Sylvie Germain
Jours de colère

Nous avons lu ce livre en novembre 2014.

Jacqueline
J'ai d'abord été contente de me retrouver dans cette région (le Morvan) : les lieux me parlent, c'est comme le flottage du bois - d'ailleurs je m'étonne qu'elle parle de "bûches" pour ces énormes billots de bois, ce doit être un mot utilisé localement. Bref, c'est une lecture facile. Mais son style est un peu "trop". Il y a beaucoup d'images originales, des comparaisons inattendues : j'admire ce style, mais je ne marche pas complètement, je reste à distance. Je l'ai lu avec plaisir, mais je ne sais pas pourquoi je suis restée à côté : est-ce l'aspect "trop" de l'écriture ?...
Séverine
J'ai beaucoup aimé. J'ai découvert cet auteur : merci, donc ! Au début je n'ai pas marché, mais le coup de foudre d'Ephraïm pour Reinette m'a emportée. Le style est musical. On est entre roman et conte de fées, un monde régi par les hommes, mais les femmes sont l'origine d'une partie de leurs actes. On ne sait jamais ce que pense Reinette. Ce personnage m'a vraiment enthousiasmée.
Claire entre et
Les mots qui me viennent pour qualifier le livre sont "respectable" et "ambitieux". Mais aussi "puissant" : plus que vers le conte c'est vers le mythe, la mythologie que je le vois tendre. C'est un livre fort, y compris par la langue, mais hélas bavard : c'est parfois long, avec un lyrisme exagéré (par exemple sur la laideur d'un fils), parfois cucul ("les seins avaient la lumineuse rondeur du jour"...), raté (l'émerveillante monstruosité"), ampoulé (les titres des différentes parties). Le mysticisme qui sourd m'intéresse, mais là aussi, il faut se taper le Dies irae en latin en entier... Des scènes imaginées sont très fortes : la chambre avec le linge blanc du personnage qui se lave une fois par mois, le bœuf et l'homme… J'ai après la lecture lu des articles sur Internet et écouté des entretiens, elle est passionnante à entendre, par exemple sur sa foi à France culture.
Brigitte
Contrairement à toi, le Dies irae m'a sauvée… Au début je n'arrivais pas à entrer dans le livre. Pourquoi je lis ça ?! Ca ne m'intéresse pas ! C'est trop ! Dans La pleurante des rues de Prague, ça pleurait trop aussi… Il se trouve j'ai perdu une amie récemment et alors que l'on a besoin de quelque chose de fort pour être accompagné, l'enterrement c'était le degré zéro de l'enterrement ! Rien, c'était rien. A la mort de Reine et avec le Dies irae, au contraire, ça y va ! Cela m'a rappelé des églises où on fait tonner l'orgue et cela m'a remise en forme, ça m'a plu et intéressée alors. Certes ce livre est le contraire du minimalisme…, c'est luxuriant. Je me suis laissé emporter, c'est violent. Ambroise ne dit rien, est très méchant…, il y a des personnages falots, il y a Léger... Finalement je l'ai lu jusqu'au bout avec intérêt. Cependant c'est artificiel, en dépassant le réel, en allant tout le temps à l'extrême  ; bref ce n'est pas mon style, c'est pourquoi j'ouvre à moitié.
Annick L
Je suis heureuse que Sylvie Germain ait été choisie. Je l'ai découverte dans les années 80, en ai lu plusieurs dont celui-ci il y a 20 ans. J'aime le trop plein, la luxuriance ; les belles évocations de la forêt, des arbres, des paysages. A sa manière, elle rappelle le réalisme magique de Garcia Marquez. L'écriture est particulière. Ses romans marquent mon imaginaire : la scène des linges blancs, les frères qui n'en font qu'un, Mauperthuis l'incarnation du mal (il a tout faux), les frères qui sculptent les arbres, l'amour maternel, fraternel, la passion amoureuse… Le mysticisme m'est étranger (d'ailleurs j'ai arrêté de lire ses livres qui sortaient quand la dimension mystique est devenue trop forte). C'est très cinématographique.

Bénédicte
Ah non, je ne voudrais pas que ce soit porté au cinéma…

Annick
Parfois il y a des scènes triviales alors que c'est une philosophe, elle est dans le sensuel aussi. Le lyrisme m'emporte. Les personnages sont des prototypes, ils touchent à des questions humaines profondes. J'ouvre en très grand.
Maureen (nouvelle dans le groupe ce jour)
Au début j'étais perdue, je sortais de Katarina Mazetti, de Pancol…

Annick
Tu t'es dit j'arrive dans une secte avec ce groupe de lecture…

Maureen
Mais j'ai quand même continué… Tous ces personnages sont atteints de folie. J'ai aimé des scènes, comme quand Simon vient kidnapper Camille. Les sentiments sont poignants et bien décrits. La couleur bleue revient tout le temps - c'est pourquoi j'ai apporté de l'eau de Quézac… le bleu c'est l'intouchable. Je me suis sentie emportée par le livre, j'en perdais moi aussi la raison… C'est une lecture facile, et du plaisir.
Corinne
Ca fait un peu histoires de famille cachées dans un village. J'ai lu seulement la moitié, mais j'aime le style, les adjectifs, l'aspect ampoulé, on peut tout visualiser. J'aime la folie des personnages, l'aspect conte, avec les secrets, le sordide, le non dit. Je vais sans aucun doute le finir.
Bénédicte
Elle avait eu le prix Femina en 1989 avec ce livre. J'ai rencontré justement récemment des parents de Sylvie Germain : il semble qu'elle soit dans la vie comme dans ses livres... J'avais lu ce livre il y a longtemps, je l'avais énormément aimé, mais à la relecture il me paraît trop chargé, trop mystique, agaçant même. Je suis fascinée par Reinette-la-Grasse, cela évoque Botero, mais non cette référence ne va pas, il faudrait chercher autre chose. Je suis fascinée par l'amour qu'Edmée porte à sa fille, qui ne parle jamais. Éphraïm non plus ne dit pas grand chose. Finalement Reinette meurt de la disparition de Simon l'Emporté. Ce livre m'a accompagnée très longtemps…
Danièle
Je l'avais lu il y a 10 ans, l'avais beaucoup aimé. Je l'avais relu pour un autre groupe lecture. Je me suis dit hier que j'allais le survoler mais c'est impossible de survoler ce livre ! Et donc je l'ai relu à toute vitesse, complètement. C'est un livre qui me transporte. Rien n'est trop. C'est un souffle qui m'emporte. J'ai aimé le voyage dans le temps, les lessives… On ne sait pas quand cela se situe, on sait que c'est dans le Morvan, un pays de légendes, de sorciers  ; l'animisme c'est énorme et ça passe très bien. Cela m'a évoqué la littérature d'Amérique du Sud, mais aussi Hugo…

Annick
C'est vrai et Zola, dans Germinal par exemple à la fin du livre…

Brigitte
Revient dans vos avis un trop… Mais je vois pour ma part un manque… Sur l'obésité, elle aurait pu aller plus loin, car elle pose la question d'où vient cette faim, dont elle aurait pu creuser la réponse.

Danièle
Elle répond : la tendresse.

Brigitte
Je suis restée sur ma faim… C'est un sujet qui m'aurait intéressée.

Jacqueline
Quand j'entends Reinette-la-Grasse, je vois Reinette-la-Grâce…

Brigitte
Plutôt qu'un personnage comme Mauperthuis (qu'on a déjà vu), elle aurait pu braquer sur Reinette un approfondissement.

Danièle
A la troisième lecture, j'ai été attentive à l'occasion de l'enterrement de Vincent Corvol aux réflexions de Claude qui m'ont touchée - peut-être parce que j'ai perdu mon père il y a peu. Elle parle de ce qui revient de façon discrète, en contre-point de ce passé de Vincent qui s'est écrasé toute sa vie et qui par Claude laisse une trace.

Annick
Dans ses romans, on trouve cette question de l'héritage qui revient.
Les personnages, ce sont de toute manière des taiseux.

Séverine
C'est réaliste, dans ce contexte des campagnes.

Danièle
Ils ne causent pas, mais justement Vincent Coriol dans sa lettre juste avant sa mort parle, trouvant des symboles.

Claire
Ce que j'aimerais savoir c'est comment elle écrit, comment lui viennent ces scènes, ses situations…

Annick
Elle doit fréquenter beaucoup la peinture, on sent derrière des tableaux.
Elle était prof de philosophie. On sent cela aussi dans ses livres.

Danièle
Mais c'est de la littérature pas de la philosophie !

Claire
Elle dit dans un entretien qu'elle se voyait bien peintre ou sculpteur quand elle était jeune fille et que sa vocation a bifurqué en terminale, lors d'un cours de philosophie : " On nous avait donné comme sujet de dissertation une phrase des Frères Karamazov, de Dostoïevski : "Si Dieu n'existe pas, tout est-il permis ?" Je ne sais plus trop comment je m'en suis sortie, mais je me suis dit, à partir de ce moment-là, que si la philosophie consistait à réfléchir à des questions auxquelles il n'y avait pas de réponses satisfaisantes, alors c'était une aventure extraordinaire et sans fin." Elle a fait des études de philo avec Emmanuel Levinas, mais assez vite elle s'aperçoit qu'elle ne se destine pas à être philosophe, elle veut écrire : "Une manière de poursuivre le questionnement philosophique, mais à travers des chemins bien plus buissonniers." (article du Monde du 15 juin 2012, "Foi d'écrivain").
Denis
J'ai trouvé deux parties dans ce livre, une qui m'a passionné, et l'autre qui m'a repoussé. J'ai lu attentivement la première, captivé. La deuxième, malgré mes efforts pour m'accrocher, j'ai fini par la survoler, tournant rapidement les pages. Ces deux parties sont pour moi très visibles : la séparation, c'est la scène du 15 août où les frères font leur propre célébration mariale. La première partie comporte plusieurs trouvailles qui m'ont rappelé Cent ans de solitude. La plus belle me semble de faire naître chacun des neuf frères à une heure différente du 15 août considéré comme un jour de travail (journée de 9 heures ! et le travail de l'accouchement...). La distinction entre les fils du matin et ceux du soir est admirable. J'ai aussi beaucoup aimé le coup de foudre du garçon pour la grosse fille, ainsi que le portrait de cette grosse divine. Mais tout cela bascule après la scène du 15 août dans un méli-mélo vaguement religieux, vaguement apocalyptique. Le style lui-même change, il me semble : il devient lourd, ampoulé, répétitif, incantatoire ; je n'aime pas trop les textes du genre prophétique, il y faut beaucoup de talent. Au bout d'une trentaine de pages, j'ai craqué et me suis mis à survoler pour voir "comment ça se termine" : l'intrigue se traîne, il n'y a plus de surprises. De cette partie j'ai gardé un souvenir désagréable. Ecrivant ceci dans le train et loin de Paris, je n'ai plus le livre sous les yeux et n'en dirai pas plus...
Françoise D
L'écriture est assez lourde, débordante ; ce livre m'a fait penser à Carole Martinez par son côté fantastico-baroque ou baroco-fantastique, avec ses débordements et ses personnages à la fois basiques - c'est ce que l'on croit au début - et qui prennent une dimension extraordinaire, à la fois physique et mentale.
Mais n'est-ce pas un peu "too much" ? Mon côté midinette aurait préféré un peu moins de noirceur. L'assassinat du bœuf ne m'a pas plu. Personne n'est sauvé, pas de salut pour ceux-là, c'est très pessimiste.
J'ai lu aussi L'inaperçu : même dimension fataliste et même destin inexorable.
J'en conclus - peut-être à tort - que c'est donc une constante chez cette auteure (qui écrit très bien), ce qui du coup ne me donne pas tellement de lire autre chose, pour l'instant.
Manon
Voici un mini compte rendu de ma lecture dont il ne me reste plus grand chose après deux semaines... Je me rappelle être parti avec un a priori assez négatif sur ce livre : encore un livre sur le monde rural..., Pierre JOURDE m'en ayant véritablement dégoûtée... Ici rien à voir avec PJ, je me suis assez vite retrouvée dans un monde parallèle, fait de forêt, de miracle (la naissance de Reine) et peuplé de lutin (Léger), de géants ( les frères du matin), d'un monstre (le vieux) et d'une princesse emprisonnée dans sa tour (Camille dans la grange)... : ça semble un peu stupide raconté comme cela, mais c'est bien l'univers remanié du conte qui me saute aux yeux dans ce livre, un conte dans lequel il n'y aura pas d'happy end car empli d'une violence extrême !!
Et voilà donc le second point du livre que je retiens : la violence. Violence dans le choix des mots de l'auteur, violence des situations, violence des (re)sentiments... : je pense notamment à une scène insoutenable où le vieux lèche le sang de Catherine. J'étais dans le métro lorsque je la lisais et j'ai dû fermer le livre tant les expressions de dégoût qui se lisaient sur mon visage semblaient effrayer la personne assise en face de moi...
Bref j'ai malgré tout beaucoup aimé ce livre ; mais de trop nombreuses longueurs concernant les psaumes, les chants, les prières m'empêchent de l'ouvrir en grand... je ne l'ouvre donc qu'à moitié.
Monique D
C'est un roman de l'excès, de la folie, de la brutalité, de l'amour de la colère, de la mort très présente  : très dur comme la vie de ces hommes qui vivent dans ces forêts.
J'ai en général beaucoup de mal avec Sylvie Germain ; j'aime beaucoup son écriture - dans ce livre en tout cas ; tout ce qu'elle décrit me fait penser à des tableaux superbes mais impressionnants, à une série d'images qui m'ont obsédée, face à ce conte et à cette histoire effrayante, en tout cas, pour moi, et qui conduit toujours vers la mort. J'ai calé, je n'ai pu terminer.
Mireille
J'ai lu Jours de colère comme un conte tragique, poétique et inquiétant. La folie redoutable, cruelle de deux hommes et le fantôme de Catherine déterminent le destin de leur descendance. Sylvie Germain aime ses personnages simples, pauvres en mots, et même désavantagés physiquement.
Deux moments forts pour moi : la rencontre avec les frères du matin, du midi et du soir surgissant dans la clairière, les sept de front avec leurs instruments, Louison-la-Cloche en tête, habillé en fille et Léon-le-seul fermant la marche ; et la description magnifique de Reinette-la-Grasse : cette "souveraine captive, en son magnificient palais de chair, des caprices d'un petit animal féroce : la faim", "C'était un corps de gloire, une illumination blanche". J'ai été étonnée, touchée  ; je ne me souviens pas avoir lu un aussi beau portrait de femme obèse tenaillée par la faim et l'attente. Phraïm, en elle, était délesté du poids de ses doutes, de sa haine, ignorant toutefois que ce n'était pas son corps d'homme que la faim insatiable de sa femme attendait. Et pourtant, ce grand corps d'homme fit "se lever en elle une fertilité nouvelle, un instinct doué du sens de la tendresse dont elle nourrit ses fils". Elle mourra de la disparition de Simon, le fils de midi. Il y a aussi la scène de la mère morte porté par ses fils dans l'arbre de l'ange-aux-fruits, celui qu'ils avaient sculpté en son honneur. C'est très imagé.
J'aime les histoires, l'écriture de Sylvain Germain (Tobby des Marais, Magnus). J'ai apprécié de passer de l'univers glacé des forêts de Sibérie aux forêts dévorantes du Morvan, dans un lieu-dit sans pancarte où il était rare qu'un étranger ne monte.
Monique L
S'agit-il d'un roman ? Ou plutôt d'un conte ? Je pencherais plutôt pour la deuxième solution tellement ce récit s'apparente à la légende, à la fable et emprunte au merveilleux. Ce qui m'a le plus impressionnée, c'est l'ambiance générale très bien servie par l'écriture : l'intrigue est poignante, déroutante, effrayante. Les thèmes dominants sont la folie et l'amour dans leur diversité :
- la folie douce d'Edmée, qui croit que la naissance de sa fille Reine est due à une faveur de la Vierge, la folie extrêmement violente d'Ambroise Mauperthuis envers la famille de Catherine Corvol pour laquelle il éprouve un amour morbide, mais également envers ses enfants et petits enfants, la folie insatiable de Reine qui ne peut se passer de manger ;
- l'amour maternel et protecteur de Reine pour ses enfants, l'amour morbide d'Ambroise Mauperthuis pour Catherine, l'amour dévastateur d'Ambroise Mauperthuis pour Camille, l'amour d'Ephraïm et de Reine qui auront neuf enfants et vivront en harmonie et bonheur, le manque d'amour entre Claude et Marceau qui conduira ce dernier au suicide, la passion féroce du vieux Mauperthuis pour Camille (ou pour la réplique de sa grand-mère Catherine ?) et son désir maladif de possession ; la jalousie le harcèle et le rend malade, surtout lorsqu'il découvre la liaison entre Camille et Simon.
Deux scènes m'intriguent (j'ai du mal à les raccrocher au reste) : la manifestation bruyante et pieuse des 9 fils d'Ephraïm autour de la Vierge et l'épisode sanguinolent du bœuf. Les personnages sont des personnages de conte, avec leurs surnoms qui accentuent leur singularité, le découpage de la fratrie des enfants de Reinette et d'Ephraïm, leur même date de naissance, le 15 août. Je me suis posé des questions sur la douce obèse : n'est-elle pas niaise ? Ou est-ce une sainte ? Les décors sont oppressants : puissance, solitude, dureté. L'écriture est belle, poétique ; la description des paysages et des sentiments est exceptionnelle. Mais je n'ai pas adhéré à tout du fait de mes interrogations.

Brigitte
En rentrant chez moi, je réalise que "Dies irae" signifie "Jour de colère". C'est donc peut-être l'intention de l'auteur d'illustrer ce psaume par son texte, cela le rapproche des personnages mythiques de la Bible, qui ont encouru la colère de Yahvé. Voilà ma dernière contribution à nos discussions de ce soir...

ALORS QUE CE SITE N'EXISTAIT PAS ENCORE, LE GROUPE PARISIEN AVAIT LU Le livre des nuits de Sylvie Germain le 25 AVRIL 1997 (IL Y A 17 ANS).
Voici, succinctement rapportés, 11 avis mitigés, enthousiastes ou détracteurs :
- Sabine avait aimé le côté conte pas couillon, le style extraordinaire.
- Henri-Jean était partagé entre l'admiration et le sentiment du trop plein, même impression que pour La pleurante des rues de Prague.
- Marie-Christine avait adoré puis c'est trop et n'aime pas la fin.
- Anne-Marie : trop c'est trop, ne sait pas si on est dans conte ou réalité.
- Céline : pas terminé mais extraordinaire est ce livre porté par le style ; cependant le mysticisme prend la place du poétique.
- Liliane : une poésie un peu facile, mais séduction du baroque, jouissance de la douleur.
- Jeanne : pas dépassé les 30 premières pages, personnages qui n'ont pas de consistance psychologique, livre déversoir de belles phrases.
- Claire : désaccord complet, si elle tombe parfois dans le cliché, avec des mots pour des dictées, livre extraordinaire, grandiose puissance d'évocation.
- Christine : aurait pu aimer le livre, gourmandise de l'usage dues mots, il y a un vrai thème, mais pas d'intérêt, sa voix n'est pas originale.
- Brigitte : a aimé, avait lu La pleurante des rues de Prague, parfois artificiel, mais thème fort : elle démonte comment la guerre détruit les hommes ; cela aurait pu être encore plus profond.
- Rozenn : a adoré, se souvient d'avoir terminé la première nuit en sanglotant, ne s'en souvient pas du reste mais ça lui est égal.

10 AVIS DU GROUPE "VOIX AU CHAPITRE MORBIHAN"
réuni le 14 novembre 2014 (Marie Thé, Claude, Marie-Claire, Lona, Yolaine, Mon', Suzanne, Nicole, Chantal et Lil)

Cotes d'amour :
5 : 3 : entre et
2 : 1 : entre et

Ce que certains ont apprécié, voire adoré
- l'écriture magnifique, le lyrisme flamboyant, la richesse du vocabulaire, la poésie derrière la noirceur - la beauté des images (une écriture très visuelle), les couleurs, les répétitions/incantations qui donnent le rythme et expriment, entre autre, l'obsession folle des personnages, les rites religieux et païens entremêlés
- la nature omniprésente, avec de superbes descriptions
- l'imagination débordante qui surprend, fascine, embarque le lecteur... : un souffle extraordinaire qui envoûte...
- la grande sensibilité dans la description des sentiments, des passions, de la violence (la folie : désir et mort confondus), une ode à la passion fatale
- un récit/conte qui n'est pas sans rappeler les veillées d'autrefois : rêve et réalité mêlés, paraboles et mythes
- l'éloge de l'explosion de la vie, envers et contre tout
- les contrastes : le mal, la mort, la folie contrebalancés par l'amour, la tendresse, la beauté
- l'étrangeté, l'insolite : les portraits (Reinette la grasse, Huguet Cornebugle, etc.), les noms, les événements...
- des scènes magnifiques : la faim de Reinette, la cuisson du pain, l'orchestre dans la forêt, la grande lessive annuelle, la neige de mai, etc.
- le décor (qui rappelle Pays perdu), fort bien posé
- les terribles destins (Léger, Claude et Marceau)
- le temps qui passe sur le hameau et sur les hommes
- le vieux Mauperthuis tenu debout par la colère et la vengeance, solitaire et dément
- la progression vers le drame très bien menée et la fin du livre.
Un talent qui nous rappelle celui de Carole Martinez !

Ce que certains n'ont pas aimé, voire détesté
- un récit long, lent, verbeux, parfois ridicule, une complaisance dans le verbiage : l'auteure abuse de son talent ce qui donne une écriture redondante, emphatique (c'est très agaçant)
- des personnages invraisemblables, des marionnettes peu crédibles
- un livre ennuyeux, artificiel, grandiloquent, prétentieux, qui sonne faux (d'où le survol de certains passages, voire chapitres)
- la multitude des symboles religieux
- la noirceur du personnage principal, la prégnance du mal
- des scènes beaucoup trop longues (les amours de Camille et Simon, par exemple)
- un livre qui suscite, à la fois, enchantement et déception.
Marie Thé
J'ouvre ce livre à moitié, un peu à contrecœur, car il m'agace vraiment souvent : répétitions, délayage, descriptions ou évocations à n'en plus finir et parfois à la limite du ridicule ; sans parler de ce côté mystique illuminé (l'auteur ?). Mais j'ai pourtant été sensible à ce roman tendant vers le conte, j'ai aimé (quelquefois) le côté mythologique, la beauté et la poésie de certains passages ; l'imaginaire, le foisonnement ne m'ont bien sûr pas été indifférents, mais c'est excessif. Livre donc attrayant et repoussant à la fois, et ceci dès la quatrième de couverture. Je suis vraiment partagée maintenant que je l'ai enfin terminé, je croyais d'ailleurs ne jamais en venir à bout.
Difficile aussi de venir à bout d'Ambroise Mauperthuis, ce personnage qui représente le mal, qui semble indestructible. Le centre du livre est bien là, le mal, la folie ; et à l'origine, une victime sacrificielle. J'ai pensé à Magnus, le mal était là aussi, et la fin m'avait aussi déçue. Si j'essaie de rentrer dans les détails (comment venir à bout d'une synthèse avec un livre pareil), je retiens et j'aime dès le début la description du village, des chemins qui y mènent, du prêtre et de ses ouailles, les "sauvages" venant de ces hauteurs reculées, et je pense à Pays perdu de P. Jourde, ici on voit la différence entre récit et roman, entre authentique et imaginaire. Chez S. Germain tout semble baigner dans un songe flou, à côté de la réalité, et cette folie partout... Le songe habite Reinette-la-Grasse, on apprendra peu à peu qu'elle était dévorée d'une infinie tendresse pour le monde ! L'explication de la faim insatiable de Reinette-la-Grasse nous sera donnée: elle avait faim de tendresse à donner, l'arrivée d'Ephraïm et de ses enfants la comblera. Camille dans son grenier est aussi dans le songe, l'écoute, comme transportée dans le monde de Léger.
Ah le côté mystique avec Edmée ! Folie douce peut-être, mais délire d'Edmée rendant grâce et délire de la chair de sa fille, de plus en plus grasse, "vierge obèse" ; "la beauté de la grâce... une sorte d'émerveillante monstruosité" selon Edmée. Jousé et Edmée font penser à Joseph et Marie. "Jousé s'effaça tout à fait après toute une vie de soumission à l'effacement." Pour Edmée, les signes de la Vierge et du Très-Haut sont partout. Ephraïm "blessé et rejeté...lui semblera annobli et même sanctifié." Le dernier enfant, béni entre tous avec son bec-de lièvre, a été "élu pour recevoir la visite de l'ange", le doigt de l'ange "comme une pointe de feu", l'empreinte de l'ange... Et cette évocation de la visitation avec l'ange Gabriel... Et finalement, Edmée et Ephraïm dans le renoncement... (je commence à abréger). La religion s'infiltre partout, pour Vincent Corvo ce sont les tourments et non le jugement des hommes qu'il recherche, le jugement sera celui de l'Éternel. Parfois on va vers le ridicule, lors des ébats à n'en plus finir de Camille et Simon par exemple : "Le Temple qui est dans le ciel s'ouvrit", "Un signe grandiose apparut dans le ciel" ; tout cela pour parler du désir !
La création occupe une place importante, mais Blaise-le-Laid et ses frères me paraissent complétement "allumés" lorsqu'ils évoquent les abeilles, la voie lactée, les anges... : "Heureux les fêlés car ils laissent passer la lumière", serais-je tentée de dire.
J'ai aimé la neige de mai, mais association quand même pour moi : "Mariage de mai ne fleurit jamais", souvent entendu (mai est le mois de la Sainte Vierge !). Je retiens aussi ceci: "On n'arrêtait les horloges que dans les maisons où la mort s'était glissée." Et l'évocation des miroirs qu'il fallait voiler (comme pour se voiler la face ?). Tout ceci entendu dans le temps de l'enfance...
Je retiendrai encore l'affrontement père-fils, terrible et libérateur pour Ephraïm ; pour Marceau, pas d'affrontement, il n'existera donc pas. Le petit garçon qui ne grandit pas (Léger) pour que sa mère puisse le reconnaître, ce passage est extrêmement déchirant. A noter la présence des masques, des couleurs (noir, blanc, et surtout bleu).
A noter encore et surtout les métamorphoses de la nature et bien sûr des êtres. Au commencement, la beauté des corps (Catherine, Camille, Simon), beautés inaccessibles et interdites, figées à jamais en Mauperthuis et Huguet Cordebugle ; puis "Simon devenu homme-bête, dieu de chair et de sang, torche en marche", se transforme par le feu avec Camille en "chimère... couleur de sang et de poussière". Tous deux seront comme purifiés dans la blancheur de la chambre d'Huguet Cordebugle, Camille rejoindra Simon dans une ressemblance troublante qui lui sera fatale : chute finale.
Pour terminer, un livre qui me laisse entre enchantement, envoûtement, déception.

Nos cotes d'amour, de l'enthousiasme au rejet :

à la folie, beaucoup, moyennement, un peu, pas du tout

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Dans les forêts du Morvan, loin du monde, vivent bûcherons, flotteurs de bois, bouviers, des hommes que les forêts ont faits à leur image, à leur puissance, à leur solitude, à leur dureté. Même l'amour, en eux, prend des accents de colère - c'est ainsi par excès d'amour que Corvol, le riche propriétaire, a égorgé sa belle et sensuelle épouse, Catherine, au bord de l'eau - et la folie rôde : douce, chez Edmée Verselay qui vit dans l'adoration de la Vierge Marie ; ou sous l'espèce d'une faim insatiable, chez Reinette-la-Grasse ; ou d'une extrême violence, chez Ambroise Mauperthuis qui se prend de passion pour Catherine, qu'il n'a vue que morte, et qui s'empare de son corps, puis des biens de Corvol, enfin des enfants de Corvol. Il finira par perdre sa petite-fille Camille, le seul être qu'il ait jamais aimé, par excès d'amour, encore.