Le cornet acoustique, trad. de l'anglais Henri Parisot, préfaces d'Annie Le Brun et Daria Schmitt, Imaginaire Gallimard, 240 p. 
Dans l'édition américaine de 2021, postface d'Olga Tokarczuk à The Hearing Trumpet.

Quatrième de couverture : Est-ce que les femmes dérangées dérangent ?
Marion Leatherby, dont le loisir favori est le tricot de poils de chat, a quatre-vingt-dix-neuf ans et vit au Mexique chez son arrière-petit-fils. Presque sourde, elle est ravie du cornet acoustique que lui offre son amie Carmella. Grâce à lui, Marion découvre que sa famille complote pour se débarrasser d’elle…
La voilà placée dans une maison de retraite où une tribu de dames habite d’étranges maisons aux formes d’igloos et de gâteaux d’anniversaire, sous le patronage du Docteur Gambit, un gourou tordu. Le regard d’une abbesse lubrique vient faire dérailler plus encore cette mécanique mal huilée. Sur les pas de Marion s’ouvre alors une quête surréaliste vers des univers en devinettes, des orgies psychédéliques et des escaliers vertigineux. Une recréation exubérante du monde que nous connaissons.
Avec ce roman d’apprentissage à rebours, Leonora Carrington entraîne le lecteur dans une suite de péripéties déroutantes, dans les perfidies du monde et le cosmos. Grande farce noire, récit initiatique sur le temps qui passe et jumeau occulte d’Alice au pays des merveilles, Le cornet acoustique est un grand texte surréaliste, injustement oublié.

Leonora CARRINGTON (1917-1851)
Le cornet acoustique (1974)

Nous avons lu ce livre pour le 10 avril 2026, en lien avec l'exposition Leonora Carrington au musée du Luxembourg du 18 février au 19 juillet 2026.


Autoportrait de 1937-1938, Metropolitan Museum, New York

Nos 12 cotes d'amour
Catherine Claire Fanny Mégane
Entre etJean
FrançoiseSabine

EntreetJérémy

Jacqueline MoniqueRichard
Renée

Monique
J'ai acheté le livre lors de ma visite à l'exposition au Luxembourg.
Le début du récit était prometteur avec ces deux femmes âgées excentriques dont on excuse les bizarreries vu leur grand âge. Marion, 99 ans, sourde, perd un peu l'esprit et s'invente des histoires, des interprétations et des folies avec son amie Carmella. C'est plutôt drôle. Le cornet acoustique offert à Marion par Carmella lui permet d'accéder à une certaine réalité à laquelle sa surdité l'avait éloignée et engendre des situations cocasses. L'idée est plaisante d'en faire un médium vers la réalité.
Dans la maison de retraite, on se retrouve dans un monde d'une inquiétante étrangeté où l'on partage la folie de ceux et celles qui s'y trouvent dans un environnement onirique qui rappelle celui d'Alice au pays des merveilles : les maisons en forme de champignons vénéneux, de botte, de momie égyptienne…
Le récit dans le récit de la vie de l'abbesse Rosalinda est délirant avec des nonnes paillardes, des messes noires et des déguisements. On y sent un plaisir de blasphème et d'hérésie, mais aussi une quête de liberté.
C'est absurde, excessif, subversif. Je me sens égarée comme dans les tableaux d'Eleonora. J'ai spécialement fait un lien avec ses tableaux dans le passage avec Marlborough et Anubeth.
Je ne sais qu'en penser.
J'ai du mal à rapprocher l'auteur Leonora Carrington avec la personne que j'ai vue et entendue dans la vidéo présentée à l'exposition. Je me suis plongée dans l'énorme catalogue dans le but d'approcher cette personne fascinante et déroutante.
Le mystère subsiste. J'attends avec impatience de lire le point de vue de lecteurs qui pourrait m'éclairer.
J'ouvre ¼ pour le début.
Sabine

Je suis allée voir l'exposition au musée du Luxembourg où j'ai pu me procurer le livre de Leonora Carrington. Tout était sous le signe de la découverte, le musée, la peintre, la romancière.
J'ai été séduite par la femme, sa silhouette, son parcours, ses rencontres. Ses tableaux aux frontières du symbolisme, du surréalisme et très inspirés de Bosch et Bruegel m'ont plu, mais sans plus.
Quant au roman, je redoutais de ne rien y comprendre dès la première page ; eh bien, non ! J'ai aimé la narration à la première personne, laissant entrevoir un personnage facétieux et curieux. L'univers du grand âge et des maisons de retraite (auquel je suis sensible en ce moment) m'a fait sourire. Et puis j'ai lâché prise au milieu du livre, après l'évocation du jardin du Luxembourg : ça part dans tous les sens, j'ai entrepris une lecture façon "marelle", et sur les coups de 4h du matin, j'ai refermé le livre.
Je suis heureuse d'avoir fait la rencontre de cette artiste, mais je suis incapable de formuler quelque chose d'intelligent à son propos.
Je serai donc très attentive à tout ce que vous direz durant cette soirée que je vous souhaite excellente. Je retourne à William Boyd que j'aime tant...
Jean entre
et
Je ne pourrais malheureusement pas être là ce soir. C'est dommage car j'ai trouvé Le cornet acoustique assez agréable à lire et j'ai bien aimé l'exposition sur Carrington au musée du Luxembourg. Voici en tout cas mon avis sur l'ouvrage, que j'ouvre entre la moitié et les trois quarts.
Dès les premières pages j'ai ri. L'écriture est fluide et le personnage de Marion Leatherby est attachant. Elle ne s'apitoie pas sur son sort et la narration pourrait laisser la place à la mélancolie mais ne le fait pas.
J'avais un peu d'appréhension à l'idée de lire un roman d'une artiste surréaliste, craignant que l'histoire soit trop loufoque pour que je puisse être embarqué dedans. C'est effectivement du grand n'importe quoi du début à la fin (surtout à la fin) et je n'ai pas été transporté jusqu'en Laponie, mais j'ai quand même eu un certain plaisir à tourner les pages car je voulais savoir où cela menait. La longue digression sur l'épopée de l'Abbesse Rosalinda Alvarez Cruz de la Cueva m'a particulièrement plu, c'était grandiosement ridicule.
Ayant vu l'exposition sur Carrington (que je ne connaissais pas du tout) avant de commencer la lecture, j'ai retrouvé dans le texte plusieurs des thèmes abordés dans ses tableaux et travaillés tout au long de sa vie. Ses idées féministes et avant-gardistes infusent d'ailleurs dans l'ouvrage : le respect des animaux - nos "frères inférieurs" -, le rejet de la peine de mort, la critique des gouvernements (que ce soit par Carmella ou par Marion elle-même), et plus largement un féminisme surplombant, allant de la critique du christianisme et de sa "trinité d'hommes" au fait que les personnages soient presque exclusivement des femmes (avec ou sans tête de louve).
L'aspect ésotérique, de plus en plus prégnant au fur et à mesure qu'on se rapproche de cette drôle d'ère glaciaire, m'a toutefois semblé un peu de trop par moments. Pourquoi autant de psalmodies ?
J'ai beaucoup aimé les personnages de Marion et de Carmella, mais je n'ai pas réussi à trouver de profondeur aux autres. Enfin, au-delà du miracle de la mère de Marion encore vivante et fringante (alors que sa fille est envoyée à l'hospice) ou du traîneau atomique de Marlborough, je remarque surtout qu'un chat a disparu. Au début ils sont deux, mais à la fin Carmella lui en ramène seulement un, sans un mot pour l'autre, comme s'il n'avait jamais existé. Ce n'est qu'un détail mais, fin du monde ou pas, qu'a-t-il pu advenir du pauvre matou ?
Fanny
Cette lecture m'a permis de découvrir l'artiste, un grand merci pour la doc sur le site qui m'a donné un aperçu, à défaut d'avoir pris le temps pour voir l'exposition.
J'ai été d'emblée emballée par l'accroche du roman avec cette vieille dame dont les illusions sur ce que sa famille pense d'elle tombent sans équivoque.
Et puis très vite, on bascule dans l'irréalisme, notamment avec l'âge de sa mère. J'ai lâché prise avec toute vraisemblance et j'ai plongé.
C'est à la fois, poétique, fantastique, fantasmatique voire ésotérique - ou initiatique ? - avec la scène de sa mort où elle se mange elle-même.
J'aime assez le parallèle avec Alice au pays de Merveilles (une idée pour Noël ?) même si je trouve l'environnement du Cornet acoustique plus sombre.
Et puis tous ces personnages fantasques, l'amie et son manteau, ses cheveux violets ! C'est très visuel et mes souvenirs sont assez vivaces, même si je l'ai lu il y a plusieurs semaines.
Un bémol : j'ai trouvé le récit sur l'abbesse trop long, même s'il marque un des points de rupture dans le roman.
J'ouvre ¾. Hâte de lire vos avis que j'imagine contrastés.

Claire
Nous avons lu Alice au pays des merveilles en 1994, soit... 32 ans... ça laisse peut-être une chance...

Fanny
Il y a aussi De l'autre côté du miroir.

Claire
Quelle bonne idée ! En plus avec une édition récente en GF des deux rassemblés en un seul volume (382 p.) : Alice au pays des merveilles - De l'autre côté du miroir, avec les illustrations de John Tenniel, la traduction d'Henri Parisot qui a traduit Le Cornet et une édition (présentation, etc.) de Tiphaine Samoyault qui, outre être la feuilletonniste du Monde, vient justement de sortir un livre sur la notion de classique et de canon littéraire, en remettant en question l'idée que les grands textes sont des monuments figés, livre dont le titre est Toutes sortes de Misérables...

Jacqueline
Je l'ai lu, il y a plus d'un mois déjà (pour le tester…)
J'avais trouvé le début absolument jubilatoire. La maison de retraite, tout ce qui s'y passe et les ruses de l'héroïne pour résister… Et puis ça sombre dans l'ésotérisme et ça a cessé de m'intéresser. Je l'avais lu consciencieusement jusqu'au bout, mais j'ai beaucoup oublié et je n'ai pas eu le courage de le reprendre. Pourtant, ma visite à l'exposition, après ma lecture, m'aurait peut-être donné un autre éclairage sur ce fatras…
Cette exposition : une belle découverte de cette femme ! En voyant les dessins (type fantasy) de cette adolescente extraordinaire un peu en marge (elle se fait virer de ses écoles chics !) j'ai pensé que peut-être j'avais loupé quelque chose dans ma lecture parce que, si je m'intéresse à la littérature jeunesse, je ne lis pratiquement pas de littérature pour ados et encore moins de fantasy… C'est intéressant ensuite de voir comment cette fantasy va se combiner avec le surréalisme … J'étais très curieuse de sa relation avec Max Ernst, peintre que j'apprécie. Le chaos de la guerre, leur séparation : Max Ernst au camp des Milles, elle en fuite par l'Espagne franquiste, cela m'a fait penser à un livre que nous avions lu il y a 20 ans Dernière frontière de Bruno Orpea sur les derniers jours de Walter Benjamin… À l'exposition, j'ai apprécié ce qui transparaît de sa maternité dans son œuvre et, surtout, de la voir sereine et pleine d'humour dans les interviews à la fin de sa vie...
Bref, j'ouvre le livre ¼ à cause du plaisir que j'avais eu à en lire le début…
Catherine

Je ne connaissais pas Leonora Carrington.
J'ai commencé par l'expo et je n'ai pas regretté car j'ai aimé sa peinture et il y a vraiment une résonance avec l'univers visuel du livre.
J'ai beaucoup aimé le début, le personnage principal, Marion, et son amie Carmella, le côté rebelle et subversif de ces deux vieilles dames, leurs idées complètement loufoques. J'ai aimé le cornet acoustique, l'univers de cet étrange Ehpad, dirigé par un couple de gourous, et peuplé de vieilles dames improbables, qui vivent dans des pavillons en forme de chaussure et de gâteau d'anniversaire. On plonge dans un univers surréaliste, onirique et magique à la fois, décrit avec un humour british. On pense à Alice évidemment, en plus drôle.
La description de la vieillesse est sans concession : "ses yeux avaient dû être grands et beaux avant qu'un amas croulant de chair mauve ne se fut formé au-dessous d'eux", mais en même temps, les personnages ne correspondent pas à l'idée qu'on se fait de vieilles dames, ni par leur langage - "cette infecte femelle de Gambit veut que j'épluche ses pommes de terre et je ne peux aller chaparder à la cuisine quand je viens de me vernir les ongles" - ni par leurs actions.
J'ai beaucoup aimé l'écriture, il y a des phrases extraordinaires : "j'ai songé moi-même à écrire des vers, mais faire en sorte que les mots riment l'un avec l'autre est vraiment très difficile, c'est comme si l'on essayait de conduire un attelage de dindons et de kangourous en descendant une rue très fréquentée, et de les maintenir bien groupés en les empêchant de regarder les vitrines"...
Ensuite, on se retrouve entraîné à la suite de l'abbesse Rosalinda, avec l'évêque de Trêve-les-Frèles, dans un trip ésotérique dans une recherche du Graal, entremêlée de scènes plus ou moins orgiaques, ça part dans tous les sens, on s'y perd. Je me suis laissé porter, sans chercher de logique là où il n'y en a aucune. C'est très drôle par moments, mais j'ai trouvé ça quand même un peu long. On repart ensuite vers l'hospice avec l'affaire des empoisonneuses, la grève de la faim et enfin, ça devient encore plus barré, la mine d'uranium, la rencontre de Marion avec son double, tout en touillant les restes de son cadavre dans la marmite, la fin du monde avec la bascule des pôles, l'arche atomique et la femme loup. Je crois n'avoir jamais rien lu d'aussi déjanté. J'aime le surréalisme, passer de l'autre côté du miroir. Ça change un peu. Je suis contente d'avoir découvert Leonora Carrington. J'ouvre ¾.
Jérémy entreet(à l'écran)
Avant la lecture : je n'étais pas ultra enthousiaste à l'idée de lire un roman surréaliste, moi qui suis très terre à terre, très roman naturaliste. Je n'ai pas vu l'expo, j'irai.
Après la lecture : au début, je croyais, du fait que j'avais lu la quatrième de couverture - ce qu'il ne faut pas faire et que je fais toujours -, qu'il s'agissait du placement de cette vieille qui a un cornet acoustique dans une maison de retraite, mais ce n'est pas du tout ça et j'ai été décontenancé.
Comme dit Catherine, il faut se laisser embarquer : rien n'a de sens, tout est décalé. Ça fonctionnait quand j'avais 10 ans et que je lisais Harry Potter.
Cependant, j'ai bien aimé l'écriture fluide, classique, et je me suis régalé avec les imparfaits du subjonctif, comme "L'été et l'hiver passèrent avant que nous ne reçussions des nouvelles de l'Évêque" : mon côté old school aime bien ça.
Entre les pages 120 et 155, j'ai décroché complètement avec la longue digression : je n'ai rien compris, j'ai lu en diagonale. Avec l'arrivée du facteur, il y a une autre digression, je suis passé à côté. Sans parler de la mine d'uranium trouvée par Carmella, la femme, loup-garou, l'ère glaciaire… Mais je salue l'œuvre d'imagination. Je suis preneur de l'adresse de son dealer...
Il y a des passages truculents. Par exemple, avec l'arche de Noé qui se saoule et passe par-dessus bord. Ou, très drôle, le passage sur les nus : "Je veux peindre des nus, dis-je, on ne trouve pas de nus, ici."
"Pourquoi pas ? répliqua Mère avec une lueur de logique. Les gens sont nus partout, s'ils n'ont pas de vêtements sur eux
."
Ou encore : comment apprivoiser l'ours polaire.
Il y a plein de pistes, mais pas abouties, par exemple un côté policier avec l'empoisonnement.
Il faut accepter de rentrer dans le truc et je suis resté extérieur. Mais des passages m'ont plu. D'ailleurs je l'ai lu jusqu'au bout. J'ouvre entre ¼ et ½.

Françoise
Tu as dit ce que je voulais dire, Jérémy. Pour moi aussi ça commence bien - sur le plancher des vaches - avec l'histoire de Carmella et Marion qui est placée en maison de retraite ; ce sont deux caractères excentriques et attachants. Alors j'attendais une résistance de la part de Marion au moins, mais on n'en entend plus parler ; bon, sa famille vient la voir une fois, après silence radio..
Il y a des stades différents de l'histoire dans cette maison de retraite, tarabiscotée, sur fond de secte ; à propos du nom du directeur de la maison de retraite, Gambit, Olga Tokarczuk, dans sa postface dans mon édition en vo, dit que gambit vient du l'italien gambetto, littéralement petite jambe, que l'on trouve aussi dans l'expression dare il gambetto qui veut dire comploter.
Puis j'ai cru qu'on allait avoir une intrigue policière après la tentative d'assassinat manqué, les deux auteures se font expulser sans qu'on sache pourqu
oi elles ont fait ça, qui était visé, etc., et non, on passe encore à autre chose. Puis c'est un épisode fantastique, après, en plus, science-fiction avec la fin du monde, le changement des pôles… très gloubi-boulga.
Ce n'est pas que c'est désagréable à lire, c'est drôle à plein de moments. Mais ce qui m'a gonflée, c'est l'histoire de la nonne qui n'est pas raccord avec le reste : cette histoire je trouve n'ajoute rien, c'est une digression trop longue.
Grâce à tout ça, j'ai quand même lu jusqu'au bout, bien que ce ne soit pas mon style d'écriture préféré. C'est trop barré. Ça me fait penser aux rêves dans les livres - pitié ! - je n'aime pas du tout les rêves dans les livres, ça me paraît toujours hors sujet.
Mon avis est donc partagé et j'ouvre à moitié. Dans la postface Olga explique que le roman a une fin ouverte : ça ne m'a pas frappée.
C'est excentrique ça c'est sûr. Mais j'ai quand même apprécié la lecture - malgré toutes mes réserves - et je pense qu'en VF je n'aurais pas autant accroché.
C'est très visuel, très coloré : par exemple Carmela qui arrive en limousine parme, je la vois.
Je ne regrette pas de l'avoir lu. J'ai regardé quelques œuvres de Carrington sur internet, et ça ne m'a pas donné envie d'aller voir l'expo, peut-être à tort. Claire me dit que les dessins dans l'édition que j'ai lue ne sont pas d'elle mais de son fils, c'est une bonne illustration.
Richard(à l'écran, avec un nouvel ordinateur pas encore totalement maîtrisé, de sorte que Richard apparaît la tête au plafond, ce qui va extrêmement bien avec le livre...)
J'ai lu ce livre écrit dans un anglais facile à lire et conversationnel avec de courtes phrases. Facile, mais trop décourageant : l'auteure empile des références "à la tonne", ce qui illustre bien l'esprit d'une plus que nonagénaire qui ne peut se concentrer sur l'essentiel. J'ai montré beaucoup de patience, mais très franchement ça m'emmerdait et en plus je n'apprécie pas le surréalisme.
Je trouve ça "trivial", mais au sens anglais et non français, à savoir "petit, sans aucune importance".
J'ai ri intérieurement de certaines touches d'humour par exemple "Last Supper" le nom de la mort-aux-rats qui prend le sens "La Cène" ; mais cela ne m'a pas suffi pour patienter et aller jusqu'au bout (je n'ai pu lire que deux tiers).
J'ai bien compris que l'importance mise sur le grand nombre de femmes et de leurs actions peut faire l'apologie du féminisme, mais cela n'allège pas mes difficultés de lecture.
C'est peut-être de ma faute, mais comme je n'apprécie pas le mouvement surréaliste, c'était mal barré.
Je suis indulgent : je l'ouvre ¼.
Mégane
Complètement barré !
L'histoire d'une très vieille dame, sourde comme un pot mais jeune dans sa tête, qui va ouvrir les yeux grâce à ses oreilles et à son cornet acoustique, offert par son amie Carmella (clairement le meilleur personnage du roman). La voilà qui débarque dans un Ehpad sauce réalisme magique à la mexicaine avec une dose de surréalisme à la française, des personnages hauts en couleur et un humour tout britannique. Le parcours de Carrington en un livre. Incroyable !
En lisant le roman, je me suis vue dans un mélange entre le Jardin des Tarots de Niki de Saint-Phalle et le parc Güell de Gaudi, le cornet acoustique m'a bien évidemment évoqué Hergé et son célébrissime Professeur Tryphon Tournesol, nous avons également eu droit au Graal, son cortège alchimique et ses cultes géniaux à Hécate (de la part de vieilles femmes décaties j'en rigole). Bref, un joyeux mélange complètement décalé et truculent.
J'ai calé un peu sur la dernière partie, qui m'est passée au-dessus (sans doute un poil trop pour moi).
Encore une fois, mention spéciale à Carmella, une grand-mère que j'aurais rêvé d'avoir, avec son côté chaotique et bigarré !
Claire
J'ai été d'abord séduite par la double possibilité d'approche de cette artiste visuelle ET textuelle. J'aime cette double expérience que j'ai pu connaître avec Félix Vallotton, Jean Cocteau (dont nous avions visité la maison), Carlo Levi (dont au passage nous sommes plusieurs à proposer Le Christ s'est arrêté à Eboli pour l'année prochaine). Il y a aussi Victor Hugo, Henri Michaux...
L'exposition a eu pour moi deux volets : le parcours de la femme, impressionnant, passionnant, et les œuvres. Certaines m'ont captivée, et comme avec Jérôme Bosch, on s'approche pour s'émerveiller des détails surprenants. D'autres, comme ses œuvres d'adolescente, m'ont laissée plus froide, tout en étonnant avec cet univers.
Dans ma lecture, il y a eu plusieurs temps : le départ et le séjour dans cette maison de dingues qui m'a interloquée, mais bon je ronronnais un peu dans cet Ephad hallucinant et le flashback tout à coup concernant des voyages avec la mère de la narratrice en France et en Italie m'a redonné un coup de fouet : j'ai aaddooré quand est évoqué le surréalisme "qui n'est plus aujourd'hui considéré comme moderne et presque tous les presbytères de village comme presque toutes les écoles de filles ont des peintures surréalistes pendues à leurs murs" (voir ›tout le passage succulent). Ensuite, le développement sur l'Abbesse trans m'a rappelé le livre que nous avons lu l'été dernier, La Nonne-soldat de Catilina de Erauso, un livre assez dingue aussi...

Jérémy
Pénible !

Claire
Que j'avais bien aimé, et puis c'est la suite et fin où on décolle complètement jusqu'à la Laponie et où je suis restée à Paris dans une première lecture : je ne pouvais pas dire que j'avais été passionnée par le livre ; en le lisant, je me rendais bien compte qu'il était hors cadres, hors genres, ce qui est pour me plaire. Je suis restée paresseuse un premier temps : je sentais que je lisais le livre avec des œillères, avec un cadre habituel, et que c'est une autre expérience qu'il s'agit de faire. Il fallait le relire, avec une autre attitude. Ce que j'ai en partie fait. Je suis repartie des voyages avec la mère et me suis enfilé les 120 pages qui suivaient dans un autre état d'esprit. J'ai repris les aventures totalement amorales de l'abbesse avec son évêque, les récits enchâssés, j'ai accueilli toute la smala des animaux, le facteur qui débarque alors qu'il ne reste plus un humain sur la planète, les danses, la limousine. J'ai eu des doutes comme dans l'exposition : à certains moments, n'est-ce pas enfantin, ou ne s'agit-il pas de bimbeloterie ésotérique ? Mais ce qui arrivait alors dans le livre, ou ce que je voyais alors dans le tableau, m'ôtait le doute. Ni réalisme magique, ni hasard surréaliste, ni univers gothique, ou tout cela. Oui, ceci ne mène nulle part, non on n'a pas la suite, et pourtant on est mené avec détermination, dans l'humour, dans le sérieux extravagant : c'est une expérience de lecture.
J'ai pensé au livre
L'Ivrogne dans la brousse, un autre livre bien dingue que nous avions lu.
J'ai apprécié que Jean fasse ressortir une profondeur du livre.
Enfin, j'ai trouvé l'histoire du livre extrêmement romanesque, traduit en français avant d'être publié en anglais, avec toutes ces préfaces d'écrivains...
Renée(à l'écran)
J’étais curieuse : qu’est-ce qu’un roman surréaliste ? En peinture, le surréalisme ne me plaît pas du tout. Je suis trop indéfectiblement cartésienne pour apprécier : j’observe, j’essaie de trouver un chemin vers ma sensibilité, je ne trouve pas, ça m’agace. Les jeux d’écriture automatique, de cadavres exquis, le refus de la logique, laisser le hasard dominer la raison, me paraissaient enfantins, puérils.
Le cornet acoustique m’a fait le même effet. Le début du roman m’a semblé ordinaire, puis l’histoire de l’Abbesse lubrique, plaquée artificiellement dans le récit, m’a laissée indifférente. Ensuite, le texte est franchement délirant ; j’ai essayé, afin de trouver un minimum d’intérêt, de rapprocher texte et tableaux. J’ai bien vu la harpie, les loups, le monde souterrain (notre inconscient ?) : impossible de vibrer.
Jean a bien expliqué qu’elle a des idées, mais n’en fait RIEN. Par exemple son double, ça posait des questions : elle rentre dans la marmite et... c’est fini. Du coup, même le peu d’humour m’a paru vain.
En conclusion, ce livre m’a laissé de marbre, je le ferme complètement.
Pourtant, il y a un livre que j’ai adoré il y a une quarantaine d’années, que je n’ai jamais oublié et qui n’est basé que sur le hasard. C’est L'Homme-dé de Luke Rhinehart. C’est l’histoire d’un psy qui décide un jour d’attribuer une option à chaque face d’un dé pour toutes ses décisions. C’est ainsi le hasard qui décide de toute sa vie. La morale est perturbée, dévoilant la face sombre de chacun. La contestation de la société est la même que celle des surréalistes, mais le livre a une trame logique, un but qui m’avait passionnée.
J’ignorais que ce livre était devenu un livre "culte".

                          DES INFOS AUTOUR DU LIVRE
Repères biographiques
Livres publiés en français
Les publications du Cornet acoustique et les traductions
Les préfaces
•L'histoire rocambolesque du manuscrit
L'artiste, l'expo
Sur le livre Le cornet acoustique

REPÈRES BIOGRAPHIQUES

Mieux que la fiche Wikipédia, car en images :

une biographie illustrée : ›sur le site Artefields, consacré à l'art

en 2 min pour les pressés : ›sur Beaux arts Magazine

deux documentaires :
Leonora Carrington : ouvre-toi porte de pierre (coffret Livre DVD avec un livre de 88 pages) de Dominique et Julien Ferrandou, 2011, 1h47, bande annonce ›ici

Leonora Carrington - The Lost Surrealist
(2017), de Teresa Griffiths ›sur youtube ; ce film de 57 min explore :
- les années parisiennes de Carrington aux côtés de Max Ernst, André Breton et Picasso
- son internement en Espagne après l’arrestation d’Ernst par les nazis
- son installation au Mexique, où elle deviendra une artiste, écrivaine et sculptrice célébrée
- son univers pictural, peuplé de créatures hybrides, de mythologies personnelles et de visions oniriques
- des archives rares, des témoignages familiaux (notamment de son fils Gabriel Weisz Carrington) et des analyses de spécialistes (comme Teresa Arcq et Joanna Moorhead).
Ce film, diffusé d'abord sur la BBC, a été lauréat du Grierson Award du meilleur documentaire artistique en 2018, salué pour la qualité de sa narration et la richesse de ses archives.

LIVRES DE LEONORA CARRINGTON traduits en français

- La Débutante fait partie des premiers contes (1937) de Leonora Carrington, que André Breton retiendra pour son Anthologie de l'humour noir (prévue en 1935, éditée en 1940 mais frappée par la censure du régime de Vichy, diffusée en 1945, vraiment éditée en 1950 par les éditions Sagittaire et publiée en édition définitive en 1966 par Jean-Jacques Pauvert).
- La maison de la peur, préface et illustrations de Max Emst, éd. Henri Parisot, coll. "Un divertissement", 1938.
- La Dame ovale, sept illustrations par Max Emst, GLM, 1939.
- Les Sœurs, nouvelle, in revue L'usage de la parole, n° 2, février 1940.
- En bas, recueilli par Jeanne Megnen, couverture de Mario Prassinos, Fontaine, coll. "L'Âge d'or", 1945 ; rééd. Eric Losfeld, 1973, illustration de Marcel Duchamp et Pierre Faucheux, nouvelle éd. augmentée d'une lettre à Henri Parisot ; rééd. En bas précédé de Dévoilé autant que possible, Annie Le Brun, Le Vigan, L'Arachnoïde, 2013.
- Pénélope, pièce de théâtre, Les Quatre Vents VI, 1946 (mise en
scène par Alejandro Jodorowski à Mexico en 1961, scénographie et costumes par Leonora Carrington).
- Une chemise de nuit de flanelle, pièce de théâtre, trad. Yves Bonnefoy, avant-propos Henri Parisot, coll. "L'Âge d'or", Les Pas Perdus, 1951.
- Pénélope, in Cahiers de la Compagnie Madeleine Renaud-Jean-Louis Barrault, Gallimard, n° 70, 2e trimestre 1969 (spectacle de la Compagnie Catherine Monnot, 1969, Biennale de Paris ; mise en scène en 1986 de Yveline Danard et Micheline Zederman, Chapelle Expiatoire et Théâtre Noir, spectacle de Théâtre Inachevé.
- Le Cornet acoustique, roman, trad. Henri Parisot, préface André Pieyre de Mandiargues, Flammarion, coll. "L'Âge d'or", 1974 ; rééd. Garnier-Flammarion, introduction, bibliographie et chronologie Jacqueline Chénieux-Gendron, 1983 ; rééd. Gallimard, coll. "L'Imaginaire", préfaces Annie Le Brun et Daria Schmitt, 2024.
- La Porte de pierre, roman, trad. Henri Parisot, Flammarion, 1976.
- Le Septième Cheval, trad. Madeleine Bousté, Montpellier, éd. Coprah, 1977.
- La Débutante : contes et pièces, trad. Yves Bonnefoy, Jacqueline Chénieux, Geneviève et Henri Parisot ; avant-propos de Jacqueline Chénieux, Flammarion, coll. "L'Âge d'or", 1978.
Réunit : La Débutante, La Maison de la peur, La Dame ovale, L'Amoureux, L'Ordre royal, Les Sœurs, Lapins blancs, L'Attente, Le Septième cheval, Histoire du Cadavre Exquis, L'Homme neutre, Une chemise de nuit de flanelle, Pénélope, La Fête de l'agneau, Opus sinistrum.
- Pigeon vole, nouvelles, trad. Jacqueline Chénieux-Gendron et Didier Vidal, préface de Jacqueline Chenieux-Gendron "De l'onirisme comme autobiographie", Cognac, Le Temps qu'il fait, 1986. Réunit : Pigeon vole, Monsieur Cyril de Guindre, Quand ils passaient, Jenima et le loup, Histoire du petit Francis.
- Le lait des rêves, dessins et récits, trad. Lise Thiollier, postfaces Gabriel Weisz et Alejandro Jodorowsky, Ypsilon, 2018.
- Les magiciennes : surréalisme et alchimie au féminin, Leonora Carrington, Ithell Colquhoun, Remedios Varo, introduction Marie Sarré, co-commissaire de l'exposition "Surréalisme", Centre Pompidou, 2024 ; réunit les textes Quand ils passaient, Pigeon vole, Le septième cheval, La mouche de M. Grégoire, Le chameau de sable, Conte de fées mexicain.

Les éditions Fage à Lyon publient un ensemble considérable de textes :
- L'œuvre écrit I Contes, préface Marc Kober, ; postface, Jacqueline Chénieux-Gendron, 2020. Réunit 27 contes dont La Maison de la Peur, La Débutante, Quand ils passaient, Les Sœurs, Lapins Blancs, Le Septième Cheval.
- L'œuvre écrit II Récits, préface Jacqueline Chénieux-Gendron, 2022. Réunit : Histoire du Petit Francis, En bas, La Porte de Pierre, Le cornet acoustique.
- L'œuvre écrit III Théâtre, préface, Karla Segura Pantoja, 2022. Contient parmi les douze pièces Pénélope, L'Invention du Mole, Le Prince bleu Coucou, Judith, Opus sinistrum, Pompus et sanctificant unt, Bouillon de corbeau, écrit avec son fils Gabriel Weisz.
- Paroles d'artiste, bilingue, 2024.

Pour en savoir plus sur Henri Parisot, à la fois traducteur et éditeur de Leonora Carrington dans la collection "L'Âge d'or" qu'il a créée, voir l'entretien sur le site La porte ouverte : UN HOMME, UNE COLLECTION : Henri Parisot "L’ÂGE D’OR, 1er août 2016.

LES PUBLICATIONS du Cornet acoustique ET LES TRADUCTIONS


LE CORNET ACOUSTIQUE
Traduction d'Henri Parisot
- 1974 : Flammarion
, coll. "L'Âge d'or", préface André Pieyre de Mandiargues. Cette collection a été créée par le traducteur, Henri Parisot.
- 1983 : Garnier-Flammarion, introduction, bibliographie et chronologie Jacqueline Chénieux-Gendron, spécialiste du surréalisme, directrice de recherche au CNRS
- 2022 : Fage éditions (Lyon), L'Œuvre écrit : Récits, t. II, préface Jacqueline Chénieux-Gendron
- 2024 : Gallimard, coll. "L'Imaginaire", préfaces Annie Le Brun, écrivaine, poétesse et critique littéraire, associée au mouvement surréaliste, co-auteure de Leonora Carrington : la mariée du vent, et Daria Schmitt, autrice de bandes dessinées.

THE HEARING TRUMPET

- 1976 : St. Martin'Press (New York), deux ans après l'édition en français, ill. Pablo Weisz-Carrington, fils cadet de Leonora Carrington
- 1977 : Routledge & Kegan Paul (Royaume-Uni), ill. Pablo Weisz Carrington

- 1991 : Virago Press Ltd, coll. "Modern Classics", introduction Helen Byatt, éditrice britannique connue pour son travail dans l’édition de littérature étrangère et d’œuvres singulières, souvent à la croisée du fantastique, du féminisme et du surréalisme, ainsi que dans la redécouverte d’autrices oubliées, notamment au XXe siècle.

- 1996 : Exact Change, Boston, livre en ligne ›ici
- 2004 : Penguin/Exact Change
- 2005 : Penguin Books, préface Ali Smith, romancier et nouvelliste écossaise contemporaine.
- 2021 : New York Review Books, postface Olga Tokarczuk, ill. Pablo Weisz Carrington

LA TROMPETILLA ACÚSTICA
Traduction de Renato Rodríguez en espagnol à partir de la traduction française de 1974
: écrivain et traducteur vénézuélien, il appartenait à une génération d'écrivains latino-américains pour qui le français était langue de culture.

- 1977 : Monte Ávila Editores, Caracas (Venezuela)


- 2017 : Fondo de Cultura Económica, Mexico, coll. "Tezontle".

D'autres traductions existent, récentes : japonais, italien, allemand, portugais, turc, lituanien, polonais, néerlandais, coréen, grec...

LES PRÉFACES

Les préfaces ont des angles de présentation différents. En une phrase, voici ce que disent les six préfaces de quatre écrivain.es, une éditrice, une universitaire :
- André Pieyre de Mandiargues, écrivain : ce livre est un sortilège, laissez-vous y perdre.
- Helen Byatt, éditrice : ce livre est génial, lisez-le.
- Jacqueline Chénieux-Gendron, universitaire : voici comment il fonctionne.
- Ali Smith, écrivaine : ce livre change notre façon de voir le monde.
- Olga Tokarczuk, écrivaine : ce livre nous montre qu’il existe d’autres mondes — et qu’ils sont déjà là.
- Annie Lebrun, écrivaine : la subversion à l'état pur !

Voici en lien les préfaces exhaustives de :
- André Pieyre de Mandiargues
- Helen Byatt (en anglais)
- Ali Smith (en anglais)
- Jacqueline Chénieux-Gendron
- Olga Tokarczuk (en anglais).

L'HISTOIRE ROCAMBOLESQUE DU MANUSCRIT

C'est grâce à Mandiargues que le livre fut publié. Sa préface à la première édition de 1974 commence ainsi :

Devant la traduction qui par Henri Parisot nous est offerte du Cornet acoustique de Leonora Carrington, que j'avais lu, il y a une quinzaine d'années, dans le texte original, brusquement je retrouve une sorte de bonheur qui mêlait venu alors par la grâce de ce roman fantastique, en lequel je me plais à voir l'œuvre narrative la plus remarquable, sans doute, d'une femme dont les écrits autant que les tableaux nous ont toujours enchantés. Je revenais du Mexique, où nous avions passé. Bona et moi, un peu plus de quatre mois, et Leonora m'avait confié une dactylographie, la seule en sa possession, m'avait-elle dit, de son roman, pour qu'il fût donné en lecture à des éditeurs de Londres. À telle fin, je crus ne pouvoir mieux faire qu'en remettant la copie du Cornet (en anglais : The ear trumpet) au conseiller culturel britannique, non pas à cause de son titre mais parce qu'il avait fait partie du groupe surréaliste avant la guerre et parce que je le savais lié d'amitié avec Leonora, comme avec Max Ernst et Paul Éluard. Imprudence dont je me repentis fort, car pendant longtemps je n'eus aucune nouvelle du Cornet, et quand, après maintes sollicitations de ma part, j'en eus, ce fut pour apprendre qu'il avait été totalement et définitivement égaré par les bons soins du préposé à la culture...

Par bonheur, les œuvres exceptionnelles, comme les personnes d'exception, jouissent souvent de certaines protections singulières ; par bonheur aussi la distraction de Leonora Carrington est grande. Le fait est qu'une autre copie du
Cornet se retrouva, bien des années plus tard, chez l'auteur, et que celui-là choisit de l'envoyer à Paris, chez son ami et traducteur habituel : Henri Parisot. Ainsi le Cornet paraît-il maintenant en version française, avant toute publication dans la langue où il fut initialement composé.


André avait fait la connaissance de Leonora dès 1937, alors qu'elle avait quitté l'Angleterre pour suivre Marx Ernst, qu'elle venait de rencontrer. Il la retrouvera au Mexique en 1958.

Complétons l'histoire du manuscrit par un extrait de la préface de Jacqueline Chénieux-Gendron (qui rencontra d'ailleurs Leonora Carrington au Mexique) :

On n'imagine pas d'ailleurs l'état du manuscrit (écrit en anglais). André Pieyre de Mandiargues a raconté comment il lui fut prêté par Leonora, confié par lui à un attaché culturel anglais à Paris, perdu par ce dernier. On finirait par le comprendre. Lorsqu'une amie de Leonora la contraignit, dix ans environ plus tard, à rechercher un double, ce qu'elle retrouva et transmit sans sourciller à Henri Parisot, c'était un palimpseste où plusieurs couches de dactylographies avaient ajouté à plaisir les balbutiements et cafouillis de la machine. "Ma diction n'est pas très bonne, dit bien Marion, car j'ai perdu toutes mes dents." La machine à écrire avait sans doute elle aussi perdu quelques dents et Henri Parisot, en tout cas, y perdit quelquefois son humour. Mieux : les protagonistes changeaient de nom avec les pages. Nul doute qu'un seul médecin-chef, pourvu d'une épouse administratrice et acariâtre, ait présidé aux destinées de l'asile. Mais d'abord il s'appelait Gambuse (comme chef d'une "cambuse" ?), puis le Dr Gamboge qui veut dire "gomme-gutte" utilisé comme pigment jaune, en peinture, c'est aussi un purgatif. En somme, un docteur Purgon. Enfin ce fut et resta Gambit (que choisit définitivement Henri Parisot) - "Gambit" qui, en termes de jeu d'échecs, est un tour audacieux dans lequel est impliqué le fou. Le Dr Gambit ou Gamboge est assurément un charlatan. La vieille dame aimée d'Arthur (ou "Maude"), c'était au début du roman "Géraldine" Adams, à la fin : "Veronica". Deux Maud alternaient au début du récit (Maud Sommers et Maud Wilkins), une seule ou plutôt un seul : Arthur déguisé à la fin. Ces perturbations étaient impossibles à conserver sans une abondance de notes qui eût rendu pesant le texte. Comme quoi la continuité des "actants" est bien une des limites du récit - ce sans quoi il n'y a plus de récit, mais écriture automatique, par exemple.
Finalement, les ressassements, les digressions et les ramifications du récit, les glissements des noms et des images sont toujours signifiants, valorisés mieux : indispensables. À la faveur de ces menus déplacements, un texte arborescent prend forme et sens. À la faveur du radotage, ce récit écrit à la première personne et dont bien des éléments sont autobiographiques, finit par éclairer en incidence rasante ce qui est un jeu. Certes il y a quelquefois danger, pour l'économie du récit... et pour l'héroïne. Passe encore de se mettre à raconter sa vie plusieurs fois, comme l'entreprend Georgina au bénéfice de Marion, ou de répéter les quatorze histoires de perroquet qu'on a une fois dévidées. Il est déjà plus risque de se mettre à hocher la tête : sans une bourrade de Georgina dans les côtes de Marion, serait-elle parvenue à s'arrêter ?

Revenons pour les potins à André Pieyre de Mandiargues (1909-1991), prix Goncourt en 1967 pour son roman La Marge, proche des surréalistes, chez qui s'installe en 1931 Léonor Fini, alors argentine, où vit également Henri Cartier-Bresson, ami d'enfance de Mandiargues (tous les trois visitent ensemble l'Italie du Nord, mais on dérive, comme dans le roman...). S'inspirant des théories surréalistes, Leonor Fini expérimente les dessins automatiques. Elle passe une partie de l'été 1939 avec Max Ernst (avec qui elle a une brève aventure) et Leonora Carrington dans leur maison de Saint-Martin-d'Ardèche. Elle a fait un portrait de Leonora Carrington :

L’Alcôve
de Leonor Fini (1939), figurant Leonora Carrington en guerrière


Leonor Fini et Leonora Carrington, photographiées en 1952 par Denise Colomb, auteure d'une vaste série de portraits d’artistes (Artaud, Giacometti, Picasso, Max Ernst…)

L'ARTISTE - L'EXPOSITION

•Leonora Carrington, Les grandes dames de l’art, podcast AWARE, 9 décembre 2021, 19 min.

L'exposition au musée du Luxembourg, sans se déplacer :
- une présentation en vidéo par les commissaires, 9 min
- une analyse vidéo détaillée de l'expo par Elodie Couturier, sur sa chaîne Expertisez, 14 min
- les docs du musée : guide de visite (33 pages), dossier pédagogique avec de belles reproductions (13 pages), dossier de presse de l'exposition (50 pages avec des reproductions).

L'exposition au musée du Luxembourg : ce qu'en disent Le Monde et Libé :
- "Leonora Carrington, surréaliste avant l'heure", Philippe Dagen, Le Monde, 19 février 2026 : "A Paris, le Musée du Luxembourg lui consacre une exposition d'envergure avec une centaine d'œuvres"
- "Leonora Carrington et tout son bizarre", Philippe Lançon, Libération, 7-8 mars 2026 : "Au Musée du Luxembourg, la vie flamboyante de l'artiste britannique, figure révoltée du milieu surréaliste, se révèle plus passionnante que les œuvres exposées".

SUR LE LIVRE Le cornet acoustique

- La chronique "poches gérontocratiques" de François Angelier (spécialiste des "mauvais genres"), Le Monde, 11 mai 2024 (Friedrich Dürrenmatt, Leonora Carrington, Edgar Allan Poe). Extrait :

Leonora Carrington (1917-2011), artiste britannique, surréaliste et polytechnique (peinture, sculpture, littérature), ancienne compagne de Max Ernst, qui connut l'internement psychiatrique en Espagne franquiste (elle en tira un chef-d'œuvre, En bas, 1945 ; rééd. L'Arachnoïde, 2013), citoyenne mexicaine vingt ans durant, nous mitonne ici un récit stupéfiant, mêlant avec un naturel absolu l'imaginaire gothique et l'esthétique surréaliste (voire dada). On n'est pas sérieux quand on a 99 ans.
Un âge que n'atteignit pas Edgar Allan Poe (1809-1849), raflé par la mort violente à 40 ans, dont l'œuvre de conteur a connu deux récents chantiers de traduction menés par Pierre Bondil ("Totem") et le tandem Christian Garcin et Thierry Gillybœuf (Phébus). De ces derniers, leur troisième tome contient notamment "La Méthode du Docteur Gouddron (sic) et du professeur Plum", avec sa maison de santé en folie, source s'il en fut du Gambit Institute du
Cornet.

- Éric Bordas, "De l’autre côté du miroir des objets : Le Cornet acoustique de Leonora Carrington", in Écritures de l’objet, éd. Roger Navarri, Presses Universitaires de Bordeaux, 1997. En résumé :

Éric Bordas analyse Le Cornet acoustique comme un roman profondément structuré par les objets, qui fonctionnent comme des médiateurs entre réalité, imaginaire et identité. Il montre que Carrington utilise ces objets — cornet, tableau, coffres, livres, devinettes — pour créer un univers instable, ludique et initiatique, où la vieille héroïne Marion Leatherby traverse une série d’épreuves fantastiques.
Il insiste sur la manière dont le roman déjoue les attentes narratives : l’intrigue glisse du quotidien vers le merveilleux, puis vers l’apocalypse (l’ère glaciaire), tout en conservant un ton humoristique et distancié. Les objets y deviennent des vecteurs de transformation, révélant des vérités cachées, déclenchant des métamorphoses ou ouvrant des passages vers d’autres mondes.
L’article montre aussi que Carrington joue avec les codes du surréalisme, mais en les réorientant vers une subjectivité féminine âgée, marginale et subversive. Le roman apparaît ainsi comme une quête initiatique inversée, où la vieillesse devient puissance, et où l’objet n’est plus fétiche masculin mais outil d’émancipation et de connaissance.

- "Mise au point sur les femmes surréalistes : le clin d'œil de Leonora Carrington", Martine Antle, Romance Notes, University of North Carolina, Winter, 1993, p. 119-133. En résumé :

Martine Antle montre que Le Cornet acoustique de Leonora Carrington reprend les grands motifs du surréalisme tout en les détournant depuis une perspective féminine.
Le roman est décrit comme une fable initiatique, un collage mêlant conte, rêve et autobiographie, où une femme de 99 ans découvre la magie. Les objets (le cornet, le tableau, le livre, l’horoscope) jouent un rôle central et rappellent les pratiques surréalistes : objets trouvés, ready-made, boîtes de Cornell, objets-devinettes de Breton.
Carrington réactive des thèmes surréalistes — métamorphoses, visions, médiumnité, humour noir, quête du merveilleux — mais les déplace vers un univers féminin collectif, ce qui constitue une subversion du modèle masculin (Breton, Aragon).
Les figures féminines (l’abbesse, la reine des abeilles, Anubeth) se transforment sans cesse, créant une iconographie autonome, androgynique et parfois bisexuelle, qui dépasse l’androgyne idéalisé de Breton.
Antle conclut que Carrington fait un clin d’œil moqueur et irrévérencieux au surréalisme : elle en reprend les codes, mais les réécrit depuis la vieillesse, la sororité et la magie, ouvrant une voie propre aux femmes surréalistes.

- Michaël Gauthier fournit une analyse détaillée dans son mémoire, Université de Laval, 2009, p. 60-77. En résumé :

L'expérience traumatique de Leonora Carrington devient, par l'écriture, un rite de passage volontaire. Le Cornet acoustique met en scène une initiation réussie, là où la vie réelle avait échoué.
Le roman propose une cosmogonie alternative, païenne, humoristique, féminine et subversive. L'écriture apparaît comme un acte alchimique, capable de transformer la souffrance en puissance créatrice.


Nos cotes d'amour, de l'enthousiasme au rejet :
                                        
à la folie
grand ouvert
beaucoup
¾ ouvert
moyennement
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