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Antonio Lobo Antunes
Le cul de Judas
Edition Métailié
Françoise
Je navais jamais rien lu de cet auteur. Dès les premières
pages jai eu la certitude de me trouver en présence dun
grand écrivain. Cest une écriture puissante et poignante,
qui ne ma pas quittée jusquà la fin. La violence
et la densité font penser à Céline, le langage baroque,
le foisonnement, les longues phrases qui nen finissent pas, à
Garcia Marquez, mais cest une voix unique.
Lobo Antunes a des choses à dire et il sait les dire. Ses récits
sont nourris de son vécu, la guerre dAngola, lhôpital
psychiatrique
Cest une désespérance et un réquisitoire
implacable contre son pays ; car tout ça nest pas le fruit
de son imagination (on peut faire le parallèle avec la guerre dAlgérie
).
Jai aimé la forme du récit, le va-et-vient entre ce
bar à Lisbonne, où il parle à une femme rencontrée
là et « sa » guerre en Angola, dans une sorte de spirale
concentrique, se rapprochant peu à peu du présent, mais
pour finalement se rendre compte quil est toujours là-bas.
Il narrive pas à quitter lAngola. Cest un récit
noir (pour le fond) et splendide (dans sa forme).
Après Le Cul de Judas, jai tout de suite enchaîné
avec La splendeur du Portugal que jai lu avec le même
effroi et le même bonheur, où jai retrouvé la
même musique, la même folie, la même construction du
récit, mais cette fois à plusieurs voix, si bien que parfois
on ne sait plus qui parle mais cest toujours aussi prenant. Ici,
il sagit des anciens colons broyés et sacrifiés par
les ploutocrates de métropole.
Ces livres ont une dimension à la politique, sociale et terriblement
humaine.
Je suis daccord avec Marie-Jo qui dit que certains livres se méritent.
Je crois quici cest le cas.
Jai lu quelque part que Lobo Antunes avait failli avoir le prix
Nobel de littérature. Pourquoi failli ? Je vote pour à 100%
! (à côté, Saramago peut aller se rhabiller)
Claire
Jai immédiatement été étouffée
par lécriture, sans être convaincue par sa réussite
en raison de phrases du type : « je descendais de Luanda à
Nova Lisboa, en direction de la guerre, au milieu dincroyables horizons
sans limites » (p.36) -les horizons sans limites, cest plat,
facile- ou à propos de chats « de leurs yeux coulait le lait
vert dune méfiance rapide » (p.52) : pour moi, ça
ne passe pas, cest raté, comme une baudruche qui se dégonfle.
Et jai assez vite refermé le livre. Sans parler de la «
situation dénonciation » : le narrateur est dans un
bar pendant 214 pages sans que son interlocutrice ouvre la bouche, quel
artifice. Jétais contente de lire dans des interviews que
lauteur était presque daccord avec moi
: «
En quelques semaines, j'ai publié ainsi trois romans. Je les regarde
aujourd'hui comme des livres d'un autre. Ensuite, mes romans sont devenus
plus élaborés. Mais les gamins de 16-17 ans dévorent
encore ces premiers livres, comme ils écoutent encore les Beatles
ou Bob Dylan. Ils lisent ça parce qu'ils y trouvent une révolte
juvénile. Une bonne partie du succès de cette trilogie ne
s'appuie pas sur des raisons littéraires
» ou encore
« Si j'étais éditeur, je me dirais : "je vais
garder ce mec non pour ce roman mais pour ce qu'il va créer à
partir de ça." » et cet aveu : « Je ne veux pas
décevoir les gens qui, les premiers, ont cru en moi. Ils ont une
foi que je n'ai pas. Il faut que je travaille, que je sois plus patient,
que je réécrive jusqu'à ce que cela tienne mieux.
(
)Plus je vais et moins j'utilise d'adjectifs, d'adverbes, de comparaisons,
j'essaye de travailler dans l'os. » Le cul de Judas est plein de
gras, on est bien daccord ; va retravailler, Lobo.
Renée
Je suis un peu daccord sur létouffement. Jai
persévéré jusquau chapitre Z, le S ma
bien plu. Cest plus que glauque. Les « comme » mont
tuée . Cest le roi des « comme »et des «
tels que ». Comparaison-métaphore-comparaison- métaphore.
Répétition de lhorreur, de la lâcheté.
Le livre attire lattention sur la guerre en Angola quon ne
connaît pas. Jai réussi à aller jusquau
bout en dépit de lindigestion, de lécriture.
En dehors de laspect documentaire sur la guerre, je ne vois rien.
Il ny a aucune respiration.
Loana  
En lisant, cest vrai que cest étouffant, mais cest
une réussite superbe. Cest subtil dans les sentiments, comme
son regret de ne pas sêtre révolté ; lautodérision
est fine, des phrases sont drôles. Etouffant cest vrai. Horrible,
oui : mais magnifique, subtil. On apprend son état par petites
touches. Cette période navait pas dexistence pour moi.
Jai essayé den parler à ma mère qui ma
dit quen 36 il y avait plein de livres coloniaux comme ça.
Jaime le relire en désordre. Ce nest pas le grand amour,
mais cest une rencontre. Je suis sans réserve pour lécriture.
Céline, cest pour moi du procédé. Jaime
comme il insère du discours rapporté. Cest très
beau sur la vieillesse, sur le fait de se lasser. Jai eu cest
vrai un moment de découragement au début. La respiration
arrive à Sofia.
Jacqueline
Jai lu ce livre il y a un an, de A à Z. Sans souvenir précis,
si ce nest celui dun livre très très fort sur
leffet de la guerre sur un jeune de 20 ans. Je lai repris
et jai découvert lécriture, la lourdeur, ce
foisonnement dimages rendant létouffement de la vie
bourgeoise et de l'Angola. A la deuxième lecture, je ne peux lire
que lentement. Pour moi cest un grand livre car il parvient à
rendre le basculement dune vie. Jai envie den lire un
autre pour voir si lécriture est liée au sujet, pour
voir si elle est un procédé.
Marie-Jo
Jai fait plusieurs tentatives restées vaines. Lors dune
correction du bac, jai refermé oh la la. En fait, je lai
lu, assise à une table en prenant des notes, tôt le matin.
Avec des moments de grand plaisir, voire de jubilation, et aussi des moments
dennui en raison denflures qui tiennent du ressassement. Plus
je vous entends, plus je le trouve intéressant. Ces 27 mois de
guerre font écran à sa vie. Il pose la question : «
quest-ce quune guerre fait dun individu ? » Il
se reproche sa lâcheté dans cette guerre coloniale qui va
dans le mauvais sens de lHistoire. Jadmets quil y a
un peu de complaisance et un enchaînement parfois gratuit de métaphores.
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