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Toni Morrison
Beloved
10/18
Jacqueline 
Je me suis trompée, jai dabord lu Love et du
coup, je nai pas eu le temps de finir Beloved. Love
ma beaucoup plu, ce sont des portraits de personnages extraordinaires.
Jen suis à la moitié de Beloved : cest
un grand livre, comme je les aime. Cest très imagé,
il y a des descriptions de choses terribles, quon ne comprend pas
très bien au début, il y a des descriptions très
poétiques. Jaime, mais je trouve que cest difficile
à lire ; ça me rappelle une citation de Stendhal qui
disait quon pouvait tout raconter, mais tout est question de manière ;
et le lecteur doit deviner ce qui est le plus terrible. Jai aimé
le merveilleux, létrangeté ; lamour entre
lhéroïne et cet homme qui arrive, la façon dont
la mémoire lui revient, et dont lindicible pourra être
dit.
Françoise O 
Au début, jai trouvé ça horrible, mais page
45 il est question de la soie peu prisonnière, fine et libre...
jai compris quil y avait des moments de grâce, au milieu
de bouillonnements didées ; il y a tellement de personnages,
de vies décrites, détruites, cest le morcellement
du livre, cest la vie des esclaves ballottés dun maître
à lautre, dun monde à un autre, séparés
de leurs familles, tout est décousu, recousu, déchiré,
rapetassé...
Rozenn 
Je lavais déjà lu, je lai relu, cest un
livre magnifique qui ma fait sangloter. Lhistoire se passe
en 1856, je compare avec le discours dObama, 150 ans après...
quel chemin parcouru ! Ce livre est tellement magnifique, magique,
que je ne veux pas démonter, voir comment il est fait, quelle est
sa construction. Si ça reste un peu opaque, mystérieux,
ça a dautant plus de force. Cest un livre que je ne
donne pas, je le garde...
Françoise D 
Jen suis à peine à la moitié. Je le lis en
VO et jai du mal. Il y a des moments où jai limpression
de ne rien comprendre, je comprends les mots, mais ils ne font pas sens.
Il faut être costaud pour traduire un tel texte. Et puis, je ne
savais jamais dans quel registre on était : merveilleux, symbolique,
onirique, réel, fantasmatique ? Ça ma déroutée
et jaime bien savoir où je suis. Qui est Beloved ? Mais
comme je ne lai pas terminé, peut-être que tout séclaire
par la suite. En tout cas je me sens perdue, mais je reconnais quil
y a des moments de grâce et de poésie. Lécriture
et la construction sont très compliquées, est-ce le fait
dun grand écrivain ? Est-ce de la maîtrise ?
Apparemment les Nobel ont décidé que oui.
Brigitte 
Je pense avoir participé au choix de ce livre, je lavais
lu il y a très longtemps, du temps dHenri-Jean, mais nous
hésitions à le proposer au groupe. Je ne lai pas relu.
Javais beaucoup aimé, frappée par Paul D et ses supplices,
ces esclaves qui sont traités comme des animaux, mais qui ne le
deviennent pas, des animaux. Ce livre réussit à raconter
cette expérience. Jai pensé aussi que cétait
décousu, fantastique, poétique. Ce récit est encore
proche de lAfrique doù viennent les personnages. Jai
découvert ce livre sans rien connaître, je lai beaucoup
aimé, mais je comprends quon puisse rester à lextérieur.
Annick A 
Jai été bouleversée par ce livre, jai
beaucoup aimé lécriture. Cest un livre fait
par une Noire pour les Noirs dans un monde qui nest pas le nôtre.
Cest lhistoire de Beloved, dun fantôme ;
pour les Noirs cest une réalité. Je me suis vécue
comme une Blanche introduite dans un autre monde, une autre culture où
les fantômes sont présents. Jai été tentée
den faire une lecture psychanalytique. Dans ce décousu, jai
retrouvé ce quexpriment des gens qui ont vécu des
choses terrifiantes et qui ne peuvent pas en faire un récit linéaire.
On va à la pêche de ce quon va raconter. Jai
beaucoup aimé la description des femmes, de leur force. On peut
parler de laspect moral de lacte de cette femme. On ne la
laisse pas raconter, elle ne peut pas dire et finalement elle devient
folle. Cest un grand livre ; je le conseillerai.
Claire 
Javais lu Sula, qui mavait barbichonnée. Je
reprends le propos de Stendhal cité par Jacqueline : tout
est dans la façon de raconter plus que dans ce quon raconte.
Jai lu avec attention en vacances, je crois quaprès
le boulot je naurais pas pu, cest très compliqué,
ce nest pas fluide, jai avancé doucement, prudemment.
Je nai pas été gênée par les fantômes,
jy ai cru. Il y a un art de désincarner les faits qui peut
exaspérer, on peut ne pas comprendre, le lecteur est englué.
Parfois, cela devient trop difficile à comprendre. Lécriture
est intéressante : « se cogner contre un souvenir
de quelquun dautre », Beloved « luisante »...
Je nai pas été bouleversée par les choses horribles
qui sont évoquées. Jai eu limpression que lauteure
est incernable, où est-elle ? On suit les personnages mais
on ne sent pas la présence de lauteure, ce qui ajoute du
mystère. La construction est savante, mais réussie. Cependant
lauteure abuse un peu de son lecteur. Ce livre vaut la peine dêtre
lu, mais ça demande de leffort. Je nai pas envie den
lire dautres. Mais je suis très contente de lavoir
lu.
Nicole 
J'avais lu ce livre il y a longtemps et j'ai été très
heureuse de le relire, d'autant que sur fond de victoire de Barack Obama,
l'histoire avait encore plus de force. Le texte est difficile. C'est un
livre qui se métrite, mais quelle puissance. Les personnages sont
magnifiques.
Lona 
Roman, récit historique, fait divers, témoignage ?
Cest sombre, dur, étouffant, impressionnant. La lecture nest
pas facile : les va-et-vient permanents entre réalités,
fictions, rêves, brutalités, horreurs, violences, sorcellerie,
destin, exorcisme, hystérie, folie ne facilitent pas la chronologie
des faits !
Bien sûr, il y a lhistoire de lesclavage : la misère,
la pauvreté, la bestialité, les humiliations, les angoisses,
les crimes. Labsence des hommes maris, fils, frères ;
une vie qui se construit autour et avec des femmes : belle-mère,
filles, voisines.
Derrière ces situations noires, graves, angoissantes, jai
trouvé tendresse, couleur (se mettre au lit pour penser à
la couleur des choses (p.246), richesse des rapports humains, affection,
fusion, amour, recherche permanente de liberté et de sécurité.
La culpabilité de Seth par rapport à son infanticide la
poursuit comme un fantôme. Cétait pourtant un acte
damour. Qui est Beloved ? Un enfant de substitution, une culpabilité,
un remords, un fantôme ? Comment refouler le passé (p.107) ?
Elle sait bien que les gens qui ont une mauvaise mort ne restent pas en
terre ! Comment se « racheter » de sa faute ?
Comment se sortir de cette voie sans issue et reprendre possession de
soi-même (p.136) ? Elle va sombrer dans la folie ! Cest
Denver, sa fille, qui apportera la réponse : elle quittera
la maison et la folie de sa mère pour trouver un travail. Faut-il
faire un lien entre cette rupture et le fait quelle rejoigne un
Blanc ? Je le relirai certainement : il reste des « choses »
à approfondir et à découvrir.
Lil 
Un livre difficile un de ces livres qui se méritent
difficile au niveau de la construction du récit, difficile au niveau
de l'écriture qui passe d'un registre à l'autre, difficile
au niveau du thème, puisque l'on chemine du réel à
l'irréel, avec les esclaves, les fantômes, les esprits...
J'ai été bouleversée par ce livre de mémoire
dédié au peuple noir, du temps de l'esclavage, à
travers l'histoire de Sethe. L'horreur de cette époque si justement
décrite dans ses conséquences tragiques que sont, entre
autres, le meurtre des enfants et la folie de Sethe, m'est entrée
dans la chair et le cur, même si la compréhension que
je puis en avoir, en tant que blanche, demeure purement intellectuelle.
Pour moi, Beloved n'est que l'incarnation de la culpabilité de
Sethe et la possibilité d'exorciser son passé. J'ai beaucoup
aimé ce personnage de femme, son courage, son humanité,
sa force, son amour pour ses enfants qui va jusqu'à tenter de leur
ôter la vie pour leur éviter le pire !
Un très, très grand livre à garder dans sa bibliothèque.
Jean-Pierre
Pour être compris le récit doit être reconstitué,
et c'est tant mieux si on y parvient. J'avoue avoir eu le plus grand mal
à le faire. C'est probablement un choix délibéré
de l'auteur (*), et c'est un pari risqué car le livre est difficile
à lire. De même, l'écriture est trop souvent absconse,
des paragraphes et des chapitres entiers complètement incompréhensibles,
le mélange entre réalité et cauchemar dérangeant.
Sans doute la culture africaine noire est différente de la nôtre,
et il peut être intéressant de la connaître. Mais la
connaître n'est pas forcément la partager. A cause probablement
d'un manque de recul, je ne suis pas entré dedans. J'aurais été
plus entraîné par une vision extérieure, une sorte
d'exposé à la lumière cartésienne d'un observateur.
Ce n'est pas ce qu'a fait Toni Morrison. Elle est totalement partie prenante
de cette horreur, et on peut le comprendre puisqu'il s'agit de son histoire.
Toute proportion gardée, c'est un peu comme si un martyre chrétien
des premiers siècles tentait de me faire partager sa foi :
le fait d'être torturé ne confère aucune vérité
à sa croyance. Là n'est sans doute pas le projet de l'auteur
(*) : elle raconte de l'intérieur et ne se soucie pas de savoir
si son récit peut avoir une portée universelle, c'est-à-dire
s'appuyer sur ce qui fédère tous les êtres humains,
et donc peut atteindre tout un chacun.
Moi, les histoires de fantômes...
Mais on ne peut pas ignorer l'histoire horrible de l'esclavage. C'est
ce qui fait la force de ce livre. Que de vies brisées, d'êtres
souillés, en premier lieu bien sûr les esclaves mais aussi
les esclavagistes qui tuent en eux tout sentiment humain ! Les événements
contemporains nous font apprécier le chemin parcouru depuis cette
époque maudite. Restons cependant d'un optimisme prudent, car « le
ventre est encore fécond d'où peuvent surgir les bêtes
immondes »
(*) Pour les militantes de l'égalité orthographique, auteur = auteure
Claire
En tant que militante de la symétrie, je propose décrire
un vétérinair.
Une interview dans LExpress
(1993)
Elle parle des Aventures de Huckleberry
Finn, notre lecture précédente
Une rencontre dans Courrier
international (2004)
Et pour les potins
- Ce
quelle pense du slam et de Ségolène (2006)
- Elle
a voté Obama
Plus
sérieusement, une critique de Beloved sur un blog du Monde
(Pitou est un lycéen...)
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