Livres lus mentionnés par les participants :Quatrième de couverture : Michael Owen, un jeune homme dépressif et agoraphobe, a été chargé par la vieille Tabitha Winshaw d'écrire la chronique de cette illustre famille. Cette dynastie se taille en effet la part du lion dans tous les domaines de la vie publique de l'Angleterre des années quatre-vingt, profitant sans vergogne de ses attributions et de ses relations... Et si la tante Tabitha disait vrai ? Si les tragédies familiales jamais élucidées étaient en fait des crimes maquillés ? Par une nuit d'orage, alors que tous sont réunis au vieux manoir de Winshaw Towers, la vérité éclatera... Un véritable tour de force littéraire, à la fois roman policier et cinglante satire politique de l'establishment.

Quatrième de couverture : Rosamond vient de mourir, mais sa voix résonne encore, dans une confession enregistrée, adressée à la mystérieuse Imogen. S'appuyant sur vingt photos soigneusement choisies, elle laisse libre cours à ses souvenirs et raconte, des années quarante à aujourd'hui, l'histoire de trois générations de femmes, liées par le désir, l'enfance perdue et quelques lieux magiques. Et de son récit douloureux et intense naît une question, lancinante : y a-t-il une logique qui préside à ces existences ? Tout Jonathan Coe est là : la virtuosité de la construction, le don d'inscrire l'intime dans l'Histoire, l'obsession des coïncidences qui font osciller nos vies entre hasard et destin. Et s'il délaisse cette fois le masque de la comédie, il nous offre du même coup son roman le plus grave et le plus poignant.

Quatrième de couverture : Maxwell Sim est un loser de quarante-huit ans. Voué à l’échec dès sa naissance (qui ne fut pas désirée), poursuivi par l’échec à l’âge adulte (sa femme le quitte, sa fille rit doucement de lui), il s’accepte tel qu’il est et trouve même certaine satisfaction à son état.
Mais voilà qu’une proposition inattendue lui fait traverser l’Angleterre au volant d’une Toyota hybride, nantie d’un GPS à la voix bouleversante dont, à force de solitude, il va tomber amoureux. Son équipée de commis-voyageur, représentant en brosses à dents dernier cri, le ramène parmi les paysages et les visages de son enfance, notamment auprès de son père sur lequel il fait d’étranges découvertes : le roman est aussi un jeu de piste relancé par la réapparition de lettres, journaux, manuscrits qui introduisent autant d’éléments nouveaux à verser au dossier du passé. Et toujours Max pense à la femme chinoise et à sa fille, aperçues dans un restaurant en Australie, dont l’entente et le bonheur d’être ensemble l’ont tant fasciné. Va-t-il les retrouver ? Et pour quelle nouvelle aventure ?
Brouillant joyeusement les cartes de la vérité et de l’imposture, Coe l’illusionniste se réserve le dernier mot de l’histoire, qui ne manquera pas de nous surprendre.
Plus d’une génération va se reconnaître dans ce roman qui nous enchante avec un humour tout britannique, bien préférable au désespoir.
Quatrième de couverture : Londres, 1958. Thomas Foley travaille au ministère de l’Information lorsqu’on lui propose de participer à l’Exposition universelle de Bruxelles. Mais superviser la construction du Pavillon britannique est plus dangereux qu’on ne pourrait le croire… Il est vite rejoint par de savoureux personnages : Chersky, un journaliste russe qui pose des questions à la manière du KGB, Tony, le scientifique anglais responsable d’une machine, la ZETA, qui pourrait faire avancer la technologie du nucléaire, Anneke, enfin, l’hôtesse qui va devenir sa garde rapprochée.

En parodiant le roman d’espionnage, Coe médite sur le sens de nos existences. Il dresse le portrait d’une société tiraillée entre une certaine attirance pour la liberté et un attachement viscéral aux convenances.
Quatrième de couverture : Imaginez ! L'Angleterre des années soixante-dix, si pittoresque, si lointaine, avec ses syndicats propères et sa mode baba cool. Une image bon enfant que viennent lézarder de sourdes menaces : tensions sociales, montée de l'extrême droite, et une guerre en Irlande du Nord qui ne veut pas dire son nom.
Mais dans ces années où le pays va basculer de l'État-providence au thatchérisme et de la musique planante au punk, Benjamin, Philip, Doug et leurs amis ont bien d'autres choses en tête : s'intégrer aux cliques et aux clubs d'un lycée archaïque, oser parler aux filles, s'affirmer comme artistes en herbe, s'échapper de Birmingham l'endormie pour des aventures londoniennes... Trop innocents pour saisir les enjeux et les intrigues qui préoccupent leurs parents. Jusqu'à ce que le monde les rattrape.
Dans ce roman foisonnant, qui comportera une suite, Jonathan Coe renoue avec la veine de Testament à l'anglaise, usant de tous les styles, entremêlant en virtuose récits et personnages, tirant d'une main experte tous les fils du destin, pour nous offrir à la fois une chronique adolescente tendre et drôle, un roman d'apprentissage nostalgique, et le tableau ample, grave et lucide d'un pays en pleine mutation. Quatrième de couverture : L'Angleterre de Tony Blair entre dans le nouveau millénaire, et les héros de Bienvenue au club dans l'âge mûr. Vingt ans après, qu'ont-ils fait de leurs idéaux de jeunesse ? N'auraient-ils d'autre choix qu'entre compromissions et immobilisme ? Seul l'affreux Paul, leur cadet, un politicien opportuniste, semble s'adapter à ces temps nouveaux et aux nouveaux cercles du pouvoir. Mais si les utopies des années soixante-dix semblent maintenant lointaines, il suffit de bien peu pour faire resurgir les fantômes du passé… Jusqu'à ce que le cercle se referme.
Tout en déroulant la chronique de l'histoire immédiate, du choc de la mondialisation à la guerre en Irak, Jonathan Coe fait le portrait d'une génération en proie à d'irréductibles contradictions. Impitoyable satiriste, il brosse un tableau ravageur de l'Angleterre de Tony Blair, qu'il dénonce avec la fureur vengeresse jadis réservée au thatchérisme.
Ce roman est celui d'un conteur à l'habileté diabolique. D'une lucidité aussi réjouissante qu'inconfortable, il se fait le miroir non seulement d'un pays, mais d'une époque tout entière. Et le diptyque que composent Bienvenue au club et Le cercle fermé constitue une fresque aussi ambitieuse et aussi aboutie que Testament à l'anglaise.
Quatrième de couverture : De bien curieux événements se déroulent à Ashdown, inquiétante demeure perchée sur une falaise des côtes anglaises. Naguère, c'était une résidence universitaire, où se sont croisés Sarah la narcoleptique, Gregory le manipulateur, Veronica la passionnée, Robert l'amoureux transi, Terry le cinéphile fou. Leurs destins ont divergé, mais les spectres du passé continuent de hanter Ashdown, devenue une clinique où le sinistre docteur Dudden se livre à de monstrueuses expériences sur les troubles du sommeil. Par quelles mystérieuses coïncidences tous les personnages vont-ils s'y retrouver ? Et quelles transformations vont-ils subir ? Une fresque foisonnante et rigoureuse où l'illusion amoureuse va jusqu'à l'extrême limite de sa réalisation, et où la vérité sort toujours des rêves.

La photo ci-dessus est extraite d'un article du Guardian du 11/11/2016 sur le dernier roman de Coe, Number 11.

Jonathan Coe
Testament à l'anglaise
et si possible :
La pluie avant qu'elle tombe

(en présence d'Helena Chadderton et de FR3)

Nous avons lu ces livres en janvier 2016 (groupe parisien et deux groupes bretons. Le nouveau groupe parisien lira Testament à l'anglaise en mars 2018.

Helena Chadderton, maître de conférences et chercheuse à l'Université de Hull en Angleterre, a contacté le site en mai 2015. Entreprenant une recherche sur la réception de Jonathan Coe en France, elle nous a proposé de lire un roman de cet auteur, de recueillir nos réactions et de nous soumettre un questionnaire.
Mais quel roman choisir ?

Justement se tenait le Festival des Étonnants voyageurs à Saint-Malo où Coe figurait parmi les invités : quoi de plus simple que de lui demander son avis pour notre groupe lecture ! C'est donc lui qui a choisi les deux livres à lire, pour lesquels le groupe parisien s'est réuni le 22 janvier 2016, les groupes bretons s'étant, eux, réunis les 13 et 19 janvier.

Coïncidence à Paris : en plus de notre chercheuse, nous avions avec nous une journaliste de France 3, Aurélia Chopin (aimant d'ailleurs beaucoup Jonathan Coe), en vue d'un sujet en rapport avec le Salon du livre à venir et les "prescripteurs" de lecture. En dépit de la présence mobile du cameraman et du technicien, nous avons fonctionné comme d'habitude avec notre tour de table. Voici son reportage : ICI

Manon (qui remarque avant de commencer)
En fait je trouve qu'avoir eu le questionnaire avant de formuler son avis a stimulé la réflexion sur sa lecture.
Séverine (avis transmis et lu en début de séance)
La lecture de ce Testament est un pur bonheur. A lire la 4e de couverture, je me suis dit : chouette ! Un cluedo en livre ! (et d'ailleurs il est fait référence au jeu dans le livre !) Plus j'avance, et plus j'aime cet enchevêtrement des histoires, ces allers-retours temporels et ce lien qui devient plus étroit entre Michael Owen et la famille Winshaw. Et quelle famille ! Je dois dire que Dorothy est, à ce stade de ma lecture, la plus sublimement horrible (peut-être parce que le sort des animaux me soucie beaucoup… et de son pauvre mari !). Je ne suis pas très sensible aux références faites à des personnes "vivantes ou ayant existé" et qui ne sont pas là par pure coïncidence, mais je pense que pour qui veut s'atteler en détail à rechercher les faits réels évoqués peut vraiment s'amuser à voir jusqu'où l'auteur dit vrai. En tout cas, on a le sentiment que la corruption, la manipulation et autres sentiments nobles sont universels ! Avec cette fabuleuse famille, l'auteur dresse tous les aspects possibles de la mauvaise nature humaine. Un jeu des 7 familles repensé pour une seule famille et avec seulement 6 membres mis en avant (et 7 avec la tantine !). Et je dirais aussi que j'aime les moments de pur humour anglais comme la scène dans le métro (avant qu'il aille chez son éditeur) qui n'apporte pas grand chose au récit mais dont on sent bien que l'auteur avait envie de parler et qui est très drôle ! Je vais m'empresser de finir ce roman ; et lire d'autres ouvrages de Jonathan Coe ne me déplairait pas. Même en n'ayant pas achevé ma lecture, je peux dire que j'ouvre en grand ce roman plaisir.
Brigitte (avis transmis)
J'ai d'abord lu La pluie avant qu'elle tombe, dont le titre me plaît beaucoup. J'ai bien aimé le début, un peu moins la fin. Quant à Testament à l'anglaise, je trouve le projet très intéressant. J'aime beaucoup l'idée de mélanger la vie du narrateur avec les films qu'il a vus au cours de son existence. Il y avait là matière à faire un véritable grand livre, mais malheureusement l'auteur ne mène pas à bien son projet. Il a le scénario, mais pas le souffle nécessaire à sa réalisation. Du coup, j'ai été très déçue. Les personnages sont caricaturés, notamment Dorothy et Hillary. Le personnage de Tabintha, qui aurait pu être la clé du suspense (doit-on, ou non, la croire ?) est toujours rejeté en marge du récit. Un passage survit cependant : celui où le narrateur (Michael) ne réussit jamais à écouter attentivement ce que lui dit Fiona, lors de leur première rencontre. Pour ce qui est du reste, je conseillerais à l'auteur, si jamais mon point de vue l'intéressait (!), de tout réécrire avec plus de soin, tout en conservant le déroulement des faits. Je lui suggérerais aussi de donner à la description de Winshaw Towers une dimension mystérieuse et envoûtante, et d'éviter les passages rocambolesques de la fin.

Denis (avis transmis)
J'ai bien aimé Testament à l'anglaise. Je l'ai trouvé prenant, dynamique, amusant, bien écrit, facile à lire : un bon roman contemporain. J'ai apprécié la description critique de la privatisation thatchérienne, où j'ai appris pas mal de choses sur les procédés par lesquels des personnes bien placées ont pu s'enrichir. J'ai trouvé plutôt caricaturaux les personnages de la famille Winslow, mais je suppose que c'est inhérent à l'analyse critique : cela n'apporterait rien de leur donner une véritable épaisseur psychologique. Le caractère du héros narrateur est en revanche très original, avec sa dépression, ses rapports compliqués aux femmes et, malgré cela, son énergie sous-jacente. J'ai également apprécié l'ingéniosité du scénario qui aboutit à rendre plausible l'hypothèse de l'assassinat de Godfrey, initialement aussi folle que la sœur... La structure temporelle du roman me semble très compliquée, mais ne constitue pas un réel obstacle à la compréhension. Si toutefois on voulait en jouir pleinement, il faudrait sans doute la reconstituer le crayon à la main. L'arbre généalogique initial est d'une grande aide à la lecture et démontre le pragmatisme de nos chers Brits.
Il y a encore deux mois, je n'avais lu aucun livre de Coe et n'avais même jamais entendu parler de lui. C'est le groupe de lecture qui m'a fait connaître son nom et, par curiosité, j'ai d'abord lu Mr. Sim, que je qualifierai de fantaisie inventive, habile et souriante, un peu comme les romans d'Echenoz.

En écoutant ce que pense Denis d'Echenoz, Rozenn tique, mais il n'est pas là pour qu'elle proteste...
Denis
Puis j'ai lu Expo 58, moins réussi mais quand même astucieux et amusant. En revanche, je ne suis pas arrivé à dépasser le premier tiers de La pluie, que j'ai trouvé ennuyeux comme... J'ai renoncé définitivement quand je me suis aperçu que le discours monotone de la défunte se poursuivait quasiment jusqu'à la fin du volume, et tant pis pour moi, je ne connaîtrai pas le secret de famille ! J'ouvre en grand Le Testament (en me forçant un petit peu).

Emmanuel (regrets transmis)
Je regrette de ne pouvoir venir, pensant qu'il était bien opportun que la gente masculine soit un tantinet présente car la lecture de The rain before it falls est d'une rudesse arbitraire et unilatérale sévère avec ces messieurs britanniques, à mon regard tout du moins...
Annick L
Je ne connaissais pas cet auteur et je suis très heureuse de le découvrir. Dans Testament, les portraits sont au vitriol, une caricature, à prendre comme telle. J'ai été passionnée par cette saga familiale, fascinée par la recherche de vérité de Michael : il est un intéressant pendant à cette famille, car c'est un has been, un anti-héros, humain. La fin délirante, avec ce mélange des genres, m'a fait rire.
La Pluie constitue un monde totalement différent par rapport au Testament. J'ai été émue par cette histoire de femmes, très touchée par le personnage de Rosamond, échappant à la nostalgie.
Geneviève
J'ai lu 5 ou 6 livres de Coe. Le Testament que j'avais lu quand il est sorti est arrivé comme une délivrance, un souffle d'air frais, à l'époque… La Pluie m'avait séduite par la poésie. Mais j'ai été déçue à la relecture. Il y a des tas de choses que j'aime bien, mais là j'ai du mal, je vois trop les ficelles à la relecture. J'ai un bon souvenir, mais qui ne tient pas à la relecture.

Claire (lorgnant les couvertures en anglais)
Et tu les as lus en anglais, sans perte par la traduction.
Lisa
J'ai bien aimé Testament, mais il en fait trop. Il y a des ficelles, ça fait démonstratif. C'est caricatural, ça affaiblit le roman et même ses idées, il le dit lui-même : "je me suis aperçu qu'aucun lecteur de droite n'a été changé politiquement après la lecture de ce roman" (1). Je dirais même que ses adversaires peuvent être renforcés dans leur point de vue. J'ai bien aimé Michael. Je l'ouvre en grand.

Plusieurs
Ça alors...

Lisa
Pour La Pluie je me suis laissé porter par la lecture, je ne me suis pas attardée à la construction, etc. Un peu comme Renée de Narbonne. L'auteur évite le banal roman à l'eau de rose. L'oral marche bien et d'ailleurs, pour répondre à Serge d'Avignon, des manuscrits ça ne marcherait pas puisque la destinataire est aveugle...
Manon
Quand on a parlé de choisir Testament, je me suis souvenue que 10 personnes me l'avaient recommandé. Mais si j'ai beaucoup aimé, il ne va rien m'en rester. C'était plaisant mais ça glisse. On le sait tout ce qu'il dit sur Thatcher. Je ne vois pas d'humour : est-ce à cause de la traduction ?
La seconde partie, au secours ! c'est bêêêêête, loin d'Agatha Christie… La saga familiale est intéressante mais ça fait flop ! Le bouquin s'est pour moi scratché, c'est comme l'avion à la fin. Je l'ouvre à moitié.

Annick A
J'avais lu Bienvenue au club et Le Cercle fermé que j'avais bien aimés. Le Testament, je ne sais pas quoi en penser. C'est un livre politique, les personnages n'ont aucune importance, l'auteur les utilise. Il n'y a pas d'analyse, tout ce qu'il dénonce est connu. La fin, c'est du grand-guignol. Il y a de l'humour, mais j'ai passé beaucoup de pages.
La Pluie c'est très différent. Je ne suis pas allée jusqu'au bout. L'histoire d'une famille que je ne connais pas ça ne m'intéresse pas...
Monique L
Ce qui m'a intéressée dans Le Testament, ce sont les différents tableaux. Il y a de l'humour. J'ai aimé l'écriture. J'ai sauté les passages sur l'économie, les chiffres… Mais il y a du souffle. La fin m'a déçue : elle m'a fait penser aux Monty Python, mais je n'ai pas accroché. J'ouvre aux ¾.
La Pluie m'a rappelé ma famille, m'a ramenée à des choses personnelles. Je l'ai lu d'une traite, j'ai aimé. C'est plus fort que Le Testament. La fin m'a déçue comme dans Le Testament. Les fins font flop... J'ouvre en grand.
Rozenn
Je suis d'accord avec les citriques. Au début j'ai été emballée, jusqu'à 43% sur Kindle… la saga, les histoires de famille... Puis après, il y a des ruptures de genres, avec des passages romanesques, policiers, etc., mais qui ne s'articulent pas bien, ça ne marche pas trop. La Maison du sommeil a la même structure que Le Testament. La fin, oui, ça fait flop pareil ! Mais j'ai eu des fous rires à certains moments dans Le Testament. Globalement, il faut que Jonathan Coe y retravaille. Tu parlais de souffle, y a pas de souffle, y a des souffles, mais ça n'est pas bien articulé. Je ne le donnerai à lire à personne…
Françoise D
La Pluie, que j'ai lu il y a quelques mois en anglais, il ne m'en reste rien.
Testament
, je n'ai pas aimé. Je n'ai pas trouvé cela drôle. Les ficelles sont trop grosses. Je n'ai rien appris au niveau politique, on connaît tout ça. Je l'ai lu en français : est-ce un problème de traduction ? J'ai pensé à Agatha Christie, mais en moins bon. C'est mal ficelé et très verbeux. Les détails nuisent parfois à la rigueur du texte (par exemple ceux des déboires sexuels du détective). J'ouvre ¼ et cela ne m'a pas donné envie d'en lire d'autres...
Manuel
Testament, j'ai adoré. C'était comme un vent frais. J'ai été embarqué dès les premières pages ; les mystères m'ont tenu en haleine. J'ai pris un vrai plaisir même si ce n'est pas toujours très bien écrit ; par exemple les descriptions du château font un peu collège. Il y a des artifices et des ficelles parfois grosses, mais c'est riche. J'ai trouvé la deuxième partie grand-guignol géniale. De nombreux thèmes se rejoignent. J'ai aimé les trois rêves, ça donne du souffle. Je n'ai pas de réserve car j'ai eu un vrai plaisir de lecture. C'est un roman parfait pour le métro. Ce matin, j'étais heureux d'être coincé dans les transports, j'ai pu le finir. Concernant l'actualité, cela m'a replongé dans ma jeunesse, avec par exemple, le Koveit comme disait Mitterrand… J'ai aimé les nombreuses références cinématographiques. C'est un livre divertissant qui m'a fait rire.

Danièle
Testament au début j'ai trouvé ça rude, il fallait s'accrocher. Le narrateur m'a fait penser à Houellebecq.

S'ensuivent alors diverses formules sur Houellebecq conclues par l'insulte : "vous confondez le narrateur avec l'auteur !"…
Danièle ou
Le roman m'a également fait penser à Sherlock Holmes. Les critiques sur la société sont caricaturales et n'apprennent rien. Au début je m'appréciais pas, mais au fur et à mesure j'ai été prise par cette parodie d'intrigue policière : j'insiste sur le fait que c'est une parodie. Coe force le trait et s'amuse : par exemple le détective se parfume au jasmin, ce qui fait qu'on sait en permanence où il est… La fin est une apothéose ou tout du moins un crash… Que penser des symboles parsemés dans le livre ? Par exemple le miroir. Les caricatures sont parfois trop grosses : j'ouvre ½ ou ¾ et je me demande ce qui m'en restera. D'ailleurs, comment peux-tu Manon prévoir qu'il ne va rien t'en rester ?...
Fanny
J'avais lu La maison du sommeil, je ne me souviens plus, c'est étrange, et Bienvenue au club. J'avais été époustouflée par la fin à la première personne (exercice périlleux mais en l’occurrence très réussi). Testament, c'est accrocheur, c'est bien écrit, on retrouve la même construction. Quelques bons passages, comme l’essai de la scène d’amour. Plus j'avançais, moins j'avais envie de l'ouvrir. On n'apprend pas grand-chose et ça ne m'a pas fait rire. C'est grotesque. Owen m'a énervée. La mort de Fiona m'a mise dans une position de voyeuriste. La fin est ridicule. ¼, c'est pour la construction.
Dans La Pluie, j'ai retrouvé le Coe que j'aime. Ces histoires de femmes, c'est plus subtil. Les femmes sont enfin sur le devant de la scène, mais les personnages d'hommes auraient pu être plus peaufinés.

Jacqueline
Testament à l'anglaise, je n'ai pas eu le temps de le finir. Je marche à la mort de Fiona, il y a une évolution du personnage d'Owen au long du roman qui m'a plu : la mort de Fiona m'a touchée, dans les circonstances décrites, à savoir le dysfonctionnement des hôpitaux. J'ai aimé le projet littéraire d'une peinture de son époque. Le projet est assez semblable finalement à Zola et il y a un parallèle à faire entre les Rougon-Macquart et les Winshaw. Je suis sensible aussi à ce qui touche l'écriture, les difficultés pour publier. J'ai ri - même s'il a fallu attendre - notamment avec l'histoire de Phoebe et Roddy, ou encore avec le flic dans la pissotière qui m'a ramenée au livre d'Arenas qu'on avait lu, comment s'appelait-il…

Françoise
... Avant la nuit...
Jacqueline
... ou certaines histoires de Proust. Coe fait l'histoire des Winshaw comme Balzac La comédie humaine. Je lui reproche un peu le côté caricatural, mais c'est la vision de l'écrivain. Il a pu me faire rire et m'émouvoir. Je vais le finir dès ce soir et j'ouvre déjà en grand.

Richard (notre seul représentant du Royaume-Uni dans le groupe)
J'apprends que Fiona est morte…, or j'en suis arrivé au deuxième rendez-vous à l'hôpital... Il faut vraiment l'organigramme de la famille pour s'y retrouver et il faudrait y ajouter d'autres relations. C'est le premier livre de Coe que je lis. Il a une énorme culture. Mais il l'étale. Quant aux films auxquels le livre se réfère, ils font partie du background anglais.

Claire
J'ai vu que le film What A Carve Up, dont le narrateur parle tout le temps, est accessible sur Internet et il se termine de la même manière que le livre, avec les meurtres dans le château.

Richard
Je ne suis pas rentré dans le livre, je l'ai lu comme une série d'épisodes et, pour certains, je me demande pourquoi il en parle : par exemple le personnage qui se baigne le jour de Noël. C'est caricatural, mais à ce moment-là on peut tout accepter... les remarques sur le policier qui a pris du plaisir avec le détective, ce n'est pas nécessaire. En ce qui concerne la traduction, comme s'appelle le majordome en français ?

Plusieurs
Pyles.

Richard
Ah bon. "Piles" veut dire "hémorroïdes". Il y a beaucoup de jeux de mots comme ça, c'est facile et gratuit. Cependant, j'ai trouvé l'histoire prenante ; et j'ai hâte de lire la fin : peut-être je vais tout comprendre ? J'ouvre ¼ mais c'est gentil. J'ai envie de lire un autre livre de Coe. J'ai compris qu'il voulait faire de l'humour mais je n'ai jamais ri ; pour moi, je n'ai pas vu d'humour anglais, j'ai souri mais pas plus. J'avais déjà parlé de The Hitchhiker's Guide to the Galaxy de Douglas Adams : ça, ça me fait rire. Je l'ai commandé en français pour voir ce que ça donne pour le groupe : Le Guide du voyageur galactique.
Claire ouet
Je suis d'accord avec tout le monde… Je ne connaissais pas Jonathan Coe, même pas son nom. J'ai sans rien savoir de lui découvert ce qu'il décrit lui-même, un de ses "romans à la construction complexe, avec une intrigue sophistiquée, un décor social très détaillé, une multiplicité de personnages liés les uns aux autres par un écheveau dense de relations."

Rozenn
Il dit ça ! Eh ben…

Claire
J'ai aimé sa virtuosité (avec satire, histoire de famille, fausse enquête policière, pastiche, récit intimiste), la variété, les rebondissements, le jeu.

Annick L
Le jeu, oui c'est tout à fait ça.

Claire
Et l'humour, je trouve Annick, toi qui l'as beaucoup aimé, que tu l'as peu mentionné : les débuts, j'ai trouvé ça délicieux. Et la scène au cinéma porno avec les habitants du quartier où le film a été tourné qui ne viennent que pour reconnaître l'épicerie du coin, c'est tordant. Il y a aussi des scènes fortes : par exemple celle du film dans l'enfance du narrateur qu'on empêche de voir la fin, film qui le poursuivra toute sa vie. J'ai aimé la sensibilité, ce personnage, le roman dans le roman. Mais... mais, ce qui était dénoncé m'a paru invraisemblable : trop c'est trop même si c'est vrai, comme les poulets. Le journal d'Henry, ça passe pas. Le côté grand-guignol affaiblit l'intention. Quant à la fin et les meurtres, pffft… Et je n'aime pas la table des matières ! Je trouve importante la lecture de Geneviève : qui l'aime quand le livre sort, avec l'actualité de son contenu politique et qui le relit en étant aujourd'hui déçue. J'ai vu le film d'après Mr Sim qui m'a moyennement emballée.
La Pluie m'a énormément "plu"… J'ai d'emblée fait un arbre généalogique qui m'a aidée. Les photos, je n'y ai pas senti d'artifice, j'ai aimé les enchâssements, très bien faits, la virtuosité du dévoilement progressif. Il y a du suspense, une très grande sensibilité : on pense c'est un homme qui a écrit ce livre et on est étonné. La langue orale coule bien.
Dans les deux livres, je remarque le flottement entre la réalité et un autre monde : le cinéma, le roman dans le roman, et la fillette qui dit aimer la pluie avant qu'elle tombe, à qui on répond ça n'existe pas, et qui justement aime cette pluie avant qu'elle tombe, c'est magnifique.
Dans les trois livres (Testament, Sim, La Pluie), l'homosexualité est présente. Je me suis plongée dans un essai sur Coe sorti en 2015, Politiques de l'intime, qui précise que dans tous ses livres c'est le cas. Par ailleurs, il explique comment il élabore ses romans, c'est passionnant (2).

Échanges
Helena nous précise – pour le potin – que Coe n'est pas homosexuel, et que – plus sérieusement – montrer une société avec une homosexualité qui va de soi fait partie de son engagement.
Elle nous interroge sur ce qu'on attend dans un livre étranger à propos du pays de l'auteur : certains d'entre nous attendent d'apprendre quelque chose, d'autres s'en fichent. Elle nous montre que, contrairement au Royaume-Uni, en France nous avons la chance d'accéder facilement à la littérature étrangère et que c'est "naturel" de lire des livres de pays autres que le sien.
Autre différence : la popularité de Coe en France (et en Italie) par rapport à l'Angleterre où il est catégorisé "auteur politique", alors que les lecteurs français sont davantage prêts à accueillir des livres de sa part différents.
Autre différence : le passé français de littérature engagée (Sartre, etc.) S'ensuit un échange sur la connotation qui s'y rapporte : littérature engagée ne rimant pas avec qualité littérature. Remarquons qu'actuellement nous avons des auteurs qui renouvellent le genre (Houellebecq, Despentes, Rolin, Mordillat, au théâtre Vinaver...).
Dans le prochain livre de Coe, Number 11 (c'est son 11ème livre...), pas encore traduit, sur la précarité, on retrouve des personnages de Testament à l'anglaise. Helena présente le livre dans un article de novembre 2015 en ligne, "Jonathan Coe – and why the French love a satirical swipe at Britain".
Notre éternelle question réapparaît en fin de soirée : les livres de Jonathan Coe que nous avons lus sont-ils "pour le groupe lecture" ?! Voyons les points de vue allant dans le sens d'une réponse négative :
- Annick A : en fait je me suis ennuyée en vous écoutant (!)
- Manuel : c'est vrai que mon plaisir de lecture est du type "plaisir coupable"...
Nous constatons que les points de vue différents se sont plutôt simplement juxtaposés, sans nous faire bouger. Parfois les avis différents nous font découvrir des facettes du livre. Ici, nous constatons la différence, sans mouvement intérieur...
Ceux qui n'ont pas rempli le questionnaire d'Helena Chadderton, y compris des internautes inconnus, peuvent lui transmettre (son adresse électronique y figure).

La question d'Helena Chadderton “Avez-vous lu d'autres auteurs britanniques contemporains ? Comment vous les comparez-vous, par rapport à Coe ?“ nous a invités à constituer en cette année 2016 la liste des livres d’auteurs britanniques que nous avons lus dans le groupe.

Nancy (des groupes bretons et dont d'autres avis suivent)
J'ai aimé Testament, beaucoup aimé la construction puzzle entre les personnages. Ce fut du plaisir. Et j'ai aimé l'humour anglais, la distance. C'est un éclairage qui me fait beaucoup rire sur les années Thatcher. J'ai adoré, car cela trouve écho en moi avec ce que j'ai envie de dénoncer. Je suis contente qu'ils soient bousillés à la fin. Le livre fait un rappel intéressant de tout ce qui s'est passé avec les conséquences sur nos vies. J'ai le même ressenti qu'avec un film de Tarantino. Ils sont zigouillés de façon excessive, comme une vengeance.
Dans La pluie, j'adore comme Marie que cette vieille dame me parle. Je suis rentrée dedans. L'oralité est très agréable. Je suis surprise que ce soit écrit par un homme. C'est juste : dans les descriptions, les ressentis, la perte. La fin me rappelle mes convictions, et le droit à mourir.
Claude
J'ai lu Testament anglais il y a longtemps et je ne l'ai pas relu. J'ai aimé le personnage de l'écrivain, sa personnalité, son humour, quand il était là. Je n'ai pas aimé le côté militant, ça n'a pas sa place dans un roman, ça alourdit, avec des thèmes que j'ai sautés car lus ailleurs. C'est trop, car trop de domaines sont mentionnés, comme un catalogue. Je ne cherche pas ça en littérature. Et comme je ne suis pas non plus très policier… j'ouvre ½.
Pour ce qui est de La Pluie j'oublie tellement que je me demande si j'ai ma place ici... J'ai beaucoup aimé les personnages de femmes, alors que c'est écrit par un homme. C'est un livre sur la transmission. Beaucoup d'intérêt, mais j'ouvre ½ seulement, alors que je ne vois pas que reprocher : le style ? La traduction ? Les femmes sont prosaïques, manquent de chair. Je n'ai pas adhéré alors que ça me plaît…
Chantal
Pour Testament, j'ouvre à moitié, mais je ne sais pas pourquoi. Je ne l'ai pas lu dans de bonnes conditions. Les livres anglais me posent problème en général. La construction m'a paru barbante, géométrique, trop carrée. Je n'ai ressenti aucune émotion, même quand la nana est très malade. J'ai aimé la partie Hillary avec le broyage des poussins - j'ai vu quelque chose d'analogue dans un reportage. Thatcher, c'est ce qui nous arrive, donc c'est intéressant. Le style m'a semblé plat. Pas de belles phrases qui scintillent. Pourquoi j'ouvre à moitié ?... Il y a quelque chose d'intéressant. Quant à la fin, c'est barjo, comme dans Chesterton… On ne rigole même pas. La tata aurait pu être sympa, mais elle n'est même pas attachante. J'ai des comptes à régler avec les auteurs anglais… je ne sais pas expliquer pourquoi j'ouvre à moitié… Les personnages anglais sont lisses peut-être ?
J'avais lu La Pluie et avais oublié la fin. A la deuxième lecture, la construction m'a gênée. Mais en relisant, j'ai mieux vu les relations. Ce livre m'a paru plus doux, plus vraisemblable. Mais quelque chose me gêne dans ce style. Je n'arrive pas à rester avec les personnages. J'aime la phrase "J'aime la pluie avant qu'elle tombe". Mais je me rappelle peu de ce livre que j'ouvre pourtant à plus de ¾.
Édith
Testament ne m'est pas tombé des mains, mais il m'agaçait. Je l'ai lu dans le train, un aller et un retour… quand commence "la tragédie", mon intérêt est de moins en moins soutenu au fur et à mesure et quand ça se termine en grand-guignol, avec la fin à la Agatha Christie et les 10 petits nègres, on sourit, mais c'est n'importe quoi. La logique perd sa crédibilité. Les passages critiques sur la société, c'est déjà su et connu ; il y a trop de documentation, c'est barbant. J'avais hâte de finir ce livre, comme un devoir… Michaël écrivain, est-ce Coe ? La scène du film est de l'ordre d'une scène inaugurale. Est-ce un essai ? Est-ce un roman ? Le mélange des genres ne marche pas. Le secret familial, on le retrouve dans les trois livres que j'ai lus (Testament, Pluie, Mr Sim). Avec les personnages secondaires, comme la peintre, je marche plus, c'est plus plausible, le majordome également. Quant à l'aviateur avec lequel on ferme la boucle du livre, c'est trop facile. Et le réalisme de la postface m'a déplu. C'est un livre à la démonstration pesante : cqfd. La jubilation à dénoncer, est-ce utile ? Je préfère Salvayre dans ce registre, avec un style. J'ai dit ouvert à moitié c'est trop, tiens j'ouvre au quart.
Quant à La pluie, je l'avais lu en 2009, j'ai aimé l'écriture, très efficace, cinématographique, on voit les gens. Pas terribles sont les chants m'avait dit Nicole : je n'ai pas eu le courage d'écouter.

Mines interloquées ayant loupé cette musique (3)

Édith
C'est la musique avec laquelle elle meurt. J'ai bien aimé le thème des trois livres que j'ai lus (Testament, Pluie, M. Sim) : la généalogie, le secret. Est-ce une autobiographie ? Non. Je remarque l'homosexualité dans les trois livres. J'ai aimé la construction du livre. Les photos en noir et blanc disent beaucoup, j'en ai d'anciennes ; comme dit Barthes, des photos sont parfois plus vraies. J'ai craint la lenteur avec les 20 photos des personnages de ce roman familial. J'ai bien aimé la présence des deux filles, les hommes sont peu présents, les couples peu heureux. J'ouvre ¾+. C'est écrit par un homme, je me suis dit cela à plusieurs reprises. C'est décousu, j'ai beaucoup aimé.
Nicole
J'ai bien aimé la construction de Testament à l'anglaise. On attend ça d'un auteur anglais : la distance. La présentation de la famille, c'est un condensé de la société. C'est bien plus intéressant qu'un livre d'économie. L'écrivain décrit permet d'entrer dans la famille. Je ressens une colère à propos de Fiona concernant ce qui arrive dans les hôpitaux : le taux de mortalité monte pendant le week-end, ce n'est pas anodin. Le titre est bien choisi, c'est ce qu'un écrivain lègue, ce qui s'est passé… Je n'ouvre que ¾ car la fin m'a énervée avec ce plagiat d'Agatha Christie. Il aurait pu trouver autre chose ! Les personnages chiants sont dézingués. J'ai bien aimé la construction, j'ai eu beaucoup de plaisir.

Marie-Thé
C'est le coté british.

Nicole
C'est vrai, ça résonne pour moi.
La pluie, je l'avais lu avant, une première fois : bof. Et j'ai relu… J'ai beaucoup apprécié le déroulement avec les photos. J'ouvre aux ¾.

Claire
Mais tu as pu trouver du plaisir au dévoilement, sachant déjà tout ?

Nicole
Oui... Mais la fin d'Imogen, c'est trop facile. J'ai apprécié que ce soit écrit par un homme. Quand Rosamond vit avec Rebecca, c'est très bien décrit ; puis sa vie avec Ruth et le sentiment de perte, l'histoire de l'enfant. C'est très bien ressenti et il faut réaliser que c'est un homme qui écrit. Mais j'ai préféré Testament. La pluie, c'est désuet.

Claire
En quoi ?

Nicole
Testament, fait réfléchir, maintenant, à partir d'une position donnée par l'auteur. Mais que ce soit dans l'air du temps rend le livre moins militant.

Lil
Ce qui est désuet, c'est que l'homosexualité n'a plus le même statut.
Marie
J'ai lu Testament à moitié et j'ouvre ¼. Au début j'ai trouvé cela ennuyeux. Il y a un décalage entre l'histoire d'Owen et l'histoire politique, ça m'a dérangée. Les portraits de famille, de bons portraits (politicien pourri, marchand d'art voyeur), c'est marrant, intéressant à découvrir, cette fresque politique - je ne connaissais pas bien. Beaucoup de ces choses, on les vit actuellement, décalées dans le temps. C'est intéressant à lire, à découvrir : l'hôpital, le monde des affaires. Ca remet en question notre façon de consommer, de se positionner, pour faire autrement. Qu'est-ce qui va en sortir ?...
La pluie, j'ai beaucoup aimé, j'ai été prise au jeu. La vieille dame qui fait découvrir ce qu'elles ignorent, c'est-à-dire tout. Je me suis imaginé ma grand-mère. Enregistrer, c'est astucieux. J'avais l'impression de l'entendre. C'est poignant. Une musique, des tranches de vie. C'est bien intéressant. J'ouvre en entier.

Odile
Testament, ce n'est pas mal écrit. Mais où l'auteur veut en venir, avec ce polar ou cette satire ? On y voit la politique pour s'enrichir de façon éhontée, malhonnête, tout est bon pour se remplir les poches, c'est pourri.

Marie-Thé
C'est universel.

Odile
C'est pire avec les Anglais.

Nicole
Je ne crois pas.
Odile
On dégage un directeur de la télé en moins de deux. Il y a un art de croquer les personnages. J'ai ri (Odile lit un extrait sur Olivia à la bouche tombante). La famille est campée de manière cinglante. Cela m'a rappelé mes fréquentations de l'aristocratie, des choses que j'ai vécues… J'ai eu un bonheur à lire ce livre qui m'a travaillée. Car c'est en passe de venir chez nous, Dorothy et l'agriculture par exemple. La diminution de la qualité des repas, c'est affolant, édifiant. Je ne pense pas que ce soit de la fiction, ça fait réfléchir.
Mone
Je n'ai pas tout à fait fini Testament, ce livre qui m'a intéressée. C'est une prouesse de faire cohabiter un roman policier, une histoire de famille, une sature. Mais c'est parfois pesant et il faut se reporter au tableau du début. J'ai eu un moment d'émotion avec les poulets ; le fermier et le veau, c'est affreux. J'ai été sensible à l'atmosphère des châteaux anglais… le majordome… j'adore... Tout a été dit ailleurs et mieux sur Thatcher. Je préférerais suivre les personnages.
Suzanne
Testament est le premier roman que je lis de Jonathan Coe : c'est un roman puzzle qui prend des allures de roman policier, agréable, instructif, avec une fin rocambolesque et un pied de nez au lecteur. J'ai aimé le lien avec la scène internationale (les armes Irak/Iran/Israël) et l'écho avec l'Angolagate et Mitterrand. On voit aussi le mépris du peuple, des femmes, par exemple avec les serveuses philippines qui servent à tous. Le passage sur les poulets m'a fait penser à la vache folle en Angleterre. C'est pas mal rendu et documenté. La construction du roman inclut trois rêves prémonitoires dont la chute de l'avion. J'ai aimé les révélations au fur et à mesure du roman au sujet de Godfrey, les personnages (Thabita, Findlay le détective, le majordome), ainsi que les piètres tentatives de l'écrivain pour introduire la sexualité dans son roman, et PDB (Paradis Des Branleurs)... Le dénouement m'a fait penser à Mort sur le Nil. Avec les crimes - ce pastiche - il se fiche de nous. Je conseillerai ce roman, et je l'offrirai.

Nancy
Moi aussi.

Suzanne
Pour quelques heures de plaisir.

Jean-Luc
J'ai lu Testament à l'anglaise très rapidement il y a plusieurs semaines. Ce qui m'a attiré, c'est l'étude sociologique et économique. J'ai regretté qu'on n'ait pas une "petite période Thatcher" pour enlever des incohérences de la gauche. Mais pour le reste, la période Thatcher, c'est affreux. J'ai apprécié le décryptage. Il y a toujours des apparatchiks dans toute société ; là ce sont les aristocrates...

Lil
...non c'est l'establishment...
Jean-Luc
qui existent chez nous. Ils vivent sur une autre planète. Dans tous les pays, il y a ça. C'est un tableau de la folie du monde. J'ai apprécié le côté polar. C'est bien écrit. Ca fait écho aux comportements de société quand il y a des tensions internationales dont certains profitent. C'est un bon livre.
Marie-Thé
J'ouvre ½ mais c'est bien payé. Je suis toujours sensible à l'écriture, alors là… Une énumération, tout y passe : armes, hôpitaux, pureté de la race...

Chantal
Qu'est-ce que tu n'as pas aimé ?

Marie-Thé
L'écriture. Je suis déçue d'avoir été déçue. C'était sympa, Coe, à Saint-Malo. Je m'attendais à être envoûtée. La télé, tout ça, la télé qui annule les classes, constitue une identité nationale !

Suzanne
Tu n'as pas la télé !

Nicole
Avec le nivellement par le bas !

Marie-Thé
L'édition, tout y passe. Nous devons nous débarrasser de cette idée de gens intéressés par une autre chose que l'argent. La doctoresse… Ils sont vraiment épouvantables. Et ça arrive chez nous. J'ai pensé au film Billy Elliot, qui se passe dans une ville minière, ça marche vraiment. Il y avait des gens fascinés par Thatcher. Et quand Édith Cresson a été nommée, on a dit : on va avoir notre Thatcher...

Le château des Winshaw ? Chouette, ça va être bien, j'ai pensé au film Gosford Park d'Altman, mais c'était pas ça, je m'attendais à autre chose.

Chantal
Pourquoi ½ alors ?

Marie-Thé
Pour le travail, y a du boulot. Je m'attendais à quelque chose de plus envoûtant.

Chantal
Il est beau.

Marie-Thé
Oui... Je me suis trompée, il est intéressant, mais ça n'en finit pas, j'en avais marre. Je l'ai lu par obligation, mais n'ai pas tout lu. Ce thème politique dans un roman ? C'est bien ou pas, ce n'est pas question du thème.
Lil
J'ai adoré Testament à l'anglaise dont les personnages principaux sont pour moi l'argent et le pouvoir qui l'accompagne. Suivre la course effrénée des sinistres rejetons Winshaw pour l'obtention de plus, toujours plus d'argent et de pouvoir, cyniques à souhait et sans aucune éthique, tout en revisitant l'Histoire des années 80 en Angleterre, m'a captivée. J. Coe mélange habilement les genres : roman, documentaire, policier, journal, livre dans le livre... ; ce qui permet au lecteur de traverser ce roman dense, sérieux, extrêmement documenté, et à l'écriture très agréable, avec aisance et grand plaisir. Les notes en bas de page où se mêlent personnages fictifs et politiciens réels, la complicité que l'auteur établit avec le lecteur en s'adressant à lui, les différentes présentations de page et polices d'écriture : interviews, articles de journaux, analyse des étiquettes de produits, lettres, souvenirs de Michael en italique, ont contribué à me surprendre au fil du récit et à maintenir mon intérêt déjà vif pour cette lecture. Le talent de Coe se retrouve aussi dans les descriptions d'atmosphère, par exemple la scène du métro p. 140 où la sensation d'étouffement est amplifiée par l'écriture de pages sans paragraphes, ou encore le parc voisin de l'appartement de Michael, ou encore les inquiétantes Winshaw Towers dans le paysage désolé du Yorkshire... La construction du livre est aussi pour beaucoup dans ce plaisir de lecture : dans la 1ère partie, les épisodes datés d'août 90 à janvier 91, alternés avec les portraits des Winshaw, nous tiennent en haleine, semant les indices, entrecroisant les destins, petite histoire à l'intérieur de la Grande, montrant les conséquences souvent dramatiques des décisions prises au plus haut niveau sur le citoyen lambda (exemple de la mort de Fiona et du père de Michael). La charge satirique sur la famille Winshaw, symbole de l'establishment, et responsable dans le livre, de toutes les vilenies commises pendant cette période, dans les domaines politique, social, culturel, économique, agricole, etc., permet de synthétiser et porter rapidement à la connaissance du lecteur TOUT ce qui s'est passé pendant cette période, en mettant à jour stratégies, rouages, réseaux d'influence, politique "du p'tit copain", motivations et absence totale d'éthique… Ces réformes, ces conflits résonnent familièrement et tristement à nos oreilles françaises : réforme des hôpitaux, élevage intensif et exploitation animale, lobby agro-alimentaire et "malbouffe", privatisations, médias et rapport au politique, manipulations et démagogie, etc. Santé, éducation, édition, art..., tout semble régi par la sacro-sainte règle : business is business ! Merci à J. Coe de l'avoir, avec humour, si brillamment mis à jour. C'est un véritable "Testament à l'anglaise" qu'il va laisser à ses concitoyens et au monde.
Dans la seconde partie, l'auteur semble s'être beaucoup amusé à jouer les A. Christie et à prendre un malin plaisir à envoyer ad patres tous ces coquins. L'humour très british (en France : on rit "jaune"), distillé au fil du roman m'a fait hurler de rire...

Marie-Thé
C'est pas drôle !

Lil
Par exemple "soins de santé= prostitution, demande fondamentale et inépuisable", "Poignardé dans le dos ? Est-ce que cela veut dire que Mrs Thatcher est quelque part dans la maison ?" Cet humour allège heureusement le triste constat sur l'humaine nature, résumé ici, et nous permet de nous y confronter plus facilement. J'y ajoute les caricatures féroces et drôles qui annoncent chaque portrait des Winshaw. Ce roman fut un vrai, grand bonheur de lecture et me donne une réelle envie de découvrir plus avant l'œuvre de J. Coe.
J'ai également beaucoup aimé La pluie, avant qu'elle tombe que j'ai lu en anglais. J'y ai retrouvé le talent d'écriture de J. Coe, son aisance à décrire des atmosphères, la poésie de sa langue (du titre !) et sa virtuosité à construire un récit à suspense qui captive immédiatement le lecteur. Pour être honnête, je pensais que cette suite de description de photos allait devenir très vite ennuyeuse… Il n'en fut rien ! Bravo également pour avoir si subtilement exprimé la psychologie féminine : le personnage principal est une femme et l'auteur la fait parler très justement. J'ai aimé la réflexion sur la perte, l'oubli, le destin, les hasards et la façon dont on s'arrange avec ce que la vie nous réserve. Un très joli livre sur l'amour, l'homosexualité féminine qui, à cette époque, était punie d'emprisonnement. Ce sujet est également traité dans le livre précédent sous les traits de Findlay Onyx et encore dans La vie très privée de Mr Sim. Y a-t-il une raison pour que ce thème soit aussi récurrent sous la plume de J. Coe ? Je me suis beaucoup projetée dans ce livre et j'ai adoré ! Un roman féministe.
Marie-Claire (avis transmis)
J'ai adoré La pluie, avant qu'elle tombe : une écriture très agréable à lire, une construction originale, avec un bon emboîtage des différentes séquences et un suspense bien orchestré qui m'a tenue en haleine jusqu'à la fin. La description détaillée des photos permet de visualiser parfaitement les personnages, les paysages et les situations.
La sensibilité de l'auteur et son talent à donner la parole à une femme m'ont touchée. La reproduction des malheurs, génération après génération, au sein de la famille a résonné singulièrement à mes oreilles. Un grand plaisir de lecture.
Marie-Odile (avis transmis)
Testament à l'anglaise, avec une écriture facile, classique m'a fait rentrer rapidement dans le mystère d'une famille à l'anglaise étalée sur plusieurs générations. Tout m'était familier. Pas de surprise. Très vite on glisse vers une sorte de mise en abyme qui ne sera pas cependant aussi vertigineuse qu'on le pressent. Le film vu par Michael enfant et qui revient régulièrement dans le roman est un écho à l'histoire de cette famille. Ce Michael se trouve être l'écrivain pressenti pour raconter l'histoire et dévoiler les secrets. J'ai attendu impatiemment de lire son récit, mais ce moment recule sans cesse et pour cause : d'auteur, il devient personnage de son propre livre. L'atmosphère est celle d'un roman policier à l'anglaise, surtout à la fin. Si Winshaw Towers m'a rappelé Baskerville Hall, c'est à Agatha Christie des Dix Petits Nègres que m'a renvoyée le règlement de compte final, façon Mortimer. Mais on est dans la parodie, tant les meurtres sont extravagants, et tant ils laissent les personnages imperturbables. Entre le début et la fin de ce récit, l'auteur passe en revue de nombreux aspects de la société anglaise des années Thatcher : la finance, la politique, les ventes d'armes, le monde de l'art, le journalisme, la TV, l'agro-alimentaire, l'élevage, la médecine etc. Là, la satire de ce monde sans scrupule mené par le seul souci du profit est féroce et intéressante même si la construction m'est apparue trop artificielle, chaque personnage servant de tremplin pour aborder un aspect de la société. Le ton est souvent celui de l'humour à l'anglaise, parfois drôle (exemple du voyage en métro) parfois moins. Ne trouve-t-on pas la critique de ce roman dans le roman lui-même ? p.284 "Après tout nous avons cruellement besoin de romans qui manifestent une certaine compréhension du coup de force idéologique qui s'est récemment imposé dans notre pays, qui puissent traduire ses conséquences en termes humains et démontrer qu'une réponse appropriée est non seulement la consternation et la colère, mais aussi un fou rire incrédule". Ce Testament à l'anglaise se veut sans doute "un subtil mélange d'esprit et d'engagement politique" Mais pour ma part, je pense qu'il manque à J. Coe, une dose plus importante de magie et d'originalité pour lui permette de... "rayonner". J'ouvre ce livre aux ¾.
La pluie avant qu'elle tombe m'a paru aussi ennuyeux que la pluie quand elle tombe. Les descriptions des photos, la révélation finale sur les causes de la cécité d'Imogen, le récit de la mort accidentelle de celle-ci, rien ne m'a émue. (J'avoue que je n'ai fait que le parcourir.)

N'ont pas transmis leur avis breton, mais ont aimé Testament à l'anglaise (¾) : Claire T, Solenne, Laurie. Yolaine a aimé les deux livres.

Renée (avis transmis de Narbonne)
Je n'avais jamais lu de Jonathan Coe, et, franchement, le nom ne me disait rien. Dans La Pluie, j'ai été touchée par le personnage de la tante, j'ai lu avec plaisir, mais sans envie de réfléchir longtemps sur les personnages ou les intentions de l'auteur. J'ouvre ½.
Pour Testament au contraire, je suis entrée dans le récit immédiatement, avec une certaine jubilation. Une construction qui voyage dans le temps, des paragraphes tantôt racontés par un conteur omniscient, tantôt par Mikael, un écrivain dépressif à qui "la folle" a demandé un livre racontant l'histoire de cette famille occupant des postes clés dans la société. Je suis un peu perdue mais j'adore ça, c'est riche, ambitieux, et il y a du grain à moudre. La description des turpitudes de chacun est formidable, comme l'élevage en batterie. Bien sûr, une petite partie ne concerne que la Grande-Bretagne du thatchérisme et les soins hospitaliers sont nettement moins catastrophiques en France. Cependant en général, le cynisme des politiciens, de certains journalistes, du milieu du cinéma, des marchands d'armes, des galeristes, ainsi que la "mal bouffe", sont présents dans toutes les sociétés les plus modernes. Coe tend ainsi vers l'universel. J'ouvre en entier.
Serge (avis transmis d'Avignon)
Dans Testament à l'anglaise, l'absence de nom sur l'arbre généalogique m'a gêné : seul le cousin Walter a un nom ; je me suis demandé pourquoi lui et pas les autres ? J'ai aimé qu'on plonge dans les secrets et les bouillonnements d'une famille britannique du Yorkshire, cousins, pour nous Français, de la Dynastie des Forsyte de Galsworthy. J'ai aimé le parallèle qu'a fait Coe des tragédies du film et celles de la famille, semblant donner pour hypothèse que la fiction cinématographique influence nos existences, notre quotidien, mais aussi notre libido, Michael rappelant à s'y méprendre le héros de Sexe, mensonges et vidéos. J'ai été intéressé par la ponctuation dans les chapitres à partir d'extraits de journaux et de journaux intimes, tickets de cinémas, dessins... afin de crédibiliser la fiction, un peu comme des pièces de puzzles venues s'insérer dans l'histoire de la famille, permettant à Michael de devenir l'historien de cette famille où les ressorts narratifs doivent beaucoup à la psychogénéalogie. La fin du roman, digne d'Agatha Christie, avec la mort de Michael dans l'avion piloté par Tabitha, qui commençait de façon époustouflante, m'a malheureusement semblé finir de façon grand-guignolesque.
Quant à La pluie, avant qu'elle tombe, quelle belle histoire ! Mais quel gâchis narratif ! Vient-il de l'auteur ou du traducteur ? Au début, j'ai mélangé les personnages, je ne voyais que des noms comme sur des vignettes d'arbres généalogiques. Et puis, ça prend forme, on se captive pour ce roman de la transmission, de la préservation de la mémoire, de ce qui va plus loin que l'argent : l'identité grâce à l'arrivée des albums photos et des cassettes, mais lorsque le récit intime de la vie de Rosamond commence, moi le lecteur, je me suis senti dans le rôle du voyeur et ça m'a gêné. Pire, la manière dont elle s'exprime sonne faux. En effet, elle s'exprime dans une langue belle et littéraire très éloignée du langage oral qu'elle est sensée donner. L'écriture balaie, ainsi, toutes les recherches des auteurs du Nouveau Roman. Si Coe avait remplacé les cassettes par des manuscrits, tout sonnerait juste, mais là, il n'a pas eu recours à ce que nomme David Lodge "le skaz" et moi "le présent de conversation", pourtant obligatoire pour un tel récit ! De plus, on a parfois la sensation qu'elle s'adresse à une assemblée réunie en conclave et non à Imogen. (Par exemple p. 89 : "D'ailleurs, son travail l'amenait souvent à Warden Farm, même comme si je l'ai dit..." C'est assez irritant ! Dans la deuxième partie, p. 147 photo n° 12, il semble que Coe comprenne enfin comment traité son récit dont l'idée est pourtant magnifique. Tout est léger dans ce passage sur l'amour. Malheureusement, ça ne dure pas, nouvel exemple p. 197 : "En guise de post-scriptum", sur des bandes magnétiques ?!) P. 210, c'est enfin "l'arrêt du magnétophone pour réfléchir" : mais oui, cher Jonathan Coe, voilà ce qu'il fallait faire ! Et dès le début même... Que ce serait une belle histoire, en arrêtant le magnétophone et en réfléchissant... Donc, pour résumer mon avis, un fond riche mais une forme calamiteuse.
Rolande (avis transmis de Lansargues en Carmague)
La Pluie... m'a beaucoup "plu" et même plus... (j'adore l'origine du titre). Ces photos donnent envie de lire jusqu'au bout sans s'arrêter. Une vraie psy pour Imogène si elle avait pu avoir les cassettes... Une tranche de vie qui unit toutes ces femmes !
Livre ouvert aux ¾ si je me réfère au code du club pour Testament : j'ai plus qu'aimé le scénario du livre mêlant intrigues, investigations, et désastres familiaux (merci l'arbre généalogique de référence !). Mickaël arrive quand même à percer à jour cette famille, en y laissant des plumes, certes (mauvais jeu de mots mais il est incapable d'écrire autre chose...). La corruption, l'avidité, le goût du pouvoir tout est bon pour s'enrichir encore plus, aucune limite, aucune morale pour satisfaire l'ego personnel de chacun des membres de cette "pauvre" famille. Quant aux intrigues politiques, ça fait penser aux séries : House of cards (US), Bergen (série scandinave) ou actuellement sur Canal+ Baron noir. L'establishement sous toute ses formes ! Difficile d'arrêter la lecture au risque de s'y perdre et surtout envie de savoir ce qu'il va se passer aussi bien pour la famille, que dans la vie de Mickaël - qu'on a envie de secouer parfois... La réunion de fin fait un peu Agatha C. et même si c'est jubilatoire, trop c'est un peu trop.
Agréable lecture et je vais chercher d'autres Cœ à lire, j'aime beaucoup son style ! Personnellement La pluie garde ma préférence... histoires de femmes.
Julius (du nouveau groupe parisien qui a lu Testament à l'anglaise en mars 2018, et dont les avis suivent)
J'ai beaucoup aimé, mais vraiment pas tout de suite, puisque je me suis franchement désolé à ronger mon frein pendant les 200 premières pages. Je trouvais cela décousu et n'appréciais pas du tout l'aspect hétéroclite de ce qui était présenté comme un matériau de recherches (coupures de journaux, journal intime, minutes des actes d'une entreprise, etc.) dont je ne voyais aucun intérêt à l'incruster dans le roman.
Puis a commencé l'histoire des membres de la famille et là, d'un seul coup (un seul coup de 500 pages tout de même, après les 200 premières), c'est comme une mythologie qui apparaît : une famille mythique dont les 6 cousins sucent le sang de cette société dont ils figurent chacun une allégorie : Dorothy, déesse de la terre et de l'élevage ; Thomas, le politique ou l'organisation de la cité des hommes ; Henry, l'argent, dieu du Commerce et de la propriété ; Mark=Mars, Dieu des armes et de la guerre ; Rody, les arts ; Hilary, déesse du divertissement moderne. Mais dans ce Panthéon maudit des temps thatchériens, chacune de ces allégories pervertit tout ce qu'elle touche : le plaisir de la bonne chère devient scandale de l'agro-alimentaire, le politique détruit le système social, l'argent est élevé au rang d'idole, les armes chimiques dévastent les populations... Et tout ceci pour le profit de ceux qui ont déjà tout : l'argent, le pouvoir, le plaisir... Figure multiface de la cupidité. (Peut-être en manque-t-il une pour le sport et ses ravages.)
Et c'est là précisément ce que j'ai trouvé de particulièrement captivant dans ce roman : c'est qu'il est construit comme un polar. C'est génial ! Le fait de savoir, tout au long du roman, qui a tué ou non tel personnage et si la vieille tante Tabatha est folle ou non n'est qu'un leurre. Les vrais assassins ne sont pas ceux que l'on pense et la véritable quête du personnage principal non plus. C'est la petite société anglaise dans les années 80, écrasée par l'ultra-libéralisme thatchérien qui découvre, comprend et leurs crimes et traque ses assassins !
Tous les codes du polar sont là : vols, meurtres, magouilles et perversions en tous genres commis par les cousins : et ce sont eux les criminels et l'intrigue, toute l'intrigue consiste à savoir si et comment ils finiront par se faire coincer. Cela fait penser à "Agatha Christie" mais c'est un leurre (sauf la pirouette finale). Car il ne s'agit pas de répondre à la question étriquée de savoir si Lawrence a tué ou non son frère. Mais de constater que tous les cousins, les descendants, chacun à sa façon, sont des criminels. Pourquoi tel personnage meurt ? Parce que les cousins, ces affreux Dalton des temps modernes, ont détruit le système médical britannique, parce qu'ils ont ruiné le système social britannique, parce qu'ils ont inondé l'Angleterre de fast-food immondes qui servent de la nourriture qui rend obèse. Bien sûr cela n'existe pas du tout, mais absolument pas du tout en France et ce n'est qu'une fiction. Toute ressemblance... Après réflexion, je n'ouvre qu'aux ¾ à cause du pensum des 200 premières pages, mais à regret...

Là, il faut noter que nous avons eu beaucoup de mal à aborder la fin du livre, car beaucoup ne l'avaient pas terminé !
Ana Christina
Je n'ai pas réussi à dépasser la page 26 ! J'ai vraiment compris ce que signifiait un livre qui nous tombe des mains : tu ne peux pas continuer, tu ne peux plus l'ouvrir ni le toucher. C'est physique.
Puis quand même j'ai fait l'effort de lire un essai sur l'auteur. Le pire c'est que tous ses propos ne m'intéressaient pas ! Et je suis même tombée sur une note qui disait que "Ce qui retient l'attention des critiques ce n'est pas le style de Jonathan Coe" ! Comme ça m'a fait penser à Agatha Christie et que j'aime bien Agatha Christie, "la plume empoisonnée", j'en ai lu un pour voir si j'aimais toujours et je l'ouvre en entier !
Et puis j'ai continué à chercher pourquoi je n'arrivais pas à accrocher : le manque d'enthousiasme, le manque d'intensité ? Un manque de poésie ?
Sans vouloir généraliser, je crois que je n'aime pas quand on parle d'un problème social et que l'on en tire un livre et que je le sente. Je préfère que l'on parte d'une idée plus que d'une opinion. Mais ça reste sans réponse. En tout cas : livre FERMÉ.
Anne
Contrairement à Nabokov que je n'ai pas lu car je le trouvais trop riche et que cela m'étourdissait, là, ça m'est aussi tombé des mains. Puis je l'ai finalement perdu à un moment où pourtant il commençait à m'intéresser un peu. C'est construit avec des bouts de bouts. Moi j'ai besoin d'être un peu soutenue par une écriture et une ligne de tension. Sensations que l'on m'a tendu infiniment un chocolat en me le refusant finalement à chaque fois que je m'en approchais et au final je n'en voulais plus !
Livre fermé.

Françoise
Je n'ai pas passé le cap des 26 pages non plus. Je n'ai pas accroché et n'ai pas eu le mérite d'introspection d'Ana-Cristina. Mais franchement je suis heureuse d'être là avec vous et je vais m'y remettre.

Tous
Nous aussi on est heureux d'être là, ensemble !
Françoise H
Livre fermé. Pour l'instant !

Nathalie
Je n'ai lu malheureusement que 300 pages. Mais je veux le terminer car je l’aime bien. Donc s’il-vous-plait, on ne me raconte pas la fin. J'ai lu il y a quelques années Bienvenue au club. Je me souviens l’avoir beaucoup aimé. Mais en tentant de me le remémorer, je me suis aperçue que je serais bien incapable d’en raconter l’histoire. Je n’en ai retenu que le contexte social et la critique de l'Angleterre à l’ère Thatcher. Je me suis demandé en le débutant si celui-ci aurait le même effet de lecture. J'ai retrouvé aussi Agatha Christie dès le début et, comme Julius, j'ai compris que la quête du meurtre était moins celle de Godfrey que de la société anglaise, que c’était un prétexte pour évoquer les coupables des crimes commis à l’encontre de cette société. J’ai beaucoup aimé le début et me suis attachée rapidement au narrateur. En revanche, j’ai eu plus de mal à m’intéresser aux descriptions des cousins car ils étaient vraiment monstrueux, sans aucune épaisseur humaine, contrairement aux personnages représentant la vie réelle et non les "allégories" comme le dit Julius.
Coe nous montre un Michael déprimé dans une société déprimée, il nous donne à voir des éléments morcelés comme ce que l'on peut percevoir d'une réalité que l'on connaît mal quand on n'en tient pas les ficelles. J’ai bien aimé le côté puzzle de son roman.
Pour moi, les lenteurs sont volontaires ; c'est une façon de montrer à quel point il y a lenteur de compréhension d’un peuple vis-à-vis de ce qui lui tombe dessus. Et cela fait obligatoirement écho à ce que nous vivons en France aujourd’hui. Je ne pense pas que pour Coe, le style soit particulièrement important …

Françoise
En même temps c’est une traduction.
Nathalie
C’est vrai. Mais en tout cas, on reconnait un Jonathan Coe quand on en lit un. Je l’ouvre aux ¾.

Julius
Moi j'ai quand même été gêné par l'absence de style, c'est pour ça que j'ai ouvert aux ¾.
Audrey
Je l’ai lu en entier et ai été happée dès le départ. On se plonge dans le contexte social de la société anglaise des années 90. C’est un livre prétexte pour évoquer ce contexte social qui ne peut que faire écho à l’actuel contexte social de la société française. J’ai bien aimé l’imbrication des histoires de la famille avec la société. La fin est délirante, une pirouette, une apothéose. Ah, je regrette qu’on ne puisse pas en parler ! Et puis c’est un livre plein d’humour. Livre complètement ouvert.
Flavia
J'ai beaucoup aimé ce livre. J'en avais lu d'autres de Coe dont La pluie avant qu'elle tombe et Mr Sim. J'avais aimé ces livres donc étais dans une bonne disposition. Et je n'ai eu aucun mal à lire ce livre.
J'ai aimé car il m'a offert tout ce que je demande à un roman. La trame est très bien construite, il tire les fils de tout. C'est génial comment il imbrique toutes les histoires, les conséquences s'enchaînent.
Il y a un aspect historique et critique, un thriller, une histoire d'amour, du rocambolesque à la fin et même certains moments un peu érotiques. Tout s'imbrique, je ne demande rien de plus. Et ce qui me touche chez Coe qui était aussi dans les autres livres, c'est que ce sont des personnages qui ont du mal avec eux-mêmes et avec les autres. Ce sont aussi des Monsieur Tout le monde, pas des héros. Des personnages gauches, faibles et touchants.
Et aussi dans tous ses romans, le passé resurgit avec des conséquences sur le présent. Je trouve que c'est aussi onirique, que l'on ne sait pas toujours si on est dans le rêve ou dans le réel.
Livre grand ouvert.


Un peu de documentation concernant Jonathan Coe
(à la suite de notre séance de janvier 2016)

- Des entretiens : en complément de quelques repères sur son parcours et ses œuvres (romans, nouvelles et récits, essai et biographies, roman pour la jeunesse), des interviews permettent par exemple de découvrir sa façon de composer un roman ou encore qui évoquent les livres que Jonathan Coe emporterait sur une île déserte...

- La liste en images des livres de Jonathan Coe traduits en France (avec des liens pour lire des extraits) et un tout récent livre (2015) de Laurent Mellet consacré à son œuvre, Jonathan Coe : les politiques de l'intime

- A propos du film La vie très privée de Monsieur Sim, sorti récemment, adapté d'un roman de Jonathan Coe par Michel Leclerc avec Jean-Pierre Bacri, Mathieu Amalric..., le réalisateur précise son désir d'adapter le livre de Jonathan Coe : ICI.

Notes

(1)« Rétrospectivement, ce roman me paraît plein de colère, plein de mépris, mais aussi ce qui est grave, il y a pas mal de naïveté, pas de la naïveté littéraire, pas politique. À l'époque, quand j'ai commencé à écrire, j'avais vingt ans, je pensais que l'écriture pouvait changer l'opinion des gens.
S'il fallait utiliser des étiquettes, ce serait un roman de gauche et je me suis aperçu qu'aucun lecteur de droite n'a été changé politiquement après la lecture de ce roman. »
(extrait du site Littexpress, entretien du 01/10/ 2011 avec Jean-Luc Furette, au salon Lire en Poche de Gradignan)

(2) « Je réfléchis à un projet de roman, j'y réfléchis jour et nuit. Ce qui est important pour moi c'est surtout de ne pas me dépêcher, il faut vraiment attendre que l'idée arrive à maturation. En fait, c'est un processus de travail, un processus invisible. Lorsque mes amis m'encouragent, ma famille me voit assis dans mon fauteuil, aller prendre l'air, ils n'ont pas vraiment l'impression que c'est du travail et pourtant c'est une part absolument essentielle de mon travail d'écrivain.
Ensuite, l'étape suivante c'est l'étape de panique où je me dis : "Oh la la ! Ça fait deux ans que je n'ai pas écrit un mot, il faut absolument que je m'y mette, sinon ça ne viendra plus, je ne pourrai plus jamais écrire". Alors même si le livre n'est pas prêt, même si le roman, l'idée n'est pas prête, je me lance. Et c'est ce que je vais faire dans les prochaines semaines.
Ensuite, l'étape suivante qui dure plusieurs mois, c'est lorsque je cherche la voie du roman et donc je me force à écrire. J'avance assez lentement et c'est un travail assez ingrat parce que chaque phrase que j'écris, chaque situation que je mets sur la page me paraît fausse, laide. Donc je me force à écrire même si je me dis que l'intrigue n'est pas encore totalement développée dans ma tête, que je n'ai pas encore tous les détails. Donc j'écris très lentement, environ une demi-page par jour et en me disant à chaque fois que ce n'est pas bon. J'avance en me disant tous les jours qu'il faut que je me force.
Un jour j'arrive à cette phase où avec un peu de chance - bon je touche du bois -, l'idée vient, l'illumination est là. À partir de ce moment-là, l'écriture devient vraiment agréable. Ce n'est pas vraiment que le livre s'écrive tout seul, ce n'est pas vraiment ça, mais ça coule, l'écriture vient. Et à ce moment, je change de méthode de travail, je deviens quelqu'un de très organisé. Je me rends tous les jours avec des horaires fixes, à l'appartement qui appartient à ma belle-sœur. J'y vais tous les jours, je m'occupe de cet appartement, j'arrose les plantes, etc. En fait, c'est un travail de bureau, de 9h30 à 17h et là j'écris beaucoup plus, de quatre à cinq pages par jour. Ce n'est pas que ça devienne vraiment agréable et facile mais au moins le livre devient plus réel.
Et pour finir, quand j'arrive environ à la moitié du roman, les choses s'accélèrent, j'ai l'impression d'arriver au sommet de la côte et ensuite quand on a dépassé le sommet, c'est la descente et c'est un peu en roue libre. C'est un moment extrêmement grisant pour moi, j'écris la deuxième moitié de ce roman, je l'aborde avec beaucoup plus de légèreté, j'écris beaucoup plus vite. Les deuxièmes moitiés de mes romans ont été écrites de façon beaucoup plus rapide. J'ai un rythme beaucoup plus soutenu, je travaille de dix à douze heures par jour et il me faut environ deux mois et demi à partir de là pour finir la deuxième moitié de ces romans. Et donc, pour résumer, la première moitié de mon roman, il me faut environ deux ans et demi pour y parvenir entre le moment où je commence à penser, à réfléchir et à écrire et pour la deuxième moitié, c'est environ deux mois. » (extrait du site Littexpress, entretien du 01/10/ 2011 avec Jean-Luc Furette, au salon Lire en Poche de Gradignan)

(3) Les chants d'auvergne de Joseph Canteloube, avec son célèbre Bailero mentionné p. 161 qu'on peut écouter ICI.

 

Nos cotes d'amour, de l'enthousiasme au rejet :

à la folie, beaucoup, moyennement, un peu, pas du tout


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