 |
|
Pierrette Fleutiaux
Des phrases courtes ma chérie
Edition Actes Sud
En présence de l'auteur.
Photos de notre rencontre
Manuel
J'ai beaucoup aimé ce livre. C'est un livre personnel, très
juste, et qui me fait découvrir un continent étranger :
celui des rapports mère-fille. Il me semble qu'entre hommes (père-fils),
il y a plus d'espace, plus de liberté. Bien qu'extérieur
au livre d'une certaine façon, j'ai été intéressé
par le thème de la vieillesse, qui m'a rappelé des émotions
relatives par exemple à l'héritage d'objets.
Loana
Moi je ne suis pas du tout extérieure…. je suis très concernée.
J'ai lu ce livre dès qu'il est sorti, accrochée par le titre,
par le thème. J'ai lu aussi Allons-nous être heureux ?
que j'ai bien aimé aussi et où j'ai retrouvé des choses
communes. Il y a des passages très forts (sur le rapport de la
fille avec le corps de sa mère), mais avec une distance, une légèreté.
Jacqueline
J'ai du mal à parler de ce livre, faute de distance par rapport
aux émotions qu'il suscite. Ce livre permet d'affronter le deuil
de la mère qui elle ne peut affronter la vie. Les situations sont
si proches du vécu et les sentiments contradictoires évoqués
avec justesse. J'ai aimé les métaphores. J'admire la capacité
de l'auteur à créer des images.
Liliane
Je ne ferai pas d'analyse, je n'ai pas de fil conducteur. Je me suis reconnue
dans quelques épisodes : "la crevaison du dimanche", "la tour de
contrôle"... L'humour allège un peu le sujet. J'ai lu Annie
Ernaux et Simone de Beauvoir sur ce thème. C'est très difficile
de parler de ce livre sans parler de soi. Dans Les phrases courtes,
la mère est dans une situation confortable, maison de retraite
haut de gamme, ce qui n'empêche pas sa souffrance d'être hors
la vie. Comment supporte-t-on de voir ses parents malheureux dans leurs
derniers jours? Les maisons de retraite très ordinaires ajoutent
d'autres maux, ce sont pour moi des mouroirs. Je trouve choquant que notre
culture nous fasse considérer les maisons de retraite comme une
étape normale, nous en oublions nos responsabilités. Ce
livre néanmoins est apaisant, il montre les limites de chacun :
comment peut-on accepter cette fin de vie ? On fait comme on peut, répond-il,
avec quand même beaucoup d'amour. C'est un livre très juste.
Françoise
C'est la première fois je crois qu'un livre me fait cette impression
: je ne m'y suis pas projetée, c'est lui qui s'est imposé
à moi, je m'y suis trouvée de plain-pied, comme partie intégrante
de moi-même, son objet étant aussi le mien. De plus, le fait
qu'il n'y ait pas de nom rend le sujet plus " universel ", plus facile
à s'approprier (Mais pourquoi faire exception pour l'amie Aurore
? ). Loin de me rebuter (ce qui peut être le cas quand on considère
la lecture comme une évasion), le style de P. Fleutiaux, sa manière
de raconter, la gravité du sujet -mais évitant le pathos-
qui n'empêche pas un certain humour, de l'ironie, m'ont parfaitement
convenu, fonctionnant comme une chambre d'écho. Le ton est juste
et pudique ; l'écriture simple, belle, poétique parfois.
J'ai été frappée par l'importance du corps et de
la peau tout au long du récit. Quand M.-M. Lessana (Entre mère
et fille : un ravage) nous disait que son livre était à
propos du corps -ce que personne n'avait remarqué- ici c'est flagrant,
et il y a bel et bien rapt : " ...j'ai même pu être sacrément
captée, mais jamais autant que dans ces voyages de la penderie,
sous la cellophane ".(p.140). Il y a des phrases percutantes, dont l'évidence
donne l'impression de les avoir déjà pensées soi-même,
mais sans les avoir aussi bien formulées (c'est là toute
la grâce de l'écriture) : " Je suis le soutien de son déclin,
mais elle est le miroir du mien et il me faut porter à la fois
mon vieillissement présent et mon vieillissement futur… " (p.152)
; " Le problème des vieux, c'est qu'il n'y a que des enfants autour
d'eux ". (p.191). Ce n'est pas un récit qui fait prendre conscience
du vieillissement et de la mort, c'est le récit de La (sa/ma/notre)
prise de conscience du vieillissement et de la mort.
Claire
J'avais lu le livre il y a quelques mois et l'ai relu parce que nous recevions
l'auteur. Relire me barbe. Mais là ça n'a pas été
le cas. Je l'ai relu en m'attachant à un thème, l'écriture,
qui ponctue le livre et la relation à la mère. Quelques
exemples regroupés à mon gré :
- Comment écrire sur elle : je cherche de l'aide, des modèles.
Je ne sais pas écrire un témoignage. Je ne suis bien que
dans la fiction. Je ne suis pas à l'aise dans ce que j'écris,
ce tâtonnement autour de ma mère, et donc de mon je à moi.
Mon je à moi n'est pas dans le coup. Mon amie Aurore m'a dit il
faut que tu mettes des noms. J'ai mis les noms. Puis j'ai tout enlevé.
Seul reste je qui est moi. Dans les autres livres, je n'est pas moi. L'est-il
dans ce livre sur ma mère ? Je ne crois pas que la femme dont je
parle soit ma mère, ni que le je que j'emploie soit moi.
- Pendant que mes collègues écrivains participent des colloques,
je m'occupe des magasins de vêtements pour personnes âgées.
- Les jeunes femmes écrivaines que je rencontre m'assimilent-elles
à des gens âgés ?
- Je voulais que tu sois pharmacienne. J'écris ma rédaction
: fais des phrases courtes, dit ma mère. Réaction à
mon premier livre édité : c'est ce que tu voulais tu es
contente mon petit. Je n'ai pas pris garde au manque d'effusion dans la
voix. Mes livres chez mes parents étaient rangés derrière
d'autres livres. Mes premiers livres l'ont désespérée.
Quand je lui remets mon dernier livre, un billet glissé, ta petite
récompense comme autrefois.
-Je m'acharne pour ramener sa lutte sous les yeux des vivants. Une configuration
apparaît, j'utilise ma mère. J'ai écrit des romans,
j'ai fait du nu. J'entends son souffle, pendant que j'écris ces
pages.
Pierrette Fleutiaux écrit à propos d'un dîner
avec sa mère : Je m'efforce de rassembler des dîners en
une occurrence unique. Je crois que l'auteur a procédé
ainsi pour beaucoup des éléments du livre, élaborant
en une occurrence unique des occurrences diverses des scènes de
bravoure : le dîner, mais aussi la robe, le restaurant, l'encyclopédie,
le coiffeur, le médecin, etc. Il me semble qu'en choisissant un
autre thème, le fil serait aussi riche. Je trouve la composition
savante. L' intérêt est maintenu tout le long, pourtant c'est
comme dans le Titanic, on sait comment ça finira : la fin -la mort
donc- est évoquée de loin en loin (maintenant qu'elle
n'est plus là). La mort arrive page 211, mais l'auteur fait
revivre son personnage page 216, pour ensuite partir deux ans plus tard.
Un autre thème passionnant, c'est le passé révolu,
la campagne, les traditions, les héritages, l'Ecole normale. Et
les mots de la vieillesse : cardigan, souliers, corsages,
combinaison, vestibule, mouchoir… L'écriture
a un ton fait d'humour et l'émotion est rarement évoquée.
Il y a de l'analyse, par exemple pour le cadeau, mais la douleur, elle,
n'est pas analysée, à peine dite (une telle douleur).
Il y a des blocs : la nurserie de vieillards, un collier au
lieu du visage de ses enfants, ces scènes derrière
la tâche foncée sur la cuisse, qui font choc, et puis l'humour…
Une seule réserve : la cellophane, je m'en serai passée.
Ma mère (80 ans) a aimé ce livre, et l'a lu en tant que
fille…
Monique
Je l'avais lu il y a 8 mois, un livre pour moi. Il est le condensé
du dernier mois de ma mère que je n'ai pas vue vieillir. J'ai adoré
ce livre. Pour les thèmes et pour la façon dont c'est écrit.
Parmi les thèmes, le rapport au corps, les réactions telles
que " ferme les rideaux, on va nous voir ", on partage intensément
des choses banales qui ne " se racontent pas ". Les facettes différentes
évoquées (professionnelles, sociales, etc.) n'évitent
pas les ventouses mère-fille. Le fait que l'on ne peut concevoir
la mort est présent. J'ai été émue par des
passages d'ordre personnel -ma mère était paysanne. J'ai
pu lire de façon apaisée à cause d'un travail d'écriture
remarquable avec mots et des phrases simples pour aller le plus loin possible
sur le fil du rasoir, mais toujours en sécurité. C'est émouvant,
mais jamais bouleversant.Christine
J'ai apprécié avant tout l'écriture. Des mots qui
commencent un chapitre : Poule, grain, farine. Les
énumérations : les laboratoires, les universités…
Je suis sensible à l'humour, à ces litanies qui reviennent,
à l'expression de l'affection, la rivalité, la colère,
l'impatience. J'aime comment l'auteur nous fait participer à l'élaboration
du livre. Une grande place est laissée au lecteur. La première
lectrice est dans le livre : Aurore.
Martine
Le titre (bon à mes yeux) m'a d'emblée attirée: il
promettait un livre sur l'écriture d'une part, et l'amour d'autre
part, deux sujets qui me tentaient à priori. J'ai découvert
en lisant la quatrième de couverture qu'il s'agissait des liens
entre mère et fille, la première au crépuscule de
sa vie. Le ton de l'extrait, non larmoyant mais assez drôle et sobre,
m'a séduite. Contrairement à plusieurs des intervenantes
précédentes, je n'en ai pas fait une lecture principalement
affective : mes parents vont bien et semblent loin d'une perte grave d'autonomie.
Mais ce livre, très bien écrit, m'a fait réfléchir
sur le relais des prises en charge, ce glissement progressif jusqu'au
moment où le ou les parents réclament voire exigent d'être
"maternés" par leurs propres enfants ; lesquels se "soumettent"
plus ou moins facilement à ce qui ressemble parfois à de
la tyrannie. Mme Fleutiaux rend bien compte de ces tiraillements, nés
en fait dès que la notion de "tour de contrôle" s'est imposée
dans les rapports mère-fille adolescente ou jeune adulte. L'auteur
signe à mon avis la meilleure définition de la vieillesse
: "La vieillesse, c'est que plus personne n'a besoin de vous, plus personne
ne sollicite votre cerveau". Ou que l'on ne peut plus se rendre utile.
Ce qui me fait méditer sur cette volonté quasi forcenée
de notre siècle à vouloir absolument prolonger la vie, et
l'espérance de vie. Pour quoi ? A leur manière, les faits
divers récents sur l'euthanasie posent la même question.
Seul bémol à ce livre que j'ai aimé : j'ai craint
que l'auteur ne tombe dans le cabotinage et la fausse modestie feinte
lorsqu'elle écrivait craindre ne plus savoir rédiger. Ce
fut une fausse alerte au début du livre.
Roselyne
Je n'ai pas aimé le titre, un type de titre qui m'empêche
de lire un livre… Mais j'ai beaucoup aimé le livre. Je l'ai lu
de façon diluée dans le temps, y compris chez Jean-Louis
David… Quand j'ai eu fini, c'est comme si j'avais vécu, comme si
c'était fini, comme si une étape de ma vie était
terminée, comme si j'avais vécu un deuil. Je suis mère,
grand-mère, belle-mère… Je me suis occupée de ma
grand-mère, pire que dans le livre, j'allais chercher du sang que
je devais mettre dans le frigo. Ma fille par contre m'a montré
qu'elle ne savait pas bien s'occuper de moi… Quand on est une mère
d'un certain âge, c'est pas facile de trouver la juste distance avec ses
enfants. En lisant le livre, je me suis demandé comment se passerait
la situation avec ma mère avec qui je n'ai pas eu de tendresse
maternelle, comment se passerait la proximité obligée. J'ai
aimé beaucoup beaucoup de passages.
Sandrine
Je crois que ce livre est l'une des œuvre si ce n'est l'œuvre qui m'a
le plus émue, et cela depuis bien longtemps. Et ceci pour deux
raisons : le thème certes d'une part, mais aussi cette écriture
qui sert si bien cette histoire. Le thème tout d'abord. Comment
être indifférent quand on parle des relations parent-enfant,
de la vieillesse et de la mort, de l'amour.
Des thèmes universels et intemporels… et donc à double tranchant,
parce qu'en les abordant il est si facile de tomber dans des banalités
et des platitudes. Et c'est là que l'écriture de P.Fleutiaux
intervient et évite avec brio cet écueil. Une phrase à
la fois sobre, par sa structure et son vocabulaire, et profonde, car elle
plonge le lecteur dans un monde d'émotion et d'imaginaire. Beaucoup
de pudeur et de retenue aussi : on ne tombe jamais dans le pathétique.
Ajoutez une pointe d'humour pour agrémenter le tout. Ce qui m'a
frappée dans cette œuvre est de constater que P.Fleutiaux a réussi
cette "mission impossible" qu'est de réunir dans une même
écriture, ou plutôt qu'elle a créé une écriture
qui évoque avec force à la fois le concret de la vie (dans
la proximité charnelle, dans toute sa complexité d'une relation
mère-fille) mais aussi une approche ou l'imaginaire et l'imagination
ont une place à part entière (je pense notamment à
l'évocation de la cellophane). C'est ce savoureux mélange,
qui à mon humble avis, donne à cette œuvre toute sa dimension
littéraire.
Sabine
J'ai apprécié ce livre pour sa pudeur, sa lenteur. Les personnages,
enfin les personnages vivants, sont extrêmement touchants, on aime
leur sensibilité. J'ai beaucoup aimé la pudeur de la maman
qui part en étant la plus discrète possible. J'ai aimé
que le livre parle au début d'un sujet qui m'est très cher
en ce moment : lequel des deux entre mon père et ma mère
va mourir le premier ? J'ai vu que je n'étais pas la seule à
être asticotée par cette question morbide. La question que
j'aimerais poser par rapport à ce récit : est-ce que l'auteur
prend des notes, ou a un journal ; ou est-ce une écriture " rétroactive
" ? Comment élabore-t-elle ce récit ? J'aimerais lire un
autre livre pour voir si l'on y trouve la même lenteur à
petites touches ou si elle est propre à la description de la personne
âgée qu'est la mère.
Webmaster |
Nous écrire
Accueil | Membres
| Calendrier | Nos
avis | Rencontres | Sorties
| Liens
|