Yukio Mishima
Le Pavillon d'Or
Confession d'un Masque
Neige de printemps et plusieurs nouvelles...

Nous avons lu Mishima pendant l'été 2009.

Annick 
J'ai lu Le Pavillon d'Or. C'est une œuvre littéraire splendide. Il y a des images fortes qui ont hanté mon esprit comme celle de cette femme qui est surprise dans un temple en train de verser quelques gouttes de son lait pour l'homme qu'elle aime. Des images qui peuvent être belles ou sordides aussi. J'ai eu l'impression que ce roman me permettait d'entrer dans la culture traditionnelle et l'esthétique raffinée de ce pays. D'où un réel plaisir de lecture, même si je continue à me sentir radicalement étrangère à ce monde qui se dévoile sous mes yeux.
En même temps c'est une expérience dérangeante parce que le personnage principal est absolument odieux, fondamentalement mauvais, sans rien pour le racheter. On ne peut éprouver ni sympathie, ni même pitié pour lui. Et comme rien ne permet d'adhérer à son expérience on reste à l'extérieur du début à la fin. Pourtant tout le talent de l'auteur, en nous faisant pénétrer intimement dans les états d'âme morbides de ce personnage, nous permet de comprendre (intellectuellement seulement) comment et pourquoi il en est arrivé à cet acte. Un peu comme ce que l'on éprouve pour le héros de Crime et châtiment. Une lecture dérangeante mais qu'on n'oublie pas, une initiation très visuelle aux paysages et aux traditions d'un Japon passéiste.

Jacqueline
C'était un été Mishima. D'abord j'ai lu le livre de Yourcenar sur Mishima : Mishima ou la vision du vide. J'ai eu une mauvaise expérience de Mishima il y a bien longtemps ; je n'avais pas réussi à lire Les Amours interdites. Mais cette fois-ci j'ai décidé de lire d'abord le livre de Yourcenar qui m'a donné envie de le relire. Yourcenar porte un regard très intéressant sur l'écrivain en mettant en relation sa biographie et son œuvre. J'ai lu Confession d'un masque que j'ai très très bien réussi à lire et avec intérêt. C'est l'histoire d'un adolescent pendant la guerre. Il y a des scènes atroces, des cauchemars anthropophages. Avec des images très très fortes. Il décrit les choses de telle façon qu'on les voit.
J'ai également lu des nouvelles qui étaient traduites de l'anglais comme Mishima l'avait demandé, le recueil Une Matinée d'amour pur qui est directement traduit du japonais par René de Ceccaty.
Ces nouvelles m'ont beaucoup plu. La première parle d'un enfant seul toute la journée sur un promontoire. Il suit un couple qui disparaît. Suicide volontaire ? Tout est vu par l'enfant avec une précision d'image admirable. L'ambiance est extraordinaire.
Dans une autre nouvelle, un homme amoureux de 2 femmes et qui ont ensemble une liaison… Ce recueil est extraordinaire. "La lionne" est une histoire de Médée. Une femme face à l'armée russe. Cela m'a évoqué les massacres au Rwanda. J'ai également lu Le Pavillon d'or mais un peu trop vite. Cela m'a mis mal à l'aise car je ne comprends pas. C'est étrange, très japonais, mais je pense que l'auteur est surtout nourri de notre littérature et je n'arrive pas à m'y retrouver.
Françoise D
J'avais un vague souvenir de Mishima. J'avais essayé de le lire après son suicide mais sans succès. Cette fois-ci, j'ai lu Le Pavillon d'or. Je partage l'avis de Jacqueline et d'Annick. Je ne suis pas entrée dans cet univers, je n'ai rien compris à ce personnage, ses raisonnements. L'auteur décrit des paysages magnifiquement, mais quand il est question des personnages, c'est plat, factuel, tarabiscoté. J'ai également lu le recueil de nouvelles Papillon. J'ai oublié la nouvelle "Papillon" et "La Lionne" qui est inspiré de Médée ne m'a pas accrochée. Je regrette car j'adore la littérature japonaise. Je n'aime pas le côté morbide de Mishima.
Manu
J'ai lu Le Pavillon d'or et Confession d'un masque ainsi que plusieurs nouvelles. Je rejoins le point de vu de Françoise et d'Annick. Les paysages extérieurs sont magnifiquement décrits mais les paysages intérieurs sont torturés et laissent une impression de ratage. Peut-être est-ce fait exprès ? J'ai passé ces passages : je les ai lus sans chercher à comprendre. Le Pavillon d'or est un livre magnifique, notamment la scène où la femme donne son lait, la fin avec l'incendie. J'ai aimé le côté documentaire avec les descriptions du pavillon d'or, les intérieurs qui n'existent plus. Ce qui m'a plu c'est aussi tout l'arrière fond historique, les éventuels bombardements, la vie des gens en temps de guerre. Une des nouvelles "Patriotisme" m'a particulièrement paru atroce avec la description minutieuse d'un Hara Kiri. Âmes sensible s'abstenir... Curieusement ce n'est pas un auteur que je recommanderais.
Monique (qui revient du Japon)
J'ai beaucoup lu de littérature japonaise mais je n'avais jamais lu Mishima. J'avais lu Le Tumulte des flots qui est très romantique. J'avais toujours eu des échecs dans la lecture du Pavillon d'or mais je m'y suis remise à l'occasion de mon voyage au Japon. J'ai été vite intéressée par le projet de Mishima dans Le Pavillon d'or, ce jeune homme a eu problème avec la beauté. Quelle est la genèse de cet acte ? Cette fois-ci j'ai lu sans aucune difficulté. J'ai lu ensuite Confession d'un masque. Il y deux tendances chez Mishima : la tendance baroque avec des images émouvantes et la tendance psychologisante qui donne lieu à des passages trop longs et trop complexes. J'ai adoré le côté baroque de Mishima. Notamment l'histoire des gouttes de lait est mythique. Je suis très émue par l'histoire de la scène qu'il n'avait pas dû voir : la mère qui couche avec l'ami endormi dans la maison familiale et le père lui cache les yeux o l'abeille allant dans une fleur de chrysanthème, ce sont des passages extraordinaires. Ces images c'est lui qui les porte. C'est la force des images qui lui a permis de franchir toutes les censures. Ses fantasmes sont plein de douleurs, de tortures, ils ont été étouffés pendant des années. Son univers d'artiste est extrêmement riche.

Annick
Il a plus de sensualité pour évoquer la nature.

Monique
Dans Confession d'un masque, le héros homosexuel essaie de ressentir quelque chose pour les femmes. Mishima est extraordinaire quand on le situe dans son époque et dans son pays où il devait être très très difficile d'être homosexuel. Kawabata l'a beaucoup appuyé pour entrer dans les milieux littéraires. Dans sa correspondance avec Kawabata, Mishima apparaît très policé, très contenu. Dans Confession d'un masque, il y a de nombreux fantasmes de sexualité. Quand il est mort en se faisant hara kiri, sa mère a déclaré "il a enfin fait ce qu'il désirait". Je suis sensible à sa démarche d'honnêteté.
Françoise D
Je ne connaissais pas Mishima. J'aime beaucoup la littérature japonaise. J'ai lu les nouvelles. Ce n'est pas ses descriptions, ni ses fantasmes mais la complication de son esprit avec son décorticage du mécanisme de pensée, tortueux, cruel. Les relations sont compliquées, perverses, troubles et toujours à trois personnages. La nouvelle "Patriotisme", m'a bluffée, c'est extraordinaire, je ne pouvais plus m'arrêter, j'étais convaincue qu'il était normal que les héros se tuent. En revanche, je suis passée à côté de la dimension littéraire de Mishima.
Renée
Mishima, ça me rappelle Bataille, L'Histoire de l'œil par exemple. C'est la jouissance de la torture. J'aime Kawabata mais j'ai eu du mal avec Mishima. J'ai lu Le Pavillon d'or qui m'a complètement bluffée, j'ai eu un étourdissement de beauté. J'ai lu Confession d'un masque que j'ai trouvé fantastique. Je suis frappée par la façon dont un adolescent est à la recherche de lui-même - qui il est ? comment sont les autres ? - et qui voudrait être "normal". Cette quête, cette hésitation, ce livre m'a permis de comprendre l'attitude de certaines personnes que j'ai connues. Le héros est-il cruel ? Il est plein d'incertitude, avec cet étonnement devant lui-même, devant sa propre sexualité. Mishima a une force qui porte absolument tout lui a permis d'imposer ce qu'il était.
Brigitte
Je suis allée au Japon et j'ai loupé le Fuji Yama qui était dans la brume. La carte que m'a envoyée Monique du pavillon d'or m'a servi de marque page. J'y revenais souvent pour voir ce que décrivait Mishima.

Renée
C'est de l'or comment ? C'est du vrai or ?

Monique
C'est de la feuille d'or.

Brigitte
J'avais essayé en vain de le lire dans les années 70, c'était trop étrange. Pour moi la scène du lait, c'est comme une scène d'estampe japonaise. J'ai été intéressé pas la question de la beauté qui nous bouleverse tellement qu'il faut la détruire. Ce désir de comprendre la beauté qui est en lui... L'œuvre d'art détend quelque chose qui est en nous. Je l'ouvre au trois quart à cause de ce problème quasi philosophique.
Françoise G
Mishima n'était pas une lecture évidente car j'avais déjà eu un échec de lecture. Ça ne me concernait pas. L'écriture est glaciale, c'est un monde étrange. Cette année, il fallait y aller. J'ai lu Neige de printemps qui est la première partie de sa tétralogie La Mer de la fertilité. C'est une de ses derniers romans. C'est un autre Mishima, c'est la fin de sa vie. Il s'est réconcilié, replongé dans le Japon ancien. Au début c'est barbant. J'ai fait un effort et ça a payé. Je suis restée à l'extérieur, mais peu à peu j'ai découvert un monde qui ne me concernait pas. Il me manque les codes pour apprécier. C'est une très jolie BD ou bien un conte élaboré pour enfants. Parfois la narration est proche de la naïveté. C'est une description très minutieuse des hautes castes du Japon ancien, ce qui ajoute à l'éloignement. J'ai été irritée pas le fait qu'il ne peut pas décrire une personne, un conflit, sans faire intervenir une métaphore, une image. C'est pour moi l'aspect le plus infantile de cette écriture qui est proche des lieux communs. En revanche, il y a de très belles descriptions de la nature. Ce livre marque une rupture par rapport au trajet de sa vie. Il condamne les valeurs occidentales. Sa fascination pour la beauté me déplaît, c'est malsain et quasiment fascisant. Pour lui, c'est le sens ultime du monde, c'est dangereux, cela conduit à des gestes extrêmes. Dans le livre, il y a un coup de canif au sujet d'une grande dame qui est féministe. Mishima n'arrive pas à être dans la vie. Il arrive à la décrire mais il n'est pas dedans.
Claire
Je trouve que c'est vraiment une très bonne idée le choix d'une œuvre pour l'été, car chacun lit à son gré. J'ai tourné autour de Mishima : j'ai lu d'abord plusieurs nouvelles, Le Pavillon d'or qui était, non lui, dans ma bibliothèque, ainsi que certaines nouvelles, et Confession d'un masque. Il ne me reste que des impressions, mais tout m'a plu, ou je ne me rappelle plus ce qui m'a déplu... Je suis étonnée d'entendre parler du côté "malsain", de personnages odieux. Je me souviens d'un monde très codifié, des rituels, des codes familiaux. L'aspect puéril, infantile cité par François G me rappelle le kabuki. Il y a de la distance mais je ne suis pas sentie étrangère... Ce sont des livres très riches. Le Pavillon d'or c'est passionnant, comme un polar, il y a du suspense. La Confession d'un masque est totalement différent, on est très proche du narrateur. La langue est beaucoup plus déliée. Je suis ravie de ces lectures !

Nathalie
N'ayant jamais lu de Mishima, je décidais de "l'aborder" par le biais de nouvelles. Ce fut "Une matinée d'amour pur".
J'ai découvert un être profondément épris de la Beauté. Épris de la beauté des corps, de la nature, de la mer... de la mort. Toujours au bord du précipice... de l'extrême.
Érotisme ou perversité de la part de l'auteur ?


 


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Que la Beauté puisse exister et le jeune moine s'en trouverait irrémédiablement exclu. Mais la soudaine et commune fragilité qui l'unit au Pavillon d'Or, alors que retentit au loin le bruit des bombes, scelle son destin au temple sacré. La quête de cette ultime communion, en commettant l'irréparable, constitue sa secrète destinée.

Raconté à la première personne, le roman est indéniablement d'inspiration autobiographique.