Extrait du site Gallimard

La Condition humaine
est d'abord publiée en extraits dans La Nouvelle Revue française et dans Marianne. Puis en 1933
en édition revue et corrigée
dans la Collection Blanche

Quatrième de couverture :

"Si toute condition humaine n'est pas renfermée dans ces pages, du moins est-il certain qu'elle ne cesse pas d'y être en question, et si tragiquement, si profondément que le livre se trouve encore accordé par ses accents aux peines les plus lourdes et aux plus grandes souffrances. C'est un sûr gage de son exceptionnelle valeur. [...]
La plus grande beauté du livre – et je ne dis rien de l'intensité de certaines descriptions ou de certaines scènes qui appellent l'image de reproduction cinématographique – est dans quelques conversations terriblement lucides au cours desquelles les personnages, haussés au-dessus d'eux-mêmes par l'événement, livrent tout leur secret. C'est là qu'il faut chercher l'esprit de l'œuvre, la définition qu'on peut tirer de notre condition.
Nous sommes seuls, d'une solitude que rien ne peut guérir, contre laquelle nous ne cessons pas de lutter."
Jean Guéhenno.

Parution en Collection Folio
(le n° 1) en 1972
Quatrième de couverture :

"Tchen tenterait-il de lever la moustiquaire? Frapperait-il au travers? L'angoisse lui tordait l'estomac ; il connaissait sa propre fermeté, mais n'était capable en cet instant que d'y songer avec hébétude, fasciné par ce tas de mousseline blanche qui tombait du plafond sur un corps moins visible qu'une ombre, et d'où sortait seulement ce pied à demi incliné par le sommeil, vivant quand même – de la chair d'homme."

André Malraux
La condition humaine (prix Goncourt en 1933)
Nous avons lu ce livre en juin 2018.

L'éclairage historique d'une des éditions Folio semble plus qu'utile pour lire le roman aujourd'hui... (à lire ICI)

Annick L
Je ne pourrai malheureusement pas assister à la dernière séance sur La Condition humaine, roman dont la lecture fut marquante pour moi dans mes jeunes années. Mais est-ce que ça tient encore la route aujourd'hui ? Je lirai vos avis avec beaucoup d'intérêt...

Monique L
Un imprévu m'empêche d'être parmi vous. Je le regrette d'autant plus que c'est la dernière séance avant les vacances. Je n'ai pas fini la relecture de La condition humaine que j'avais lu il y a plus de 40 ans... J'attends avec impatience le point de vue de chacun de vous.

Catherine
Je ne serai pas là non plus, étant déjà en vacances :-). J'ai lu moi aussi La condition humaine il y a très longtemps, à 16 ans. C'est un des livres qui a le plus marqué mon adolescence. Je n'ai jamais oublié les deux premières phrases "Tchen tenterait-il de lever la moustiquaire ? Frapperait-il au travers ?" de même que la scène de la chaudière et de Katow qui donne son cyanure à ses voisins. Je l'ai emporté avec moi et suis en train de le relire mais je n'ai pas assez avancé pour écrire mon avis. Je ne suis pas sûre d'éprouver la même fascination que celle ressentie à l'époque mais je n'ai relu que 80 pages ; j'attends vos avis.

Geneviève
Je lutte pour lire La condition humaine mais j'avoue que j'ai du mal. Le style est un peu désuet, je me perds un peu dans les composantes politiques et la réflexion philosophique me paraît parfois un rien alambiquée. Pourtant, le tableau de l'époque, d'un monde colonial sur le point de disparaître reste assez fascinant pour que je tente d'aller jusqu'au bout.

Fanny
Ne pouvant pas vous rejoindre ce soir, voici mon avis sur La condition humaine. Plutôt qu'un avis, j'aurais envie de parler avant tout de ressenti.
J'ai oscillé tout au long de ma lecture entre un engouement pour le style et un sentiment de lassitude.
J'ai trouvé certains passages très prenants, les menaces de torture, les capsules de cyanures, les scènes de guerre, d'ailleurs difficilement soutenables à la lecture. À d'autres moments, je me suis arrêtée sur certaines phrases qui, prises isolement, perdaient je trouve toute leur intensité.
Dans l'ensemble j'ai eu le sentiment qu'il y avait trop d'éléments traités dans ce roman : la dimension historique, le rapport aux femmes, la mort, les aspirations philosophiques, la trahison, la fraternité... C'est curieux, car en général c'est souvent ce qui pour moi fait la richesse d'une œuvre littéraire.
A la lecture de Malraux, et malgré le rythme imposé par la précision du découpage temporel, je me suis très rapidement perdue. Je me suis égarée dans le fil narratif et j'ai mélangé la plupart des personnages. Si certains passages m'ont tenue en haleine, à d'autres moments je n'avais qu'une hâte, terminer ce roman pour en commencer un autre.
J'ai lu que Malraux avait eu le projet d'en faire une adaptation cinématographique. Dommage que cela n'ait pas abouti. Je pense que j'aurais été davantage captée par chacun des personnages à travers un film. J'ouvre ¼. Hâte de découvrir vos avis.

Claire
J'étais très contente de lire ce classique. Très vite, j'ai eu l'impression de ne rien comprendre et je me suis refusée à lire des résumés ou analyses, estimant que le livre doit se tenir tout seul.
Certes, me disais-je, quand il est sorti en 1933, et comme ça se passe en 1927, le lecteur pouvait avoir les éléments politiques en tête. J'aspirais désespérément sans y parvenir à savoir qui étaient les bons et les méchants.
J'ai largement sauté des pages. Le livre m'a déplu. J'ai vu les phrases nominales donnant un rythme, l'action type ciné dans laquelle on veut nous emporter, des rivalités de pouvoir à différents niveaux, un zeste d'érotisme pas très sympathique (où le protagoniste couche avec lui-même p. 232). Mais des dialogues bof (ne parlons pas des apostrophes ridicules : "L'interm'diaire avait p't-être pris un rend'-vous" p. 22)

Françoise
On dirait une mauvaise traduction !

Claire
Oui ! Et les exposés historiques bof, et le pire : les personnages pas attachants, comme des pantins reproduisant un échiquier politique qui d'ailleurs m'échappe. Et puis un narrateur omniscient fatiguant. Ah j'oubliais les phrases fumeuses ("cette boule qui hésitait au bord des trous comme un museau et par quoi il étreignait son propre destin, le seul moyen qu'il eut jamais trouvé de se posséder lui-même" p. 242). La présence de l'art est régulière, mais parfois vraiment décorative, par exemple "Il ouvrit mélancoliquement sa porte, jeta son veston sur l'exemplaire familier des Contes d'Hoffmann et se versa du whisky" p. 257.

Denis et Jacqueline protestent...
Claire
Quant à l'hommage au terrorisme qui nous ramène à aujourd'hui, qu'est-ce que ce devait être puisque en 1947, ai-je lu, revoyant le texte pour une nouvelle édition, Malraux a supprimé l'apologie du terrorisme qui figurait à la fin du livre.
Bref, j'ai eu l'impression d'une purge. J'ouvre ¼ pour la satisfaction d'avoir visité un monument, et notamment le n°1 de la collection Folio...). J'ai comparé à Vuillard qui met en scène un événement historique international, ça a une autre allure...
Jacqueline
C'est un livre qui a une forte résonance pour moi : j'avais 17 ans quand ma mère m'a dit que ce livre avait influencé ses choix de vie ; et elle m'a dit cela alors ce que nous étions à Shanghai. J'ai donc eu une grande curiosité pour ce livre mais sans jamais parvenir à le lire. C'est l'année dernier avant l'été que je l'ai vraiment lu, en lien avec la rencontre ici avec Brigitte Duzan sur la Chine. J'ai retrouvé un album photo de l'époque. Je l'ai découvert avec beaucoup d'intérêt. Je l'ai lu dans la Pléiade, avec de nombreuses notes et références, notamment à Harold R. Isaacs qui a écrit La tragédie de la révolution chinoise, avec des photos extraordinaires de Shanghai et du massacre. Pour ce soir, je l'ai repris, l'ai mieux compris, car j'étais restée à l'histoire. Je l'ai parcouru en voyant comment le livre est construit : de façon cinématographique, en séquences. Les personnages sont pour moi des avatars de Malraux : Clappique, le Japonais, Gisors le père, qui est proche des conceptions de Malraux. Ces avatars représentent des positions différentes par rapport à la condition humaine et la mort. La construction est intéressante. Il y a des passages durs, mais fidèles à la réalité. Cela m'a donné envie de lire Les conquérants. C'est un livre difficile à lire du fait du point de vue distant et un peu éclaté. Ce livre, c'est un boulot extraordinaire, mais que je ne comprends pas complètement. J'ouvre ¾ et je ne regrette pas tout ce que j'ai appris.
Françoise
J'ai été moins courageuse que Claire et il m'est complètement tombé des mains à la moitié. C'est qui ? Ils sont quoi ? Si on n'a pas en tête les événements, c'est difficile. Je n'ai pas réussi à m'intéresser. C'est bien écrit, mais ça ne m'a pas accrochée. Je regrette de ne pas avoir lu le contexte historique. Les personnages, j'ai du mal à saisir qui ils étaient, à part Gisors. Ça ne vaut pas John le Carré ou Graham Greene avec son livre qui se passe au Vietnam (Un Américain bien tranquille). J'avais lu Malraux dans ma jeunesse, pour moi ce n'est pas un grand écrivain. Livre fermé.
Richard
Je l'ai lu en Pléiade tout comme Camus. Vous avez vu Amadeus ? (Vous vous demandez quel est le lien...) Salieri souffle à l'empereur qui doit dire ce qu'il pense de l'œuvre qu'il entend "il y a trop de notes". Eh bien là, dans ce livre : trop de mots ! Et ça rend réticent. Mais je suis de parti-pris. Tout le monde l'a lu dans le passé, moi il y a 50 ans, et dans des circonstances très positives : j'étais en Angleterre en troisième année à la fac de littérature et philosophie françaises, avec un professeur extraordinaire, Jolivet. Je l'ai lu sous l'ombrelle existentialiste, comme Camus d'ailleurs. Je l'avais lu pour les idées plus que pour la littérature. En le reprenant, je n'ai pas tout lu, mais là, je l'ai lu comme œuvre de fiction. Une œuvre écrite avec des paramètres : pour moi les personnages sont des symboles. Je ne leur demande pas d'agir comme des personnages. Peut-être c'est ce qui fait le côté périmé du livre. Ouvert aux ¾

Nathalie
Je l'ai lu en Folio (n°1). J'ai repris mes études à 27 ans et je l'ai lu à 27 ans : j'ai retrouvé ce livre plein d'annotations, liées au cinéma : montage, cut, fondu/enchaîné, surimpressions. Ce fut d'abord l'émotion de la relecture avec mes notes un peu enfantines. C'est très compliqué à lire. Il y a des essais amusant de retranscriptions …

Claire
Tu parles de ces apostrophes ridicules ?

Nathalie
Oui… En fait il ne connaissait pas le lieu et a écrit en se fondant sur les ports comme Le Havre avec ses sirènes. Il y a une confusion des prénoms en K. J'ai retrouvé page 30-31 une sorte de tirade de Cyrano, mais très déplacée. La fatalité est présente. J'ai remarqué un bestiaire, les personnages sont comparés à des animaux : aigle, bouc, chouette, épervier, pieuvre lapin, chat. Cette thématique animale vaut sur le plan politique : les millions de poissons représentent le peuple. J'ai vu des invraisemblances. Quant aux femmes ce sont vraiment uniquement des objets. J'ai retrouvé aussi un passage rappelant nettement Le Barrage contre le Pacifique (ou plutôt l'inverse, c'est Duras qui rappelle nettement Malraux). Ce qui m'a gênée, ce sont les personnifications, les allégories. Il y a un rapport à la Chine amusant avec des aphorismes sur les Chinois. Mais j'ai ressenti un agacement par rapport à ces procédés. Les descriptions sont parfois complexes, difficiles à comprendre. Il y a même des constructions de phrases qui semblent fautives : "personne qu'un vieux Chinois". Je suis allée voir quand Chang-Kaï-Shek est mort : en 1970. Et cette citation page 139 sur le marxisme : "Mais il y a dans le marxisme le sens d'une fatalité, et l'exaltation d'une volonté." Ce que j'ai compris : concerne la nécessité de combattre. Or certains sont attirés par la mort et non le combat et ceux-là sont dangereux. Ce qui est vieilli, c'est que le communisme est passé par là. C'est un livre très ennuyeux, je n'arrive pas à le transposer aujourd'hui.

Claire
Ce qui est impressionnant c'est le succès qu'il a eu.
Nathalie
Oui, il a eu du succès en raison de la question de l'engagement. Alors on n'y croyait Mais je ne suis pas enthousiasmée par l'écriture et le contenu. J'ouvre ¼.

Denis
J'ai lu l'introduction historique très utile, dans l'édition Folio classique. J'ai le souvenir de discours emphatiques de Malraux, plutôt ridicules, sous De Gaulle. Un côté ringard. Je ne connais rien à la Chine, et le livre m'a évoqué des images mythiques, par exemple Corto Maltese avec Corto Maltese en Sibérie où il y a aussi un train blindé, avec des dessins magnifiques. Je croyais que Malraux avait été en Chine et qu'il avait connu de près les événements du livre. Je suis déçu d'apprendre que non.

Jacqueline
Il y est allé un peu.

Denis
Toujours l'influence des livres d'aventures, s'agissant de l'Orient, des images de Shanghaï tirées du Lotus bleu me sont venues à l'esprit. Le livre commence très fort avec la scène de l'assassinat.
C'est difficile à lire, cela demande beaucoup d'attention et on se fatigue. Je trouve l'écriture hallucinatoire, débordante. Le livre est un peu comme l'auteur avec un mixte de grand homme et un peu cinglé.
J'ai sauté beaucoup de pages, mais en essayant de saisir les articulations des scènes. Je suis revenu souvent en arrière pour comprendre une réplique. Ce n'est pas une lecture "plaisir" mais c'est marquant.
Ce n'est pas un récit d'aventure, mais il y a de nombreuses scènes qui sont des situations extrêmes : le jeu, les assassinats, les attentats, la drogue, l'érotisme sado-maso, l'attente du supplice... Cela fait beaucoup ! Le rapport entre ces scènes, la façon dont elles sont traitées, et la discussion de l'action révolutionnaire ne me semble pas évident. Je note qu'elles ont un aspect d'expérience vécue : l'assassinat comme si vous y étiez... Et le jeu au casino : la jouissance du joueur, ce n'est pas le gain mais la perte.
Je me demande quelle était l'influence de sa femme Clara à cette époque. J'ai lu qu'il lui était très attaché et qu'il avait été très affecté quand elle lui avait annoncé l'avoir trompé. Exactement comme dans la scène entre May et Kyo.

Claire
La scène à l'hôtel avec les cages d'oiseaux ça c'est pas croyable !
Denis
C'est une écriture obscure. Il y a quelques expressions heureuses, de belles images. Combien d'élèves ont dû plancher dessus ?! Pourquoi ? Les personnages sont des supports d'idées. Il n'y a que le baron qui est un personnage, les autres sont des épures. Mais c'est un incontournable. J'ouvre ¾. Je n'aime pas mais je respecte, c'est un monument.

Danièle
Je n'avais jamais rien lu de Malraux. Je connaissais seulement ses discours en tant qu'homme politique, particulièrement en tant que ministre de la culture. J'ai chez moi l'édition de poche très ancienne de La condition humaine (Livre de poche n° 27 de 1947...) Elle doit appartenir à quelqu'un de la famille. La première scène m'a impressionnée. Je m'attendais à un discours politique ou historique, mais le livre commence par une scène poignante qui nous fait vivre les affres d'un homme sur le point d'en tuer un autre pour la première fois de sa vie. Ce sont ces scènes psychologiquement denses, les réflexions sur les relations humaines, la mort, les relations de pouvoir, qui m'ont plu dans ce livre, ainsi que l'imbrication de ces considérations psychologiques dans l'action, une action qui met tout de même en jeu des grands moments de l'histoire. C'est ainsi que les personnages prennent leur consistance : dans la qualité de la description psychologique, spécialement dans le feu de l'action. J'ai aimé le style classique et fouillé, qui demande beaucoup de concentration à la lecture. Il y a des épisodes concernant l'historique où je me suis emmêlée, car j'avais oublié tout le contexte politique de l'époque du communisme, qui pourtant était encore longtemps resté d'actualité dans ma jeunesse. Ce qui m'a aussi intéressée et étonnée, c'était de voir la capacité d'anticipation, de vue d'ensemble et de réflexion psychologique des chefs locaux, tels Tchen ou Kyo. Je ne sais pas si c'est vraisemblable, ou si Malraux n'a pas forcé le trait intellectuel. C'est du grand art, leur stratégie, comparable d'ailleurs à celle de nos terroristes actuels.
Malraux donne-t-il de ses personnages féminins une image de femme objet ? May, la compagne de Kyo, et Valérie, l'amante de Ferrante, ont selon moi une forte personnalité et une indépendance de caractère. Lorsque, dans ses joutes oratoires, Malraux fait tenir à Ferral des propos sur la prétendue soumission naturelle de la femme, ce n'est pas fait pour y croire, mais au contraire pour montrer le caractère ridicule de ces propos.
On pourrait considérer que le style est un peu daté, mais ça ne m'a pas gênée. J'ai au contraire apprécié le côté classique, sans recherche excessive de style, mais exigeant. Y a-t-il trop de mots ? Certes, certaines phrases ne veulent rien dire, je l'ai vérifié ; d'autres sont très belles bien que difficiles à comprendre.

Denis
Ce livre demande beaucoup d'attention.
Danièle, entreet
Mais en même temps c'est plaisant. Mais je comprends un peu tard qu'il fallait que je saute des passages, par exemple certaines scènes de combat de rue ; si on rate un coup de feu, ce n'est pas grave. Au cinéma, cela passerait mieux. Quant aux aphorismes, si certains n'apportent rien, d'autres m'ont fait rire par exemple : "il s'est trompé de vice", ça m'a plu. J'ouvre entre ½ et ¾.

Denis
Le passage du cyanure m'a rappelé mon professeur de français de troisième qui avait évoqué cela comme le don le plus absolu : toute ma vie, j'ai gardé cette idée en tête.

Gide (avis transmis à Voix au chapitre)
Ce livre qui, en revue, m'apparaissait touffu à l'excès, rebutant à force de richesse et presque incompréhensible à force de complexité … me semble, à le relire d'un trait, parfaitement clair, ordonné dans la confusion. (Journal, 10 avril 1933)

Sartre (avis transmis à Voix au chapitre)
Je lis La Condition humaine et je vois bien ce qu'il a essayé de faire sentir : une fatalité reprise et assumée par une volonté. C'est tout de même assez heideggérien. Mais il y a des passages ridicules ("l'érotisme" de Ferral) et d'autres mortellement ennuyeux... (Lettres au Castor, 13 avril 1940)

Claire
Je suis très contente d'avoir retrouvé dans le texte même une phrase fameuse sur les chats concernant un des personnages, Ferral, qui "aimait les animaux, comme tous ceux dont l'orgueil est trop grand pour s'accommoder des hommes ; les chats surtout" (Folio, p. 118). Mais j'ai trouvé une photo et une signature de Malraux très chatesques.

Nous regardons une courte vidéo de Malraux (hallucinant) à l'annonce du Prix Goncourt en 1933 : ICI

Claire
J'ai trouvé dans ma bibliothèque Malraux par lui-même, dans la vieille et regrettée collection "Écrivains de toujours", publié au Seuil en 1953 par Gaëtan Picon.

Denis, admiratif
Gaëtan Picon ! Excusez du peu...

Claire
(Wikipediant) Gaëtan Picon, essayiste et critique d'art, a été directeur du Mercure de France et, sous le ministère d'André Malraux, directeur général des Arts et Lettres.
Ce qui est très intéressant dans ce livre, c'est qu'il y a plein de notes en regard du texte de Picon, des notes de Malraux lui-même ; c'est presque à deux voix. J'ai choisi quelques passages ayant trait au cœur de ce qui fait un roman (les personnages, leurs voix) où Gaëtan Picon est subrepticement critique, avec élégance, mais néanmoins acuité, mettant des mots sur mes propres impressions ; les réponses de Malraux sont blablateuses, aucunement convaincantes, voire fuyantes, Picon touche dans le mille...

Gaëtan Picon
Toutes ces voix adverses s'unissent en celui qui anime leur dialogue. Tous ces ennemis sont fraternels. "Un type de héros en qui s'unissent la culture, la lucidité et l'aptitude à l'action" : à travers Garine, Malraux définit tous ses personnages, – se définit lui-même. Ils ont tous le même langage, celui de l'intellectuel ; le même domaine, celui de l'action ; le même accent, celui d'une passion d'autant plus véhémente qu'elle est plus inquiète d'elle-même, et plus soucieuse des autres vérités. Malraux ne cherche nullement, comme Balzac ou Proust, à donner à chaque personnage une voix personnelle, à le délivrer de son créateur*. Dans le dialogue qui les oppose, Ferral parle comme Gisors, Scali comme Alvear, Walter comme Vincent Berger. Leur langage, Malraux ne l'a pas surpris en écoutant les autres hommes : il l'obtient, sinon en transcrivant, du moins en transposant le sien propre. Le langage qu'il prête à ses personnages, c'est le sien – celui de sa conversation – mais filtré, magnifié.

*Malraux
Vous nuancez fort bien, mais je me demande s'il n'y a pas, sous votre analyse, une idée de la spécificité du roman – qui m'a toujours été suspecte.
Vous avez connu comme moi le temps où le roman, c'était La Princesse de Clèves. Puis le temps où c'était Le Moulin sur la Floss, avec prolongement singulier sur La Guerre et la Paix. Les élèves recalés en composition française du XVIIe siècle étaient autorisés à concourir en composition anglaise du XIXe. Dostoïevski, dont la présence depuis quarante ans est écrasante, n'a jamais tenu, pour la critique, ce rôle de modèle. Ni Balzac, quoi qu'on en dise. Parce que l'emploi des procédés de Balzac, séparé de ce que Baudelaire appela sa nature de visionnaire, suscite les romans de Zola plus que des romans balzaciens.
L'autonomie des personnages, le vocabulaire particulier donné à chacun, sont de puissants moyens d'action romanesque, non des nécessités. Ils sont plus marqués dans Autant en emporte le vent que dans Les Possédés, nuls dans Adolphe. Je ne crois pas vrai que le romancier doive créer des personnages ; il doit créer un monde cohérent et particulier, comme tout autre artiste. Non faire concurrence à l'état-civil, mais faire concurrence à la réalité qui lui est imposée, celle de "la vie", tantôt en semblant s'y soumettre et tantôt en la transformant, pour rivaliser avec elle.


Gaëtan Picon
L'œuvre de Malraux nous suggère un homme réduit à ses sommets, à sa part de volonté et de conscience, un homme abstrait de tout ce qui n'est pas le meilleur.
Abstrait, tout d'abord, de sa personne physique. Car on remarquera la rareté des détails physiques dans la description des personnages, et leur peu de réalité corporelle (l'un n'implique pas nécessairement l'autre : Balzac fait voir en décrivant*, et Tolstoï sans décrire).

*Malraux
Plus Balzac décrit un visage, moins je vois le visage qu'il décrit. Je vois le Père Goriot parce que je projette sur lui, confusément, des dessins de Daumier (et l'œuvre de celui-ci est pour moi, non seulement une prodigieuse illustration de Balzac, mais encore un monde qui se superpose à la Comédie humaine et lui donne le dessin qui lui manque). Vous voyez Rastignac ? Eugénie Grandet ? Même la Cousine Bette ? Et les duchesses ? Mais le Cousin Pons, sûrement : nous l'avons vu sur tous les Amateurs d'Estampes de Daumier...

Gaëtan Picon
Malraux qui sait évoquer avec tant de force un paysage d'Espagne ou une toile du Tintoret, pourquoi ne parvient-il pas à rendre sensibles ses personnages ? C'est sans doute qu'il ne le veut pas : la réalité physique participe de cette zone de l'humain qu'il veut écarter*. Pudeur, honte quasi-chrétienne du corps, comme chez T. E. Lawrence ? Plutôt une sorte de ressentiment à l'égard de tout ce qui entrave la volonté et l'esprit.

*Malraux
Et qu'il y aurait à dire sur la réalité physique des héros de Stendhal !

Claire
Vous trouvez qu'il répond aux questions ?...
Lisa
J'ai commencé La condition humaine, mais je ne l'ai pas fini (j'en suis à la page 120 environ). J'attendais vos avis avant de poursuivre : je voulais savoir si ça valait le coup de se forcer ou non. Vos avis ne me donnent pas envie de continuer. Je ne suis donc pas la seule à l'avoir trouvé confus.
Au début, je ne comprenais rien, je ne savais pas qui était qui. J'ai dû me renseigner sur internet pour avoir le contexte historique.
Même avec le contexte, je n'accroche pas, j'ai du mal à suivre et l'écriture ne m'emballe pas plus que ça non plus.
Livre fermé.

 

Nos cotes d'amour pour le livre, de l'enthousiasme au rejet :
à la folie
grand ouvert
beaucoup
¾ ouvert
moyennement
à moitié
un peu
ouvert ¼
pas du tout
fermé !

 

 

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