Louis-René des Forêts
Le bavard
Collection L'Imaginaire Gallimard
Sabine 
nous communique son avis sur Le Bavard rédigé pendant
six heures de surveillance d'examens : " Je pourrai me contenter de citer
la quatrième de couverture de Quignard, beau résumé,
mais dont je n'ai pas saisi tout le sens. Voici donc mes pensées
les plus profondes : j'ai beaucoup aimé ce livre car :
1-De cette logorrhée, qui dit tout et rien, l'auteur a su créer
un climat et un narrateur-personnage très attachant, mêlant
intelligemment le temps du récit et celui de l'écriture.
2. La première partie repose sur la déclinaison de toutes
les variations de la modalisation ou, dit plus clairement, il utilise
tous les moyens que lui offre la langue française (en anglais,
c'est différent) pour exprimer le possible, le probable, le doute,
la négation (emploi des adverbes, de l'imperfectif- conditionnel,
imparfait, etc., des verbes modalisateurs comme croire et pouvoir). Certaines
pages (44, 45) seraient parfaites pour une étude stylistique. Dans
cette première partie, le narrateur s'amuse à construire
et déconstruire sa pensée et son récit. Il m'a semblé
que l'auteur parodiait Proust (dans cette recherche du temps), Camus (par
l'étrangeté de cet étranger à ce qui se passe).
3. Dans la seconde partie (celle que j'ai préférée),
j'ai été très sensible à l'atmosphère
créée. Là ont ressurgi Kafka (typographie de la ville,
p90) et Knut Hamsun (délire de la persécution).
4. Le ton est différent dans chacune des trois parties (ce qui
m'a beaucoup plu). La dernière partie est une analyse du bavardage
(p.144) et il me semblerait intéressant de faire le même
éloge du silence ! Pour conclure, le personnage a quelque chose
de burlesque et pathétique comme les héros picaros, navigant
dans un univers inquiétant, fantastique et cynique. Mon enthousiasme
pour ce livre est juste limité par une lecture qui fut parfois
laborieuse. Voilà !
Françoise Del
nous écrit : Je viens de commencer et de finir Le bavard
-car ça se lit relativement vite- et j'ai trouvé ça
chiant, prétentieux, avec de temps en temps une phrase assez belle,
bienvenue. Je conseille plutôt d'un auteur indien, Seth, Un garçon
convenable, 1470 pages, très intéressant.
Catherine
Le Bavard est une folie douce qui reste malheureusement trop égocentrique
pour pouvoir dégager du plaisir. Monologue parfait qui conduit
à un désintéressement total, voire à un ennui.
Liliane 
a essayé de lire ce livre par deux fois. L'a vendu. L'a racheté.
Il faut être un peu maso pour lire un livre pareil. Ca lui a coûté
de le lire. Comme face à un bavard, elle pensait à autre
chose pendant qu'elle lisait. Il faudrait prendre ce livre avec distance
et humour. Hélas, il manque d'humour, se prend au sérieux.
On devrait prendre plaisir à l'exercice, mais la forme est soporifique.
Françoise Dub
a trouvé ce livre exaltant, riche, est emballée par le
texte, fascinant, remarquable. Elle a lu aussi Ostinato, différent,
avec moins d'humour. Car pour elle, il y a beaucoup d'humour dans ce jeu
de chat et de souris avec le lecteur. Elle est admirative.
Madeleine 
rappelle que le groupe lecture avait lu La Chambre des enfants
(en 1991) ; elle l'avait aimé. Le Bavard, selon elle, il faudrait
le lire d'une traite, comme une conversation. Elle est entrée dans
le jeu dès le début. Elle regrette que d'emblée (p.9),
on connaisse le projet du livre ; du coup, il n'y a pas de surprise. Elle
reconnaît que c'est très intellectuel, en même temps
que daté (proche du nouveau roman).
Claire 
est une des survivantes de la soirée de 1988 où l'on avait déjà
lu Le Bavard dans le groupe. A cette époque, 13 ans auparavant,
elle avait énormément aimé ce livre, emportée
par l'écriture et son labyrinthe ; elle a retrouvé les citations
préparées pour le groupe tirées de Voies et détours
de la fiction, longue interview de Des Forêts, et de Le vœu
de silence, de Pascal Quignard sur son œuvre. Ca lui a été
impossible de le relire. Comme si le livre était défraîchi.
Et puis, ces écrivains qui écrivent pour répéter
qu'ils arrêtent d'écrire (Blanchot, Laporte, Des Forêts,
Noël), c'est barbant. Reste la performance. Passionnée à
l'époque, elle avait aussi vu une expo de peintures de l'auteur
qui lui avait beaucoup plu ; les vagues photocopies qu'elle a gardées
lui paraissent cucul.
Jacqueline 
a eu du mal à le lire, il ne faut pas être fatiguée
! Le je, les images, lui rappellent Sarraute. Ainsi que Robbe-Grillet.
Elle souligne que c'est écrit en 1946, ce qui l'étonne.
Le début est laborieux, mais avec des atmosphères… auxquelles
elle a été sensible… paysages de neige… Fan de Quignard,
elle a été impressionnée par la quatrième
de couverture.
Manuel 
a eu un mal fou, d'ailleurs il n'a pas fini le livre. Il a été
pris au jeu de la langue et pense aussi qu'il vaut mieux lire le livre
d'une traite, car il est difficile à reprendre… ces phrases longues…Manuel
a eu l'impression de lire les phrases d'un fou, comme quelqu'un qui se
met à parler tout seul dans le métro. Les procédés
que décrit Sabine ne lui font ni chaud ni froid, car il n'en reste
rien. Si c'est un exercice de style, ça ne l'emballe pas. Pourtant
on visualise, c'est bien ficelé. Et puis on ne sait pas pourquoi
il est fou. Quant aux appels au lecteur, c'est énervant, prétentieux.
Il n'y a pas de plaisir. Manuel finira quand même le livre.
Marie-Christine 
n'a pas acheté le livre, ne l'a pas lu et ne le lira pas après
nous avoir entendus…
Nous avons eu aussi beaucoup de bavardages ce jour du Bavard sur Loft
story évidemment, sur la nécessité de dresser son
chien, sur la nouvelle version d'Apocalypse Now, sur les lectures
que nous prévoyons pour l'été…
|