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Carole Martinez
Cur cousu
Gallimard
En présence de l'auteur
Annick
Cest un roman magnifique, lyrique, avec un véritable souffle
qui nous entraîne sur les routes dEspagne puis du Maghreb
sur les pas de cette improbable tribu, Frasquita et des cinq enfants.
A la fois roman familial fort sur ce qui lie une mère a ses filles
autour de cette belle image de la transmission de la cassette, offrant
un don à chaque fois différent, mais aussi sur lhumanité :
roman de chair, de sexe, de sang, de vie, de mort. Cest lhistoire
dune généalogie particulière, presque maudite,
mais de portée plus large à travers des figures et des scènes
symboliques :
- la figure de logre dévorateur denfants, du grand
pervers trop aimé par sa mère, du révolutionnaire
prêt à mourir pour ses idéaux, torturé à
mort puis recousu par la couturière magicienne ; figure du père,
José, réduit à sa fonction de géniteur, puis,
à partir de la naissance de son fils, engagé dans une affirmation
guerrière de lui-même à travers son coq ;
- scènes de combats de coq, dinsurrection sanglante
du peuple ; mais aussi une fois installées en Afrique du nord,
fabrique magique de robes de mariées qui transfigurent les jeunes
femmes qui les portent.
Et Frasquita comme emblème de la femme qui se donne et donne la
vie, la beauté... avec son aiguille et ses fils.
Lécriture ? Sensuelle, imagée, quon déguste
et qui nous permet de passer sans cesse dun monde réel brutal
et oppressant au rêve, au désir et aussi de traverser les
apparences pour percevoir voir et entendre un au-delà invisible,
côtoyer un meunier mort depuis longtemps. Lécriture
donne une proximité avec les mots très frappante dans ce
livre, avec cette culture de lEspagne du sud très superstitieuse.
On garde des images en tête une fois le livre refermé.
Geneviève
Je viens de finir ce livre dans le métro. Je nai pas eu de
problème pour lire le livre, mais jai été dans
une ambivalence, à cause dune écriture un peu trop
riche, trop fleurie, tout en voulant savoir ce qui allait se passer :
cest un conte qui fonctionne très bien. Jai apprécié
la force des images et jai été très touchée
par la force de la sensualité dans les rapports des femmes.
Françoise G 
Cest un livre extrêmement physique, très violent, très
fort. Jai aimé la construction du livre.
La première partie est ma préférée. Les autres
sont très rocambolesques et mont moins plu, lauteure
a voulu trop y mettre, cest trop. Il y a deux écritures distinctes,
lune narrative et simple, lautre poétique, qui donne
du sens (de lépaisseur) aux personnages. La bonne place est
pour les femmes. Il y a de belles descriptions des pratiques religieuses
en Andalousie. Jai adhéré à lépisode
du cur brodé. Pour moi ce cur cest larrivée
de lécriture, on y retrouve quelque chose de Garcia Marquez,
cest une gigantesque métaphore de lécriture :
broderie, parachèvement de la parole, rupture. Jai ressenti
le côté physique des voix. Soledad est le symbole même
de la métaphore de lécriture. Lécriture
est pour elle une façon dêtre reconnue par sa mère.
Elle reçoit le colis, mais ne remet pas la boîte : elle
arrête la transmission. Jai aussi beaucoup aimé le
portrait de lhomme de loliveraie.
Rozenn
Je ne peux pas parler de ce livre. Je lai lu en deux jours dans
le train et le métro. Jai donné le livre à
des gens que jaime bien. Jaime la façon dont vous en
avez parlé. Jai aimé mais je narrive pas à
en parler. Cest haletant, cest plein de métaphores,
je narrive pas à prendre de distance.
Christine
Jai lu ce livre quand il a été publié et ça
ma beaucoup plu. Pourtant, ce nest pas un sujet qui mattire
a priori, la couture, la magie... Mais jai été prise.
Cette écriture a une qualité qui tient le livre, de même
que limaginaire, la transmission du don qui est en même temps
une malédiction. Jai aimé les scènes dinitiation,
cette boîte qui est vide au départ, qui se remplit ensuite
pour la personne à qui elle est destinée, le rôle
des prières, ce qui est autour de la couture, des tissus et de
la chair. Jai beaucoup aimé la violence et les couleurs (dont
les gens ont peur). Lhistoire du coq est fabuleuse, ainsi que la
rousseur du garçon. Et la belle relation de Frasquita et sa belle-mère !
Jai aussi beaucoup aimé le passage de linsurrection,
une très belle description. Les personnages sont très vivants
Le mélange réel/irréel est fabuleux. Jai admiré
le passage où José devient coq.
Carole Martinez : Cest une image de la dépression.
Christine : Jencourage vivement Carole Martinez à continuer
à écrire.
Jacqueline
Jai du mal à parler du livre. Je lai beaucoup aimé.
Jadore les contes, les vrais contes. Je nai pas décroché
car je voulais savoir ce qui allait se passer, donc je nai pas le
recul nécessaire pour en parler. Jaimerais savoir comment
ça a été construit. Après la mort de la mère,
on est un peu abandonné, et la narratrice ne se décide jamais
à naître. Anita prend le relais à ce moment-là,
je nai pas pu voir si cette perte se traduit dans lécriture.
C. Martinez : Anita prend le relais, elle raconte ce qui arrive à
ses surs.
Jacqueline : Jai aimé la révolte et le personnage
de Salvador. Jaimerais savoir où lauteure a trouvé
tout ça, comment elle la écrit. Tout change à
la mort de la mère. Je suis contente de savoir ce qui arrive après
sa mort.
Carole Martinez : Le père ne peut prendre sa place quaprès
la mort de la mère.
Monique
Jai lu le livre quand il est sorti. Jen avais entendu parler
avant de le lire, Carole mavait dit quil y avait un rapport
avec son histoire personnelle. Donc, ça ma donné envie
de le lire. On ne peut pas rester insensible à tout cela, cétait
vibrant. Lhistoire même du livre, accepté par Gallimard
avant dêtre fini, cest un conte de fée en soi.
Dhabitude, jaime les textes sobres, mais jai quand même
été transportée, surtout par la première partie.
Je ne suis pas daccord avec la comparaison avec Garcia Marquez.
On ne peut mettre ce livre dans aucune filiation. Lécriture
est éprouvante, elle est toujours dans le « climax »
cest-à-dire dans le paroxysme. Cest un tour de force.
On est toujours dans le feu dartifice et à certains moments
cest trop. Je naurais pas pu le lire en deux jours ;
cest trop étouffant, mais en soi cest très original.
Quand il sagit de la broderie, tout devient magique. Cest
écrit de façon très métaphorique, la réparation
de lhomme de loliveraie et le fil qui répare, cest
de lordre de la création de quelque chose par lécriture.
Lauteure se donne la liberté de navancer ni par chronologie,
ni par la véracité des personnages, et ça passe.
Carole Martinez : Je ne suis pas daccord pour le personnage
du père mais pour le personnage dAngela, oui, et Martirio
devient Angela.
Monique : Jai beaucoup aimé le symbolisme, Clara, Martirio,
on est toujours dans la sensation et dans la pulsion. Cest très
original. On a un peu plus de mal avec la troisième partie où
quand on est sur un personnage on oublie les autres. Jai beaucoup
aimé.
Elodie
Je suis daccord avec Monique. Jen avais beaucoup entendu parler
et au début jai été gênée par
la richesse de lécriture. Il y a beaucoup demphase,
de vocabulaire, de phrases longues. Cest très violent et
très physique, à la limite entre le rêve et le cauchemar.
Tout est rapide, tout est dans linstant. On est très proches
des personnages, il y a alternance de présent et dimparfait ;
quand cest le présent, on est dedans. On a du mal à
séparer rêve et réalité. Est-on dans la magie ?
Jai aimé la poésie de lécriture, cest
un tourbillon, on est happé. On est entre paradis et enfer, chair,
sang, poussière, terre, soleil. Comment peut-on lire ce livre en
deux jours ?...
Carole Martinez : Je lai écrit en 10 ans !
Elodie : Pour moi, cest un livre très féminin,
toutes les facettes sont mises en relief ; les hommes ont une place
beaucoup moins belle. Cest dommage quil ny ait pas dhomme
ici ce soir. Jai beaucoup aimé.
Carole Martinez : Soit les hommes adorent, soit ils ne disent rien.
Jai surtout des lectrices.
Françoise O
Je l'ai lu et un peu relu. A la première lecture je lai lu
dune seule traite jusqu'à la troisième partie qui
ma stoppée. Jaurais préféré que
le livre sarrête là. Je ne suis pas entrée dans
cette troisième partie. Certains moments étaient extraordinaires,
je marrêtais exprès pour ne pas me gâcher la
suite. Quand jai relu le livre, cest la transmission mère-fille
au moment des règles qui ma surtout retenue. Frasquita est
un enfant tardif, une « attrapette »...
Le chur des vierges : ...cest mignon, une attrapette !
Françoise : ...cest pourquoi elle a ouvert la boîte.
Jai essayé de voir comment on entrait dans le pouvoir magique
de Frasquita : cest du merveilleux complètement impliqué
dans le réel.
Brigitte
Je suis un esprit horriblement matérialiste, je naime pas
du tout lonirique, je nai pas réussi à midentifier ;
les chapitres sont courts, cest bien pour le bus. Quel genre littéraire
cest ? Ni un roman, ni un conte. Jadmire lécriture,
jai tout lu, tout compris. Lécriture est un en-soi.
Je nai pas besoin dune histoire. Les événements
sont parfois annoncés, comme si on nous prévenait parce
que cest trop violent. La couture entre réel et imaginaire
est parfois comme des points de suture. Jimaginais lauteure
dans un autre monde. Cest une performance, cest tassé,
riche, luxuriant, en images nombreuses. Jaime coudre, surtout la
broderie ; jai été sensible à ce plaisir
du tissu qui a de lépaisseur. Jadmire. Pourquoi elle
a ajouté un ogre, ça ma distraite. La troisième
partie manque de souffle.
Claire
Jaurais aimé plus de détails horribles sur logre...
Cest un gros livre, et je naime pas les gros livres. Jai
eu des problèmes avec les noms. Je les mélange, mais toutes
ces surs sont un peu interchangeables. Mais je rejoins lenthousiasme
général car on est tenu. Je nai pas ressenti dimpression
détouffement, pas non plus dimpression de violence.
Les chapitres sont courts, cest très agréable, cela
donne du rythme. Le volume même du livre ma convenu, tout
juste si je nen aurais pas voulu davantage. J'ai quelques réserves
mais qui n'empêchent pas l'admiration. Les titres des chapitres,
pourquoi les mettre au début, pourquoi pas à la fin ?
Le titre ne prend sens quà la fin du chapitre. Jai
ressenti la question de lécriture et du cahier comme un artifice.
Et puis la narratrice me gêne, il y a comme une invraisemblance,
elle est comme un narrateur omniscient.
Carole Martinez : Sa mère la brodée. Dans quelle
mesure est-on les mots qui nous ont fait ?
Claire : Il y a des « péchés »
dans cette écriture, une tendance à employer parfois des
termes affectés, précieux. Exemple : accoucher = ouvrir
les portes du monde ; sang = pluie vermeille.
Carole Martinez : Il faut bien parfois tout simplement éviter
les répétitions.
Claire : Jai beaucoup aimé ce qui a trait à
la folie, au trop ! Jen redemande. Notamment le poulailler,
extraordinaire, les scènes dans la grotte ; jaimerais
voir au cinéma ça. Ça ne mintéresse
pas de savoir si cest autobiographique. Cest une chance que
Monique nous ait fait connaître Carole.
Françoise D
Difficile de passer là-dernière. Vous avez déjà
tout dit et je suis daccord sur presque tout. Moi aussi je préfère
les écritures minimalistes et malgré ça je me suis
laissé embarquer. Jai aussi pensé à Garcia
Marquez. Les images fortes, la poésie, les phrases longues (mais
avec des chapitres courts), le rythme, les couleur ; tout ça
jai aimé. Il y a un foisonnement didées, de
trouvailles, mais tout de même un fil conducteur. Je dois dire aussi
que je suis toujours sensible aux rapports mère-fille, et à
la transmission, moi qui nai plus la mienne et qui ai un fils. Les
personnages féminins sont évidemment beaucoup plus forts
que les masculins. Jai préféré la première
partie. En fait ce livre aurait pu en constituer trois, mais comme on
a envie de savoir ce que sont devenu les enfants, comme le dit Jacqueline,
je dirais deux : la première et la troisième partie
ça fait un livre, et la deuxième, celle que jai le
moins aimé, un autre livre. Cette deuxième partie est trop
fantastique pour moi, lhistoire du meunier, de la farine qui est
du plâtre, quelle imagination ! La seule chose que jai
aimée, cest la rébellion et comment elle est racontée :
jy ai vu évidemment une référence à
la guerre civile espagnole, et très réaliste pour le coup.
En revanche, je nai pas aimé lhistoire de logre,
jai trouvé ça too much et jai même pensé
que lauteure sacrifiait à la mode (oui, la pédophilie
est à la mode...). Ayant maintenant rencontré Carole Martinez,
je ne le pense plus, mais tout de même...
Sandrine
Cest avec un immense regret que je nai pas pu assister à
la discussion autour de Cur cousu en présence de son
auteur (jespère vivement que loccasion se représentera !)
et ainsi rencontrer cette femme à la plume accoucheuse dune
telle prolifération de mots, dimages, de senteurs et dimaginaire.
Jai aussi mis du temps à pouvoir écrire un commentaire
3 mois après avoir lu le livre car il ma fallu
« ruminer » cette lecture que je ne pouvais pas
commenter à chaud tant cette uvre mavais littéralement
envoûtée. Ce nest pas une lecture intellectuelle ou
fashion. Cest une écriture qui prend littéralement
aux tripes et fait écho aux instincts les plus enfouis que chaque
femme porte en elle. Cest pourquoi, ce nest quà
travers une comparaison que jarrive à parler de ce livre
en disant que Carole Martinez est à notre littérature contemporaine,
ce que Christian Lacroix est à la Haute Couture. Une place à
part, lEspagne, le rouge, le noir, les broderies et les dentelles,
la force, la violence, la profondeur, la surprise, loriginalité
dans le classicisme, nous offrant des moments vibrants qui font battre
un peu plus vite notre cur. Cur cousu de Carole Martinez,
cest un peu tout cela à la fois. Toute la force de lâme
hispanique, sa sensualité, sa brutalité, la vie, la mort,
la sueur, la chaleur et les terres arides et ensanglantées, la
famille, la dignité et la fierté aussi.
Je ne peux recommander ce livre à un homme, tant il va dans les
recoins de lintimité de lidentité des femmes,
mais jespère que beaucoup de femmes le liront avec autant
de bonheur que moi et que Carole Martinez nous offrira la joie de lire
un prochain livre.
Les
avis des Bretons qui avaient rencontré Carole Martinez l'année
dernière.
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