Albert Camus
Le Premier homme
folio
Françoise D
Cest à la fois un récit très attachant et un
superbe document. Jai été très émue
par ce petit garçon. Je nétais pas lui, mais jétais
avec lui. Camus raconte son enfance de manière très convaincante
et très touchante. Cet amour incommensurable pour sa mère,
quelle merveille, (et comme je lenvie, Catherine Cormery) !
Il y a des scènes très belles et très bien décrites,
comme par exemple la partie de chasse avec son oncle, ou les jeux avec
Pierre le jeudi dans cette maison pour blessés de guerre, ou encore
le trajet pour aller au lycée, et le jour de la distribution des
prix ! Et combien dautres... La mère, éternelle
soumise, et la grand-mère, dragon domestique. Il parle très
peu de son frère.
On voit bien comment vivaient les pauvres petits blancs en Algérie
à cette époque. Et on peut comprendre pourquoi Camus a « préféré
sa mère à la justice », il est viscéralement
attaché à ce pays et il na certainement jamais eu
limpression de vivre sur le dos des indigènes. Est-ce en
partie pour expliquer cela quil a entrepris ce livre ? Il est
troublant quil parle de la mort à la fin. Intuition inconsciente
de sa propre fin ? Certes ce nest pas encore un livre, cest
un manuscrit, avec des inexactitudes, des maladresses, mais une spontanéité
quil naurait peut-être pas gardée une fois relu
et édité. Jai aussi trouvé très émouvantes
les lettres de Camus et de M. Germain à la fin du volume. Cest
tout de même un prodige que ce petit garçon soit devenu Prix
Nobel de littérature. Jai entendu son discours quand il a
reçu le Prix Nobel, cétait grand. Cétait
un grand humaniste. Je pensais louvrir 3/4, mais finalement, je
louvre en grand pour le plaisir de lecture quil ma procuré.
Jacqueline
Je nai pas fini le livre ; au départ jétais
déçue... javais lu des histoires dinstits en
Kabylie qui mavaient beaucoup émue. Jai été
gênée car il sagit dun premier jet, lécriture
est un peu pesant. Cest un document intéressant mais cest
dommage quil nait pas eu le temps de le terminer, de le travailler,
je ne le ressens pas comme un livre. La figure de la mère, de la
grand-mère, sont intéressantes, mais inachevées.
Le passage où il va en Kabylie à la recherche de son père
et lhistoire des immigrés de 48 mont beaucoup intéressé.
Devait-on publier ce livre inachevé ?
Brigitte
Je me retrouve assez dans ce que dit Jacqueline. Je lavais lu, pris
beaucoup de notes, et navais retenu que le début. Jai
été aussi déçue. Qui est ce premier homme ?
On ne sait pas. Jai beaucoup aimé La Peste. Beaucoup
de passages sont marquants : la pauvreté coupée du
monde. Mais ce nest pas assez construit, il y avait matière.
Je me suis demandée pourquoi on a choisi ce livre.
... Renée pousse des cris de protestation.
Françoise G
Jai eu une émotion extraordinaire à lire ce livre.
Lachèvement de ce livre est la mort de Camus. Cest
un projet... on voit comment il a travaillé. Cest une autobiographie.
Cest pour lui une nécessité : il doit rendre
hommage à sa famille, établir un pont entre son enfance
et lhomme célèbre quil est devenu. Il a envie
de tout dire, de ne rien oublier. Il veut faire revivre ces gens-là.
Tout est minutieusement décrit : on vit avec lui à
Alger dans le quartier pauvre. Cest fort et tragique. On ressent
sa force et son angoisse fondamentale. La quête du père reste
toujours là ; cest une souffrance qui court tout le
temps. M. Bernard est un portrait dinstituteur magnifique. Malou
quil rencontre à Saint-Brieuc, son rôle nest
pas totalement explicite.
Il veut garder quelque chose de ces pauvres qui senfouissent sans
rien laisser. Je suis frappée par la violence de certaines scènes,
le soleil qui sécrase, les pluies torrentielles, la tombée
brutale de la nuit, comme lannonce dune mort brutale. Quant
à lexécution de Pirette à laquelle le père
avait assisté, on raconte à lenfant langoisse
de son père et lui en prend le relais, cest le seul héritage
que son père ait laissé. « Chacun était
le premier homme ». Il est bizarre quil ne dise rien
de son frère ainé. Je suis éblouie par ce livre.
Lauteur a le souci daller au plus vrai du vrai.
Françoise O
Encore une fois, je suis abasourdie par ce que tu dis Françoise.
Je suis daccord avec les deux Françoise. Lauteur aurait-il
voulu que ce livre soit publié ? cest vraiment un questionnement
fort pour moi. Je nai pas aimé le chapitre avec Malou. Le
premier chapitre est absolument superbe. Enfant élevé sans
père dans une famille ignorante, il doit trouver seul sa morale
sur une terre sans aïeux et sans mémoire. Il réhabilite
les émigrés de 48. Jadmire sa générosité,
son absence de haine. En tout cas, lexamen, la bourse, linstituteur
sont la gloire de lenseignement public.
Renée rappelle la vie quelle a connue dans son enfance algérienne :
le centre des grandes villes nétait occupé que par
les Blancs.
Annick A
Le livre ma intéressée mais ne ma pas touchée.
Que vais-je dire ? me suis-je dailleurs demandée. Jai
été intéressée par lexistence de ces
pauvres blancs en Algérie, ce quont vécu les premiers
colons mourant de maladie, de pauvreté. Cest bien écrit,
les descriptions sont belles. Je nai pas pu mapproprier ce
qui est dit. Il y a de très belles pages sur lenfance où
avec rien on trouve la joie de vivre, cest exactement comme mon
mari dans son enfance... Lenfant ne se sent pas du tout humilié
par son mode de vie. Et la dernière phrase où il dit quil
espère vivre et mourir sans révolte... Je me refuse à
ouvrir ou fermer...
Claire
Je naime pas beaucoup les récits denfance. Je lai
lu il y a moins de deux semaines mais javais déjà
oublié ce quétait devenu le père... certains
passages mont paru longuets. Mais dès le début lécriture
simpose pour moi : la première page avec les nuages
est sensationnelle, cela ma rappelle la caméra du narrateur
dans La Pierre de patience dans la première page aussi.
Il y a comme une mélodie qui simpose à moi. Quant
aux phrases longues (plusieurs pages p. 301), cela ma bien plu.
Jai été gênée par la troisième
personne, ce Jacques, cela crée une distance artificielle, pas
juste, avec lui-même. Il décrit un univers de formation,
le rôle formidable des maîtres, le respect des connaissances.
Lamitié avec Pierre est belle. Et la « folie de
vivre » dont il parle p.305 est impressionnante. Il ny
a pas de ressentiment et de révolte dans cet univers souvent dur,
mais il y a de la nostalgie. Son projet est clairement formulé
p.338 : « Arracher cette famille pauvre au destin des
pauvres qui est de disparaître de lhistoire sans laisser de
traces. Les Muets. » Il ne nous dit pas ses sentiments...
... Les deux Françoise ne sont pas daccord...
Quant à son destin, devenir Prix Nobel après cette enfance
pauvre, cela me rappelle les écrivains américains self made
men.
Renée
Je suis venue à cause de ce livre. Jai découvert Camus
à 18 ans. Je retiens une phrase du père de Jacques :
« un homme ça sempêche » ;
mettre une phrase si importante dans la bouche dun personnage presque
analphabète, cest un pilier du livre. Jai eu le souffle
coupé par la musicalité, le souffle, le rythme des phrases,
la chaleur, le bruit qui se dégage de lensemble du livre,
les martinets dans lair du soir, des descriptions fantastiques :
cest un des plus beaux livres que Camus ait écrits.
Mon père a écrit sur la guerre de 14 avec des phrases bien
appliquées en refoulant totalement sa personnalité juive.
Chez camus on trouve la musique dune langue. Camus a hérité
du goût de la belle phrase, des adjectifs si peu à la mode
aujourdhui, qui vient peut-être de cet enseignement primaire.
Le premier homme est celui qui est seul. Il disait « je suis
solidaire et solitaire ». Il faut lire Noces qui parle
de sa joie de se baigner à Ti Posa, cest un texte très
poétique
Lexécution court à travers son uvre : LÉtranger,
La Chute, on y retrouve une culpabilité qui évoque
Dostoïevski.
Lona
Phrases longues.
Bien écrit.
Belles descriptions.
Beaucoup de tendresse et daffection.
(Je nai lu que la moitié. Mais je terminerai la lecture)
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