Accueil Présentation du groupe – Livres lus Programme actuel
Programmation des années précédentes – Liens
Nous contacter


Brigitte Bardot : « L’espèce humaine est arrogante et sanguinaire »

« B.B. », morte, à l’âge de 91 ans, s’était racontée à la journaliste du Monde Annick Cojean en janvier 2018. Elle évoquait le traumatisme de ses années cinéma, son antipathie pour le genre humain, et le sens de la vie qu’elle a trouvé dans le combat pour la protection des animaux.

Propos recueillis par Annick Cojean, Le Monde,
28 décembre 2025


EXTRAIT

Claquer la porte du cinéma ne vous offrait pas une voie toute tracée dans la défense des bêtes. Comment avez-vous fait ?
Je ne savais pas comment m’y prendre ! J’ai commencé par faire des stages à la SPA, fréquenter des refuges, sauver un maximum d’animaux, profiter de ma notoriété pour dénoncer les scandales. Mais mon combat le plus symbolique a été celui pour les bébés phoques en 1977. Là, j’ai vraiment risqué ma vie. En toute conscience. J’avais même fait un testament, à 42 ans, tant affluaient les menaces de mort. Je me suis rendue au Canada en prenant un petit avion et un hélico. L’accueil a été odieux. J’ai été moquée, ridiculisée, insultée. Mais cette photo où je serre dans mes bras sur la banquise un petit blanchon, que les ours cherchaient à dépecer vivant pour en extraire le pelage, a fait le tour du monde et ancré mon combat. Giscard a fait interdire l’importation de fourrures de blanchons en France. L’Union européenne a suivi, en 1983. Mais il m’a fallu me battre encore trente ans pour qu’un règlement européen interdise l’importation et le commerce des produits issus des phoques. Ça valait le coup, non ? Depuis, 350 000 vies sont épargnées chaque année !

Ce qui est incroyable, c’est que Marguerite Yourcenar vous avait écrit, neuf ans plus tôt, en vous demandant d’utiliser votre notoriété pour condamner le massacre des phoques…
Et je ne le savais pas ! Sa lettre datée du 24 février 1968 ne m’était jamais parvenue ! N’est-ce pas inouï ?

Elle a donc cru que c’était elle qui vous avait incitée à aller sur la banquise…
Oui. Elle pensait même que j’avais mis du temps à réagir ! Mais j’ai une histoire merveilleuse avec Marguerite Yourcenar. Figurez-vous que lorsqu’elle a été élue à l’Académie française, en 1980, on lui a demandé qui elle aimerait rencontrer. « Brigitte Bardot », a-t-elle répondu. Alors on m’a téléphoné à ma propriété de La Madrague : « Marguerite Yourcenar voudrait vous voir. » Je ne la connaissais pas, je me suis dit que c’était encore une de ces mondanités à la con que je fuyais, et j’ai décliné l’invitation à Paris. Et puis quelque temps après, un soir de tempête, tandis que je rentrais toute crottée de ma petite ferme vers La Madrague, entourée de mes chiens, mon gardien m’a appelée : « Il y a une dame, au portail, qui voudrait vous voir. » Une visite ? Sous cette pluie et alors qu’il fait nuit ? Qui est-ce ? « Elle a dit : Mme Yourcenar. » Eh bien nous avons passé un moment extraordinaire ! Je l’ai fait entrer, aussi trempée et crottée que moi, on s’est réchauffées devant un bon feu de cheminée, avec un petit coup de champagne. Et on a parlé, parlé, parlé, comme si on se connaissait depuis toujours.

Avez-vous gardé un lien ?
Mais oui ! Nous avons entretenu une correspondance jusqu’à la fin de sa vie. Elle m’avait dit qu’elle m’enverrait des livres, en précisant : « Il y en a qui sont très barbants ! Mais je veillerai à vous en choisir de charmants que vous allez très bien comprendre. Surtout ne lisez pas Les Mémoires d’Hadrien. C’est trop compliqué, vous n’aimerez pas. » C’est vrai, les trucs trop intellectuels, ça m’ennuie, et elle l’admettait parfaitement. Elle m’a notamment envoyé Le Temps, ce grand sculpteur. Superbe.


=>Retour à la page Sarraute de LIRELLES