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Alice Ferney
Passé sous silence
Stock
Les Bretons
Appréciation du livre allant de
à
Les points négatifs :
*Des maladresses littéraires : les 2 noms des personnages
principaux, le "tu" emphatique lorsque l'auteure s'adresse à
Donnadieu, le 1er chapitre qualifié de "verbeux", des
phrases grandiloquentes, des répétitions inutiles, la construction
"monotone" du récit...
*Le manque de distance entre l'Histoire et le roman : nous n'avons
pratiquement parlé que des événements historiques
et de leurs protagonistes : De Gaulle, Bastien-Thiry, la guerre d'Algérie,
l'attentat du Petit-Clamart et ses conséquences...
Les points positifs :
*Une belle écriture
*Des portraits très réussis, une fine analyse psychologique
(portrait au vitriol de Grandberger !)
*Du courage pour affronter cet événement, encore enfoui
sous une chape de silence, et contribuer à la compréhension
(voire réhabilitation) de Jean-Marie Bastien-Thiry
*Un récit captivant, émouvant
*Un livre qui suscite de nombreuses réflexions sur la justice,
le pouvoir, la raison d'Etat et le code d'honneur, l'action (la fin/les
moyens), les politiciens (honneur, parole, trahison, manipulation), la
guerre et ses horreurs, l'armée dans ce combat en Algérie
(la torture, le sort de Harkis, les appelés)...
*Un livre qui a fait évoluer, réviser certains jugements.
*Un livre qui a suscité de nombreux souvenirs personnels.
Nous tenons à remercier Jean-Luc de son témoignage :
jeune appelé en Algérie, il nous a donné un éclairage
passionnant et très émouvant sur cette guerre, confirmant
point par point la véracité des propos d'Alice Ferney, nous
permettant de mieux appréhender, de l'intérieur, toute l'horreur,
la confusion, le mécanisme inéluctable vers l'indépendance
avec son lot d'atrocités, d'injustices et de pertes humaines. MERCI,
Jean-Luc, de nous avoir montré comment il est possible de rester
fidèle à ses valeurs, dans un tel contexte.
Claire
Je suis partagée, gênée par le choix du genre adapté,
maladroit. Le premier chapitre est raté, verbeux. Jai vraiment
été intéressée à partir de la p.90.
En parallèle, le point de départ quelle expose (cliquez
ici) est passionnant (quelquun a le pouvoir de gracier celui
qui voulait le supprimer), tout à fait « romanesque »,
et quand elle parle de son écriture, elle est vraiment passionnante :
(cliquez
ici)
Annick LJ
Au début je nétais pas à laise, je naimais
pas les choix de forme. Le parti-pris de suivre à distance « Tu »
à Donadieu, « Il » à Grandberger,
cest artificiel. Un moment elle ne respecte plus ce procédé
et on est en direct sur le terrain (en Algérie). Le « tu »
à Donadieu est parfois agaçant : pseudo rhétorique,
lyrique, presque prétentieux ! Mais jai été
très intéressée par le fond. Elle choisit une forme
littéraire, romanesque, pour faire entendre une voix qui a été
tue par lhistoire. On entend aussi le désespoir des harkis,
des pieds-noirs, cest très émouvant. Il y a une mise
en uvre fine et subtile. Elle montre lindignité de
Grandberger, ses contradictions. Son retour au pouvoir, on croit que ça
va sauver les liens avec lAlgérie, mélange de mégalomanie
et de pragmatisme. A partir du procès, elle est complètement
du côté de Donadieu.
Monique
Jai lu seulement le début et la fin ; jai sauté
le milieu. Le procès : jaime les choix décriture
et notamment le « tu » à Donadieu, ça
donne un poids à sa conscience. Elle montre quil était
un peu puriste, parano, peut-être manipulé. Il détient
une vérité ; ça ma beaucoup plu, cest
original. Mais je ne suis pas daccord avec les ficelles sentimentales
de la fin. Si on est contre la peine de mort ou pour, cest pour
tous même ceux qui ont trois petites filles mignonnes. Le portrait
de Donadieu est intéressant, très fouillé, ça
laurait presque desservi dêtre gracié. Tout son
discours concernant lattentat tomberait.
Claire
Cest une tragédie grecque, comme disait Jean-Luc.
Jacqueline
La guerre dAlgérie entre maintenant dans la littérature :
maintenant la distance est suffisante. Jai été déconcertée
par ce livre ; cest des choses que jai vécues,
mais de très loin, et jétais intéressée
par un point de vue différent du mien. Au début jai
été agacée par le parti pris du changement des noms.
Je ne suis pas prête à mattendrir sur le sort de Donadieu ;
dans le « tu » lauteure restitue le point
de vue de Donadieu. Serait-elle une de ses filles ? Cette vision
sur le milieu militaire ma rappelé Lélégance
des veuves où les femmes semblaient vraies tellement cétait
bien dépeint.
Annick A
Je nai pas du tout aimé ce livre. Il sagit dun
évènement que jai vécu et jai été
très choquée par le détournement des noms. Au premier
chapitre, je me suis dit Jarrête. Je naime pas lécriture,
pas dadjectifs, pas de style. Cest grandiloquent, mélo.
Finalement jai continué en diagonale. Le parti pris ma
dérangée ; de quel droit fait-elle dire à ses
personnages des choses quelle ne connaît pas ? Cest
trop proche ; la guerre dAlgérie nest pas assez
loin.
Françoise
A ce moment là, tu peux en dire autant de toutes les autofictions,
sans parler des biographies...
Brigitte
Je ne savais pas doù venait ce livre étant donné
que je nétais pas là quand il a été
choisi. Je lis le premier chapitre : mais où sont-elles allées
chercher ça ! Puis jai compris quil sagissait
de lattentat du Petit Clamart où je passais souvent en venant
de la fac dOrsay dans les années 60.
Claire
Je connais bien le Petit Clamart et je me souviens encore du poteau indicateur
avec un trou de balle qui est resté longtemps.
Brigitte
Cest intéressant, avec une bonne écriture. Alice Ferney
a un savoir-faire. Les noms ne mont pas gênée. Le thème
que jy voir est « Politique et Morale », ce
dilemme sans solution ; on ne peut pas faire de la politique en étant
dans la morale. Ce que De Gaulle a fait est immoral. Je crois que tout
est vrai ; Bastien Thierry est seul contre tous, comme létait
De Gaulle en juin 44, il a fait son petit De Gaulle. Lune de ses
filles a écrit Mon père, le dernier des fusillés
(premier
chapitre) ; Bastien Thierry avait dans ses ancêtres un
juge du Duc dEnghien. Donc ce livre soulève un problème
intéressant. On peut maintenant parler de lOAS.
Marie Thé
J'ai beaucoup aimé, j'ai plongé dans cette histoire et dans
l'Histoire, ce livre m'a passionnée. Pour moi, ce qui est dit ici
est vrai et précis, mais romancé aussi, quand l'auteur entre
dans l'intimité des personnages, par exemple. J'ai été
très sensible à la belle écriture d'Alice Ferney,
auteur talentueux que j'avais découvert dans La conversation
amoureuse entre autres. Je n'ouvre pas ce livre en grand, car je l'ai
trouvé un peu répétitif, et quelques élans
lyriques m'ont gênée.
Je commencerai par les noms des deux personnages principaux, je trouve
qu'ils leur vont bien. J'ai vu évoluer deux hommes qui au départ
se ressemblaient, deux statures de "chefs" rigides, jusqu'à
l'affrontement final du procès, qui pour moi ne pouvait se terminer
que par l'élimination de l'un d'eux. Il y a donc cet affrontement,
et un cadre, un contexte, cette guerre d'indépendance entre la
"Terre du Sud" et le "Vieux Pays" (De Gaulle, Bastien
Thiry, l'Algérie, on reconnaît tout) "Frères
jumeaux aux extrémités d'un temps, ennemis dans le présent,
tous deux pareillement époux, pères, patriotes, officiers
de l'armée au service de leur pays, intègres par éducation,
aristocrates de l'esprit, mais qui n'atteignirent pas le même degré
de pragmatisme, s'opposent sur le terrain de l'Histoire qui se fabrique."
Je note un beau portrait de Paul, "héroïque et immaculé",
jusqu'à cette "éclosion" en régicide, et
ceci : "Tu vivais la violence comme un stigmatisé recrée
en lui la passion christique", "justicier et protecteur"...
Mais enfin, Paul conçoit des armes contre les rebelles, prie pour
ceux qui sont du côté de l'Empire !! "Si affecté
par les souffrances des colons, ignorais-tu celles qu'enduraient les Indigènes ?"
"Tu ne savais pas dire n'importe quoi." "Tu te sentais
différent de ces déclassés enragés".
Ce personnage excessif ne m'est pas sympathique. Quant à Jean de
Grandberger, imposant, orgueilleux, méprisant, dédaigneux,
seul, brillant (quelques ressemblances avec Paul ?), je le trouve
assez effrayant. Il apparaît aussi comme un traître, machiavélique.
Le discours en Algérie est "habile" : "ambigu,
son discours dit tout ce qu'on veut lui faire dire." "Quand
on ne peut pas faire ce qu'on veut, mieux vaut vouloir autre chose."
Quand la détresse envahissait la "Terre du Sud", "le
héros invitait au courage et à la grandeur d'âme".
Ces pages me donnent une autre image de De Gaulle. Je vois l'Algérie
comme un troisième personnage, et son histoire autrement aussi.
L'Algérie est un sujet sensible lorsqu'il est évoqué
avec des "Pieds noirs", je l'ai souvent constaté, mais
n'ont-ils pas été abandonnés à leur sort,
comme les Harkis et bien d'autres ?
Je retiens ces lignes sur l'indépendance : "Les Indigènes
mouraient de faim, ils choisirent le sang... L'indépendance se
gagnerait dans le sang." Ceci me fait penser à Césaire,
qui disait que l'indépendance s'arrache, dans le sang... Sur une
justice redoutable : "Il savait requérir et obtenir la
mort, il avait été choisi pour cela." Je note de très
beaux passages sur l'écriture, le relief, "la terre aidait
ses libérateurs..." J'ai oublié Charlotte, "épouse
de fer et de velours", appréciant la maison du retrait, "elle
savourait ce retrait... elle faisait rouler sans heurt les jours monotones."
A cela j'ajoute que la fin m'a beaucoup émue, en particulier l'adieu
de Paul à sa famille. Difficile pour moi d'essayer de faire une
synthèse d'un livre si dense...
Françoise D.
Je suis daccord avec beaucoup de ce qua dit Marie-Thé.
Le (bon) roman a une valeur ajoutée par rapport au récit
historique, ce récit dépasse les simples faits bien quils
soient parfaitement exacts. Lauteure nous restitue des personnages
de chair quon ignorait ; cest en effet une force de persuasion
romanesque, et cest là tout lintérêt de
ce livre. Je nai pas été gênée par le
premier chapitre, ni par la construction, ni par le tutoiement de Donadieu.
Dans une interview lauteure dit que ce « tu »
sest imposé à elle.
Tout ma intéressée, mais surtout la fin. La dernière
visite de lépouse et les filles est un peu pathos, mais très
vraisemblable. Et sa théorie selon laquelle Grandberger ne pouvait
pas laisser vivre un homme qui pourrait parler après lui me semble
très intéressante, et jy crois.
Je pense que cest surtout cette situation extraordinaire où
la victime se trouve juge et partie et de plus a droit de vie et de mort
sur laccusé qui a attiré Alice Ferney. Jaime
beaucoup cette auteure ; jai adoré Lélégance
des veuves, et Grâce et dénuement, bien que je
doive à lhonnêteté de dire que je nai
pas pu lire Paradis conjugal, impossible dy entrer... Mais
je recommande chaudement Passé sous silence.
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