 |
|
Cormac McCarthy
La Route
Editions de l'Olivier
Annick A.
Absente de Paris, je suis désolée de ne pouvoir être
parmi vous ce vendredi car j'aurais bien aimé connaître vos
impressions sur La Route. J'ai conseillé la lecture de ce
livre car jai été très touchée par sa
dimension philosophique. L'auteur nous plonge dans la situation la plus
extrême, le monde post-apocalyptique et nous confronte aux questions
existentielles essentielles : qu'est ce qu'un homme ? Qu'est
ce qui fait son humanité ? Dans une ambiance gelée,
mécanique, glaciale, il campe un père et son enfant livrés
à la barbarie et dont l'essentiel de l'existence se réduit
à manger, dormir, se protéger. Aucun espoir, aucun avenir
et pourtant ils marchent. Qu'est-ce donc qui nous fait vivre ? La
vie pour la vie ? Vivre pour vivre ? Dans cet instinct de survie,
peut-il encore exister une éthique, des valeurs humanistes ?
Le père dans un désir de protéger son fils à
tout prix en vient à s'isoler totalement et à perdre le
sens de l'autre. Mais n'agissons-nous pas comme lui, nous qui continuons
à vivre en nous protégeant de notre impuissance face aux
affamés et aux mourants ? Ce livre m'apparaît comme
la métaphore poussée à l'extrême d'un monde
dans lequel nous sommes déjà. Il pose aussi la question
de la transmission : quelles valeurs transmet-on à nos enfants ?
Quel monde leur prépare-t-on ? La lueur d'espoir se trouve
chez l'enfant qui incarne le futur. Lui qui n'a rien connu hors l'apocalypse
a le sens de l'existence de l'autre et l'intuition que l'isolement et
le repli sur soi ne mènent à rien. La fin du livre ouvre-t-elle
à la rédemption ?
Au début du livre, l'angoisse me nouait les tripes et me donnait
envie de fuir puis peu à peu j'ai accepté de prendre la
route et d'avancer avec eux. Je crois avoir fait un bout de chemin.
Jacqueline
Je lai lu avec un petit peu dennui ; je suis désolée,
je trouve cette route ennuyeuse, il ne se passe pas grand-chose. Pour
que ça marche, il faudrait que jadhère à lapocalypse,
des choses me paraissent invraisemblables, comme les provisions découvertes
au moment limite.
En entendant dire que cest un livre extraordinaire, jai commencé
à le relire et jai trouvé des passages faisant ressentir
le jour le jour. La pudeur du père, les dialogues père/fils,
cest bien mais je préfère Hemingway, avec du très
fort mais en filigrane. Cest pas mal fait mais je narrive
pas à prendre ce récit métaphoriquement, ce qui lui
enlève de sa valeur. La fin, je ny crois pas avec la rédemption ;
lenfant paraît sauvé, mais pas vraiment. Je suis à
côté de ce livre.
Françoise O
Jai eu beaucoup de mal à entrer dans ce livre. Jai
pris des dispositions pour me protéger... Pour moi ce nest
pas une métaphore. On voit la fin dun monde, il fait froid,
on ne sait pas exactement comment ça a commencé, on sait
quil va se terminer. Que sest-il passé ? Une catastrophe
nucléaire ? Une météorite ? Est-ce que
quelque chose est arrivé au soleil ? Cest pensable.
Chacun des moments ; il ne se passe rien si ce nest ne pas
mourir. Ils vont vers la mer, pourquoi ? Pourquoi il ne tue pas lenfant ?
Quest-ce que jaurais fait si ça marrivait ?
Jaurais peut-être tué lenfant et je me serais
laissé mourir. La fin paraît arbitraire. Je me suis investie
mais jai souffert.
Françoise D
Je reproche à ce livre de ne pas expliquer ; on est propulsé
dans une situation hypothèse décole. Lauteur
se laisse aller à la facilité, cest très allusif :
et sa femme ? Que sest-il passé ?
Pourquoi il y a des cendres partout ? Ce nest pas structuré
et la fin est tout à fait invraisemblable : tout à
coup ils tombent sur « les bons », doù
ils sortent ? Comment font-ils pour survivre quand tout est mort
autour ? Jai été déçue car jai
lu dabord No country for old men qui est beaucoup plus fort,
avec une écriture serrée, travaillée, cinématographique,
qui rend bien latmosphère de chaleur et de violence. Ce nest
pas la fin du monde, mais la fin de lhumanité.
Je ne me suis pas posé les questions philosophiques dAnnick ;
la métaphysique je veux bien mais pour que ça marche, il
faut rester dans le réel, le logique ; si cest une fable
où tout est possible lintérêt se dilue, se perd.
Si cest une explosion nucléaire, il ne peut pas y avoir de
survivants, cette errance dure plusieurs années et dans ces conditions
cest impossible. Ils trouvent de quoi se nourrir comme par hasard
à la dernière limite de leur survie. Quant à la fin,
cest le plus improbable. Cependant on sattache à ces
personnages, jai bien aimé leurs dialogues. Ce sera peut-être
mieux au cinéma.
Claire
Je ne savais rien de cet auteur. Je ne me suis posé aucune question
métaphysique et jai failli labandonner en me disant
« jai compris » mais jai continué
et je ne me suis pas ennuyée. Jai trouvé lexplication :
il y a eu une guerre, le monde est ravagé, en ruine. (Là
Claire parle du petit robot dun film danimation dont elle
a oublié le nom...). Du coup ça nous ramène à
un monde primitif. (Claire lit le passage sur la caravane de guerriers,
avec les chiens et les esclaves) : ça fait penser aux Romains ;
ça me suffit comme explication. On va vers la mer, on se dit il
va se passer quelque chose mais il ne se passe rien, aucun nouveau but.
Jai suivi les pérégrinations, ça ma plu.
En effet cest comme un cas décole, cest la survie,
avec cette relation qui les tient. Les dialogues font un peu procédé,
avec le discours indirect libre. Le petit est touchant. De temps en temps
ça ma fait penser à Sérénissime assassinat
il y a des expressions inconnues comme « attestât »,
« andins de broussailles » et des expressions techniques
« bossoirs », « mistons »,
« ridoirs ». Les réminiscences avec sa femme,
ça fait un peu vaudeville, vous trouvez pas ?
Lil 
Voici une uvre littéraire : une uvre magistrale
servie par une superbe écriture qui tient la route (244 pages),
et mixe, avec talent, lyrisme, poésie, beauté, à
cet univers apocalyptique. Un récit haletant, prémonitoire ?
On en tremble ! J'ai marché, j'ai eu froid, faim, soif, peur,
j'ai poussé le caddie dans la cendre, la neige, le sable, la boue...
Pouvoir d'un grand livre qui vous fait oublier la chaleur du salon et
le confort du fauteuil et vous transporte, chiffons aux pieds, sur la
route, face à vous-même : que devient l'homme lorsque
tous ses repères ont disparu (plus d'identité, plus de nation,
plus de statut, plus de place sûre, rien...) ; pour tout environnement,
une nature hostile et dévastée, l'insécurité
permanente, la confrontation avec la barbarie, le mal, la mort possible
à chaque instant... Qu'advient-il de notre humanité, de
nos valeurs, dans ces contextes extrêmes ?
Ce qui sauve ces deux-là, c'est indéniablement l'amour qu'ils
se portent, amour magnifié par les circonstances du récit.
J'ai aimé cette transmission de « l'homme »
au « petit », ce garçonnet qui incarne l'espoir,
l'avenir de l'humanité : lui, conserve les valeurs (ex. la
bonté) que son père, dans sa perpétuelle angoisse
de survie, semble avoir perdues. C'est si vrai que le « petit »,
de temps en temps, devient l'adulte.
J'ai adoré la brièveté et la profondeur des dialogues
entre le père et le fils (parfois dialogues à la Ionesco).
Confiance totale et absolue, lien indéfectible que rien ni personne
ne peut détruire.
Cormac Mac Carthy, dans une interview donnée à une journaliste
américaine, décrit ce livre comme un chant d'amour à
son petit garçon.
Merci à celui ou celle qui nous a conseillé la lecture de
ce très grand roman.
Jean-Pierre
Au début, j'étais content : voilà un roman qui
raconte une histoire, qui nous projette dans un monde imaginé certes
terrible et désespéré, mais qui porte à réfléchir
à notre destinée, à l'inanité des gesticulations
humaines, à la vacuité de nos idéaux, à la
vanité de nos croyances, de nos espoirs, bref un monde sans nous,
détruit par nous...
C'est un thème traditionnel de la science fiction : l'après
cataclysme nucléaire, quand les civilisations ne sont plus que
ruines et désolation, qu'une poignée de survivants retombent
dans la barbarie primitive et que quelques individus seulement restent
porteurs des valeurs humaines. J'ai lu des dizaines de romans traitant
de ce sujet, toujours avec intérêt, car je suis un adepte
de ce genre de littérature.
Allais-je donc bouder mon plaisir avec La Route ? Eh bien
oui ! La route est longue, très longue, trop longue... On
attend plus d'épisodes que cette errance redondante, dans un paysage
de désespoir incommensurable répété à
longueur de page, dans ces descriptions à n'en plus finir, émaillées
de temps à autres de péripéties bien sûr horribles
et alléchantes, mais qui n'ont pas de suites. De plus, les invraisemblances
sont légion : il faudrait des siècles pour que tout
soit à ce point en déliquescence, pourri, rouillé,
pillé, et pas ces quelques années (quel âge a le petit,
dix, douze ans ?) ; les caddies sont de bonne composition pour
rouler dans ce magma de cendre, de neige, de boue, de troncs d'arbres
pétrifiés ; curieusement, on trouve quand même
du bois pour faire du feu ; les conditions de vie : le froid,
la pluie, la neige, la faim, la maladie, les plongeons dans l'eau glacée,
les pollutions de l'air et de l'eau ne permettraient pas de survivre plus
de quelques jours... ça, c'est pour le fond.
Quant à la forme, ce n'est guère mieux. Bien sûr il
s'agit d'une traduction, mais enfin... Ponctuation quasiment inexistante,
ce qui rend la lecture malaisée ; dialogues minimalistes et
parfois ésotériques également privés de guillemets,
merci pour la clarté ; trop de phrases sans verbe ; profusion
de « et », jusqu'à l'indigestion... Voilà,
dommage, j'aurais aimé aimer...
Brigitte
Un petit mot sur le livre que je n'ai lu que partiellement, en raison
d'un gros souci oculaire : La Route me rappelle le film russe
Stalker, où les personnages erraient dans des ruines dans
le noir et sous la pluie, dans une espèce de no man's land, qu'on
appelait la zone. C'était la même ambiance.
Nicole  
Au départ, je me suis dit : le couple père-fils, le
caddie et la route, ça va être long, très long. Et,
en quelques pages, je me suis laissée prendre, j'ai marché,
au propre et au figuré. Aucun repère : on est plongé
dans un « rien ».
Bien sûr, comme le dit Jean-Pierre, il y a beaucoup d'invraisemblances.
Mais il faut me les faire remarquer, car au cours de la lecture je ne
les ai pas vues, l'angoisse de cette apocalypse et les questions qu'elle
suscitait sur la conduite des humains étaient trop prégnantes.
Je ne peux que saluer le talent de l'écrivain qui m'a menée
si intensément tout au long de cette route. Merci à qui
l'a proposé.
Webmaster |
Nous écrire
Accueil | Membres
| Calendrier | Nos
avis | Rencontres | Sorties
| Liens
|