Demi-mondaines, courtisanes, cocottes, grandes horizontales =
femmes entretenues

Ce groupe social, d'abord invisible, se manifeste à partir du Second Empire pour atteindre son apogée vers 1900 et disparaître pendant la Première Guerre mondiale.

Pour en savoir davantage, voici quelques précisions extraites d'un article de l'historienne Lola González Quijano (qui a fait sa thèse sur le sujet) : "Performer un mauvais genre : la demi-mondaine au XIXe siècle", Criminocorpus (revue numérique dédiée à l'histoire de la justice, des crimes et des peines), n° 7, 2016.

"La demi-mondaine, dont la définition oscille donc entre la prostituée de luxe et la maîtresse richement entretenue, échappe partiellement aux représentations stigmatisantes de la prostituée telles qu’elles sont forgées au XIXe siècle. Elle constitue même, à partir de la Monarchie de Juillet, une figure érotique incontournable de la production littéraire, théâtrale et picturale des plaisirs de Paris."

"Ce qui distingue tout d’abord la demi-mondaine de la simple fille publique ce n’est pas le fait de se prostituer c’est son mode de vie. Il fallait participer à la vie mondaine parisienne : apparaître aux premières du théâtre, aux grandes courses hippiques, fréquenter les établissements les plus prestigieux de la vie parisienne (soupers dans les grands restaurants du boulevard, bals au jardin Mabille ou au Casino), donner des réceptions dans son hôtel particulier ou son appartement somptueux, etc. La célébrité des courtisanes se construisait autour du luxe et des dépenses 'insensées' que faisaient pour elles leurs amants prestigieux."

"Ces relations n’étaient un mystère pour personne et au contraire largement médiatisées, à défaut d’être officialisées. Un client devenait ainsi le protecteur officiel, statut qui n’impliquait pas forcément une réciprocité de sentiments mais qui conférait une aura et une réputation certaines dans le monde parisien. Valtesse de la Bigne lança par exemple sa carrière en tirant notamment profit d’une nuit passée avec Napoléon III."

"Les demi-mondaines ont une place spécifique dans la production artistique de l’époque. Loin de se faire uniquement portraiturer ou sculpter par leurs amants – Cléo de Mérode et Luis de Périnat, Valtesse et Henri Gervex, Méry Laurent et Édouard Manet –, elles ont souvent commandité et encouragé la production de leur image. L’hôtel de la Païva peut être vu comme le paroxysme de ce phénomène."

"L’essor de la photographie et de sa commercialisation est inséparable de la reproduction des portraits des grandes courtisanes et actrices. Pour des raisons de moralité qui font s’entrecroiser les problèmes du commerce de l’image à l’heure de sa reproductibilité mécanique et celui des représentations de la femme, elles étaient les figures féminines les plus diffusées."

"Les caractéristiques attribuées à la demi-mondaine sont en tout point opposées aux qualités de la bourgeoise, de la maîtresse de maison et de la mère dans une moindre mesure. Sur le plan vestimentaire, cette différence était flagrante, même si toutes les femmes ne se pliaient pas aux convenances vestimentaires bourgeoises. Ainsi, une femme 'comme il faut' se devait de porter des vêtements et des accessoires sobres, commodes (selon les critères de l’époque) aux teintes discrètes : des couleurs pastel par exemple plutôt que vives. Il fallait être convenablement habillée mais sans coquetterie, ni affectation. Cora Pearl se maquillait outrageusement, se teignait les cheveux, était recouverte plutôt que couverte de bijoux, et il semblerait même qu’elle ait pu teindre son chien en bleu pour l’assortir à une de ses robes. Les femmes galantes se faisaient remarquer par la coupe originale et/ou les couleurs éclatantes de leurs vêtements, de leur chapeau et de leurs accessoires ainsi que par leur usage du maquillage."

Dans la Recherche du temps perdu, Odette de Crécy est une demi-mondaine qui va devenir une grande bourgeoise (Mme Swann), puis une femme du "monde" (Mme de Forcheville).
Toujours chez Proust, l'actrice Rachel qui, elle, n'est pas prostituée, que le narrateur surnomme "Rachel-quand-du-Seigneur", connaît une ascension sociale grâce à son amant, Saint-Loup.


=>VOIR les précisions que Stephen Frears dans son film Chéri
se voit obligé de fournir
›en début de film


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