Gertrude Stein
Autobiographie d’Alice Toklas

Nous avons lu ce livre en février 2012.
Et vu la passionnante exposition "Matisse, Cézanne, Picasso... l'aventure des Stein" au Grand Palais.

 

Manuel
Le témoignage de Gertrude Stein malgré la mauvaise traduction est passionnant. C'est épique et plein de rebondissements ! L'expo m'a comblé et le livre en tête était comme un guide dans l'histoire des œuvres. Une expo qui m'a réconcilié avec Matisse.
Monique
Merci Claire pour cette proposition car j'ai ainsi pu découvrir ce personnage et surtout, cela m'a donné envie d'aller voir l'expo. Le livre est un documentaire sur la vie des artistes qui allaient faire l'art du 20ème siècle, mais vue par la lorgnette de Gertrude : une femme peu agréable, très égotiste, qui se met en avant, pour se faire mousser comme auteur et artiste. Elle parle peu de ses frères, qui ont une autre sensibilité (une sensibilité tout court), elle ne raconte que des anecdotes insignifiantes sur les grands artistes (un chapeau, une colère...) : cherchant à mettre sous cloche leur "génie" ? Aucune notation sur des points picturaux, sur des doutes, des projets, des rêves d'artistes...
Et le traitement de la pauvre Alice ! On écrit pour elle, trop bête pour le faire. Pire que le machisme du couple bourgeois de l'époque : elle n'est tellement occupée par la cuisine, les courses, le secrétariat, le soin les plantes. Et quand on est en réunion d'artistes, Gertrude parlemente avec les grands (dont on ne saura rien...) pendant que la pauvre Alice se tape les compagnes, les pouffes, de ces grands hommes... Sur les photos de Nadar, on voit Gertrude, posée assise, monumentale à l'avant, et derrière à plusieurs mètres en arrière-plan, debout, maigre, en noir, Alice.
Il faut beaucoup aimer l'art, pour avancer dans ce livre, et entrevoir entre les papotages quelques images d'artistes, comme des ombres chinoises plates, et réinventer la vie quotidienne d'un Picasso, ou d'un Matisse, jeunes et sans le sou. Et puis aussi se balader, comme avec une caméra, dans la vie de l'époque, dans Paris, dans le sud, en Angleterre.
Quant au style ? Misère... J'avais d'abord cru que l'auteur, malhabile en écriture, passait outre ses difficultés, pour fournir un témoignage... Mais non ! Les répétitions n'étaient pas brouillonnes, mais voulues. Se voulaient même l'émergence de l'écriture moderne américaine, en parallèle à l'art cubiste...
Pourquoi cela ne marche-t-il pas ? Dans l'exposition du grand Palais, on voyait sur une vidéo Gertrude Stein en train de lire un extrait de sa production littéraire. Je n'accroche pas du tout.
On y apprend aussi que dans son testament, Gertrude léguait sa collection à Alice, chargée avant tout de faire éditer ses écrits, quitte à vendre les tableaux si nécessaire. Cette information m'a confirmée dans mon impression que Gertrude était avant tout soucieuse de se faire connaître comme écrivain, et que les relations qu'elle entretenait avec les artistes en achetant leurs tableaux étaient surtout motivées par un besoin de reconnaissance en temps qu'artiste.
J'ai beaucoup aimé l'expo et découvrir la collection des différents membres de la famille. Et les photographies des appartements, des ateliers et des amis de l'époque.
J'ouvre ce livre à moitié : comme un document sur la complexité de l'âme humaine et sur la vie de l'époque.

Jacqueline pour le livre d’Alice, pour celui de Gertrude
Gertrude Stein. moderne, cultivée et indépendante d’esprit vivait à Paris au début du XXème siècle. Comme elle était très moderne elle a écrit son autobiographie en écrivant celle de son amie Alice T. Elle était amie de Picasso qui a fait son (auto ?) - portrait - peut-être masqué - et de Matisse avec qui elle partageait le goût des potins. Alice tapait les manuscrits de Gertrude, faisait la cuisine, cassait les bibelots de Gertrude, éditait ses livres (de Gertrude), travaillait au jardin et discutait avec les femmes de tous les peintres et poètes amis de G. (qui elle, parlait avec les artistes eux-mêmes). J’ai lu Ma vie avec Gertrude Stein d’Alice elle-même : c’est la même chose, mais raconté avec beaucoup plus de fraîcheur. Le style du livre de Gertrude ne m’a pas gênée, mais je trouve celui d’Alice meilleur !

Claire
Gertrude a un MOI incroyable, qui n’apparaît pas tout de suite. Son œuvre se développe dans la deuxième partie, et ce narcissisme devient lassant. Mais c’est une bonne entrée en matière pour l’exposition L’aventure des Stein, au Grand Palais. J’ai bien aimé aller d’anecdote en anecdote. Ce qui pourrait être pris pour des maladresses de traduction, c’est ce qui caractérise son style, appliquant à l’écriture ce que les cubistes appliquent à la peinture. J’y vois de l’humour, un appétit de vivre des deux femmes, elles s’amusent et – oui... – je m’amuse avec elles. Il parait que son style apparaît mieux en anglais qu’à travers la traduction en français. Je suis un peu mal à l’aise quant à ce qui s’est passé pendant la seconde guerre mondiale : elles ont été protégées – tant mieux pour elles – par le traducteur du livre que nous avons lu, un collaborationniste antisémite – elles étaient juives – qui les adoraient...
Je ne boude pas le très grand plaisir que j’ai eu à entrer dans les coulisses de l’art du début du XXe siècle, il y des scènes formidables : le diner avec Apollinaire..., la peinture des fruits de Matisse qui se les gèle... et visiter l’exposition après cette entrée en matière... c’est grandiose !

Rozenn
Gertrude est une grande admiratrice de Trollope. Je me suis arrêtée à la page 94 ; je m’ennuyais, j’étais agacée, alors j’ai laissé tomber. Elle est trop infatuée d’elle-même : au lieu de nous parler de tous ces gens passionnants qu’elle a rencontrée, elle ne parle que d’elle (à travers la pauvre Alice), elle méprise l’autre de façon insupportable ; on se fait avoir et c’est emmerdant.

Françoise D
Je ne sais pas pourquoi je l’ai lu en français, alors que d’habitude je lis les livres anglophones en VO ; et là j’ai trouvé la traduction très mauvaise, mais il semblerait finalement que c’est vraiment la façon d’écrire de Gertrude Stein. Cependant, je suis persuadée que si l’on faisait maintenant une nouvelle traduction (ce qu’à dieu ne plaise !), elle serait très différente. Quand à la substance, je dois dire que j’ai été d’emblée très mal à l’aise du fait de savoir que ce n’est d’Alice mais de Gertrude qui parle. Quelle prétention ! Quel mépris ! Quel ennui ! Je ne l’ai pas terminé, quelle perte de temps. On n’apprend rien, c’est du sous-people. Heureusement que j’avais vu l’expo, bien plus intéressante. Je plains ceux qui ont lu le livre sans voir l’expo, qui en elle-même suffisait. On en apprend beaucoup plus, avec les tableaux en plus. Elle ne parle pas de ses frères, ni de sa belle-sœur Sarah qui a joué un grand rôle et surtout avec Matisse, c’est elle qui a monté son école. Pas étonnant que la sortie du livre ait jeté un froid sur la relation des frères et de la sœur... Il n’y a qu’elle ! Quant à la façon dont elle parle de la guerre de 14-18, c’est choquant et édifiant : certes elles ont contribué (elle et Alice), mais elles se sont bien amusées, point. Rien d’autre à dire... Rien sur la fin d’Apollinaire, par exemple. Outre les lourdeurs et répétitions, quelques exemples de son ego surdimensionné : Durant toute sa vie, GS n’éprouva jamais de plaisir plus vif que celui que lui causa la traduction de The Making of Americans, elle le dit franchement : "c’est un livre magnifique en anglais, mais aussi en français(p.64)... Elliot Paul dit un jour qu’il était sûr que GS pouvait devenir un auteur populaire en France. Il semble probable que cette prédiction va se réaliser. (p. 65)... GS a basé sur ce thème quelques-unes de ses distinctions psychologiques les plus durables (p. 74)... Elle sait que dans la littérature anglaise contemporaine elle est la seule. (p. 86) !!! J’en passe et des meilleurs...

Katell
J’ai commencé à lire, étonnée par le point de vue de Toklas/Gertrude, j’ai lu les disputes Picasso, Fernande, Matisse, puis je me suis rendu compte que ça m’emmerdait. C’est mal écrit, plein de répétitions. Ma mère l’a lu et ça l’a intéressée...

Brigitte
Justement c’est ce que vous n’avez pas aimé qui m’a intéressée, comme ce qui est dit de la guerre de 14. Je ne comprenais rien au titre. Le début m’a amusée, avec la rue de Fleurus que j’ai imaginée avec plus de jardins que maintenant ; l’atelier de Zadkine me rappelle l’ambiance ; la description de l’atelier m’a plu, ce rappel du début du siècle... J’ai aussi aimé l’ambiance de Montmartre, et Matisse quai Saint Michel. Ce livre donne de la chair à tous ces grands noms, en redonnant leur histoire. Au bout d’un moment j’ai en effet trouvé cela lassant. A la guerre de 14 c’est intéressant, elle a un rôle, elle porte secours. Ce qu’elle dit de cette Américaine est intéressant, avec un autre angle, renouvelant ce qu’on connaît. L’expo m’a permis de découvrir Sarah, Michael, Léo. Dans le livre jamais elle ne nous dit comment ils font pour être là où il y a le modernisme, sur quoi repose leur intuition. Elle découvre Picabia, Juan Gris...

Rozenn
J’ai l’impression que c’était surtout l’intuition de Léo, Sarah et Michaël...


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Personne n'a connu Gertrude Stein comme la fidèle Alice Toklas qui vécut à ses côtés, jour après jour, mais qui n'eut jamais le loisir de raconter sa vie ni d'écrire ses Mémoires. Par un curieux renversement des choses, c'est Gertrude Stein qui, au début des années 30, se substitue à elle pour le faire et, du même coup, pour se raconter à travers ce témoin.