L'avis de Joëlle L (confinée à Saint-Ouen) sur :

Avant que j'oublie d'Anne Pauly


 

Je n'aime pas trop ce genre de livre.

Pour moi c'est un peu comme être prise à partie par une vague copine un peu bourrée qui va se lancer à me raconter son histoire alors que je ne lui ai rien demandé.

Je me sens, moi, lectrice, obligée d'accompagner une forme de psychanalyse sauvage, qui ne me concerne pas vraiment. C'est un témoignage, mais qui n'atteint pas à l'universel. Elle a raconté sa petite histoire, elle va mieux et je suis contente pour elle, mais je n'avais pas franchement besoin de son livre dans ma vie.

Mais comme j'ai essayé de voir aussi le bon côté des choses, j'ai fait 2 listes : ce que j'aime et ce que je n'aime pas dans ce livre.

Ce que j'aime (plus ou moins)

L'écriture directe, le style que j'ai trouvé élégant et sobre

Le début, qui plante bien le décor, l'ambiance, les enjeux, les protagonistes.

Il y a une bonne circulation des temps du récit, entre le présent (mort du père, cérémonie, rangements…) et les souvenirs.

Pas mal d'humour. Par exemple les moments avec le curé sénile, le choix du cantique "mélodieusement périlleux" (c'est bien vrai !) , drôlerie de la cérémonie, avec le curé qui s'endort, la chorale qui déraille…

La fin (séquence de la pie), mais à un détail près : il y a une phrase en trop qui affaiblit le propos et ne me laisse pas ma chance, à moi, lectrice. "C'est devenu clair pour tout le monde que l'oiseau n'était pas venu par hasard". Là, j'ai l'impression qu'on me prend pour une buse à me souligner ça, que j'avais très bien compris toute seule.

Ce que je n'aime pas

Le titre : il est vraiment trop proche de Juste avant l'oubli d'Alice Zeniter (un très bon roman, pour celles qui ne l'auraient pas lu !).

Le père. Je n'ai aucune sympathie pour ce raté violent, qui a pourri la vie de sa femme et de ses enfants. Du coup je ne comprends pas la soumission et la dévotion de la narratrice. Pour moi c'est un cas typique de syndrome de Stockholm. Je suis beaucoup plus en phase avec le frère, qui prend ses distances et ne veut rien garder de la maison.

Le rôle de "l'amoureuse". Elle existe à peine. On dirait qu'elle est là parce que les lesbiennes sont tendance et Anne Pauly ne veut pas qu'on passe à côté de l'information pour ce qui la concerne. Mais si elle avait eu un mec à la place, ça n'aurait pas changé son récit

L'artifice de la lettre pour raconter une partie du passé du père. (C'était ça ou un journal intime découvert dans un tiroir de commode - mais comme il s'agit d'un homme, il ne tient pas de journal intime et il faut donc cette autre grosse ficelle). Juliette fait semblant d'écrire au père, qui est mort et enterré, pour s'adresser à la narratrice, qui peut donc ainsi nous raconter ce morceau de la vie du héros qu'elle n'était pas supposée connaître. Et que raconte Juliette dans sa lettre ? Rien que des faits déjà connus du défunt destinataire. Si encore elle avait carrément écrit à la narratrice, ça passait. Mais là…

 

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