaise qualité (en plus en impression "livre de poche"), les légendes en fin d'ouvrage n'aident pas à la compréhension. J'ai pensé au livre d'Annie Ernaux Les années, qui s'appuie sur des photos qu'on ne voit jamais, ce qui n'empêche pas de tout comprendre.
J'ai aussi pensé au film de Kristen Stewart Chronology of water (adaptation du livre La mécanique des fluides de Lidia Yuknavitch) qui traite du thème de l'inceste d'une manière qui m'a semblé plus prenante et puissante.
Il y a cependant quelques passages que j'ai bien appréciés, quatre en particulier :
-"Les gens pourraient s'imaginer que c'est la violence sexuelle qui rend lesbienne. - Oh j'en doute. Si c'était le cas, il y aurait tellement plus de lesbiennes." (p. 59)
- Quand elle tire au fusil : "À chaque fois que je visais le centre de la cible, c'était son cœur que je voyais, l'image de ses yeux qui louchent et de son cœur mauvais" (p. 62). Là, j'ai tout de suite pensé à Niki de Saint-Phalle et sa série de tirs. J'avais vu une vidéo d'une de ces séances où elle disait clairement que c'était sur son père qu'elle tirait.
- L'histoire de la butch qui vend des produits ménagers et ne veut pas que ça se sache
(p. 92-93) : c'était drôle.
-
Le rêve en hypertexte (p. 112 et suivantes) : j'ai trouvé ça très brillant.
C'est une maigre moisson.

Claire
Pour moi, ce n'est pas un témoignage, c'est une œuvre littéraire, de même que Triste tigre, concernant pourtant l'inceste et que nous avions lu, l'est.
J'ai comme Véronique été étonnée par l'origine du texte, écrit d'abord pour la scène, nous dit l'auteure dans une note à la fin du livre : je n'arrivais pas à imaginer...
J'ai apprécié l'objet-livre, ce volume qui tient dans la main, avec ces photos bien mises en page : les légendes à la fin du livre, je les ai bêtement reportées sous chaque photo et j'avais plaisir à feuilleter le livre avec ces photos légendées... J'ai également la version new-yorkaise et je remarque que les bords des photos sont légèrement nimbés, ce qui ajoute un charme suranné...
J'ai repensé à des livres que nous avons lus, incluant des photos, tous, comme celui-ci, inclassables :
- Triste tigre de Neige Sinno
- Un désir démesuré d'amitié d'Hélène Giannecchini
- Ma mère rit de Chantal Akerman
- Glaneurs de rêve de Patti Smith
- L'idée ridicule de ne plus te revoir de Rosa Montero.
J'ai aimé la construction non linéaire du livre ; d'ailleurs Dorothy Allison mentionne dans le texte même sa démarche littéraire, ou du moins ce qu'elle n'est pas : "Tous les cours d'écriture dont j'ai entendu parler disent la même chose. Prenez une histoire, suivez-la jusqu'au bout, début, milieu, fin. Je ne fais jamais ça. Jamais." Le coup de l'hypertexte qui est développé à travers une anecdote renvoie pour moi à cette construction. Il se passe une quantité de choses racontées ; et j'ai eu plaisir à repartir aux trois quarts du livre dans une nouvelle histoire : "Une fois, j'ai eu cette petite amie"...
De même que la construction n'est pas linéaire, les photos intégrées dans le texte ne sont pas forcément en lien avec celui-ci ; et le texte décrit parfois une photo qui ne figure pas : décalage, décalage...
Violences, inceste, milieu trash, sont au cœur du livre ; je n'ai pas été oppressée par ces horreurs, du fait de la distance. De la distance grâce à un humour souvent grinçant, là encore décalé : "L'amour était une malédiction qui m'avait d'une façon ou d'une autre évitée, ce qui était sans nul doute la raison pour laquelle j'étais si douée pour les questionnaires à choix multiples et pour apprendre les poésies par cœur." Ou bien : "cet inceste est une tunique de plusieurs couleurs (...) Je ne porterai pas cette tunique, pas même si elle était retaillée sur un modèle féministe, sur une analyse postmoderne."
J'ai aimé la voix qui me parle dans ce livre. J'entends la voix qui scande, parfois tel du slam, c'est très fort, dense. Le refrain avec ses italiques créé un rythme, mais il n'y a pas que lui, par exemple - et je donne tout le passage qu'a mentionné Agnès :
"Derrière l'histoire que je raconte se trouve celle que je tais.
Derrière l'histoire que vous écoutez se trouve celle que j'aimerais pouvoir vous faire entendre.
Derrière mon col soigneusement boutonné se trouve ma nudité, la lutte pour trouver des vêtements propres, de la nourriture, du sens, de l'argent. Derrière le sexe se trouve la rage, derrière la colère se trouve l'amour, derrière cet instant se trouve le silence, des années de silence.
"
Il y a des formulations délicates, mais souvent trash : "la bouche tombante à cause du Valium". Les mots résonnent : "J'ai écrit quelques poèmes qui font mal au crane rien qu'en étant dans la même pièce qu'eux" - c'est fort. Difficile de ne pas sourire même si c'est horrible : "Mes cousines et moi, on n'a jamais été vierges, même quand on l'était". Je me suis régalée des formules : "le sourire crème fraiche", "lesbienne rideau-dentelle" ; et la traductrice a bien fait le job.
Quant à l'adaptation et la mise en scène de Manon Ayçoberry que j'ai vue en me demandant vraiment comment adapter ce texte, j'ai trouvé le défi bien relevé, avec sur scène quatre jeunes femmes de sa compagnie L'Onde et un texte partiel bien sûr, entièrement remonté, avec des passages du livre qu'on réentend, c'est surprenant et intéressant.

Aurore
J'ai lu le livre en anglais, sur une liseuse. Ça m'a fait plaisir de relire un livre en anglais, c'était l'opportunité.
Je ne connaissais Dorothy Allison que de nom, je n'avais jamais lu un de ses ouvrages. Je n'avais même jamais vu son visage, qui m'a tout de suite touchée quand je l'ai vu.
Pour son récit, j'avais peur d'être gênée par le côté haché du récit, les différents fragments et souvenirs de sa vie. Au final, ça a été.
J'ai beaucoup aimé le rythme des phrases, très oral. On imagine très bien le monologue sur scène.
J'ai beaucoup aimé les différentes thématiques abordées, sa vie, qui devient politique en partant du personnel, pour raconter la condition des plus pauvres aux Etats-Unis, les relations hommes/femmes, l'homosexualité. Son histoire est inspirante : une enfance pauvre en Caroline du Sud, émaillée par de très grandes violences et comment elle a réussi à se réinventer dans la vie adulte, en femme lesbienne, féministe, autrice, épouse, mère. J'ai beaucoup aimé comment elle a retranscrit les femmes qui l'ont entourée, qui pouvaient subir elles aussi des violences de la part des hommes et de la société. Et comment elle-même a pu se reconstruire et se réapproprier son corps après les viols. Comment elle a réussi à identifier la douleur du viol, comment elle s'est raconté l'histoire d'une fille qui a tenu tête à un monstre. Comment les "histoires" (et le karaté !) lui ont permis de se sauver.
Pas beaucoup profité des images sur liseuse, elles étaient en petit format.
J'ai lu l'"Hommage à Dorothy Alison" écrit par sa traductrice, il m'a beaucoup émue.
J'ai envie de découvrir d'autres livres de Dorothy Allison.

Stéphanie
J'ai beaucoup aimé. Je l'ai lu sur téléphone, en attendant une liseuse pour Noël... Je déteste lire sur téléphone, et si je l'ai fait c'est parce que j'ai adoré.
Je rejoins ce qu'ont dit celles qui ont aimé. J'ai été séduite par le rythme ; ce texte est presque poétique, notamment avec les italiques. J'ai été très touchée. Je suis rentré très vite dans le livre.
Et il y a aussi cet humour dont a parlé Joëlle.
Je suis impressionné par la force de cette femme ; je pense à la scène du couteau.
Et ce milieu de white trash que je connais pas trop, je le trouve bien rendu.
J'ai apprécié les réflexions autour de la violence et de l'amour ; le propos n'est pas moralisateur.
Il y a quelque chose de brut, de cru, mais de travaillé et très sensible.
La construction joue un peu par rapport à la violence.
Il y a cette scène de la thérapeute par rapport aux lesbiennes. Elle n'évite pas les contradictions J'ai remarqué aussi les propos sur l'écriture dont a parlé Claire. Je suis très curieuse de lire autre chose d'elle.
Et cette fin sur la maternité à 42 ans, quand elle appelle sa sœur pour le bébé. Venant de ce milieu avec tout ce parcours, c'est impressionnant.
Je suis donc très conquise.

Mar (qui l'a lu aussi sur son téléphone avec le problème des photos...)
Dans l'ensemble, j'ai aimé ce livre. Je trouve qu'il illustre bien le parcours d'une personne qui a été extrêmement bouleversée par ce qui lui est arrivé et qui, petit à petit, a réussi à s'approprier son histoire, à transformer ce qui lui est arrivé en une histoire qu'elle peut raconter ou non aux autres. Elle a adopté la position de sujet dans son histoire et ne plus d'objet dans une histoire qui l'a aliénée.

J'ai également trouvé intéressant qu'elle parle à deux reprises de "murs". La première fois, lorsqu'elle évoque son sentiment d'être anesthésiée, de ne pas ressentir la douleur, et qu'elle se sentait comme un mur capable d'encaisser tous les dommages sans s'effondrer. Mais en même temps, elle avait le sentiment que ce qui lui était arrivé était en soi un mur dans sa vie, qu'elle devait escalader chaque jour pour pouvoir exister.

Patricia
Je ne connaissais pas cette autrice donc c'est une découverte.
Je ne regrette pas d'avoir lu ce livre et je trouve qu'elle a eu raison de l'écrire pour témoigner des souffrances faites aux femmes de sa famille par les hommes (qui semblent être tous des monstres) et pour transmettre ce témoignage aux nouvelles générations de sa famille.
En revanche, la lecture de ce livre n'a pas été une partie de plaisir. Trop de rage, de colère, de la violence, tout est très compliqué. Je n'étais pas disposée à ça.
Après plusieurs tentatives, j'ai fini par le lire entièrement afin de pouvoir en parler à la séance Lirelles.
De plus, je n'ai pas aimé la construction du livre, ni l'écriture, et c'était un peu trop fouillis. Pour moi ça n'a pas été assez travaillé.
D'abord l'album photo, que j'ai trouvé un peu ridicule. J'ai trouvé ce paragraphe très confus et les photos n'avaient pas vraiment de lien avec le texte. Tout est très dur, beaucoup de souffrance, mais il faut lire entre les lignes pour comprendre souvent. J'avoue que je n'ai pas accroché sur cette partie.
Le paragraphe sur son viol par son beau-père a été plus fluide dans la lecture. Mais c'est encore très difficile à supporter car elle n'en a pas parlé à sa famille, c'est dans ce texte qu'elle ose en parler.
Tout est compliqué, même ses relations amoureuses.
Suite à ça, le cours de karaté est arrivé comme un cheveu sur la soupe. Ce qui m'a perturbée, c'est que le style était complètement différent des chapitres précédents, pas du tout la même prose, j'ai eu l'impression de lire deux auteurs différents. Au début j'ai eu l'impression qu'elle était hors sujet. Puis j'ai compris que le karaté lui avait permis de se reconstruire. Et que suite à ça, elle a eu l'air d'être mieux dans sa vie comme si le karaté lui avait sauvé la vie.
La partie que j'ai le plus aimée, c'est la conversation avec ses deux sœurs qui ont plus ou moins subi la même chose qu'elle. Et son rêve à la fin.
Je n'ai compris qu'à la fin que ce texte était au départ destiné au théâtre, et qu'une partie était de la fiction. Je ne vois pas l'intérêt de mettre de la fiction dans un tel texte avec photos à l'appui ; pour moi c'était un texte autobiographique, un témoignage. J'ai lu dans la quatrième de couverture qu'il y avait de l'humour : j'avoue que je n'ai pas vu où...
Bref, avis mitigé plutôt négatif.


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