D.H. Lawrence
L'amant de lady Chatterley
folio
Christine ![]()
J’ai beaucoup aimé, tout, tout, tout. Dès le départ,
dès la jeunesse de Constance en Allemagne où à cette époque
la sexualité ne l’intéresse pas. J’ai aimé les descriptions
de la maison de Clifford, de la région, de la mine, de cette petite
société qui tourne autour de Clifford, avec des discours socialisants,
ainsi que l’analyse de la vie artistique. Le personnage d’Hilda, qui est présent
par intermittence dans la vie de Constance, est intéressant. J’ai été
passionnée par la relation de Constance avec Clifford. Elle pose toujours
des questions : que veut-elle savoir ? J’aime la façon dont le garde-chasse
voit Constance débarquer dans sa vie, cette relation est vraiment intéressante
: les dialogues, avec les réponses en patois qui servent à Mellors
à se défendre, le langage des amoureux, l’histoire de l’enfant.
Et en regard, l’obsession de Clifford pour ne rien changer dans sa relation
avec Constance. Quant à la relation avec Mrs Bolton, elle est très
importante et bien décrite. La traduction de Pierrette Fleutiaux est
de qualité.
Brigitte ![]()
J’ai lu ce livre pour la première fois et l’ai bien aimé.. J’ai
trouvé le début assez ennuyeux, avec ces gens qui veulent remplacer
la sexualité par du bla bla, avec une vision écologiste. Le
livre a été écrit à l’époque des surréalistes
après la guerre de 1914 ; on voit bien les mines imbriquées
dans les grandes propriétés terriennes. Finalement le roman
est très bien fait, avec des surprises. On s’attend toujours à
ce que quelqu’un prévienne le mari, eh bien non. Je trouve que Clifford
mérite la compassion et que l’auteur est trop dur pour lui ; sa destinée
est vraiment tragique. J’aurais ajouté une ou deux phrases en sa faveur.
Le père de Constance est aussi un personnage intéressant.
Liliane![]()
Je venais de lire La femme de ménage de Christian Oster, et
la lecture de Lady Chatterley a produit un fort effet de contraste… L’histoire
ne se suffit pas, elle est entrelardée de théories, un genre
se cherche. J’aurais préféré que Lawrence s’en tienne
au roman, il y a trop d’explications à mon goût sur les classes sociales.
Le romanesque s’impose, en dépit de dialogues aux digressions théoriques.
Je suis étonnée par la pensée d’avant-garde de Lawrence.
Je me souviens d’une lecture de 1968 Sexualité et lutte de classes.
Lawrence explique cela un peu péniblement, mais son effort est louable.
Et l’auteur a un réel souci de comprendre la sexualité des femmes.
J’ai été touchée par la prudence du garde-chasse à
l’orée de la relation, blessé par ses expériences précédentes
: « alors on repart en guerre ». C’est un livre intéressant avec ses
défauts.
Marie-Jo ![]()
Je n’ai lu que 200 pages, tout en lisant deux autres livres. Celui-ci ne s’est
pas imposé : verbeux, attendu, convenu. Je ne suis pas sûre de le terminer.
Jacqueline![]()
J ’ai beaucoup de mal à en parler. Je l’ai lu avec énormément
d’intérêt. Certaines choses sont étonnantes, certains
comparaisons par exemple, déconcertantes. Mon intérêt
a été soutenu, mais avec quand même une lassitude au moment
des discussions. J’ai retrouvé certaines impressions ressenties avec
Amants et fils. J’ai beaucoup aimé la description de la noirceur
de la mine. J’ai lu les autres versions de Lady Chatterley, L’homme
des bois et une première version publiée après sa
mort par sa veuve. Ces différentes versions montrent l’énorme
travail du romancier.
Sandrine ![]()
Un délice … un plaisir parfait. Tout y est dit. Rien à ajouter.
Le bonheur de l’écriture des auteurs britanniques du XIXe : un mélange
de délicieuse subtilité et d’élégance. Un roman
qui dépasse toute idée de vulgarité, cynisme ou perversité.
Un thème si délicat à traiter … les personnages sont
tout simplement beaux, criants de vérité avec leurs faiblesses.
De la littérature et de la grande littérature: par le style,
la qualité narrative, la richesse de l’histoire et l’intemporalité
des questions posées. Je suis très rarement enthousiaste pour
un livre, mais ici je reconnais être en présence d’un petit chef-d’œuvre.
Une très grande richesse de réflexion, une analyse juste et
précise. Tant de choses sont ici dites, et avec quelle justesse. Sur
les rapports homme/femme bien sûr, mais aussi sur la société
britannique de l’époque. Un roman à mon sens très contemporain
et actuel, sur la place de l’individu dans la société, sur l’épanouissement
personnel, sur la recherche du bonheur. Je me suis laissée prendre
par cette histoire où les personnages sont si authentiques dans leurs réactions.
Un roman révolutionnaire pour l’Angleterre des convenances et attachée
à ses codes sociaux … des “héros” libres et qui assument leurs
choix et leurs décisions.
Françoise![]()
Ce titre est trop réducteur, le livre aurait pu s’appeler simplement
Lady Chatterley ou même Constance Chatterley car il s’agit
de beaucoup plus qu’une relation amoureuse/érotique. Tous les caractères
bougent, évoluent, se transforment, de même que toutes les relations
entre eux –Constance/Clifford, Constance/Mellors, Clifford/Mrs Bolton …Ce
n’est jamais simpliste. Bien sûr le rapport de Constance et du garde-chasse
est central (et captivant), ainsi que le rôle de la forêt-refuge
dans leur psychologie. Et puis il y a toute la dimension sociale et historique
; l’émergence de l’industrie -qui se substitue peu à peu la
campagne anglaise- et d’une classe ouvrière. Lawrence attache beaucoup
d’importance à cette dimension. Constance et les autres (surtout Clifford)
se font le miroir de cette toile de fond, et Clifford a évidemment
un rôle-clé en tant qu’aristocrate terrien et possédant
la mine. On comprend pourquoi ce livre a fait scandale. Tout est dérangeant
: pas uniquement les descriptions des rapports sexuels. Le sexuel est partout
et s’exprime (même par la voix de Mrs Bolton) ; également le
fait que Clifford soit prêt à accepter que sa femme ait un enfant,
et le dise clairement. Beaucoup de passages sont intéressants : la
façon dont Clifford exprime son désir d’enfant et la façon
dont Constance le perçoit (p.112 & 212), le personnage de Michaelis
et son rapport à Constance (p.128), la disparition de l’Angleterre
rurale et terrienne (p.275 à 279), la voiture de Clifford tombée
en panne et l’aide de Mellors (p.324 à 333) . C’est une critique mordante
de l’industrialisation qui créé des classes encore plus étrangères
les unes aux autres. C’est un récit très riche, à plusieurs
niveaux, et qui ne s’essouffle jamais. Ce fut un grand plaisir de lecture.
Claire![]()
J’ai lu ce livre sans rien en savoir, ce qui est un des privilèges
de l’inculture. Quand j’ai lu l’histoire et la date du livre, j’ai été
baba. J’ai adoré le romanesque de ce livre, et en même temps
son ambition, du fait des thèmes croisés. Les personnages principaux
sont passionnants à suivre. Certaines scènes psychologiques
sont réussies : par exemple, la scène à trois avec la
panne de voiture. Les voix des personnages sont remarquables, par exemple,
le monologue de Mrs Bolton . L’image avant-gardiste de ces jeunes filles libres,
cultivées est très positive en ce 8 mars 2002 et pour 1928.
Plusieurs fois, je me suis demandée : qui parle ? Par exemple, p.200
: « Angleterre, ma patrie ! Mais où est mon Angleterre ? Si c’est le narrateur,
nous n’avons pas été présentés. Le temps non plus
n’est pas toujours clair : combien d’années se déroulent, je
n’ai pas repéré ; mais ce n’est pas désagréable.
J’ai été partagée entre l’intrigue, palpitante, terriblement
romanesque et l’outrance, voire le ridicule d’un lyrisme de pacotille ou d’une
verbosité qui peut surgir en toutes circonstances : un clou, c’est
lorsque notre garde-chasse pénètre notre lady et se dit, sachant
faire deux choses à la fois : « Je défendrai l’éveil
de la conscience corporelle et la tendresse entre les êtres. Elle est
ma contrepartie. Ceci est un combat contre l’argent, contre le machinisme,
contre l’idéal grotesque de ce monde de singes. » J’abrège,
tellement c’est bandant. La preuve : « sa semence jaillissait en elle ». Ridicule
aussi des métaphores filées à qui mieux mieux : par exemple,
p.140, la réussite est comparée à une chienne, et tout
y passe, la viandes, les os, les différentes sortes de chiens, qui
grogrent, etc. La nature en est victime dans les descriptions : par exemple,
« les anémones sauvages étaient grandes ouvertes, éclatantes
de joie de vivre », aïe aïe, les joyeuses anémones. Le corps et la
sexualité ne sont pas épargnées : la poitrine de Michaelis
« semblait lancer un cri d’enfant dans la nuit ». Et en ce qui concerne notre
héros : « son pénis se mit à frémir comme un oiseau
qui s’éveille ». Il faut en lire les effets : « une autre personnalité
s’éveillait en elle, dans une fusion ardente et douce de sa matrice
et de ses entrailles », ou mieux encore : « elle fut touchée au vif
de tout son plasma ». Moins rigolo, j’ai été gênée
par les tendances douteuses : une obsession de la virilité « sociale
» et un élitisme suspect, accompagné d’une forme de racisme.
La virilité, obsessionnelle : « qui donc a dépouillé
les gens de leur vie naturelle et de leur virilité pour les livrer
à cette horreur industrielle ? » On se croirait dans L’horreur économique.
« La seule chose qui excite le monde moderne, c’est de supprimer ce qu’il
y a d’humain, de réduire la virilité(…) en bouillie (…) une
livre humaine pour chaque prépuce et deux pour chaque paire de couilles
». A cela, s’ajoute un côté réactionnaire nostalgique
de l’Angleterre des coches et des cottages, voire de Robin Hood. et accompagnée
de la façon ad hoc de parler du peuple, et en particulier des ouvriers
: les masses immuables, les basses classes, avec leur « laideur », « le peuple
n’est pas une race », une « race de cadavres ». Notons l’amalgame entre race
et classe : Clifford «était d’une autre race ( …) c’était parfait
avec des gens de la même classe et de la même race ». Enfin, l’auteur
parle vraiment de race aussi : Tommy, « c’est un fin de race » ; sur l’attitude
de Clifford : « une froideur vaniteuse dépourvue de chaleur humaine,
aussi corrompue qu’un juif de basse extraction impatient de se prostituer
à la Déesse de la Réussite ». Et Tevershall, présenté
comme « une jungle au cœur de l’Afrique plutôt qu’un village anglais
» ! Et les Italiens : « Les Italiens ne sont pas passionnés car la
passion est une affaire de profondeur. » ! Finissons par la touche eugéniste
: « à un certain stade de civilisation, on éliminera bien les
handicaps physiques. Par exemple, à quoi bon l’amour et tout ce qui
s’ensuit. On s’en passera le jour où l’on saura élever des bébés
dans des éprouvettes. » Houellebecq n’est pas loin…
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