Nicole Malinconi
Vous vous appelez Michelle Martin
Denoël
Au Bureau
Édition de LAube
Renée 
Jai lu Vous vous appelez Michelle Martin : jai
été touchée et enlisée. Je lai lu cet
après-midi, avec une impression dintensité, de tourbillon
avec ce « vous » qui sadresse à Michelle,
mais aussi au lecteur. On ne sait plus très bien si on sintéresse
à une femme (aux rapports épouvantables avec sa mère)
qui a laissé mourir deux enfants. Cest une expérience
très forte que de lire ce livre. Lauteure a dû vivre
quelque chose dahurissant. Est-ce que jaurais tenu le coup ?
Je ne peux pas dire où jen suis car il ny a pas de
moment décisif, cest comme de leau qui coule, il y
a un rythme. Jen suis là où elle raconte pour la deuxième
fois laccident de son père, saccusant constamment.
On a limpression quelle est plus responsable de la mort de
son père que de celle des enfants.
Françoise D 
Jai lu les deux livres. Le problème avec Au bureau,
cest que ça mavait bien plu, mais je ne me souviens
de presque rien. Il y a peu de livres qui parlent du milieu du travail
le bureau en tout cas - et cest très réaliste,
fidèle en ce quon voit bien quil y a la vie au bureau
et la vie à lextérieur, sans communication ou interpénétration
des deux. On croit connaître ses collègues, mais non. Ce
sont deux mondes séparés et très différents.
Je trouve que lauteure montre bien ce phénomène ;
ça se lit très bien.
Puis jai attaqué Vous vous appelez Michelle Martin.
Et alors là on change de dimension. Cest beaucoup plus grand,
on passe au braquet supérieur. Jai été remuée,
fascinée, pas tant dun point de vue émotionnel que
par rapport à lauteure. Sa démarche. Comment reproduire
fidèlement ce qui sest joué entre ces deux femmes.
Est-ce vraiment un dialogue ? Y-a-t-il manipulation, et de la part
de qui ? Michelle Martin parle de son enfance car elle ne peut pas
parler du motif pour lequel elle est là. Cest elle qui a
fait venir Nicole Malinconi, elle avait donc besoin de parler ; ça
ma éclairée, jai compris comment cette femme
na pas pu descendre donner à manger aux enfants. Evidemment,
le rapport à sa mère nous éclaire. Elle est passée
de sa sujétion à sa mère, à sa sujétion
à Dutroux. Ce que lui fait subir sa mère est abominable.
Cette femme (MM) est humaine. Elle fait partie de lhumanité,
et cest terrible, et cest ce quarrive à faire
passer lauteure qui à la fois simplique et se tient
à distance. Cest très fort. Je navais jamais
rien lu de tel. Tout ça nous est totalement étranger, et
lauteure nous y emmène. On pense évidemment aussi
à Monique Olivier avec Fourniret. On pense aussi au livre dEmmanuel
Carrère, LAdversaire, cest très différent,
fascinant aussi, mais on napproche pas le sujet, on reste à
lextérieur, cest factuel ; alors que là
on est dedans, ça ma beaucoup intéressée. Je
trouve que la démarche est réussie.
Annick A 
Jai lu Au bureau. Jai peu de choses à dire.
Une écriture un peu pauvre. Cest un livre sympathique, une
peinture sociale décrite avec finesse. Lauteure soccupe
dune couche de la population, les employés. Le vide, lennui,
la rumeur, les mesquineries sont bien rendus. Cest un livre engagé
et ça ma plu.
Françoise G 
Jai lu Vous vous appelez Michelle Martin. Cest vraiment
une drôle dexpérience de lecture. Au début,
jai été irritée : pourquoi elle a eu besoin
de fourrer son nez là ? Elle navait pas de sujet ?
Cest un style très à la Duras, qui irrite. Marguerite
est présente ; des phrases simples mais suffisamment tarabiscotées
pour faire poétique. Petit à petit, jai marché,
à cause de lécriture, et parce que le sujet est terriblement
humain, alors que cest monstrueux. Elle amène avec subtilité,
courage et honnêteté à cette Michelle Martin et aux
difficultés de cet écrivain. Elle est réceptive à
la demande et fait preuve douverture sans complaisance, dhonnêteté
sans haine, de discernement. On comprend que Michelle Martin fait une
thérapie en prison ce qui éclaire son passé, sa mère
folle. Elle a suivi sa mère, comme elle suivra Dutroux. On finit
non pas par la comprendre, mais par comprendre sa folie. La sympathie
de lauteure ne lamène pas là où Michelle
Martin veut lamener. Lenfance est une explication mais pas
une excuse. Quelque chose entre elles simbrique, comme entre Michelle
Martin et sa mère, entre Michelle Martin et Dutroux. Lauteure
reste forte.
Françoise D
Au départ Michelle Martin voulait que Nicole Malinconi soit son
nègre.
Françoise G
Quelle que soit la monstruosité de Michelle Martin, elle paraît
humaine (voir la phrase de Robert Antelme en exergue). Reste la question
« quest-ce quelle allait faire là ? »
Claire
On est venu vers elle.
Renée
Elle a un passé consacré au social.
Jacqueline
On ne sait pas si Michelle Martin a lu ses livres.
Françoise
Elle est belge, donc plus connue en Belgique quici.
Claire et Françoise D
Et LAdversaire ?
Françoise G
Il ny a pas la même complaisance
Claire
Tu dis quil ny en a pas.
Françoise G
Il y a manipulation. Michelle Martin pose une demande et elle compte sur
le bouquin pour arranger sa cause.
Jacqueline
Elle ne peut pas parler des enfants quelle a laissé mourir.
Renée
Elle nest pas culpabilisée, il y a une sorte dautisme.
Françoise D
Les détenus sont souvent dans le déni ou refusent den
parler.
Françoise G
On a limpression que la thérapie a avancé, mais en
profondeur, non.
Jacqueline
Cest une rencontre avec Nous deux. Il y a moi et ce livre.
Je suivais un séminaire en Belgique et lattaché culturel
est venu parler de ce livre qui représente la « belgitude » ;
il a parlé de la langue belge. Cest un livre sur la mère
et la mort de la mère, avec une relation exclusive. La mère,
servante, après un premier mariage, a Nicole dun deuxième
mariage. Nicole nomme lhomme dans ce livre, avec beaucoup de discours
rapporté, cest une merveille. La mort de la mère est
émouvante. Ce livre compte beaucoup pour moi. Il a été
republié avec un deuxième texte Da Solo, sur son
père. Dans Nous deux, on entend la voix de la mère,
dans Da Solo, celle du père. Puis jai lu Hôpital
silence, ce sont des flashes dans un service davortement. On
y retrouve cette faculté à se mettre à la place des
gens. Jai bien aimé Au bureau, sans la force des autres
livres, on est en empathie, il y a le narrateur Jean, un loser, dont on
croit que ça va mal finir. Je ne louvrirai pas en grand,
mais 3/4. Nous deux en entier. Pour Vous vous appelez Michelle
Martin, il mérite dêtre lu plus sérieusement
que je ne lai fait.
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