Harper Lee
Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur

Le Livre de poche

 

Mon
J'ai lu ce livre avec beaucoup d'intérêt et de plaisir. Je trouve que le ton de ce récit est juste : c'est le monde vu par une enfant à la fois naïve et futée. On y devine l'atmosphère d'une petite ville de l'Alabama - son racisme " ordinaire " tellement évident que, même Scout ne le remet pas en question - ses relations de voisinage (les thés " charitables ") - la participation de tous aux événements - la vie familiale avec le personnage d'Atticus, attachant mais presque trop beau pour être vrai - le personnage caricatural de la tante Alexandra et de ses " bonnes manières " - les relations entre le frère et la sœur.
Et, surtout, cet inique procès illustre vraiment l'horreur de ce racisme fondamental. J'ai aimé la façon dont vivent, devant nous, tous ces personnages tellement divers... dont le mystérieux Boo Radley "deus ex machina"...

Lil
Au premier abord, j'ai soupiré : encore la petite maison dans la prairie, avec toute la bonne conscience et la panoplie des bons sentiments américains ! Et puis, les notes au bas des pages me ramenant très vite à une réalité plus concrète, resituant le livre dans le contexte social de l'époque (36 à 39 - la grande dépression ), c'est-à-dire une vingtaine d'années avant les droits civils (ce livre est d'ailleurs publié 3 ans avant le vote de ces droits , ce qui explique peut-être son accueil), j'y ai trouvé une description alarmante du statut des Noirs, aux USA, tant d'années après l'abolition de l'esclavage. Je viens de relire Beloved de Toni Morrison qui traite de l'avant-abolition : elle y relate la condition des Noirs, avant 1863, une horreur à peine pensable !
J'en viens donc à me demander si la compréhension très intellectuelle que nous avons de ce moment majeur de l'histoire américaine nous permet véritablement d'appréhender ce qu'il peut signifier pour chaque citoyen américain, blanc ou de couleur, au plus intime de lui-même. Ce racisme omniprésent, même chez ceux qui s'en défendent, imprègne tout : vie, mœurs, comportement, règles sociales, modes de pensée, et... et, le plus dramatique, comme le disait T. Lainé : " Le pire racisme est l'intériorisation par la victime d'une image dévalorisante de soi-même ", ce qui est très bien montré dans ces deux ouvrages.
Croit-on véritablement au discours de cette gamine de 6 ans, certes surdouée et élevée par un éducateur parfait ? C'est sans doute là que le bât blesse (d'où mon avis aux 3/4 !)... Mais, finalement, je me suis attachée à tout ce qui était dit en filigrane sur l'enseignement, la religion, les mœurs sociales dans une petite ville du sud, la condition des femmes, la justice (la condamnation des Noirs semble toujours plus facile, encore de nos jours !), etc... et j'ai marché.


Jean-Pierre
Je parlerai d’abord de ce qui ne m’a pas trop plu. Le livre souffre de longueurs. Quel besoin de tout décrire par le menu, jusqu’au plus petit geste, à la plus anodine parole, sans aucune importance pour l’intrigue ? Cette lenteur est perceptible surtout au début, où les pérégrinations des enfants lassent. Ces enfants qui s’expriment comme des bac + 12 sont d’ailleurs pour cela peu crédibles. Et puis, il y a cette manière très américaine de dire subitement des choses qui arrivent comme des pets sur une toile cirée, et qui demande au lecteur un effort souvent impossible pour simplement suivre le cheminement de la pensée de l’auteur. C’est aussi souvent le cas dans les films d’outre-atlantique. Peut-être est-ce une question de culture, et que les Français et les Latins en général (ou est-ce moi en particulier ?) sont trop cartésiens, et que l’absence de points sur les i les gêne... Et puis, des choses restent inexpliquées dans ce roman. Par exemple, quid de la mère, pourquoi le voisin reste-t-il cloîtré ? Enfin, le dénouement est cousu de fil blanc. Il était sûr que le meurtrier était ce fantôme inconsistant d’Arthur Radley : pas de suspense.
En dépit de ces quelques remarques négatives, j’ai aimé ce livre. Nous voici donc entraînés dans le Deep South des années trente. On ne peut pas dire que c’est un voyage d’agrément. La société américaine y est décrite sous des dehors peu avenants, engoncée une ordre moral bien peu moral, où les apparences tiennent lieu de règle de vie, où les ténèbres des sectes chrétiennes plus exécrables les unes que les autres aveuglent les esprits, où le racisme est omniprésent, où la respectabilité importe mille fois plus que l’amour du prochain. Toute une galerie de personnages de rétrogrades indécrottables, de salauds intégraux, de doux naïfs qui s’appuient en toute bonne conscience sur le socle de lois faites par et pour les riches, ou de simples d’esprits quasiment invisibles, s’agite dans cette œuvre qui ne masque rien des tares de cette société, qui se lit facilement, et qui met en scène la misère des hommes. Misère matérielle des pauvres avec son corollaire de richesses pour les privilégiés, mais surtout misère morale pour tous, et difficulté, voire impossibilité de s’accepter les uns les autres, avec nos particularités et nos différences. De cette histoire se déroulant dans un pays précis et à une époque donnée, l’auteur, pardon, l’auteresse ou l’autrice ou l’auteuse, au choix (j’ai horreur du monstre "auteure"), de cette histoire particulière donc, elle a su faire une oeuvre de portée universelle. Et c’est cela qui m’a touché.

Manuel
Dommage que le livre décolle seulement à la page 143. Tout le début est mal ficelé, long, sans grand intérêt. Les histoires d'enfants sont saoûlantes ! Puis vient l'enjeu véritable du livre : la photographie de la société du Sud des Etats-Unis avec ses côtés les plus méprisables. Le récit du procès est bien mené, l'image du père est bien campée. Dommage que tout l'intérêt du livre se trouve dans les dernières pages.

Jacqueline
C'est un livre " de Noël ", j'ai rêvé un peu dessus. Au début, je n'avais pas trop accroché et après la première journée d'école, même s'il se passe des choses un peu invraisemblables, j'ai marché tout le temps. Ça m'a rappelé des lectures d'enfance : Huck Finn, Tom Sawyer. Noël, c'est ça : retrouver d'anciennes lectures, des impressions d'enfants. Mais je ne marche qu'à moitié. Quand Faulkner parle du Sud, c'est mieux. Mais là, c'est un climat de Noël.

Annick
C'est un livre merveilleux. Cela faisait longtemps que je n'avais pas été emmenée dans un livre. Il a un charme exceptionnel qui tient au regard de cette petite fille. L'auteur retrouve un regard d'enfant magnifique, dans ses relations familiales avec son père et son frère, sur la société traditionnelle engoncée dans les stéréotypes. C'est une histoire grave, et même dans les moments tragiques, elle garde humour et grâce. Ce doit être encore plus savoureux en anglais car elle a un langage peu châtié.
La relation avec le père tient le livre : il pose des mots sur leurs interrogations et on sent que ces mots suffisent à les rassurer. C'est une figure de père exceptionnelle.
J'ai été aussi passionnée par le sujet : le réveil du Sud des États-Unis dans les années 30. Ce n'est pas du tout un livre pensum, c'est un regard de petite fille et des paroles du père qui construisent ce monde. Ce n'est jamais niais. Il y a un art du récit exceptionnel, par exemple, la scène devant la prison, l'apparition du voisin, le drame final. Le récit est construit, drôle, enlevé. Je vais le conseiller autour de moi.

Claire
Mis à part le personnage du père qui est attachant, ce livre m'a procuré un très très grand ennui. Cette histoire de Club des Cinq, ces mioches m'ont paru sans intérêt. J'ai lu la postface que j'ai trouvée très intéressante. La quatrième de couverture annonce : " Un roman grave avec une histoire de racisme ". J'ai attendu les 100 premières pages, ça se traîne... C'est sans intérêt, raplapla et platichon. J'ai eu un léger souffle d'intérêt quand ils vont chez Miss Maudie. Quel dommage que nous n'ayons pas plutôt lu les contes de Perrault.

Ève
Je me suis demandé si ce n'était pas un livre pour enfants... Tout est édulcoré et je ne l'ai pas trouvé très bien traduit. C'est assez manichéen : il y a les bons, les méchants et les moyens bons et les moyens méchants. J'ai été surprise par les us et coutumes : on offre des armes à des enfants pour Noël...
Et puis ça m'agace que l'on parle de sujets graves de manière un peu charmante. Le Klu Klux Klan n'est mentionné qu'une fois...
Ça commence par le bras cassé et ça se termine par le bras cassé... Or, le sujet grave et qui n'est pas traité, c'est la ségrégation, racontée du point de vue de l'enfant. Parfois, c'est bien relaté, factuel, mais je n'ai pas du tout été sensible au charme et à la poésie de ce livre. Je ne suis pas sensible à ce genre de roman. On annonce qu'il fait parti des plus grands romans du siècle (XXe) : moi je ne trouve pas. Ils ont juste des prénoms amusants : Atticus, Calpurnia…

Brigitte entre et
Après les abeilles de Sue Hubbel et Verre cassé, ce livre qui se suffit à lui-même se lit tout seul. L'auteur nous tient dans sa main, on se repose. On entre de plain-pied dans l'enfance, c'est rare et c'est très réussi. Pour elle, c'est aussi important de jouer avec des cailloux que le procès. Ça ne me choque pas plus que ça qu'elle ne parle pas réellement de racisme. Pour elle, tout est sur le même plan : le jeu avec une canne à pêche et ce qui préoccupe son père. La réussite du livre tient à cela. À la fin, nous savons nous aussi nous repérer dans le village : on connait le chemin pour aller à l'école, au tribunal et chez Miss Maudie. C'est ça, la vie des enfants. Et leur voisin Arthur qui les connaît par cœur, qui est toujours au fait de ce qu'ils font, qui les suit minute par minute ; cette proximité est magnifiquement décrite. On entre totalement dans la conscience de cette petite fille qui grandit. Il y a quelques invraisemblances : le pantalon recousu en quelques minutes, le costume en forme de jambon, le retour après leur agression : c'est moins spontané et fait un peu artificiel. Bon, j'ai été étonnée qu'elle arrive à convaincre le gros dur à cuire de Cumingham devant la prison : jusqu'où peut-on aller dans l'écriture pour faire avancer l'histoire ? C'est vraiment rare qu'un enfant prenne la parole devant un groupe d'adultes agressifs... Mais je suis contente d'avoir découvert ce livre qui m'a beaucoup intéressée.

Françoise D
J'ai passé un bon moment, je l'ai lu en anglais et c'est très facile à lire. Il y a un ton, une façon de parler très " Amérique profonde des années 30 ". Mais on peut aisément penser que ça se passe de nos jours. C'est bien amené, on attend ce procès qui arrive. En effet, ce n'est pas possible d'acquitter un noir ; j'ai vu un documentaire sur le procès d'un jeune noir qui a eu la chance de tomber sur un avocat d'office qui s'est démené pour le blanchir...
C'est un sujet d'actualité. Je me suis demandé si elle n'était pas un peu mûre pour ses neuf ans. La figure du père est très intéressante, il a beaucoup d'humour ; et l'institutrice qui ne comprend rien... : les caractères sont bien décrits, bien définis et le ton très juste, avec beaucoup de tendresse et en même temps sérieux et ironique. Ma copine américaine m'a dit que c'était un classique que tous les adolescents américains doivent lire.

Françoise 0
Comme Annick, j'ai été sensible à l'atmosphère, ce pays de racisme, avec les blancs et les petits-blancs. Cela m'a rappelé la Rhodésie de Doris Lessing. J'ai été en Afrique du Sud en 1975 et j'ai été profondément marquée par l'apartheid. C'est un livre qui offre un petit racisme ordinaire. L'homme en tant que père-citoyen est la figure du juste. Merci de me l'avoir fait découvrir.

Annabelle
Je suis très contente de ce livre car comme je ne rate jamais la séance de Noël je suis obligée de lire des contes et je déteste ça ! Même si je l'ai trouvé un peu longuet au départ, j'ai trouvé le ton juste et j'ai été prise par le livre. Cela m'a rappelé des choses lorsque je vivais dans un village : il y avait la famille X qui buvait et dont les enfants avaient des poux... La relation avec le père est très réaliste, par exemple, lorsqu'elle se dit que son père n'est pas si bien que ça, pas si fort, qu'il ne sait pas tirer à la carabine. Il y a une ambiance très américaine avec le " tireur de l'Ouest ". Pour tous ces aspects - et le procès, le racisme -, j'ai bien aimé. Mais comme ce livre a été écrit dans les années 60, ça devait à l'époque être encore plus fort peut-être.


Liliane
J'en suis à la page 129 et je ne continuerai pas. Le côté chaotique des enfants, leur compréhension du monde, tout cela aurait dû me plaire. Mais je me suis ennuyée. Je me suis posé la question du retentissement incroyable de ce livre aux États-Unis. Il ya quelques petites choses qui me charment mais ça ne va pas plus loin.

Élisabeth
On ressent très fort le côté version française de ce livre. Je ne trouve pas que cela ressemble à Truman Capote. Ce roman n'a pas eu beaucoup d'impact en France et en Europe. Il n'y a pas la saveur de la langue, ses expressions idiomatiques. J'ai trouvé intéressant ce regard d'enfant sur l'opacité du monde. Dans quelle mesure cet " apartheid " a-t-il pu influencer les écrivains du Sud, notamment sur le fait qu'ils deviennent écrivains ? La figure du père est très américaine, protestante, c'est la figure du juste local.


Nicole
J'ai lu ce roman comme un conte et me suis laissée emporter dans l'histoire. C'est pour cela que je l'ouvre en entier.
Mais à la réflexion, je me demande comment la sauce a pu si bien prendre. L'histoire est très « américaine » avec les bons sentiments, les méchants et les enfants qui découvrent le monde. Scout est vraiment très mature pour son âge ! Atticus trop parfait, Calpurnia idéale dans son rôle de gouvernante, les tantes bien comme il faut dans le moule. Seule Miss Maudie m'a semblé échapper à la caricature. Sans doute faut-il se remettre dans le contexte politico-social de l'époque. Ce roman m'a également rappelé étrangement Le Petit Copain de Donna Tartt que j'ai lu en trois jours.


 

 

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Dans une petite ville d'Alabama, au moment de la Grande Dépression, Atticus Finch élève seul ses deux enfants, Jem et Scout.