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Quatrième de couverture :
Est-ce que les femmes dérangées dérangent ? |
Leonora CARRINGTON (1917-1851)
|
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Monique![]()
J'ai acheté le livre lors de ma visite à l'exposition au
Luxembourg.
Le début du récit était prometteur avec ces deux
femmes âgées excentriques dont on excuse les bizarreries
vu leur grand âge. Marion, 99 ans, sourde, perd un peu l'esprit
et s'invente des histoires, des interprétations et des folies avec
son amie Carmella. C'est plutôt drôle. Le cornet acoustique
offert à Marion par Carmella lui permet d'accéder à
une certaine réalité à laquelle sa surdité
l'avait éloignée et engendre des situations cocasses. L'idée
est plaisante d'en faire un médium vers la réalité.
Dans la maison de retraite, on se retrouve dans un monde d'une inquiétante
étrangeté où l'on partage la folie de ceux et celles
qui s'y trouvent dans un environnement onirique qui rappelle celui d'Alice
au pays des merveilles : les maisons en forme de champignons vénéneux,
de botte, de momie égyptienne
Le récit dans le récit de la vie de l'abbesse Rosalinda
est délirant avec des nonnes paillardes, des messes noires et des
déguisements. On y sent un plaisir de blasphème et d'hérésie,
mais aussi une quête de liberté.
C'est absurde, excessif, subversif. Je me sens égarée comme
dans les tableaux d'Eleonora. J'ai spécialement fait un lien avec
ses tableaux dans le passage avec Marlborough et Anubeth.
Je ne sais qu'en penser.
J'ai du mal à rapprocher l'auteur Leonora Carrington avec la personne
que j'ai vue et entendue dans la vidéo présentée
à l'exposition. Je me suis plongée dans l'énorme
catalogue dans le but d'approcher cette personne fascinante et déroutante.
Le mystère subsiste. J'attends avec impatience de lire le point
de vue de lecteurs qui pourrait m'éclairer.
J'ouvre ¼ pour le début.
Sabine![]()
Je suis allée voir l'exposition au musée du Luxembourg où
j'ai pu me procurer le livre de Leonora Carrington. Tout était
sous le signe de la découverte, le musée, la peintre, la
romancière.
J'ai été séduite par la femme, sa silhouette, son
parcours, ses rencontres. Ses tableaux aux frontières du symbolisme,
du surréalisme et très inspirés de Bosch et Bruegel
m'ont plu, mais sans plus.
Quant au roman, je redoutais de ne rien y comprendre dès la première
page ; eh bien, non ! J'ai aimé la narration à la première
personne, laissant entrevoir un personnage facétieux et curieux.
L'univers du grand âge et des maisons de retraite (auquel je suis
sensible en ce moment) m'a fait sourire. Et puis j'ai lâché
prise au milieu du livre, après l'évocation du jardin du
Luxembourg : ça part dans tous les sens, j'ai entrepris une lecture
façon "marelle", et sur les coups de 4h du matin, j'ai
refermé le livre.
Je suis heureuse d'avoir fait la rencontre de cette artiste, mais je suis
incapable de formuler quelque chose d'intelligent à son propos.
Je serai donc très attentive à tout ce que vous direz durant
cette soirée que je vous souhaite excellente. Je retourne à
William
Boyd que j'aime tant...
Jean entre
et
Je ne pourrais malheureusement pas être là ce soir. C'est
dommage car j'ai trouvé Le cornet acoustique assez agréable
à lire et j'ai bien aimé l'exposition sur Carrington au
musée du Luxembourg. Voici en tout cas mon avis sur l'ouvrage,
que j'ouvre entre la moitié et les trois quarts.
Dès
les premières pages j'ai ri. L'écriture est fluide et le
personnage de Marion Leatherby est attachant. Elle ne s'apitoie pas sur
son sort et la narration pourrait laisser la place à la mélancolie
mais ne le fait pas.
J'avais un peu d'appréhension à l'idée de lire un
roman d'une artiste surréaliste, craignant que l'histoire soit
trop loufoque pour que je puisse être embarqué dedans. C'est
effectivement du grand n'importe quoi du début à la fin
(surtout à la fin) et je n'ai pas été transporté
jusqu'en Laponie, mais j'ai quand même eu un certain plaisir à
tourner les pages car je voulais savoir où cela menait. La longue
digression sur l'épopée de l'Abbesse Rosalinda Alvarez Cruz
de la Cueva m'a particulièrement plu, c'était grandiosement
ridicule.
Ayant vu l'exposition sur Carrington (que je ne connaissais pas du tout)
avant de commencer la lecture, j'ai retrouvé dans le texte plusieurs
des thèmes abordés dans ses tableaux et travaillés
tout au long de sa vie. Ses idées féministes et avant-gardistes
infusent d'ailleurs dans l'ouvrage : le respect des animaux - nos
"frères inférieurs" -, le rejet de la peine
de mort, la critique des gouvernements (que ce soit par Carmella ou par
Marion elle-même), et plus largement un féminisme surplombant,
allant de la critique du christianisme et de sa "trinité d'hommes"
au fait que les personnages soient presque exclusivement des femmes (avec
ou sans tête de louve).
L'aspect ésotérique, de plus en plus prégnant au
fur et à mesure qu'on se rapproche de cette drôle d'ère
glaciaire, m'a toutefois semblé un peu de trop par moments. Pourquoi
autant de psalmodies ?
J'ai beaucoup aimé les personnages de Marion et de Carmella, mais
je n'ai pas réussi à trouver de profondeur aux autres. Enfin,
au-delà du miracle de la mère de Marion encore vivante et
fringante (alors que sa fille est envoyée à l'hospice) ou
du traîneau atomique de Marlborough, je remarque surtout qu'un chat
a disparu. Au début ils sont deux, mais à la fin Carmella
lui en ramène seulement un, sans un mot pour l'autre, comme s'il
n'avait jamais existé. Ce n'est qu'un détail mais, fin du
monde ou pas, qu'a-t-il pu advenir du pauvre matou ?
Fanny![]()
Cette lecture m'a permis de découvrir l'artiste, un grand merci
pour la doc sur le site qui m'a donné un aperçu,
à défaut d'avoir pris le temps pour voir l'exposition.
J'ai été d'emblée emballée par l'accroche
du roman avec cette vieille dame dont les illusions sur ce que sa famille
pense d'elle tombent sans équivoque.
Et puis très vite, on bascule dans l'irréalisme, notamment
avec l'âge de sa mère. J'ai lâché prise avec
toute vraisemblance et j'ai plongé.
C'est à la fois, poétique, fantastique, fantasmatique voire
ésotérique - ou initiatique ? - avec la scène de
sa mort où elle se mange elle-même.
J'aime assez le parallèle avec Alice au pays de Merveilles
(une idée pour Noël ?) même si je trouve l'environnement
du Cornet acoustique plus sombre.
Et puis tous ces personnages fantasques, l'amie et son manteau, ses cheveux
violets ! C'est très visuel et mes souvenirs sont assez vivaces,
même si je l'ai lu il y a plusieurs semaines.
Un bémol : j'ai trouvé le récit sur l'abbesse trop
long, même s'il marque un des points de rupture dans le roman.
J'ouvre ¾. Hâte de lire vos avis que j'imagine contrastés.
Claire
Nous avons lu Alice au pays des merveilles en 1994, soit... 32
ans... ça laisse peut-être une chance...
Fanny
Il y a aussi De l'autre côté du miroir.
Claire
Quelle bonne idée ! En plus avec une édition récente
en GF des deux rassemblés en un seul volume (382 p.) : Alice
au pays des merveilles - De l'autre côté du miroir,
avec les illustrations de John
Tenniel, la traduction d'Henri Parisot qui a traduit Le Cornet
et une édition (présentation, etc.) de Tiphaine Samoyault
qui, outre être la feuilletonniste du Monde, vient justement
de sortir un livre sur la notion de classique et de canon littéraire,
en remettant en question l'idée que les grands textes sont des
monuments figés, livre dont le titre est Toutes
sortes de Misérables...
Jacqueline![]()
Je l'ai lu, il y a plus d'un mois déjà (pour le tester
)
J'avais trouvé le début absolument jubilatoire. La maison
de retraite, tout ce qui s'y passe et les ruses de l'héroïne
pour résister
Et puis ça sombre dans l'ésotérisme
et ça a cessé de m'intéresser. Je l'avais lu consciencieusement
jusqu'au bout, mais j'ai beaucoup oublié et je n'ai pas eu le courage
de le reprendre. Pourtant, ma visite à l'exposition, après
ma lecture, m'aurait peut-être donné un autre éclairage
sur ce fatras
Cette exposition : une belle découverte de cette femme ! En voyant
les dessins (type fantasy) de cette adolescente extraordinaire un peu
en marge (elle se fait virer de ses écoles chics !) j'ai pensé
que peut-être j'avais loupé quelque chose dans ma lecture
parce que, si je m'intéresse à la littérature jeunesse,
je ne lis pratiquement pas de littérature pour ados et encore moins
de fantasy
C'est intéressant ensuite de voir comment cette
fantasy va se combiner avec le surréalisme
J'étais
très curieuse de sa relation avec Max Ernst, peintre que j'apprécie.
Le chaos de la guerre, leur séparation : Max Ernst au camp des
Milles, elle en fuite par l'Espagne franquiste, cela m'a fait penser à
un livre que nous avions lu il y a 20 ans Dernière
frontière de Bruno Orpea sur les derniers jours de Walter
Benjamin
À l'exposition, j'ai apprécié ce qui
transparaît de sa maternité dans son uvre et, surtout,
de la voir sereine et pleine d'humour dans les interviews à la
fin de sa vie...
Bref, j'ouvre le livre ¼ à cause du plaisir que j'avais
eu à en lire le début
Catherine![]()
Je ne connaissais pas Leonora Carrington.
J'ai commencé par l'expo et je n'ai pas regretté car j'ai
aimé sa peinture et il y a vraiment une résonance avec l'univers
visuel du livre.
J'ai beaucoup aimé le début, le personnage principal, Marion,
et son amie Carmella, le côté rebelle et subversif de ces
deux vieilles dames, leurs idées complètement loufoques.
J'ai aimé le cornet acoustique, l'univers de cet étrange
Ehpad, dirigé par un couple de gourous, et peuplé de vieilles
dames improbables, qui vivent dans des pavillons en forme de chaussure
et de gâteau d'anniversaire. On plonge dans un univers surréaliste,
onirique et magique à la fois, décrit avec un humour british.
On pense à Alice évidemment, en plus drôle.
La description de la vieillesse est sans concession : "ses
yeux avaient dû être grands et beaux avant qu'un amas croulant
de chair mauve ne se fut formé au-dessous d'eux",
mais en même temps, les personnages ne correspondent pas à
l'idée qu'on se fait de vieilles dames, ni par leur langage - "cette
infecte femelle de Gambit veut que j'épluche ses pommes de terre
et je ne peux aller chaparder à la cuisine quand je viens de me
vernir les ongles" - ni par leurs actions.
J'ai beaucoup aimé l'écriture, il y a des phrases extraordinaires :
"j'ai songé moi-même
à écrire des vers, mais faire en sorte que les mots riment
l'un avec l'autre est vraiment très difficile, c'est comme si l'on
essayait de conduire un attelage de dindons et de kangourous en descendant
une rue très fréquentée, et de les maintenir bien
groupés en les empêchant de regarder les vitrines"...
Ensuite, on se retrouve entraîné à la suite de l'abbesse
Rosalinda, avec l'évêque de Trêve-les-Frèles,
dans un trip ésotérique dans une recherche du Graal, entremêlée
de scènes plus ou moins orgiaques, ça part dans tous les
sens, on s'y perd. Je me suis laissé porter, sans chercher de logique
là où il n'y en a aucune. C'est très drôle
par moments, mais j'ai trouvé ça quand même un peu
long. On repart ensuite vers l'hospice avec l'affaire des empoisonneuses,
la grève de la faim et enfin, ça devient encore plus barré,
la mine d'uranium, la rencontre de Marion avec son double, tout en touillant
les restes de son cadavre dans la marmite, la fin du monde avec la bascule
des pôles, l'arche atomique et la femme loup. Je crois n'avoir jamais
rien lu d'aussi déjanté. J'aime le surréalisme, passer
de l'autre côté du miroir. Ça change un peu
.
Je suis contente d'avoir découvert Leonora Carrington. J'ouvre
¾.
Jérémy entre
et
(à
l'écran)
Avant la lecture : je n'étais pas ultra enthousiaste à
l'idée de lire un roman surréaliste, moi qui suis très
terre à terre, très roman naturaliste. Je n'ai pas vu l'expo,
j'irai.
Après la lecture : au début, je croyais, du fait
que j'avais lu la quatrième de couverture - ce qu'il ne faut pas
faire et que je fais toujours -, qu'il s'agissait du placement de cette
vieille qui a un cornet acoustique dans une maison de retraite, mais ce
n'est pas du tout ça et j'ai été décontenancé.
Comme dit Catherine, il faut se laisser embarquer : rien n'a de sens,
tout est décalé. Ça fonctionnait quand j'avais 10
ans et que je lisais Harry Potter.
Cependant, j'ai bien aimé l'écriture fluide, classique,
et je me suis régalé avec les imparfaits du subjonctif,
comme "L'été
et l'hiver passèrent avant que nous ne reçussions des nouvelles
de l'Évêque" : mon côté
old school aime bien ça.
Entre les pages 120 et 155, j'ai décroché complètement
avec la longue digression : je n'ai rien compris, j'ai lu en diagonale.
Avec l'arrivée du facteur, il y a une autre digression, je suis
passé à côté. Sans parler de la mine d'uranium
trouvée par Carmella, la femme, loup-garou, l'ère glaciaire
Mais je salue l'uvre d'imagination. Je suis preneur de l'adresse
de son dealer...
Il y a des passages truculents. Par exemple, avec l'arche de Noé
qui se saoule et passe par-dessus bord. Ou, très drôle, le
passage sur les nus : "Je
veux peindre des nus, dis-je, on ne trouve pas de nus, ici."
"Pourquoi pas ? répliqua Mère avec une lueur de logique.
Les gens sont nus partout, s'ils n'ont pas de vêtements sur eux."
Ou encore : comment apprivoiser l'ours polaire.
Il y a plein de pistes, mais pas abouties, par exemple un côté
policier avec l'empoisonnement.
Il faut accepter de rentrer dans le truc et je suis resté extérieur.
Mais des passages m'ont plu. D'ailleurs je l'ai lu jusqu'au bout. J'ouvre
entre ¼ et ½.
Françoise![]()
Tu as dit ce que je voulais dire, Jérémy. Pour moi
aussi ça commence bien - sur le plancher des vaches - avec l'histoire
de Carmella et Marion qui est placée en maison de retraite ; ce
sont deux caractères excentriques et attachants.
Alors j'attendais une résistance de la part de Marion au moins,
mais on n'en entend plus parler ; bon, sa famille vient la voir une fois,
après silence radio..
Il y a des stades différents de l'histoire dans cette maison de
retraite, tarabiscotée, sur fond de secte ; à propos du
nom du directeur de la maison de retraite, Gambit, Olga Tokarczuk,
dans sa postface dans mon édition en vo, dit que gambit vient
du l'italien gambetto, littéralement petite jambe,
que l'on trouve aussi dans l'expression dare il gambetto qui veut
dire comploter.
Puis j'ai cru qu'on allait avoir une intrigue policière après
la tentative d'assassinat manqué, les deux auteures se font expulser
sans qu'on sache pourquoi elles ont fait ça, qui était
visé, etc., et non, on passe encore à autre chose. Puis
c'est un épisode fantastique, après, en plus, science-fiction
avec la fin du monde, le changement des pôles
très
gloubi-boulga.
Ce n'est pas que c'est désagréable à lire, c'est
drôle à plein de moments. Mais ce qui m'a gonflée,
c'est l'histoire de la nonne qui n'est pas raccord avec le reste : cette
histoire je trouve n'ajoute rien, c'est une digression trop longue.
Grâce à tout ça, j'ai quand même lu jusqu'au
bout, bien que ce ne soit pas mon style d'écriture préféré.
C'est trop barré. Ça me fait penser aux rêves dans
les livres - pitié ! - je n'aime pas du tout les rêves dans
les livres, ça me paraît toujours hors sujet.
Mon avis est donc partagé et j'ouvre à moitié. Dans
la postface Olga explique que le roman a une fin ouverte : ça ne
m'a pas frappée.
C'est excentrique ça c'est sûr. Mais j'ai quand même
apprécié la lecture - malgré toutes mes réserves
- et je pense qu'en VF je n'aurais pas autant accroché.
C'est très visuel, très coloré : par exemple Carmela
qui arrive en limousine parme, je la vois.
Je ne regrette pas de l'avoir lu. J'ai regardé quelques uvres
de Carrington sur internet, et ça ne m'a pas donné envie
d'aller voir l'expo, peut-être à tort. Claire me dit que
les dessins dans l'édition que j'ai lue ne sont pas d'elle mais
de son fils, c'est une bonne illustration.
Richard
(à
l'écran, avec un nouvel ordinateur pas encore totalement maîtrisé,
de sorte que Richard apparaît la tête au plafond, ce qui va
extrêmement bien avec le livre...)
J'ai
lu ce livre écrit dans un anglais facile à lire et conversationnel
avec de courtes phrases. Facile, mais trop décourageant : l'auteure
empile des références "à la tonne", ce
qui illustre bien l'esprit d'une plus que nonagénaire qui ne peut
se concentrer sur l'essentiel. J'ai montré beaucoup de patience,
mais très franchement ça m'emmerdait et en plus je n'apprécie
pas le surréalisme.
Je trouve ça "trivial", mais au sens anglais et non français,
à savoir "petit, sans aucune importance".
J'ai ri intérieurement de certaines touches d'humour par exemple
"Last Supper" le nom de la mort-aux-rats qui prend le sens "La
Cène" ; mais cela ne m'a pas suffi pour patienter et aller
jusqu'au bout (je n'ai pu lire que deux tiers).
J'ai bien compris que l'importance mise sur le grand nombre de femmes
et de leurs actions peut faire l'apologie du féminisme, mais cela
n'allège pas mes difficultés de lecture.
C'est peut-être de ma faute, mais comme je n'apprécie pas
le mouvement surréaliste, c'était mal barré.
Je suis indulgent : je l'ouvre ¼.
Mégane![]()
Complètement barré !
L'histoire d'une très vieille dame, sourde comme un pot mais jeune
dans sa tête, qui va ouvrir les yeux grâce à ses oreilles
et à son cornet acoustique, offert par son amie Carmella (clairement
le meilleur personnage du roman). La voilà qui débarque
dans un Ehpad sauce réalisme magique à la mexicaine avec
une dose de surréalisme à la française, des personnages
hauts en couleur et un humour tout britannique. Le parcours de Carrington
en un livre. Incroyable !
En lisant le roman, je me suis vue dans un mélange entre le Jardin
des Tarots de Niki de Saint-Phalle et le parc
Güell de Gaudi, le cornet acoustique m'a bien évidemment
évoqué Hergé et son célébrissime Professeur
Tryphon Tournesol, nous avons également eu droit au Graal, son
cortège alchimique et ses cultes géniaux à Hécate
(de la part de vieilles femmes décaties j'en rigole). Bref, un
joyeux mélange complètement décalé et truculent.
J'ai calé un peu sur la dernière partie, qui m'est passée
au-dessus (sans doute un poil trop pour moi).
Encore une fois, mention spéciale à Carmella, une grand-mère
que j'aurais rêvé d'avoir, avec son côté chaotique
et bigarré !
Claire![]()
J'ai été d'abord séduite par la double possibilité
d'approche de cette artiste visuelle ET textuelle. J'aime cette double
expérience que j'ai pu connaître avec Félix
Vallotton, Jean
Cocteau (dont nous avions visité la maison), Carlo
Levi (dont au passage nous sommes plusieurs à proposer Le
Christ s'est arrêté à Eboli pour l'année
prochaine). Il y a aussi Victor Hugo, Henri Michaux...
L'exposition a eu pour moi deux volets : le parcours de la femme, impressionnant,
passionnant, et les uvres. Certaines m'ont captivée, et comme
avec Jérôme Bosch, on s'approche pour s'émerveiller
des détails surprenants. D'autres, comme ses uvres d'adolescente,
m'ont laissée plus froide, tout en étonnant avec cet univers.
Dans ma lecture, il y a eu plusieurs temps : le départ et le séjour
dans cette maison de dingues qui m'a interloquée, mais bon je ronronnais
un peu dans cet Ephad hallucinant et le flashback tout à coup concernant
des voyages avec la mère de la narratrice en France et en Italie
m'a redonné un coup de fouet : j'ai aaddooré quand est évoqué
le surréalisme "qui
n'est plus aujourd'hui considéré comme moderne et presque
tous les presbytères de village comme presque toutes les écoles
de filles ont des peintures surréalistes pendues à leurs
murs" (voir tout
le passage succulent). Ensuite, le développement sur l'Abbesse
trans m'a rappelé le livre que nous avons lu l'été
dernier, La
Nonne-soldat de Catilina de Erauso, un livre assez dingue aussi...
Jérémy
Pénible !
Claire
Que j'avais bien aimé, et puis c'est la suite et fin où
on décolle complètement jusqu'à la Laponie et où
je suis restée à Paris dans une première lecture
: je ne pouvais pas dire que j'avais été passionnée
par le livre ; en le lisant, je me rendais bien compte qu'il était
hors cadres, hors genres, ce qui est pour me plaire. Je suis restée
paresseuse un premier temps : je sentais que je lisais le livre avec des
illères, avec un cadre habituel, et que c'est une autre expérience
qu'il s'agit de faire. Il fallait le relire, avec une autre attitude.
Ce que j'ai en partie fait. Je suis repartie des voyages avec la mère
et me suis enfilé les 120 pages qui suivaient dans un autre état
d'esprit. J'ai repris les aventures totalement amorales de l'abbesse avec
son évêque, les récits enchâssés, j'ai
accueilli toute la smala des animaux, le facteur qui débarque alors
qu'il ne reste plus un humain sur la planète, les danses, la limousine.
J'ai eu des doutes comme dans l'exposition : à certains moments,
n'est-ce pas enfantin, ou ne s'agit-il pas de bimbeloterie ésotérique
? Mais ce qui arrivait alors dans le livre, ou ce que je voyais alors
dans le tableau, m'ôtait le doute. Ni réalisme magique, ni
hasard surréaliste, ni univers gothique, ou tout cela. Oui, ceci
ne mène nulle part, non on n'a pas la suite, et pourtant on est
mené avec détermination, dans l'humour, dans le sérieux
extravagant : c'est une expérience de lecture.
J'ai pensé au livre L'Ivrogne
dans la brousse, un autre livre bien dingue que nous avions lu.
J'ai apprécié que Jean fasse ressortir une profondeur du
livre.
Enfin, j'ai trouvé l'histoire du livre
extrêmement romanesque, traduit en français avant d'être
publié en anglais, avec toutes ces préfaces
d'écrivains...
Renée
(à
l'écran)
Jétais curieuse : quest-ce quun roman surréaliste
? En peinture, le surréalisme ne me plaît pas du tout. Je
suis trop indéfectiblement cartésienne pour apprécier
: jobserve, jessaie de trouver un chemin vers ma sensibilité,
je ne trouve pas, ça magace. Les jeux décriture
automatique, de cadavres exquis, le refus de la logique, laisser le hasard
dominer la raison, me paraissaient enfantins, puérils.
Le
cornet acoustique ma fait le même effet. Le début
du roman ma semblé ordinaire, puis lhistoire de lAbbesse
lubrique, plaquée artificiellement dans le récit, ma
laissée indifférente. Ensuite, le texte est franchement
délirant ; jai essayé, afin de trouver un minimum
dintérêt, de rapprocher texte et tableaux. Jai
bien vu la harpie, les loups, le monde souterrain (notre inconscient ?)
: impossible de vibrer.
Jean a bien expliqué quelle a des idées, mais nen
fait RIEN. Par exemple son double, ça posait des questions : elle
rentre dans la marmite et... cest fini. Du coup, même le peu
dhumour ma paru vain.
En conclusion, ce livre ma laissé de marbre, je le ferme
complètement.
Pourtant, il y a un livre que jai adoré il y a une quarantaine
dannées, que je nai jamais oublié et qui nest
basé que sur le hasard. Cest L'Homme-dé
de Luke Rhinehart. Cest lhistoire dun psy qui
décide un jour dattribuer une option à chaque face
dun dé pour toutes ses décisions. Cest ainsi
le hasard qui décide de toute sa vie. La morale est perturbée,
dévoilant la face sombre de chacun. La contestation de la société
est la même que celle des surréalistes, mais le livre a une
trame logique, un but qui mavait passionnée.
Jignorais que ce livre était devenu un livre "culte".
Mieux que la fiche Wikipédia,
car en images :
une biographie illustrée : sur
le site Artefields, consacré à
l'art
en 2 min pour les pressés : sur Beaux
arts Magazine
deux documentaires :
Leonora
Carrington : ouvre-toi porte de pierre (coffret Livre DVD avec
un livre de 88 pages) de Dominique et Julien Ferrandou, 2011, 1h47, bande
annonce ici
Leonora Carrington - The Lost Surrealist (2017), de Teresa Griffiths
sur youtube
; ce film de 57 min explore :
- les années parisiennes de Carrington aux côtés de
Max Ernst, André Breton et Picasso
- son internement en Espagne après larrestation dErnst
par les nazis
- son installation au Mexique, où elle deviendra une artiste, écrivaine
et sculptrice célébrée
- son univers pictural, peuplé de créatures hybrides, de
mythologies personnelles et de visions oniriques
- des archives rares, des témoignages familiaux (notamment de son
fils Gabriel Weisz Carrington) et des analyses de spécialistes
(comme Teresa Arcq et Joanna Moorhead).
Ce film, diffusé d'abord sur la BBC, a été lauréat
du Grierson Award du meilleur documentaire artistique en 2018, salué
pour la qualité de sa narration et la richesse de ses archives.
- La Débutante fait partie des premiers
contes (1937) de Leonora Carrington, que André Breton retiendra
pour son Anthologie
de l'humour noir (prévue en 1935, éditée
en 1940 mais frappée par la censure du régime de Vichy,
diffusée en 1945, vraiment éditée en 1950 par les
éditions Sagittaire et publiée en édition définitive
en 1966 par Jean-Jacques Pauvert).
- La
maison de la peur, préface et illustrations de Max Emst,
éd. Henri Parisot, coll. "Un divertissement", 1938.
- La Dame ovale, sept illustrations par Max Emst, GLM, 1939.
- Les Surs, nouvelle, in revue L'usage de la parole,
n° 2, février 1940.
- En bas, recueilli par Jeanne Megnen, couverture
de Mario Prassinos, Fontaine, coll. "L'Âge d'or", 1945
; rééd. Eric Losfeld, 1973,
illustration de Marcel Duchamp et Pierre Faucheux, nouvelle
éd. augmentée d'une lettre à Henri Parisot ; rééd.
En bas précédé de Dévoilé
autant que possible, Annie Le Brun, Le Vigan, L'Arachnoïde,
2013.
- Pénélope, pièce de théâtre,
Les Quatre Vents VI, 1946 (mise en scène par Alejandro Jodorowski
à Mexico en 1961, scénographie et costumes par Leonora Carrington).
- Une chemise de nuit de flanelle, pièce de théâtre,
trad. Yves Bonnefoy, avant-propos Henri Parisot, coll. "L'Âge
d'or", Les Pas Perdus, 1951.
- Pénélope, in Cahiers de la Compagnie Madeleine
Renaud-Jean-Louis Barrault, Gallimard, n° 70, 2e trimestre 1969
(spectacle de la Compagnie Catherine Monnot, 1969, Biennale de Paris ;
mise en scène en 1986 de Yveline Danard et Micheline Zederman,
Chapelle Expiatoire et Théâtre Noir, spectacle de Théâtre
Inachevé.
- Le Cornet acoustique, roman, trad. Henri Parisot, préface
André Pieyre de Mandiargues, Flammarion, coll. "L'Âge
d'or", 1974 ; rééd. Garnier-Flammarion,
introduction, bibliographie
et chronologie Jacqueline Chénieux-Gendron, 1983 ; rééd.
Gallimard,
coll. "L'Imaginaire", préfaces Annie Le Brun et Daria
Schmitt, 2024.
- La Porte de pierre, roman, trad. Henri Parisot, Flammarion, 1976.
- Le Septième Cheval, trad. Madeleine Bousté, Montpellier,
éd. Coprah, 1977.
- La Débutante : contes et pièces, trad. Yves Bonnefoy,
Jacqueline Chénieux, Geneviève et Henri Parisot ; avant-propos
de Jacqueline Chénieux, Flammarion, coll. "L'Âge d'or",
1978. Réunit : La
Débutante, La Maison de la peur, La Dame ovale, L'Amoureux, L'Ordre
royal, Les Surs, Lapins blancs, L'Attente, Le Septième cheval,
Histoire du Cadavre Exquis, L'Homme neutre, Une chemise de nuit de flanelle,
Pénélope, La Fête de l'agneau, Opus sinistrum.
- Pigeon vole, nouvelles, trad. Jacqueline Chénieux-Gendron
et Didier Vidal, préface de Jacqueline Chenieux-Gendron "De
l'onirisme comme autobiographie", Cognac, Le Temps qu'il fait, 1986.
Réunit : Pigeon vole, Monsieur Cyril de Guindre, Quand ils passaient,
Jenima et le loup, Histoire du petit Francis.
- Le
lait des rêves, dessins et récits, trad. Lise Thiollier,
postfaces Gabriel Weisz et Alejandro Jodorowsky, Ypsilon, 2018.
- Les
magiciennes : surréalisme et alchimie au féminin,
Leonora Carrington, Ithell Colquhoun, Remedios Varo, introduction Marie
Sarré, co-commissaire de l'exposition "Surréalisme",
Centre Pompidou, 2024 ; réunit les textes Quand ils passaient,
Pigeon vole, Le septième cheval, La mouche de M. Grégoire,
Le chameau de sable, Conte de fées mexicain.
Les éditions Fage à Lyon publient un ensemble considérable
de textes :
- L'uvre
écrit I Contes, préface Marc Kober, ; postface,
Jacqueline Chénieux-Gendron, 2020. Réunit 27 contes dont
La Maison de la Peur, La Débutante, Quand ils passaient, Les
Surs, Lapins Blancs, Le Septième Cheval.
- L'uvre
écrit II Récits, préface Jacqueline Chénieux-Gendron,
2022. Réunit : Histoire du Petit Francis, En bas,
La Porte de Pierre, Le cornet acoustique.
- L'uvre
écrit III Théâtre, préface, Karla Segura
Pantoja, 2022. Contient parmi les douze pièces Pénélope,
L'Invention du Mole, Le Prince bleu Coucou, Judith, Opus sinistrum, Pompus
et sanctificant unt, Bouillon de corbeau, écrit avec son fils
Gabriel Weisz.
- Paroles
d'artiste, bilingue, 2024.
Pour en savoir plus sur Henri Parisot, à la fois traducteur et éditeur de Leonora Carrington dans la collection "L'Âge d'or" qu'il a créée, voir l'entretien sur le site La porte ouverte : UN HOMME, UNE COLLECTION : Henri Parisot "LÂGE DOR, 1er août 2016.
| LE
CORNET ACOUSTIQUE Traduction d'Henri Parisot - 1974 : Flammarion, coll. "L'Âge d'or", préface André Pieyre de Mandiargues. Cette collection a été créée par le traducteur, Henri Parisot. - 1983 : Garnier-Flammarion, introduction, bibliographie et chronologie Jacqueline Chénieux-Gendron, spécialiste du surréalisme, directrice de recherche au CNRS - 2022 : Fage éditions (Lyon), L'uvre écrit : Récits, t. II, préface Jacqueline Chénieux-Gendron - 2024 : Gallimard, coll. "L'Imaginaire", préfaces Annie Le Brun, écrivaine, poétesse et critique littéraire, associée au mouvement surréaliste, co-auteure de Leonora Carrington : la mariée du vent, et Daria Schmitt, autrice de bandes dessinées. |
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| THE
HEARING TRUMPET - 1976 : St. Martin'Press (New York), deux ans après l'édition en français, ill. Pablo Weisz-Carrington, fils cadet de Leonora Carrington - 1977 : Routledge & Kegan Paul (Royaume-Uni), ill. Pablo Weisz Carrington |
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- 1991 : Virago Press Ltd, coll. "Modern Classics", introduction Helen Byatt, éditrice britannique connue pour son travail dans lédition de littérature étrangère et duvres singulières, souvent à la croisée du fantastique, du féminisme et du surréalisme, ainsi que dans la redécouverte dautrices oubliées, notamment au XXe siècle. |
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| - 1996 : Exact
Change, Boston, livre en ligne ici
- 2004 : Penguin/Exact Change - 2005 : Penguin Books, préface Ali Smith, romancier et nouvelliste écossaise contemporaine. - 2021 : New York Review Books, postface Olga Tokarczuk, ill. Pablo Weisz Carrington |
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| LA TROMPETILLA
ACÚSTICA Traduction de Renato Rodríguez en espagnol à partir de la traduction française de 1974 : écrivain et traducteur vénézuélien, il appartenait à une génération d'écrivains latino-américains pour qui le français était langue de culture. |
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- 1977 : Monte Ávila Editores, Caracas (Venezuela)
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D'autres traductions existent, récentes : japonais, italien, allemand, portugais, turc, lituanien, polonais, néerlandais, coréen, grec...
Les préfaces ont des angles de présentation
différents. En une phrase, voici ce que disent les six préfaces
de quatre écrivain.es, une éditrice, une universitaire :
- André Pieyre de Mandiargues, écrivain : ce livre est un
sortilège, laissez-vous y perdre.
- Helen Byatt, éditrice : ce livre est génial, lisez-le.
- Jacqueline Chénieux-Gendron, universitaire : voici comment
il fonctionne.
- Ali Smith, écrivaine : ce livre change notre façon de
voir le monde.
- Olga Tokarczuk, écrivaine : ce livre nous montre quil existe
dautres mondes et quils sont déjà là.
- Annie Lebrun, écrivaine : la subversion à l'état
pur !
Voici en lien les préfaces exhaustives de :
- André Pieyre de
Mandiargues
- Helen Byatt (en anglais)
- Ali Smith (en anglais)
- Jacqueline Chénieux-Gendron
- Olga Tokarczuk
(en anglais).
C'est grâce à Mandiargues que le livre fut publié. Sa préface à la première édition de 1974 commence ainsi :
Devant la traduction qui par Henri Parisot nous est offerte du Cornet acoustique de Leonora Carrington, que j'avais lu, il y a une quinzaine d'années, dans le texte original, brusquement je retrouve une sorte de bonheur qui mêlait venu alors par la grâce de ce roman fantastique, en lequel je me plais à voir l'uvre narrative la plus remarquable, sans doute, d'une femme dont les écrits autant que les tableaux nous ont toujours enchantés. Je revenais du Mexique, où nous avions passé. Bona et moi, un peu plus de quatre mois, et Leonora m'avait confié une dactylographie, la seule en sa possession, m'avait-elle dit, de son roman, pour qu'il fût donné en lecture à des éditeurs de Londres. À telle fin, je crus ne pouvoir mieux faire qu'en remettant la copie du Cornet (en anglais : The ear trumpet) au conseiller culturel britannique, non pas à cause de son titre mais parce qu'il avait fait partie du groupe surréaliste avant la guerre et parce que je le savais lié d'amitié avec Leonora, comme avec Max Ernst et Paul Éluard. Imprudence dont je me repentis fort, car pendant longtemps je n'eus aucune nouvelle du Cornet, et quand, après maintes sollicitations de ma part, j'en eus, ce fut pour apprendre qu'il avait été totalement et définitivement égaré par les bons soins du préposé à la culture...
Par bonheur, les uvres exceptionnelles, comme les personnes d'exception, jouissent souvent de certaines protections singulières ; par bonheur aussi la distraction de Leonora Carrington est grande. Le fait est qu'une autre copie du Cornet se retrouva, bien des années plus tard, chez l'auteur, et que celui-là choisit de l'envoyer à Paris, chez son ami et traducteur habituel : Henri Parisot. Ainsi le Cornet paraît-il maintenant en version française, avant toute publication dans la langue où il fut initialement composé.

André avait fait la connaissance de Leonora dès 1937, alors
qu'elle avait quitté l'Angleterre pour suivre Marx Ernst, qu'elle
venait de rencontrer. Il la retrouvera au Mexique en 1958.
Complétons l'histoire du manuscrit par un extrait de la préface de Jacqueline Chénieux-Gendron (qui rencontra d'ailleurs Leonora Carrington au Mexique) :
On n'imagine pas d'ailleurs l'état du manuscrit (écrit en anglais). André Pieyre de Mandiargues a raconté comment il lui fut prêté par Leonora, confié par lui à un attaché culturel anglais à Paris, perdu par ce dernier. On finirait par le comprendre. Lorsqu'une amie de Leonora la contraignit, dix ans environ plus tard, à rechercher un double, ce qu'elle retrouva et transmit sans sourciller à Henri Parisot, c'était un palimpseste où plusieurs couches de dactylographies avaient ajouté à plaisir les balbutiements et cafouillis de la machine. "Ma diction n'est pas très bonne, dit bien Marion, car j'ai perdu toutes mes dents." La machine à écrire avait sans doute elle aussi perdu quelques dents et Henri Parisot, en tout cas, y perdit quelquefois son humour. Mieux : les protagonistes changeaient de nom avec les pages. Nul doute qu'un seul médecin-chef, pourvu d'une épouse administratrice et acariâtre, ait présidé aux destinées de l'asile. Mais d'abord il s'appelait Gambuse (comme chef d'une "cambuse" ?), puis le Dr Gamboge qui veut dire "gomme-gutte" utilisé comme pigment jaune, en peinture, c'est aussi un purgatif. En somme, un docteur Purgon. Enfin ce fut et resta Gambit (que choisit définitivement Henri Parisot) - "Gambit" qui, en termes de jeu d'échecs, est un tour audacieux dans lequel est impliqué le fou. Le Dr Gambit ou Gamboge est assurément un charlatan. La vieille dame aimée d'Arthur (ou "Maude"), c'était au début du roman "Géraldine" Adams, à la fin : "Veronica". Deux Maud alternaient au début du récit (Maud Sommers et Maud Wilkins), une seule ou plutôt un seul : Arthur déguisé à la fin. Ces perturbations étaient impossibles à conserver sans une abondance de notes qui eût rendu pesant le texte. Comme quoi la continuité des "actants" est bien une des limites du récit - ce sans quoi il n'y a plus de récit, mais écriture automatique, par exemple.
Finalement, les ressassements, les digressions et les ramifications du récit, les glissements des noms et des images sont toujours signifiants, valorisés mieux : indispensables. À la faveur de ces menus déplacements, un texte arborescent prend forme et sens. À la faveur du radotage, ce récit écrit à la première personne et dont bien des éléments sont autobiographiques, finit par éclairer en incidence rasante ce qui est un jeu. Certes il y a quelquefois danger, pour l'économie du récit... et pour l'héroïne. Passe encore de se mettre à raconter sa vie plusieurs fois, comme l'entreprend Georgina au bénéfice de Marion, ou de répéter les quatorze histoires de perroquet qu'on a une fois dévidées. Il est déjà plus risque de se mettre à hocher la tête : sans une bourrade de Georgina dans les côtes de Marion, serait-elle parvenue à s'arrêter ?
Revenons pour les potins à André Pieyre
de Mandiargues (1909-1991), prix Goncourt en 1967 pour son roman La
Marge, proche des surréalistes, chez qui s'installe en
1931 Léonor Fini, alors argentine, où vit également
Henri Cartier-Bresson, ami d'enfance de Mandiargues (tous les trois visitent
ensemble l'Italie du Nord, mais on dérive, comme dans le roman...).
S'inspirant des théories surréalistes, Leonor Fini expérimente
les dessins automatiques. Elle passe une partie de l'été
1939 avec Max Ernst (avec qui elle a une brève aventure) et Leonora
Carrington dans leur maison de Saint-Martin-d'Ardèche. Elle a fait
un portrait de Leonora Carrington :

LAlcôve de Leonor Fini (1939), figurant Leonora Carrington
en guerrière

Leonor Fini et Leonora Carrington, photographiées en 1952 par
Denise Colomb, auteure d'une vaste série de portraits dartistes
(Artaud, Giacometti, Picasso, Max Ernst
)
Leonora Carrington, Les grandes dames de lart, podcast AWARE, 9 décembre 2021, 19 min.
L'exposition au musée
du Luxembourg, sans se déplacer :
- une présentation
en vidéo par les commissaires, 9 min
- une analyse
vidéo détaillée de l'expo par Elodie Couturier,
sur sa chaîne Expertisez, 14 min
- les docs du musée :
guide de visite (33 pages), dossier
pédagogique avec de belles reproductions (13 pages), dossier
de presse de l'exposition (50 pages avec des reproductions).
L'exposition au musée
du Luxembourg : ce qu'en disent Le Monde et Libé
:
- "Leonora
Carrington, surréaliste avant l'heure", Philippe Dagen,
Le Monde, 19 février 2026 : "A Paris, le Musée
du Luxembourg lui consacre une exposition d'envergure avec une centaine
d'uvres"
- "Leonora
Carrington et tout son bizarre", Philippe Lançon, Libération,
7-8 mars 2026 : "Au Musée du Luxembourg, la vie flamboyante
de l'artiste britannique, figure révoltée du milieu surréaliste,
se révèle plus passionnante que les uvres exposées".
- La chronique "poches gérontocratiques" de François Angelier (spécialiste des "mauvais genres"), Le Monde, 11 mai 2024 (Friedrich Dürrenmatt, Leonora Carrington, Edgar Allan Poe). Extrait :
Leonora Carrington (1917-2011), artiste britannique, surréaliste et polytechnique (peinture, sculpture, littérature), ancienne compagne de Max Ernst, qui connut l'internement psychiatrique en Espagne franquiste (elle en tira un chef-d'uvre, En bas, 1945 ; rééd. L'Arachnoïde, 2013), citoyenne mexicaine vingt ans durant, nous mitonne ici un récit stupéfiant, mêlant avec un naturel absolu l'imaginaire gothique et l'esthétique surréaliste (voire dada). On n'est pas sérieux quand on a 99 ans.
Un âge que n'atteignit pas Edgar Allan Poe (1809-1849), raflé par la mort violente à 40 ans, dont l'uvre de conteur a connu deux récents chantiers de traduction menés par Pierre Bondil ("Totem") et le tandem Christian Garcin et Thierry Gillybuf (Phébus). De ces derniers, leur troisième tome contient notamment "La Méthode du Docteur Gouddron (sic) et du professeur Plum", avec sa maison de santé en folie, source s'il en fut du Gambit Institute du Cornet.
- Éric Bordas, "De lautre côté du miroir des objets : Le Cornet acoustique de Leonora Carrington", in Écritures de lobjet, éd. Roger Navarri, Presses Universitaires de Bordeaux, 1997. En résumé :
Éric Bordas analyse Le Cornet acoustique comme un roman profondément structuré par les objets, qui fonctionnent comme des médiateurs entre réalité, imaginaire et identité. Il montre que Carrington utilise ces objets cornet, tableau, coffres, livres, devinettes pour créer un univers instable, ludique et initiatique, où la vieille héroïne Marion Leatherby traverse une série dépreuves fantastiques.
Il insiste sur la manière dont le roman déjoue les attentes narratives : lintrigue glisse du quotidien vers le merveilleux, puis vers lapocalypse (lère glaciaire), tout en conservant un ton humoristique et distancié. Les objets y deviennent des vecteurs de transformation, révélant des vérités cachées, déclenchant des métamorphoses ou ouvrant des passages vers dautres mondes.
Larticle montre aussi que Carrington joue avec les codes du surréalisme, mais en les réorientant vers une subjectivité féminine âgée, marginale et subversive. Le roman apparaît ainsi comme une quête initiatique inversée, où la vieillesse devient puissance, et où lobjet nest plus fétiche masculin mais outil démancipation et de connaissance.
- "Mise au point sur les femmes surréalistes : le clin d'il de Leonora Carrington", Martine Antle, Romance Notes, University of North Carolina, Winter, 1993, p. 119-133. En résumé :
Martine Antle montre que Le Cornet acoustique de Leonora Carrington reprend les grands motifs du surréalisme tout en les détournant depuis une perspective féminine.
Le roman est décrit comme une fable initiatique, un collage mêlant conte, rêve et autobiographie, où une femme de 99 ans découvre la magie. Les objets (le cornet, le tableau, le livre, lhoroscope) jouent un rôle central et rappellent les pratiques surréalistes : objets trouvés, ready-made, boîtes de Cornell, objets-devinettes de Breton.
Carrington réactive des thèmes surréalistes métamorphoses, visions, médiumnité, humour noir, quête du merveilleux mais les déplace vers un univers féminin collectif, ce qui constitue une subversion du modèle masculin (Breton, Aragon).
Les figures féminines (labbesse, la reine des abeilles, Anubeth) se transforment sans cesse, créant une iconographie autonome, androgynique et parfois bisexuelle, qui dépasse landrogyne idéalisé de Breton.
Antle conclut que Carrington fait un clin dil moqueur et irrévérencieux au surréalisme : elle en reprend les codes, mais les réécrit depuis la vieillesse, la sororité et la magie, ouvrant une voie propre aux femmes surréalistes.
- Michaël Gauthier fournit une analyse
détaillée dans son mémoire, Université
de Laval, 2009, p. 60-77. En résumé :
L'expérience traumatique de Leonora Carrington devient, par l'écriture, un rite de passage volontaire. Le Cornet acoustique met en scène une initiation réussie, là où la vie réelle avait échoué.
Le roman propose une cosmogonie alternative, païenne, humoristique, féminine et subversive. L'écriture apparaît comme un acte alchimique, capable de transformer la souffrance en puissance créatrice.
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Nos cotes d'amour, de l'enthousiasme
au rejet :
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