Vassili Grossman
Vie et Destin
livre de l'été, énorme livre de l'été (812 pages !). Les amateurs de gros livres sont ravis. D'autres se révoltent en disant que " le livre de l'été " devient un boulet, qu'il faut changer de formule, etc.
Sabine a proposé ce livre depuis Nîmes en disant qu'il était formidable. En vérité, elle ne l'avait pas vraiment lu, et en plus n'a pas communiqué son avis, d'ailleurs elle n'a pas retrouvé le livre
Françoise ![]()
trouve le livre intéressant sur le plan historique : elle évoque1942,
mais aussi les purges de 1937, l'enterrement de Lénine, les koulaks
spoliés et affamés, la répression de toutes les minorités.
Il est frappant de constater que ce que l'auteur nous dit de la vie quotidienne
des Russes en 1942 -et avant- semble toujours aussi actuel (promiscuité,
appartements partagés, queues dans les magasins
et la Tchétchènie...).
On voit aussi comment les hommes étaient cassés et comment ils
finissaient par " avouer " n'importe quoi, et la conviction des " vrais "
communistes, jusqu'à ce qu'ils deviennent eux même victimes.
Françoise cite le credo de Krymov (p.496-497) -c'est l'histoire de
Russes parfaitement intégrés- et des passages qui l'ont intéressée
: le dialogue Liss-Mostovskoļ, le rapprochement communisme/national-socialisme,
les doutes qui s'insinuent chez Mostovskoļ (p.371). En revanche, elle trouve
le récit assez confus : à chaque fois qu'on change de lieu,
il faut se remémorer le contexte ; confus aussi à cause des
changements de noms, il faut du temps pour savoir de qui il s'agit. C'est
un peu long. Et l'intérêt est plus historique que littéraire
: ce livre permet de comprendre. Cet auteur actuel est en tout cas aussi désespéré
que Pelevine.
Manuel
n'a pas d'avis définitif. Comme beaucoup d'entre nous, les changements
de lieux et de personnages (et il faut vraiment s'y retrouver!) n'ont pas
permis à son stade de lecture (page 134) d'appréhender l'ensemble
du projet. Il s'est promis d'y revenir lors de vacances moins mouvementées.
Liliane ![]()
a retardé le moment de s'y mettre, étant donné qu'il
ne s'agissait pas vraiment d'une lecture de vacances... Elle a trouvé
difficile de s'y retrouver parmi les multiples personnages aux multiples noms.
De plus, c'est la suite d'un livre : on est censé connaître déjà
la vie des personnages. Cependant, dans la deuxième partie, elle a
senti un autre rythme s'installer : on reconnaît des personnages dans
cette fresque. Elle attend pour tirer une conclusion d'avoir terminé
le livre, pressentant qu'un surcroît de sens éclaire tout le
livre. Elle apprécie la force des dialogues, de la confrontation entre
les personnages, la finesse, l'ambiguļté de la pression d'un système
politique sur la vie intime des gens. L'alternance des textes théoriques
et des récits est éclairante. Par contre, les descriptions de
paysages sont moins réussies. Bien que la lecture de ce livre soit
aride et pas adaptée à l'été son avis est très
positif.
Jacqueline 2 ![]()
a lu moins de 200 pages, a trouvé des passages intéressants,
touchants. C'est russe, donc très ennuyeux
notamment les descriptions,
les noms : on s'y perd. On ne peut lire le livre longtemps, car c'est compliqué,
ça traîne. Elle souligne quand même de beaux passages :
la femme qui va voir son fils mort, qui revient transformée. Elle n'a
pas aimé les passages sur la guerre. Mais elle continuera sa lecture.
Jacqueline 1 ![]()
a été rebutée par le second chapitre qui se passe dans
un camp de concentration (qui est en fait un camp de prisonniers) qui lui
a semblé faux par rapport à ses autres lectures sur les camps,
telles Charlotte Delbo. Une fois cette gêne passée, elle a trouvé
le livre intéressant, souhaite le finir. Dans cette fresque, elle s'est
aussi perdue parmi les personnages, mais trouve qu'au fur et à mesure
cela s'organise, tout en restant difficile. La lettre de la mère juive
est très touchante.
Madeleine ![]()
se sent un peu seule face aux réticences des uns ou des autres. Enfin
un bon livre pour l'été ! Elle signale que l'auteur a emprunté
la structure de Guerre et paix et qu'elle n'a pas grand chose à
dire sur le style ou l'écriture. Mais elle a trouvé le livre
extraordinaire dès le départ. Perdue dans les noms des personnages,
elle a aimé toutes les questions posées, des questions fondamentales
: sur l'engagement idéologique, la nature humaine, le bien et le mal
; les réflexions théoriques sont bien placées. Grossman
a une sorte de prescience pour se mettre à la place d'êtres très
différents de lui. Enfin, l'histoire de l'auteur lui-même est
très intéressante : elle souligne sa lucidité après
la guerre de 39-45, son courage pour avoir écrit ce livre à
cette époque. Mais elle nie qu'il soit une création littéraire.
Christine ![]()
a eu du mal à se décider à lire ce livre. Puis elle s'est
proposée de le lire sans effort, sans s'en faire, même si elle
se perdait. Résultat : ça lui a beaucoup plu. Si elle n'a pas
aimé les discussions théoriques, elle a apprécié
certains aspects humains : comment des gens peuvent vivre dans un tel régime
totalitaire, comment ceux qui ne sont pas envoyés dans les camps pensent
que ceux qui sont arrêtés ont fait quelque chose : tout ça
est très bien fait. Elle a aimé aussi le fait qu'il n'y a pas
de héros, de personnages positifs : ils ont même plutôt
antipathiques. Les relations sont décrites de façon subtile.
Génia, assez futile, a une belle histoire d'amour. L'antisémitisme
est bien montré. Les séquences sur la guerre sont réussies.
Ce qui paraît incroyable, c'est que le manuscrit n'ait pas été
détruit, voire que l'auteur l'ait envoyé à une revue,
vu son contenu explosif
Roselyne ![]()
avait proposé ce livre. Elle l'a beaucoup aimé. Elle l'avait
déjà lu au début des années 80, peu de temps après
sa parution en France, sur les conseils de sa prof de russe. Elle avait lu
aussi, au moins en partie, Pour une juste cause, dont elle avait à
traduire des passages. Brigitte nous dit qu'elle a été très
contente de relire à nouveau Vie et destin : " car j'avais oublié
beaucoup de choses. Cette fois-ci, je l'ai lu en faisant attention à
suivre les personnages (lecture longitudinale) : Mostovskoļ, Sofia Levintone
et le petit David, Ikonnikov-le-Morse, Erchov, Abartchouk, Guetmanov, Novikov,
Viktorov, Darenski, Krymov, Sokolov (qui n'est pas lāche, même s'il
en a l'apparence) et Macha, Anya et Victor Strum, Lioudmila et Nadia, Tolia,
Serioja, Génia, Vera, Stepan Fiodorovitch Andreļev, Alexandra Vladimirovna,
(tous plus ou moins des Chapochnikov), Grekov et les gens du 6bis. Je crois
avoir mieux compris qu'à la première lecture. Ces personnages
sont tous consistants et tout à fait vraisemblables. Je retiens en
particulier l'ambiance permanente de suspicion : il faut se méfier
tout le temps de tout le monde (par exemple : Trotski avait dit des écrits
de Krymov : " C'est du marbre! " : nous voyons comment cette information parvient
aux juges d'instruction de la Loubianka, via Génia, Novikov et Guetmanov).
Je retiens aussi, évidemment, la ressemblance de l'état soviétique
avec le monde nazi, ainsi que les réflexions sur la liberté,
sur le sentiment national. J'ai été frappée par la description
de la chambre à gaz, par la lettre d'Anya Strum à son fils,
par l'interrogatoire de Krymov, par le sort d'Erchov, qui malgré tout
ce qu'il avait subi croyait en son pays, et qui dans le camp est écarté
du projet de soulèvement militaire qu'il avait initié, car ses
origines sont impures (fils d'un soi-disant koulak !). Intéressante
aussi la description de la montée de l'antisémitisme ! Et, pour
finir, la destinée de Strum, qui après avoir repris son poste
de chercheur, signe une lettre indigne et reçoit immédiatement
après des marques de respect pour son attitude précédente
extrêmement courageuse. Comme quoi, dans un tel monde, personne n'est
à l'abri de la lācheté ! Bien sūr, le tout dernier chapitre
est optimiste : un couple se retrouve à la fin de la guerre dans le
bonheur, mais pour moi, ce n'est pas le reflet du livre. Je pense que dans
toutes les sociétés, et notamment dans la nôtre, toutes
ces attitudes de lācheté ne tarderaient pas à apparaître,
si nous nous trouvions dans un état totalitaire. J'admire Grossman
d'avoir écrit un tel livre, d'avoir eu l'intuition de toutes ces situations,
depuis sa position de journaliste soviétique. Je comprends qu'en 1960
le KGB ne l'ait pas apprécié et ait interdit sa publication
! "
Claire ![]()
a commencé à le lire dans l'avion Paris-Hanoļ (200 pages environ)
et a gardé la suite pour le retour. Hélas, elle l'avait oublié
dans l'avion de l'aller. Vu la très mauvaise impression du livre en
poche (dégueulasse) et le volume terrifiant d'épaisseur, elle
ne l'a pas racheté. Immédiatement perdue parmi les personnages,
elle a lu chaque chapitre comme un tout. L'écriture est efficace, sans
graisse, mais jamais sèche. Elle proteste vis-à-vis de ceux
qui ne considèrent pas ce livre comme littéraire : être
romancier, écrivain, ne consiste pas qu'à être poète
et à ciseler les mots, mais aussi à emporter le lecteur dans
des récits, des reconstitutions, et à réaliser une composition
(ici magistrale)
Si elle avait lu tout le livre, elle serait sans doute enthousiaste
(passionnément ou à la folie), mais comme ce n'est pas le cas,
elle est plus réservée (un peu ou beaucoup). Dans une certaine
confusion, elle ressent une probable admiration pour le projet, mais n'a pas
envie de lire des livres comme ça
Florence b.
J'ai lu avec attention vos remarques sur cette oeuvre. J'ai eu l'occasion
de le lire lors du programme de khâgne il y a deux ans et j'ai trouvé
ce témoignage tout à fait bouleversant. Je trouve dommage qu'une
de vos lectrices compare ce livre avec Charlotte Delbo : l'un a été
journaliste communiste à ses débuts, l'autre poète. Difficile
de juger deux genres littéraires différents! Je suis également
déçue qu'une telle oeuvre ne trouve pas plus d'échos.
Que demander de plus : elle comporte un contour historique, des sentiments
forts, du suspens, du style.....dommage.
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