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Magda Szabo
La porte
Viviane Hamy
Sandrine
J'ai beaucoup aimé ce roman, car le récit est surprenant,
plein de rebondissements et de suspense. L'auteur prend son lecteur par
la main et l'emmène dans un dédale, celui de la découverte
de son personnage central, Emerence, des recoins de son âme, de
ses bizarreries, de ses habitudes incongrues. L'auteur rend la vie simple
et apparemment sans histoire d'une femme de ménage aussi lumineuse
et attractive que celle d'une star hollywoodienne ! Magda Szabo a
un grand talent de conteuse, à la manière des conteurs d'Afrique,
qui tiennent en haleine leur auditoire soir après soir, en rendant
le plus petit événement incroyable et palpitant. La dignité
et la pudeur de l'individu sont pour moi des sujets passionnants et d'émerveillement
sans fin. Chaque individu crée ses propres normes, limites d'acceptation,
contraintes
, certes influencé par sa culture et son éducation,
mais aussi par d'autres motivations inhérentes à l'individu,
parfois irrationnelles, souvent inexplicables. Où commence la sphère
privée, où s'arrête la sphère publique ?
Qu'est-ce qui est personnel ou ne l'est pas ? L'intimité existe-t-elle ?
Quand peut-on dire que deux personnes sont intimes ? Un livre que
je conseille vivement !
Katell
J'ai laissé tomber à mi-chemin. J'étais pourtant
curieuse de découvrir cette auteure. Même si l'on s'attache
un peu au personnage d'Emerence, comment ne pas être agacée
par ces rapports poussifs et sans intérêt. Des dizaines de
pages autour d'un chien ! J'avais déjà subi Fox, le
chien du narrateur de Houellebecq, mais là, ça dépasse
tout. On ne voit rien de la Hongrie. Est-ce que ça se passe à
Budapest ? A quelle époque exactement ? Les personnages
secondaires sont inconsistants. La narratrice tape de temps en temps sur
une machine, promène son chien qui se dirige tout seul, est mariée
à un homme qui ressemble à un ectoplasme. Il aurait mieux
valu faire une biographie de la vie d'Émérence. Un livre
nombriliste et rébarbatif.
Florence
Le livre s'ouvre et se clôt par un rêve (" la Porte ").
Comment ne pas y voir une structure psychanalytique ? La narratrice
" s'allonge " et nous raconte
quelque chose
qui s'apparente à un cauchemar. J'avais envie d'en sortir et pourtant
j'ai lu jusqu'au bout, terrorisée par le personnage d'Emerence
que j'ai perçu comme une sorte de sur-moi monstrueux, véritable
incarnation de la culpabilité de l'auteur. Emerence inverse toutes
les valeurs : elle est ignorante mais bien plus intelligente que
l'écrivain cultivée qui ne comprend rien à rien,
elle est dure, intraitable, mais au fond, infiniment généreuse.
Elle ne cesse de révéler à la narratrice sa bassesse,
sa bêtise, son arrogance, sa lâcheté. Elle ébranle
ses certitudes, sa foi, remet les choses à leur juste place
Bref, Emerence " fait le ménage " puisque la
narratrice est incapable de " balayer devant sa porte ".
Quant à ce qui se passe derrière la porte d'Emerence, dans
la " Cité interdite "
la narratrice finira
par en percer le secret en tuant Emerence et en laissant échapper
ses démons
L'interprétation symbolique de cette histoire est riche de signification,
je le perçois plus clairement maintenant, à y repenser.
Pourtant, je ne peux vraiment pas dire que j'ai aimé ce livre,
il a été pour moi d'une lecture douloureuse et je ne le
conseillerais pas à un ami
Anne
Je n'ai pas aimé ce livre, je n'ai éprouvé de sympathie
pour aucun des personnages. Emerence est colérique, tyrannique,
lunatique et cependant généreuse ; elle me déplaît
profondément. Seul le mari a la tête sur les épaules.
La narratrice est envoûtée, Emerence devient son gourou,
elle en devient même amoindrie malgré ses capacités
intellectuelles. C'est dommage. Le livre est ennuyeux. L'écriture
est simple, sans style, pas exceptionnelle. L'histoire du chien est choquante
et, dans la séquence sur le poème de la fête des mères,
c'est absurde. Il n'y a pas de quoi faire un bouquin.
Françoise D. 
Je n'ai pas vraiment accroché, bien que je l'aie lu jusqu'au bout.
Emerence est un personnage extraordinaire, mais peu sympathique malgré
sa générosité, et fatiguant. La relation avec la
narratrice est assez glauque, limite sado-maso. Je comprends le mari qui
se tient à distance. L'écriture ne sauve pas le récit,
certes riche en rebondissement, mais long tout de même. Finalement
ce qui m'a le plus intéressée, ce sont les quelques indications
sur la Hongrie, révélées incidemment, c'est ce qui
m'a semblé tel. Il est vrai que l'auteure ne pensait peut-être
pas être traduite en d'autres langues et exportée... Je n'ai
pas du tout aimé le rapport d'Emerence aux animaux qui soi-disant
l'adooooorent ! même si elle bat comme plâtre le pauvre
Viola
beurk. On a appris que ce récit était largement
autobiographique, mais Magda Szabo a dû cristalliser sur Emerence
d'autres vécus dont elle a eu connaissance, et du coup, ça
fait un peu too much pour une seule personne. Je n'ai pas marché.
Claire 
J'ai beaucoup aimé. C'est un livre très fort. C'est extraordinaire
cette narratrice qui prend sa femme de ménage comme gourou. Emerence
est un personnage grandiose. Le chien est génial et j'y crois !
Comment la narratrice peut-elle en supporter autant de la part d'Emerence ?
C'est parfois incredible
Le mari est passionnant, il est dans l'ombre,
ses relations avec sa femme sont en demi-teintes. Comment s'ennuyer en
lisant ce livre ! Il se passe mille choses, c'est trépidant
(le voisinage, la carrière littéraire
) ! Et l'écriture ?
Souvent très dense : " Je la laissai là,
allai dans ma chambre et mis un disque pour ne pas entendre ce que je
ne voyais pas. " J'ai eu envie de découvrir un autre
livre de cette auteure, et dans une librairie, devant La Ballade d'Isa,
à l'idée de lire un livre aussi éprouvant, j'ai calé
Annick
Un livre ennuyeux, glacial et glacé. Il y a un chef de clan. J'ai
l'impression qu'il y a là une métaphore du pays. Quelque
chose bloque toutes les relations. Emerence est un personnage très
intéressant, il y a un secret préservé jusqu'au bout ;
c'est une femme simple qui essaie de sauver sa dignité, son intimité.
Mais ça ne suffit pas à me passionner. La narratrice est
absolument insupportable, elle est égocentrique, nombriliste, antipathique ;
tout lui est bon pour faire des bouquins. J'ai eu du mal à finir,
c'est poussif. On voit une certaine Hongrie dans l'implicite : ce
que le système produit sur la vie des gens. C'est bien montré.
Christine
Ce livre m'a beaucoup plu. Je suis entrée immédiatement
dans son univers, et j'ai aimé sa construction, l'unité
de lieu : cette cour d'immeuble, la vie qui s'y organise, les tâches
dévolues, le mélange des classes sociales. La manière
dont on apprend peu à peu les épisodes de la vie d'Emerence
(de façon non chronologique). Les relations entre les personnages
sont très finement décrites. La narratrice a choisi de se
dépeindre de façon toujours négative. Emerence est
un personnage de roman, elle s'est fait une règle de vie, son enfance
a été très douloureuse, mais on ne s'y appesantit
pas. Elle a souffert mais ça ne l'a pas détruite, elle a
réussi à se construire. Chaque fois qu'elle a donné
sa confiance à quelqu'un, elle a été déçue.
A la fin de sa vie, elle donne sa confiance à la narratrice pour
qu'elle tue ses chats. Le triangle Emerence/la narratrice/le mari est
intéressant. C'est émouvant chaque fois qu'Emerence baisse
la garde. C'est cependant un peu long et la fin n'est pas aussi réussie.
Geneviève
C'est un livre intéressant car l'identification est impossible.
Au début, la narratrice est agaçante. Finalement, tout est
vu à partir de ce qu'elle pense de la vie d'Emerence, ça
c'est assez fort. Le rapport triangulaire Emerence/la narratrice/le chien
est un rapport très intéressant. C'est la même chose
avec le mari. Emerence et le mari traitent la narratrice comme une enfant.
Le personnage de Chouchou est intéressant ; ce sont des personnes
qui sont dans l'efficacité. Il y a une mise en cause permanente
de ce qui est bien, et de ce qui est mal. On partage la fascination de
la narratrice pour Emerence. Le colonel est aussi un personnage attachant.
L'histoire s'inscrit dans le cours du roman. La culpabilité de
la narratrice en fait un personnage en creux, reflet de la vie politique
du pays. La fin est un peu plus faible. Je suis très contente d'avoir
lu ce livre.
Annabel 
Au début, ça m'a barbée et puis j'ai eu une révélation
au moment où Emerence leur fait des cadeaux ; Emerence prend
de plus en plus de place. On apprend des bribes de sa vie. C'est un personnage
flamboyant, elle fascine les animaux et moi qui voudrais bien en faire
autant, je n'y arrive pas... La relation avec le chien n'est pas ridicule,
elle l'utilise pour faire plier la narratrice. La narratrice m'a touchée,
elle a une vie sociale très pleine, elle ne veut pas laisser tomber
Emerence, donc elle loupe tout. J'ai été gênée
par mon manque de repères sur la Hongrie, mais au fur et à
mesure, on voit en filigrane ce que le régime communiste a apporté.
C'est décrit avec beaucoup de finesse. Emerence avec ses principes,
sa morale, ses secrets, est un personnage superbe.
Françoise O.
Je n'ai pas l'habitude de relire les livres et j'avais lu celui-ci à
sa parution, en plusieurs fois, avec difficulté. C'était
dur, long, pas marrant. C'est sans doute ce que voulait l'auteure car
elle a été confrontée à ce personnage. La
vie d'Emerence a été si dure que la narratrice doute de
la vérité de ce qu'elle dit. Ce livre se déroule
sur 20 ans. La fin est expédiée en quelques lignes. Toute
sa vie, Emerence a protégé sa porte, son trésor,
sa vie, tout ça est décrit en quelques lignes. L'explication
de la porte tombe trop rapidement, ça m'a semblé gâché.
En relisant ce livre, j'en ai conclu que son sujet était la culpabilité
de la narratrice, c'est elle qui l'a tuée. Elle s'est engagée
dans une relation où elles étaient toutes les deux dans
l'erreur. Emerence avait confiance dans la narratrice, et la narratrice
aurait pêché par excès de confiance en elle. On voit
aussi la situation d'adultes n'ayant pas voulu d'enfant pour ne pas avoir
de pression. La narratrice a tout trahi, elle avait promis que personne
n'entrerait chez Emerence. Elle est donc responsable de la mort symbolique
d'Emerence. Elle est prise entre sa promesse et la non-assistance à
personne en danger. Merci pour cette deuxième lecture grâce
au groupe.
Jacqueline
J'avais aussi déjà lu le livre et j'en avais gardé
le souvenir de quelque chose de très fort, de terrible. Je l'ai
relu avec plaisir. Je suis entrée dedans, avec l'envie de connaître
la suite. Emerence a l'air un peu zinzin mais avec une force de caractère
extraordinaire. La culpabilité de la romancière est un ressort
un peu classique. Cette narratrice est plutôt sympathique, elle
réajuste toujours son jugement. Au fur et à mesure, la grandeur
d'Emerence apparaît, elle fait ce qu'elle juge bien, elle a une
grande rectitude. La romancière fait parfois référence
à l'histoire de son pays, à la fierté nationale,
Emerence représente bien cela. Par rapport au suicide de Polett,
la force d'Emerence qui l'a accompagnée, a accepté ce suicide,
elle le transmet à la narratrice. Ça se lit très
bien, il y a une sorte de suspense.
Liliane
C'est un roman sur la culpabilité, mais il ne faut pas s'arrêter
à ça. C'est un roman d'apprentissage.
La narratrice par ses réactions face au régime communiste
est déjà une Emerence en embryon. Emerence lui apprend à
aller au bout d'elle-même et à être libre. La narratrice
n'a pas compris le message d'Emerence : le plus beau cadeau qu'on
puisse faire à quelqu'un, c'est de ne pas le faire souffrir. Emerence
a appris à la narratrice que ce qui compte, c'est la parole qui
vient sur le moment et pas ce qui reste après (les meubles tombent
en poussière) ; ce qui compte c'est le geste. La narratrice a toujours
composé, même si elle a rencontré la rectitude, la
grandeur d'Emerence qui lui a appris à aller jusqu'au bout de ce
qu'elle peut être. J'ai lu ce livre avec plaisir car j'aime bien
les rebelles. La fin est décevante.
Brigitte 
J'ai été subjuguée par les premières pages,
emportée par l'univers. La traductrice a très très
bien traduit : on n'est jamais gêné par la traduction,
on croirait que c'est écrit en français. Ça commence
de manière poétique avec Emerence et des roses pas faites
pour elle, avec un personnage déconcertant. La fin est beaucoup
moins bien, après trois ou quatre chapitres, je trouvais qu'on
aurait pu s'arrêter là. L'histoire de la culpabilité
ne m'a pas frappée. J'ai été intéressée
par le personnage d'Emerence : ceux qui ont connu des choses terribles
ne peuvent les faire comprendre. Une chose qui n'a pas été
dite à propos de la famille Grossmann : la petite fille reste,
Emerence la fait rejeter par sa propre famille pour la sauver : c'est
suggéré, dit entre les lignes ; Emerence a eu cette
générosité sans jamais s'en vanter, c'est normal
pour elle, on l'apprend par inadvertance. Elle fait ce qu'elle peut, sans
se soucier du qu'en dira-t-on. Or, dans les pays totalitaires, les gens
sont décervelés. Ce personnage est libre, ne transigeant
pas avec ses propres idées. La narratrice met en avant ses incertitudes
par rapport au côté monolithique d'Emerence qui certes ne
se remet pas en question. C'est un livre très intéressant,
mais long, avec une fin artificielle.
(S'ensuit un débat sur 2 lectures différentes de ce livre :
soit on suit le fil de la culpabilité, soit on se fiche de la culpabilité
en lisant le livre).
Marie Thé
Japprends quà Paris vous avez échangé
sur La Porte de Magda Szàbo. Javais lu ce livre à
sa sortie, et me souviens dun livre fort. Emerence aime intensément
lauteur, amour maternel
mais qui aimerait être aimé
de cette façon ? En refermant ce livre, je pensais « aimer
est dangereux » (cela fait penser à Schopenhauer). À
chaque fois quEmerence a aimé (être humain, animal)
drame et souffrance étaient au rendez vous...
Lil
J'ai adoré ce livre : un livre fort sur la culpabilité
et, surtout, sur le risque de souffrance lié à l'amour.
Le personnage d'Émerence, totalement libre et rebelle, à
la fois tyrannique et magnifiquement généreux, m'a fascinée :
je comprends l'attrait de la narratrice pour cette femme hors du commun
qui sait aimer et punir avec le même excès (les animaux ne
s'y trompent pas !), qui donne et exige des preuves d'amour selon
un code très personnel, incompréhensible pour la narratrice
qui ne fonctionne pas du tout sur les mêmes schémas, d'où
son trouble, ses doutes, ses colères, parfois.
J'ai ouvert ce livre et ne l'ai pas lâché, happée
par l'insolite de cette relation. Chaque fois qu'Emerence baisse sa garde
et livre un pan de sa vie sur fond de Hongrie communiste, on accède
à un peu plus de compréhension du comportement de la vieille
femme, mais le mystère n'est jamais complètement levé...
De quelle texture sont donc ces relations très fortes qu'on ne
s'explique pas et dans lesquelles on s'embarque, mû par une étrange
fascination ???
" Il est des nuds secrets, il est des sympathies,
Dont, par le doux rapport, les âmes assorties,
S'attachent l'une à l'autre, et se laissent piquer
Par ce je ne sais quoi qu'on ne peut expliquer. "
(Rodogune, Corneille)
Un article éclairant
Dans Le Monde, Raphaëlle Rérolle raconte qu' " enfant
déjà, Magda Szabó s'acharnait à regarder dans
les coins sombres, à fouiner dans tous ces endroits faussement
tranquilles où personne ne va jamais fourrer son nez. Comme en
cette année de collège où son professeur de lettres
avait demandé à la classe d'observer une grande toile représentant
une scène biblique, puis de décrire l'un des personnages
du tableau. Magda, contrairement à ses camarades, n'avait choisi
aucune des figures de premier plan. Son il à elle s'était
arrêté en périphérie de la scène principale,
sur n chien minuscule " que personne n'avait jamais remarqué
", dit-elle, et pour lequel elle avait brodé un destin de
son invention.
Quelques décennies plus tard, la remarquable romancière
n'a rien perdu de son aptitude à déplacer le centre de gravité
d'un récit vers le point le moins attendu. (
) A priori, pourtant,
le sujet n'est pas vraiment inédit. En évoquant les relations
(largement autobiographiques, reconnaît-elle) d'une intellectuelle
avec la femme qui s'occupe de son ménage, Magda Szabó s'inscrit
dans un schéma littéraire d'apparence assez traditionnelle.
Sauf que, fidèle à ses malices de collégienne indocile,
l'écrivain renverse le point de vue habituel. Au lieu de décrire
une employeuse par le truchement du regard de l'employée, La Porte
fait tout le contraire. C'est donc l'employée qui devient l'objet
de toutes les questions de sa patronne transformée en narratrice
- et, par conséquent, du lecteur. Contrairement à l'employée,
une grande femme d'un certain âge prénommée Émérence,
l'employeuse ne peut pas s'introduire chez celle dont elle cherche à
scruter l'existence. (
)
Bien que les deux femmes soient sans descendance, l'auteur imagine des
situations proches de la relation mère-enfant, à la fois
entre elles et avec d'autres personnages. Elle non plus, Magda Szabó,
n'a pas eu d'enfant et pour des raisons d'opposition politique - du moins
au départ. "Je suis protestante, ma famille l'était
avant moi, explique Magda Szabó. Alors je proteste, je ne peux
pas faire autrement. " (
) Entre 1948 et 1956, époque
la plus rude du communisme hongrois, l'enseignante de philologie qu'elle
était avant la guerre a été condamnée à
enseigner dans une école primaire, tandis que son mari, écrivain
lui aussi (et ancien secrétaire général de la radio
hongroise), livrait du charbon et servait de porteur aux épouses
des dignitaires du régime. Magda Szabó, qui avait déjà
obtenu un prix littéraire pour un recueil de poésie, en
1948, refusait catégoriquement tous les travaux d'écriture
proposés par le régime. " Je leur disais que l'envie
d'écrire m'était passée, que j'étais comme
un flacon de parfum évaporé. " Dans l'ombre, elle s'était
affiliée à un cercle d'écrivains, Nouvelle Lune,
dont les douze membres, jeunes pour la plupart, avaient juré de
ne jamais servir ce régime et même de ne pas avoir d'enfant,
pour ne pas risquer de donner prise à leurs oppresseurs.
Des années durant, Magda Szabó n'a donc rien publié
en Hongrie, ce qui ne l'empêchait pas d'écrire. En 1959,
les conditions politiques s'étant améliorées, elle
fait paraître Le Faon, un roman qui contient une critique voilée
du régime. "On m'a laissée faire, en m'avertissant
que c'était la dernière fois. " Entre-temps, une traduction
clandestine l'a fait connaître à l'étranger, par l'entremise
de l'écrivain allemand Hermann Hesse. "Il a appelé
son éditeur, Fischer Verlag, en lui disant : j'ai pêché
un poisson d'or pour vous ", se souvient-elle avec émotion.
Aujourd'hui, Magda Szabó est fêtée comme il se doit
dans son pays, où elle a reçu la chaîne du roi Matyas,
distinction suprême qui l'embarrasse par sa taille et par son poids.
"Je ne sais jamais avec quoi la mettre ", plaisante-t-elle,
toujours prête, même dans son grand âge, à jeter
le conformisme par-dessus les moulins pour garder sa liberté d'esprit."
(Le Monde du 24 octobre 2005)
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