Jack Kerouac
Sur la Route

Nous avons lu ce livre en juin 2012.

Mireille
J'ai lu et vu le film et j'ai donc deux avis. Le livre. Je trouve l'écriture exceptionnelle : chapeau, je suis admirative, je veux bien croire qu'il a pris des notes. On est embarqué avec lui mais on ne retient rien des personnages. Mais je suis allée voir le film avant d'avoir terminé de lire le livre et le film m'a embrouillée. J'ai regretté. Ces personnages sont loin de moi, je suis pleine de tabous. Cela m'a fait un peu peur, c'est épuisant. J'ai lu les 200 premières pages avec plaisir, c'est fabuleux, mais j'ai continué avec peine. Les femmes, la sexualité débridée, la drogue, je n'ai pas connu. Je suis abasourdie par l'écriture. Et le voyage est fabuleux : j'ai aimé globalement. Je suis assez contente de l'avoir lu. Je pense à Pérec et sa Vie Mode d'emploi avec le côté fouillé obsessionnel, mais abandonné. Jai eu tort de voir le film. J'ai du mal à comprendre ces filles, leur sexualité, leur amour des hommes.

Françoise D
C'est le regard de Kerouac !

Mireille
Tu as raison.

Françoise D
Je l'avais lu dans ma jeunesse, sans souvenir. Il me reste quelque chose des Clochards Célestes. Avec la nouvelle traduction, il m'est tombé des mains. J'ai réessayé jusqu'à la moitié, mais j'ai abandonné. J'en conclus que je ne me suis pas identifiée. La route c'est redondant, c'est toujours la même chose, ce sont des pauvres loosers, cela ne m'intéresse pas franchement. L'écriture m'a semblé assez plate. On ne sait pas ce qu'il veut, ses motivations, sa fuite en avant.

Monique
Il écrit, il veut vivre cela par l'écriture.

Françoise D
Je n'ai pas accroché. Il y a des clins d'œil sur Burroughs et Ginsberg, mais sans les clefs. J'ai préféré Les Clochards célestes : c'est une quête spirituelle. Je n'ai pas eu envie de voir le film.

Manuel
J'avais lu la première traduction qui était plate. Le livre m'était tombé des mains. La nouvelle traduction est formidable ! Quel travail ! Le livre est complètement différent ! La traduction est flamboyante. C'est une époque qui m'intéresse, qui n'était pas marrante juste après la guerre. Tous les personnages sont excessifs et veulent croquer la vie à pleines dents, dans les extrêmes. Le début quand il part de chez sa mère, est très drôle avec le faux départ. Il y a des personnages magnifiques. Les personnages sont magnifiques. Kerouac plante vite le décor, on est tout de suite dedans. C'est un livre sur l'après-guerre, sur l'amitié, un livre qui est fondateur de la beat generation. Le seul défaut est qu'il y a beaucoup de personnages et on s'y perd vite. Le livre dans sa nouvelle traduction est un unique chapitre !

Annick L
A 18 ou 19 ans, c'est mon époque. Mes copains étaient plus militants mais c'était une utopie. A 19 ans, un copain m'a prêté le livre. C''était en 1970. Bien sûr on le vivait, on partait en stop, j'ai claqué la porte de chez mes parents et je suis partie. C'était une sorte de bible Sur la Route. C'était une expérience de relire le livre. Mais ça m'est tombé des mains malgré la nouvelle traduction. On ne lisait pas cela pour la littérature mais comme une profession de foi. Il y a des pages que j'ai sautés (le camion avec toute la bande). Ils sont tous vautrés chez les uns et les autres par manque de fric ; quant aux filles, comment n'ai-je pas réagi quand je l'ai lu ! Je ne renie pas le côté "vivre intensément" mais c'est comme le désamour, on est déçu. Je n'irai pas voir le film car j'ai gardé des images. Il y a un aspect régressif du retour chez maman qui explique tout. (Annick a lu la première version et non la deuxième).

Monique
Je n'avais jamais lu Kerouac. Je suis plus jeune que d'autre mais je n'ai pas eu une jeunesse très drôle ; j'avais découvert que Kerouac avait écrit des haïkus. Ce qui m'a étonnée, c'est la recherche de Kerouac du côté du zen. C'est cela qui m'intéressait. Dans la bibliothèque, il était pris, je n'ai lu qu'une trentaine de pages dans la nouvelle version. La puissance énergique de l'écriture est remarquable. C'était nouveau, comme Céline dans le dialogue. Quant au fond, il est sur la route, on passe d'un personnage à l'autre, sans le fouiller. Pour les américains, on doit avoir la curiosité pour aller voir à l'Ouest. On se dit pourquoi il fait cela. A se faire chier. Il avait le projet d'écriture, le voyage compte peu par rapport à l'écriture qui est une seconde vie.

Françoise D
Tu dis que le livre n'est intéressant qu'à condition que tu confondes le narrateur et l'auteur.
J'ai lu une partie des Anges vagabonds, beaucoup plus intéressant où il évoque le lâché prise. Il y est plus "bouddhiste". Le portrait de la mère est très beau. L'écriture est plus fouillée, moins instantanée. Les portraits des femmes me posent problème. Il y a une personne autiste et il y a, dans les anges vagabonds, une bienveillance. Je regrette qu'on n'ait pas lu Kerouac pour l'été.
Jacqueline
J'ai commencé la nouvelle édition, je suis frappée par le sens de l'observation, et la capacité de rendre compte d'un moment c'est en cela que ce n'est pas très loin du haïku. Mais très vite, ça me plombait car les partouzes et la drogue m'ont barbée.

Manuel
Je suis étonnée, toi qui aime Bret Easton Ellis...

Claire
Ce n'est pas assez cruel !

Jacqueline
J'ai arrêté pour aller voir le film dont on m'a dit qu'il était magique. Le film m'a beaucoup intéressée, cela montre bien l'histoire, très rapidement, cela m'a fait l'effet de L'Amant de Jean Jacques Annaud qui devient très cru par rapport au livre.

Annick
Tu veux dire que cela donne une autre lecture ?

Jacqueline
Oui. Car il y a un beau portrait de Neil. L'humour disparaît. Le film est relativement lourd. J'étais contente de voir les paysages des États-Unis. Je ne sais quel jugement porter car je suis admirative de l'écrivain, mais il pose un peu en écrivain.

Annick
C'est vrai qu'il pose...

Jacqueline
C'est un peu fumeux, intello fumeux.

Annick
Je me souviens qu'à la fac, si tu étais monogame, tu étais débile, niaise. A la fac de Vincennes, c'était un monde à part. Une sorte de Babel. C'était un conformisme à l'envers.

Monique
On s'autorisait à dire oui, à dire non.
Claire
Je ne l'avais pas lu à l'époque où il était à la mode. Je rejoins ce qu'Annick a dit. En première, je prenais des amphétamines. C'était le mouvement peace and love avec la musique. Je n'avais pas de références littéraires. J'ai lu Roland Barthes plus tard. A l'époque c'était la route des Indes, fumette et compagnie. L'année du bac, mes parents avaient les boules. J'ai connu La Route grâce à la fac en sciences éco. Mais j'ai décidé de partir en Inde. J'ai pris l'Orient-Express à l'époque. Ce qui m'intéressait, c'était les rencontres, loger chez les gens... J'ai été rapatriée avant d'arriver en Inde. Je me suis rendu compte que c'était plus intéressant de rester sur place. Je suis partie en Afrique mais je suis revenue.
Pour en revenir au livre, il y a cette énorme préface. L'écriture est formidable. Il n'y a pas de paragraphe, ça entraîne, on est happé dès le début mais ça m'est tombé des mains. C'est tout le temps pareil.
J'ai vu le film qui commence par une chanson de blues, on est happé, mais ça ne tient pas la route. Ça devient chiant. Le formidable personnage de Lean est plus sexy que Kerouac. Kerouac est pâlichon. Le film correspond au livre : c'est chiant ! Il n'y a aucune sensualité des paysages. Pour les femmes, il a une envie compulsive. Les actrices ont de très beaux rôles. La scène dans la voiture quand ils sont tous les trois est formidable. Ce qui m'a vraiment intéressée, c'est la musique, l'écriture et ce qui est autour du livre.

Marithé (avis transmis de Bretagne)
Il y a quelques années j'avais essayé de lire Sur la route de Jack Kerouac. Je m'étais arrêtée en chemin. J'ai donc repris le livre cette année, j'ai "marché" plus longuement que la première fois, mais je me suis encore arrêtée en cours de route. Pourtant, j'aime ce que je lis, mais ça devient long et répétitif au bout d'un certain temps ; je ralentis et je n'arrive plus à avancer. Alors, je pense à Kerouac qui écrivait : "Je suis allé vite parce que la route est rapide. J'ai rédigé mon livre en 20 jours, sur un ruban de papier de 37 mètres de long que j'ai fait défiler dans la machine à écrire sans faire le moindre paragraphe. Je l'ai déroulé sur le sol, on dirait une route..."
Je trouve vraiment très juste ce que Walter Salles (réalisateur du film Sur la route, que j'ai vu et aimé, même si je n'y ai pas trouvé la force sans doute inadaptable qui se dégage du livre) disait il y a 4 ans : "Ces récits... parlent d'individus en quête d'expansion dans un monde qui se crispe et se rétracte". La réponse à ce monde-là est "dans l'insoumission de la fuite et dans l'exaltation de la quête personnelle". "L'euphorie de l'expansion géographique retombait et ses héros cherchaient, dans l'exploration et dans l'épanouissement de tous les sens, une réponse à leurs interrogations." Walter Salles qui disait aussi qu'il gardait toujours à l'esprit un poème de Constantin Cavafis évoquant le voyage d'Ulysse vers Ithaque : "N'écourte pas ton voyage, mieux vaut qu'il dure de longues années et que tu abordes dans ton île aux jours de ta vieillesse... Ithaque t'a donné le beau voyage : sans elle, tu ne te serais pas mis en route. Elle n'a plus rien d'autre à te donner." Le voyage est une fin en soi, peu importe ce qu'il y a au bout de la route.
Du livre de Kerouac je retiens aussi cette amitié fraternelle unissant intensément Jack Kerouac et Neal Cassady, "clochards célestes", puis la fin (?), déchirante de cette amitié, (j'ai lu la fin du livre).
J'avais lu il y a quelques années Satori à Paris que j'avais préféré et touvé plus accessible que Sur la route. Je conseille la biographie d'Yves Buin, Kerouac, relatant entre autres de Jack Kerouac, "son parcours terrestre partagé entre solitude, désespoir, extase et jubilation, au travers de son Amérique tant aimée et d'une quête divine, car écrire était pour lui une prière adressée à Dieu." (là c'est juste la quatrième de couverture).


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"Avec l'arrivée de Neal a commencé cette partie de ma vie qu'on pourrait appeler ma vie sur la route. Neal, c'est le type idéal, pour la route, parce que lui, il y est né, sur la route" Neal Cassady, chauffard génial, prophète gigolo à la bisexualité triomphale, pique-assiette inspiré et vagabond mystique, est assurément la plus grande rencontre de Jack Kerouac, avec Allen Ginsberg et William Burroughs, autres compagnons d'équipées qui apparaissent ici sous leurs vrais noms. La virée, dans sa bande originale : un long ruban de papier, analogue à celui de la route, sur lequel l'auteur a crépité son texte sans s'arrêter, page unique, paragraphe unique.