Ces livres sont tous traduits de l'espagnol (Chili) par Robert Amutio

 

Roberto Bolaño (1953-2003)

Nous lisons cet auteur pour septembre 2026 : livres "au choix".


QUE CHOISIR ?

Voici comment réduire le choix pour se rapprocher d'une lecture commune, chacun faisant finalement - évidemment... - comme il le souhaite au sein de cette œuvre hénaurme.

Bolaño est programmé et nous avons en effet l’embarras du choix :
- Christian Bourgois : 18 titres
- Points : 12 titres
- L'Olivier : 2 titres + les 4 tomes des œuvres complètes.

Certains attaqueront le pavé le plus célèbre : 2666 (2004, posthume), Points, 1176 p. (même pas peur !).
Voire enchaîneront avec Les détectives sauvages (1998), 864 p.

Nombre d'entre nous sont prudents. Voici une sélection :
=> recueils de nouvelles :
- Des putains meurtrières (2001), 288 p. : un recueil de nouvelles devenu culte, parfait pour découvrir son univers.
- La Littérature nazie en Amérique (1996), 264 p. : faux dictionnaire biographique d’écrivains imaginaires.

=> de romans :
- Étoile distante (1996), 168 p. : l'histoire d'un poète fasciste pendant la dictature chilienne.
- Nocturne du Chili (2000), 160 p. : la confession d'un prêtre critique littéraire sous Pinochet.
- Un petit roman lumpen (2002), 112 p. : un récit plus intime situé à Rome.

Finalement, que choisir ?
=> Pour découvrir Bolaño sans douleur :
- Des putains meurtrières, 288 p.
- Un petit roman lumpen, 112 p.

=> Pour comprendre son rapport à la dictature :
- Étoile distante, 168 p.
- Nocturne du Chili, 160 p.

=> Pour entrer dans son univers littéraire et ses obsessions :
- La Littérature nazie en Amérique, 264 p.

=> Pour les ambitieux :
- Les détectives sauvages, 864 p.
- 2666, 1176 p.

SI VOUS NE LISEZ QU'UN ROMAN COURT, ALORS LISEZ : Étoile distante, 168 p.

SI VOUS NE LISEZ QU'UN ROMAN LONG, ALORS LISEZ : Les détectives sauvages, 864 p.

SI VOUS NE LISEZ QU'UN RECUEIL DE NOUVELLES permettant la diversité, ALORS LISEZ : Des putains meurtrières, 288 p.

(Si vous lisez Étoile distante, la première page mentionne une autre histoire racontée dans un autre livre : vous pouvez la lire ›ici)


DÉCOUVRIR ROBERTO BOLAÑO

En 4 minutes : "Roberto Bolaño, l'écrivain sauvage", une présentation en images par France Culture, 2020.

En 4 heures : une série datant de 10 ans, "Roberto Bolaño" par Matthieu Garrigou-Lagrange, La Compagnie des œuvres, France Culture, 4 épisodes d'une heure, 19 au 22 septembre 2016.


Voix au chapitre a DÉJÀ RENCONTRÉ ROBERTO BOLAÑO

Des rencontres furtives, dans trois livres...

2003
. Dans le roman de Javier Cercas, Les soldats de Salamine, qui se situe à la fin de la guerre civile espagnole, un personnage qui est l'auteur (ou réciproquement) et qui écrit Les soldats de Salamine (!), tient une rubrique d'entretiens avec des personnalités :

L'un de mes premiers interviewés fut Roberto Bolaño. Bolaño, écrivain et Chilien, vivait depuis longtemps à Blanes, un village côtier situé à mi-chemin entre Barcelone et Gérone ; il avait quarante-sept ans, bon nombre de livres à son actif et cet air caractéristique de camelot hippie dont souffrent tant de Latino-Américains de sa génération exilés en Europe. Quand je lui rendis visite, il venait d'obtenir un important prix littéraire et vivait avec sa femme et son fils rue Carrer Ample, au centre de Blanes, où il avait acheté un appartement moderniste avec l'argent qu'on lui avait donné. C'est là qu'il me reçut un matin et, avant même d'échanger les salutations de rigueur, il me demanda de but en blanc :
- Dis-moi, tu ne serais pas le Javier Cercas du
Motif et du Locataire ?
Le Motif et Le Locataire étaient les titres des deux seuls livres que j'avais publiés plus de dix ans auparavant, sans que personne, sinon quelques amis de l'époque, n'y prêtât attention. Étourdi ou incrédule, j'acquiesçai.
- Je les connais, dit-il. Je crois même les avoir achetés.
- Ah, c'était donc toi ?
Il ne fit pas cas de ma blague.
- Attends un instant.
Il s'enfonça dans un couloir et revint peu après.
- Les voilà, dit-il brandissant triomphalement mes livres.
Je feuilletai les deux exemplaires et m'aperçus qu'ils étaient usés. Presque attristé, je constatai :
- Tu les as lus.
- Bien sûr, dit Bolaño en ébauchant un sourire, lui qui ne souriait presque jamais sans pour autant donner l'air de parler tout à fait sérieusement. Je lis même les bouts de papier que je trouve dans la rue.
Ce fut à mon tour de sourire.
- Ça fait longtemps que je les ai écrits.
- Tu n'as pas à t'excuser, dit-il. Je les ai bien aimés, ou du moins je me souviens les avoir bien aimés.
Je pensai qu'il se moquait ; je détournai mon regard des livres pour le fixer dans les yeux : il ne se moquait pas. Je m'entendis demander :
- C'est vrai ?
Bolaño alluma une cigarette et sembla réfléchir un moment.
- Je ne me rappelle pas très bien le premier, finit-il par reconnaître. Mais je crois qu'il y avait une nouvelle très bien sur un fils de pute qui pousse un pauvre homme au crime pour pouvoir finir son roman, n'est-ce pas ? De nouveau sans me donner le temps d'acquiescer, il ajouta : Quant au
Locataire, ça m'a semblé être un petit roman délicieux.
Bolaño exprima cette opinion avec un tel mélange de naturel et de conviction que je sus immédiatement que les maigres éloges qu'avaient mérités mes livres étaient le fruit de la courtoisie ou de la pitié. J'en restai muet et sentis une énorme envie de donner l'accolade à ce Chilien à la voix faible, aux cheveux frisés, émacié et mal rasé, dont je venais tout juste de faire la connaissance.
- Bien, dis-je. On commence l'entretien ?

Dans la vraie vie, Cercas et Bolaño furent amis, puis s'éloignèrent si ce n'est plus... En 2003, Cercas reprit contact et ils passèrent une soirée ensemble : la dernière, car Bolaño décéda quelques jours plus tard.

2018. Dans le livre de Patti Smith, M Train, qui comporte des photos, elle écrit :

Pour la Saint-Sylvestre, ce fut en gros la même histoire, sans résolution particulière. Tandis que des milliers de fêtards se dispersaient à Times Square, ma petite abyssine tournait en rond avec moi, qui faisais les cent pas, aux prises avec un poème que j’avais l’intention de terminer pour inaugurer le Nouvel An, en hommage au grand écrivain chilien Roberto Bolaño. En lisant son Amuleto, j’ai noté une référence à l’hécatombe – le massacre rituel ancien de cent bœufs. J’ai décidé d’écrire une hécatombe en son honneur – un poème de cent lignes. Ce serait un moyen de le remercier d’avoir passé la dernière période de sa courte vie à faire la course contre la montre pour achever 2666, son chef-d’œuvre. Si seulement il avait pu obtenir une dispense spéciale, afin qu’il puisse continuer à vivre. Car 2666 semblait enclenché pour se poursuivre à l’infini, aussi longtemps qu’il souhaiterait écrire. Quelle triste injustice pour le sublime Bolaño, mourir dans la force de l’âge, à cinquante ans. Sa disparition et ce qu’il n’a pas écrit nous privant de secrets à jamais engloutis, a photographié la chaise de Bolaño à Blanes, en Espagne, où celui-ci a écrit ses œuvres majeures comme 2666 et Les Détectives sauvages.

Ce passage est précédé de la photo de la chaise de Bolaño (p. 36 en Folio).
Après la mort de Bolaño en 2003, sa famille a accordé à Patti Smith la permission de visiter son domicile catalan et de photographier un objet lui ayant appartenu. Touchée par la dignité et l'énergie stoïque de l'écrivain, Elle choisit d'immortaliser sa chaise, un Polaroïd qui deviendra par la suite l'une des images emblématiques de son livre de mémoires M Train.
Par ailleurs, elle commente cette chaise photographiée ›ici.

2022. Le roman de Mohamed Mbougar Sarr, La plus secrète mémoire des hommes, s'ouvre avec en exergue une longue citation de Bolaño, extraite des Détectives sauvages :

Un temps la Critique accompagne l'Œuvre, ensuite la Critique s'évanouit et ce sont les Lecteurs qui l'accompagnent. Le voyage peut être long ou court. Ensuite les Lecteurs meurent un par un et l'Œuvre poursuit sa route seule, même si une autre Critique et d'autres Lecteurs peu à peu s'adaptent à l'allure de son cinglage. Ensuite la Critique meurt encore une fois et les Lecteurs meurent encore une fois et sur cette piste d'ossements l'Œuvre poursuit son voyage vers la solitude. S'approcher d'elle, naviguer dans son sillage est signe indiscutable de mort certaine, mais une autre Critique et d'autres Lecteurs s'en approchent, infatigables et implacables et le temps et la vitesse les dévorent. Finalement l'Œuvre voyage irrémédiablement seule dans l'Immensité. Et un jour l'Œuvre meurt, comme meurent toutes les choses, comme le Soleil s'éteindra, et la Terre, et le Système solaire et la Galaxie, et la plus secrète mémoire des hommes.

Mohamed Mbougar Sarr explique clairement sur France Culture dans Mon œuvre à moi (6 novembre 2021, 5 min) pourquoi il aime Roberto Bolaño.


Nos cotes d'amour, de l'enthousiasme au rejet :
                                        
à la folie
grand ouvert
beaucoup
¾ ouvert
moyennement
à moitié
un peu
ouvert ¼
pas du tout
fermé !


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